Picot, Mémoires, t. VI, p. 71, notes
2. Lettre de l'évêque de Senez du 10 décembre 1790. — V. L'ancien Clergé de France, par l'abbé Sicard. Paris, Lecoffre, 1S94. T. II, p. 443.
3. Sur M. de Savine, voir l'excellente monographie : Le Schisme constitutionnel dans FArdèche, La Font de Savine, éveque-jureur, par Simon Brugal (Firmin Boissin). Toulouse, Privât, 18S9.
cœur. Lue éducation funeste compromit ces dons naturels. Sa mère, femme spirituelle et frivole, engouée des systèmes philosophiques du temps, ne sut lui inspirer que le goût des lectures dangereuses et des us romanesques. Les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau, qui fut son auteur de prédilection, remplirent de bonne heure son esprit d'idees fausses. Cadet de la famille et sacrifié à l'avenir de son frère, le marquis Yictor-Amédée, il entra au séminaire (i) avec une
'>ranlée, et reçut les saints ordres avec une vocation douteuse. Le crédit de sa famille auprès de la Cour le fit élever, en 1778, à
jcopat II y apporta les habitudes du monde au milieu duquel il avait grandi, une distinction suprême, une intelligence peu commune, un goût immodéré du luxe, une inconcevable mobilité d'esprit dans sa conduite, et, dans son administration, les idées de réforme les plus bizarres, les rêveries philanthropiques les plus incohérentes.
L'acceptation de la Constitution civile du Clergé, l'abolition des saintes lois du jeûne, de l'abstinence et du repos dominical, le licenciement de tous les monastères d'hommes et de femmes, la suppression du catéchisme diocésain, remplacé par un manuel constitutionnel, tels furent les premiers actes de 1 evêque-jureur (2).
1. Le séminaire d'Aix-en-Provence. M. de Savine était né à Embrun, le 27 février 1742, Il dut faire ses études classiques dans le collège très florissant que les Jésuites possédaient alors dans cette ville.
2. Le souverain Pontife ayant confié au saint archevêque de Vienne, Mgr d'Aviau, l'administration spirituelle du diocèse de Viviers, M. de Savine lutta longtemps pour conserver sa prétendue autorité ; finalement, abandonné de la grande majorité de son clergé, il se retira à Paris. Au milieu de ses égarements, il conserva toujours un fond de générosité et de bonté. Il eut même l'honneur d'être emprisonné pendant sept mois à la Conciergerie pour avoir essayé de soustraire à la mort un innocent. La miséricorde de Dieu, en considération sans doute de ses vertus naturelles, lui ménagea la grâce d'une conversion complète, et, pai une touchante disposition de la Providence, sa mère, dont la coupable
lé avait été une des causes de ses torts, devint un des instruments de son retour à Dieu.
En 1807, la grande dame philosophe, instruite par l'expérience et touchée de la grâce de Dieu, avait embrassé les pratiques d'une vie chrétienne et sévère. Agée de quatrevingt-dix ans, elle vivait retirée en son château de Savine, dans le Dauphiné. Vers les premiers jours du mois de novembre de cette année, l'évéque-jureur frappa à la porte du château. La marquise s'avança au-devant de son fils, et, comme s'il eût été un étranger, lui demanda ce qu'il voulait. « Eh quoi ! répondit- il, ne reconnaissez-vous pas voire fds ? — irtux, rtpril-elle, ne vous donnez plus ce nom ! Vous n'êtes plus mon fils depuia que vous avez renié notre Mère commace, la sainte Eglise de Rome ! — Hélas ! murmura l'évéque en pleurant, n'y a-t-il donc plus, dans le sein de l'Église, de pardon pour les coupables? > Et, comme pour voiler les larmes qu'il versait, il couvrit son visage de ses deux mains, dont l'une, dit-on, était restée dans une agitation fébrile depuis qu'elle avait signé la Constitution civile du Clergé. M""1 de Savine, vaincue par la douleur de son fils, l'introduisit dans sa maison en lui disant : " La demeure de vos pères sera encore la vôtre,