‹ La vénérable Marie RivierChapitre 39 sur 279 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

chez M1,e Chambon : l'occasion de faire un tour de danse me parut bonne. La jeune fille résistait, mais je l'entraînai et ne plus

qu'à me divertir. Je me retourne. Mlk; Rivier était là ; elle m'applique un soufflet signalé; puis, profitant de ma stupéfaction, elle m'arrache des mains sa protégée et s'éloigne avec elle. Revenu de mon étourdissement, humilié et furieux, plus que je ne saurais dire, d'avoir été souffleté par une personne de si petite taille, je voulus me lancer à sa poursuite pour la souffleter à mon tour ; mais, chose étrange ! d'un bon moment il me fut impossible de bouger de l'endroit où j'étais. Une force invincible me tint là, cloué, jusqu'à ce que la sainte fille eût disparu. J'ai bien souvent réfléchi sur ce fait : plus j'y ai pensé, plus j'ai été dans l'impuissance de me l'expliquer. Du reste," la leçon me fut salutaire, et depuis, la crainte de voir survenir Mlle Rivier me rendit circonspect, même en des jeux plus innocents. »

« Un jour, on vient dire à Marie qu'une danse s'organise à la Ville-Basse (c'est le groupe des maisons de Montpezat le plus rapproché de l'ancienne église). Les personnes attirées là n'étaient point de celles que dirigeait la Servante de Dieu, mais aucune âme n'était étrangère aux sollicitudes de sa charité. Elle s'achemine donc, en toute hâte, vers l'endroit indiqué. « Voilà la maîtresse !... » dit quelqu'un. Elle était encore loin ; mais aussitôt, jeunes gens et jeunes filles se dispersent, celles-ci regagnent au plus vite la maison. En un instant, la place fut vidée. Je tiens le fait, dit sœur Adélaïde, d'une des danseuses. C'est aussi de témoins oculaires que j'ai appris les faits suivants.

« Avertie, un autre jour, que quelques jeunes personnes imprudentes doivent se trouver avec des jeunes gens à un goûter, au bois de Pourcheyrolles, Marie Rivier va sur les lieux : le vin et les gâteaux venaient d'être étalés, quand on l'aperçoit. Aussitôt, chacun se sauve, préoccupé surtout de n'être pas reconnu. Marie, en arrivant, ne trouva que les provisions de bouche : elle les mit en dépôt chez le fermier voisin, et les pauvres en firent fête.

« On lui dit qu'une réunion de ce genre a lieu dans une auberge de Montpezat. Elle entre à l'improviste, le visage enflammé d'indignation à la pensée que des jeunes filles ne rougissent pas de s'asseoir à une table de cabaret. Or, avant qu'elle ait pu dire un mot, l'assemblée tout entière se lève avec précipitation et s'élance hors de la salle par toutes les issues ; les jeunes filles, de peur d'être reconnues, se couvrent la face de leur tablier. »

le même temps, Marie Rivier, qui savait, comme elle le Ile-même, « à peu près tout », surprit, sans que personne l'eût vue venir, un groupe de jeunes gens et cle jeunes filles au bois de .'.an. Nul n'osa fuir. M';>' Rivier, ant aux jeunes filles,

leur rep:\ ..ce tant de force, l'inconvenance et la témérité de

leur conduite, que, lorsqu'elle eut achève de parler, il lui suffit d'un geste pour les faire toutes rentrer au bourg. Les jeunes gens ne furent pas moins dociles. Un seul se permit une parole injurieuse. Marie le regarda avec douceur et ne lui dit que ce mot : « Vous vous repentirez bientôt. » Or, le soir même, ce jeune homme, accompagné de son parrain, vint demander pardon à l'intrépide vierge. » A tant de fermeté et d'énergie, Marie Rivier savait unir la bontéla plus exquise. <î Souvent, dit Marie Etienne, elle me donnait, comme à plusieurs autres, la charge de lui amener les jeunes filles qui s'étaient montrées un peu volages. Quand j'en avais introduit une dans sa chambre et fermé la porte, il m'arriva quelquefois, étant fort curieuse, d'écouter du dehors ce que MUe Rivier lui disait, et même de regarder par la chatière. Elle faisait à ces pauvres enfants une remontrance si forte et si douce en même temps, que je les voyais bientôt pleurer ; et pour ne pas les aigrir ou pour mieux gagner leur confiance, après les avoir ainsi grondées, elle leur donnait quelque bonne chose à manger ou leur faisait quelque petit cadeau. »

Elle redoutait, du reste, d'avoir à faire des réprimandes et cherchait à prévenir les fautes autant qu'elle le pouvait.

<L Lorsqu'elle savait, dit Blanche Combette, qu'une jeune personne commençait à s'engager dans quelque fréquentation dangereuse, vite elle la faisait appeler, ou allait la chercher elle-même r lui faire une bonne morale ; elle avait tant d'autorité, bien qu'à peine âgée de vingt ans, que toute la jeunesse de Montpezat la craignait, et pas un n'aurait voulu être surpris en faute par i vivier. /> — « Je sais, dit Agnès Chastagnier, que les jeunes gens la respectaient et la craignaient plus encore que les jeunes filles. » femmes elles-mêmes ne devaient pas rester en dehors de l'influence apostolique de la jeune institutrice. Dès l'ouverture de son -, elle s'était appliquée à intéresser les mères de famille aux le ses élèves. Elle leur rendait compte assidûment des travaux de classe de leurs enfants, de leurs efforts dans la formation de leur caractère et dans la piété, « si bien que l'au:

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qu'elle exerça sur les pères et les mères, dit sœur Sophie, devint presque aussi grande que celle qu'elle avait sur les enfants. I! entraient dans ses vues, ils approuvaient les punitions qu'elle infligeait parfois, lors même que ces punitions étaient sévères, et lorsque, par mutinerie, ce qui arriva plus d'une fois, une élève s'était échappée, les parents, avertis, ramenaient la fugitive, et lui faisaient accomplir eux-mêmes, en présence de M!le Rivier, la pénitence marquée. »

Mais les mères de famille furent désireuses de profiter directement elles-mêmes des bonnes leçons qui avaient produit de si heureux fruits dans l'âme de leurs enfants. Elles demandèrent d'abord à Marie Rivier de vouloir bien, la veille des grandes fêtes, les aider à faire leur examen de conscience et les préparer à recevoir les sacrements. Ce fut l'occasion de quelques réunions qui, peu fréquentes d'abord, se renouvelèrent bientôt tous les dimanches.

« Je me rappelle, dit un témoin, que Marie Rivier réunissait les femmes de Montpezat tous les dimanches et jours de fêtes, dans une grande salle de la maison des tertiaires de Saint-Dominique. Sa parole nous faisait un grand bien. La sainte institutrice parlait comme un missionnaire, montrant surtout aux mères l'obligation qu'elles avaient de surveiller leurs enfants, et leur inspirant une grande crainte du compte qu'elles auraient à rendre à Dieu sur ce point. »

Ses instructions étaient très familières. Souvent, elle se bornait simplement à expliquer le catéchisme, mais elle l'expliquait si bien que l'on disait communément dans Montpezat : € C'est le Saint- Esprit qui l'inspire et qui parle par sa bouche. »

Il y avait dans la paroisse, concurremment avec la confrérie des tertiaires de Saint-Dominique, une confrérie des tertiaires de Saint- François. La pieuse société, saintement jalouse du bien qui s'opérait par Marie Rivier dans le Tiers-Ordre dominicain, sollicita le secours de son zèle, et la sainte jeune fille, qui avait dans son co^ur une place pour toutes les œuvres de Dieu, sut trouver dans sa journée du dimanche, si chargée déjà d'occupations, une heure pour aller à la maison où se réunissaient les tertiaires de Saint-François, leur expliquer les règles de leur Ordre et leur apprendre à méditer (i).

i. Déposition de M. le chanoine Valette, curé de Montpezat. — Le Tiers-Ordre de Saint-François avait sans doute été établi à Montpezat par les Cordeliers, qui y avaient possédé anciennement un couvent.

LA VÉNÉRABLE MARIE Kl\ IKK.

mprends tit Cécile Rivier, comment Marie ne

fut pa le i ids des travaux dont elle se charj

at, durant les quatre années qui suivirent sa sortie du pen-

Pradelles. » Ce n'était là pourtant que le début d'une

allons voir de plus eji plus dépensée pour la gloire de

Dier. Lmes. Ce qui soutenait le courage et les forces

de la jeune chrétienne, c'était déjà cette flamme du zèle qui lui

lit dire, un jour, dans un épanchement intime : « La plupart

des vertus me font défaut, mais pour le zèle, parla grâce de Dieu, je

crois l'avoir ; i ! »

i. Témoignage de sœur Aloysia.

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