CHAPITRE VIII
de la conciliation et de la paix. Pour calmer la surexcitation que l'arrivée de la petite garnison venait de produire sur les esprits, le bon cure prit à tâche d'attirer chez lui, à la veillée, les jeunes officiers de la compagnie en même temps que les notables habitants de la paroisse, espérant faciliter par là les relations, d'abord difficiles, entre la population et la garnison. Ils y rencontrèrent quelquefois la pieuse institutrice. « Or, dit sœur Sophie, un de ces jeunes officiers, charmé du caractère enjoué de notre Mère et de sa conversation pleine d'esprit, eut la pensée de lui faire des propositions de mariage. Il ne lui en parla pas, il se contenta de lui faire connaître ses vues par une lettre dont la convenance était irréprochable. La surprise de la jeune fille fut grande, au-delà de toute expression. Pensant que sa légèreté était peut-être la cause d'une pareille démarche, elle en pleura amèrement. » Elle ne répondit point, déchira la lettre, et, se prosternant devant son crucifix, fit à Dieu une promesse qu'elle tint jusqu'à la fin de ses jours ; ce fut celle de s'éloigner désormais autant que possible des assemblées du monde et de garder, même dans ses relations avec les prêtres les plus vénérables, la tenue modeste et réservée qui sied à une vierge chrétienne.
Dieu permit sans doute, au début de l'apostolat de Marie Rivier, les deux expériences que nous venons de raconter, afin d'inspirer à la future Fondatrice de la Présentation de Marie cette inflexibilité rigoureuse qu'elle apporta plus tard dans le gouvernement de sa Congrégation, sur la réserve absolue que doit garder, en toute circonstance, dans ses relations, dans ses démarches et dans ses paroles, une àme consacrée à Dieu.
Les travaux toujours croissants de son zèle, et peut-être aussi les soucis o,ue faisaient naître en elle les nouvelles des attentats que l'impiété commençait à multiplier dans les grandes villes, furent la cause d'une maladie grave dont la Servante de Dieu fut atteinte au commencement de l'année 1792.
Cet accident fit éclater les sentiments de sympathie et de reconnaissance de la population à son égard. << Grands et petits, tout le monde fut ému. Les soins les plus attentifs et les plus assidus lui furent prodigués. Elle ne manqua pas de gardes : toutes les filles et femmes de Saint-Martin, même celles des villages environnants, venaient s'offrir pour veiller auprès d'elle et le faisaient avec les démonstrations du plus tendre attachement. Chacune lui apportait ce qu'elle pouvait imaginer lui faire plaisir ou lui être utile. Sa mère,
6o LA VÉNÉRABLE MARIE RIVIER.
avertie du danger, accourut à Saint-Martin-de-Valamas, et vit avec joie les témoignages de respect, d'affection et d'estime que la population tout entière donnait à sa fille chérie (i). »
Tant de soins et de prières ne furent point perdus. Mlle Rivier put bientôt reprendre ses travaux ordinaires à Saint-Martin. Mais ce fut pour fort peu de temps. Ayant accompagné sa mère à Montpezat, elle y trouva ses anciennes œuvres près de déchoir, et comprenant que sa présence était nécessaire pour les relever, elle céda aux instances de la population et se fixa de nouveau clans son pays natal.
Le séjour de Marie Rivier à Saint-Martin-de-Valamas avait duré vingt mois. Les œuvres qu'elle y laissait avaient assez de vitalité pour être à l'abri de tout péril immédiat, sous la direction d'un prêtre aussi dévoué que M. Agreil. La situation qu'elle trouvait à Montpezat était autrement inquiétante et allait lui demander toute la générosité de son âme d'apôtre.
i. Mémoires de sœur Sophie.