ET LE SCHISME CONSTITUTIONNEL
La Révolution : premières manifestations révolutionnaires à Paris ; leur écho dans le Vivarais ; l'assemblée de Villeneuve-de-Berg ; courtes illusions. — Les mesures prises contre l'Eglise catholique ; la Constitution civile du Clergé. — Attitude de l'évêque de Viviers. — Portrait de M. de Savine. — Belle attitude du clergé de Viviers. — Défection du curé de Montpezat. — La persécution dans le département de l'Ardèche, dans la commune de Montpezat. — Courageuse conduite de Marie Rivier : elle réunit les fidèles et soutient leur courage ; elle seconde le zèle des prêtres fidèles auprès des malades et des mourants. — Elle échappe à tous les dangers. — L'exhortation au martyre et les jeunes gens de Montpezat. — Elle reprend ses œuvres anciennes. — Sa vigueur dans la répression des désordres : la jeune fille arrachée au bal. — Sa charité : elle accueille dans sa demeure une pécheresse. — Elle fait de sa maison une sorte de couvent.
PENDANT qu'à Montpezat et à Saint -Martin-de-Valamas la future Fondatrice de la Présentation de Marie multipliait les œuvres de son zèle, d'importants événements s'étaient accomplis dans la capitale de la France.
Le 4 mai 1789, les trois ordres de la nation, convoqués par le roi Louis XVI « pour proposer, remontrer, aviser et consentir » à ce
qui pourrait être utile au bien de l'État, s étaient réunis dans l'église de Saint-Louis à Versailles, Le mot de liberté, prononcé par un
ne du haut de la chaire, souleva une tempête d'applaudissements. Le mouvement était donné. A partir de ce moment, les événements les plus graves se précipitèrent : serment du Jeu de Paume du 20 juin 17S9. brusque abolition des privilèges dans la nuit du 4 août, institution de la fête de la Fédération, célébrée le 14 juillet 1790 au chant du Ça ira, enfin pompeuse et révolutionnaire Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Les Etats-Généraux avaient fait place à l'Assemblée Nationale. Celle-ci s'était transformée en Assemblée Constituante. Des hommes, dont quelques-uns étaient illustres par la naissance, l'éloquence ou le savoir, mais dont la plupart étaient aveuglés par les maximes d'une fausse philosophie, entreprenaient follement de régénérer la France en rompant avec toutes ses traditions nationales et chrétiennes.
Des esprits généreux purent au début s'illusionner quelque temps sur la portée du mouvement qui se produisait. Les historiens du Vivarais nous ont laissé le tableau de l'enthousiaste assemblée tenue, en 1789, à Villeneuve-de-Berg, dans la chapelle des pénitents, par les trois ordres de la province. M. Delière, procureur du roi, vint demander à la réunion, dans le style emphatique du temps, de coopérer à la résurrection générale ; M. de Barruel, lieutenant général de la sénéchaussée, promit de travailler à régénérer le bonheur public ; puis, au milieu des acclamations unanimes, les deux chefs de la noblesse, M. de Vogué et M. d'Antraigues, déclarèrent solennellement qu'ils renonçaient « à tous les privilèges qu'ils tenaient de leurs baronnies. »
L'assemblée du Vivarais crut un moment, elle aussi, suivant les expressions d'un historien, « changer le monde et le cœur humain, secouer le poids de misère du passé, et entrer dans la félicité définitive, h
L'illusion dura peu. La religieuse population de l'Ardèche apprit bientôt avec tristesse que le nouveau pouvoir dirigeait ses principales menées contre le catholicisme. Le 2 novembre 1789, les biens ecclésiastiques furent mis à la disposition de la nation ; un décret du 13 février 1790 supprima les vœux monastiques; le 13 avril 1790,1a religion catholique cessa d'être reconnue comme religion de l'État, et, pour mettre le comble à ces attentats, le 24 août de la même année fut promulguée, sous le nom de Constitution civile du Clergé,