CHAPITRE X. 8l
. l'exhortant à la patience et à la résignation. Le 23 novembre 1793, un samedi, à sept heures du matin, la malade expira dans les sentiments les plus édifiants de piété et d'abandon à Dieu.
La modeste et honorable fortune de Madame Rivier se partagea entre ses quatre enfants. Louis et Cécile étaient déjà établis. Louis avait épousé M"'' Marie Clément, de Montpezat, et occupait, en 1793, dans sa ville natale, les fonctions d'agent national (1). Cécile avait épouse M. Rey, de Largentière. Anne, la dernière enfant, était restée, comme Marie, à la maison paternelle. Tous les témoins affirment que Marie ne voulut rien se réserver à elle-même de ce qui lui revenait de sa mère. Llle donna aux pauvres son lot de linge et de vêtements, et employa tout l'argent en bonnes œuvres, en aumônes, surtout en honoraires de messes, afin de hâter l'entrée de l'âme de sa mère dans le ciel.
Peu de temps après, Dieu sembla manifester combien une pareille conduite lui était agréable. « Une nuit, comme je dormais, raconte la Vénérable Servante de Dieu, je vis en songe ma mère qui, le visage joyeux, et avec un air plein de tendresse, s'approchait de moi. Elle tenait à la main une belle bourse remplie d'argent, qu'elle me donna en disant ces paroles : « Ce n'est pas tout, mon enfant, je te prépare encore de jolies fleurs dans le ciel. » Ce n'était qu'un songe, je le sais ; mais depuis, chaque fois que, clans ma vie, la Providence est venue à mon aide en me procurant de l'argent, soit pour soulager les pauvres, soit pour soutenir mes œuvres, j'ai senti se renouveler en moi la même douce impression ; il m'a semblé voir ma mère venant à mon secours, du haut du ciel, dans mes besoins temporels, et me faisant espérer, sous l'emblème des rieurs, la couronne céleste comme la récompense de mes travaux. »
On peut le dire, la pensée de sa mère a rempli sa vie. « Ma bien chère fille, que je vous aime ! écrivait-elle à une de ses religieuses, sœur Xavier ; en savez-vous une des raisons ? Vous ressemblez à
I. Louis Rivier fut successivement, à partir de 1791, électeur pour le Corps Législatif, procureur de la commune, agent national, trésorier de la municipalité, maire et suppléant du juge de paix. Dans ces différents emplois, qu'il accepta par dévoùment, il se servit de son ascendant, les archives municipales de Montpezat en font foi, pour empêcher, autant que possible, l'exécution des mesures prises contre la Religion. Son nom, qu'on rencontre, à côté de celui d'autres personnes très honorables, à la tête de la municipalité de Montpezat, suffit à prouver que le pays fut toujours hostile, dans son ensemble, àl'esprit révolutionnaire, et que les désordres qui s'y produisirent fuient surtout le fait d'étrangers.
Marie Rivier. 6
ma pauvre mère, et je ne puis être avec vous sans m'attendrit- à son
souvenir. »
Elle aimait à penser que son amour pour sa mère l'accompagnerait dans l'éternité. C Si. j'ai le bonheur d'aller au ciel, disait-elle à que j'aurai rendu mes hommages à la très sainte Trinité et salué la très sainte Vierge, je regarderai vite où est ma mère. >
Marie avait repris sa classe avec son zèle ordinaire, lorsque l'autorité révolutionnaire ordonna la vente aux enchères de la maison des Dominicaines du Chanton, déclarée bien national depuis 1790. Le conseil municipal de Montpezat, ayant à sa tète M. Bèque, s'honora en protestant contre une spoliation si préjudiciable aux intérêts religieux du pays ; mais le Directoire de Privas passa outre, et, au commencement de l'année 1794, prescrivit aux Sœurs du Tiers- Ordre de Saint-Dominique, aussi bien qu'aux Sœurs du Tiers- Ordre de Saint-François, de se disperser avant même l'ouverture des enchères pour la vente des maisons qu'elles habitaient. 4 II est impossible d'exprimer, écrit sœur Sophie, combien furent sensibles a .M Kivier la vente de la maison des Dominicaines et l'impossibilité où elle se vit de continuer sa classe. Son chagrin fut si grand qu'elle tomba malade. Il se produisit même un fait singulier : elle devint sourde presque à l'instant où son école fut fermée, et ne recouvra l'ouïe que lorsqu'elle put reprendre ses classes. Le moyen lui en fut bientôt donné, grâce au zèle de M1,e Chambon, qui lui céda une pièce de sa maison. »
Mais elle ne tarda pas à se convaincre que le nouveau local était insuffisant. Ce fut pour elle le sujet d'une grande anxiété. Ses élèves la virent souvent répandre des larmes devant la petite statue de la Vierge, qu'elle avait apportée de la maison des Dominicaines et placée dans un nouvel oratoire. C'était cette même statue que les élèves avaient vue sourire plusieurs fois. En cette grave circonstance, pour donner plus d'efficacité à ses prières, la pieuse institutrice voulut y associer les âmes innocentes de ses chères enfants. Ecoutons le témoignage d'une de ses anciennes élèves, Mmc Brun : « Plus d'une fois elle nous fit prier dans le petit oratoire. Un jour entre autres, elle nous conduisit toutes aux pieds de la statue. Nous la vîmes déposer devant elle un papier plié comme une lettre. Puis elle nous dit d'un ton animé : " Mes enfants, il nous faut obtenir aujourd'hui une grande grâce ; si vous priez avec ferveur, la Sainte-Vierge vous