Mémoires de sœur Sophie
8S 1 A V IN MARIE K1YIER.
»e de Largentière se trouvé une antique statue do la Sainte- Vierge, sous le nom île Nvtre-Daine~du-Pommier. Une tradiulaire explique ainsi l'origine et le nom de la statue. La colline de Fanjaux, située" à l'est de la ville, ruait été choisie comme emplacement d'une église projetée ; les travaux commencèrent, mais, chaque matin, les outils des ouvriers avaient disparu, et on les retrouvait sur la colline opposée, près d'un pommier : on vit dans ce fait un signe de la volonté divine, et l'église fut bâtie sur la colline du pommier, où elle est maintenant. La légende ajoute que du bois de ce pommier, on sculpta la statue de Notre-Dame que l'on vénère aujourd'hui (i).
Depuis le \~ janvier 1794, l'église de Notre-Dame-du-Pommier (car tel était alors le titre de l'église paroissiale de Largentière) avait été fermée par ordre de l'autorité révolutionnaire. Mais Marie Rivier put, grâce à la complaisance d'un employé municipal, y pénétrer par une porte latérale et vénérer la statue de la Vierge. Elle se sentit portée à l'invoquer dans ses angoisses. « Pendant trois jours, racontait-elle à sœur Sophie, je revins fréquemment prier auprès de Notre-Dame-du-Pommier , accompagnée d'une pieuse personne que je connaissais, Ursule Dupland. Nous récitions des rosaires. La pluie tomba presque sans relâche pendant ces trois journées. Dès qu'elle cessait un peu, j'allais vite sur la route de Thueyts, dans l'espoir d'y voir venir quelqu'un mandé pour me rappeler ; ma sœur Cécile riait un [jeu de mes allées et venues, mais, pour moi, de porter seulement mes pas vers ce chemin, cela me rendait tout heureuse. >
Les trois jours expirés, le messager promis arriva. C'était Louis Naud. Il était porteur d'une lettre de M. Pontanier qui, avec toute l'autorité que lui donnait son caractère de prêtre et de directeur, intimait à sa fille spirituelle l'ordre de revenir à Thueyts. « Au nom de Jésus-Christ, lui disait-il, venez â Thueyts, telle est la volonté de Dieu, je ne puis en douter après y avoir mûrement réfléchi ; c'est là que la Providence vous appelle pour faire le bien (2;. »
« M "* Rivier reçut cette lettre comme un commandement du ciel et n'hésita pas un instant a s'y soumettre. Cet ordre était d'ail-
1. D'après une autre étymologie, il faudrait écrire Notre-Da.Tie-des-Pommiers (Je Potruriis. )
2. < Notre bonne Mère regrettait d'avoir égaré cette lettre de M. Pontanier, mais elle croyait en avoir retenu a peu près les termes. 2> (Note de sœur Marie.)