‹ La vénérable Marie RivierChapitre 76 sur 279 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

pendant que notre Mère lui renouvelait son invitation, I\Ii,r" Prin observa que son tablier était tout usé : «Comment, lui dit-elle, vous n'avez seulement pas dequoi vous acheter un tablier, et vous voulez fonder des couvents ! Dequoi nourrirez-vous, de quoi habillerez-vous filles?» — Je fus alors, disait M11" Prinssac, vraiment frappée de la réponse que me fit la Mère Rivier: { Oui, Mademoiselle, me dit-elle, je ferai un couvent, et il sera grand ; oui, j'aurai dc<, filles, et beaucoup de filles, et de bien <\c<, pays, et rien ne leur manquera ! » — J'eus encore le courage de lui demander : «Oui donc vous donnera de l'argent pour faire toutes ces choses? » — Elle ne répondit plus qu'un seul mot : « La Sainte- Vierge ! »

De tous côtés, cependant, les obstacles se multipliaient. M. Pontanier, ayant sollicité pour le projet de la pieuse institutrice l'approbation de l'autorité ecclésiastique, n'avait pu en obtenir qu'une réponse dilatoire : « Sans doute, avait dit le grand vicaire, M. Vernet, les pieux desseins de Mlle Rivier sont dignes d'éloges », mais il jugeait imprudent, téméraire même, à moins que Dieu ne manifestât évidemment sa volonté, de commencer une œuvre semblable au moment où toutes les maisons religieuses venaient d'être renversées. « Mlle Rivier, dit sœur Sophie, s'adressa alors à sa protectrice ordinaire, la Sainte-Vierge, avec la simplicité d'une enfant (r). Elle lui écrivit une longue lettre où, après avoir exposé sa pénible situation, elle lui demandait son aide et protestait de son entier abandon entre ses bras maternels. Elle fit porter cette lettre par une vertueuse fille à Notre-Dame de Bon-Secours, à La Blachère, avec mission de la déposer sur l'autel du vénéré sanctuaire. »

On était à la fin de 1796 ; le personnel de l'établissement, cette année-là, s'était accru par l'arrivée de plusieurs nouvelles pensionnaires, venues de Montpezat, de Largentière, de La Bastide, de Saint-Laurent et d'Aubenas (2). La fête de sainte Catherine, patronne de la maison, approchait. On résolut de la célébrer avec une pompe toute particulière. Plusieurs jours à l'avance, maîtresses et pensionnaires étaient occupées des préparatifs de la

1. « J'ai toujours aimé à parler à la Sainte-Vierge tout bonnemen t, comme une enfant à sa mère. Faites comme cela, mes filles. Quand j'ai de la peine à réussir en quelque chose, je mets l'affaire entre les mains de la Sainte-Vierge ; je lui dis : Ceci est votre œuvre, je vous la laisse entre les mains. Et je ne tarde pas à reconnaître que l'entreprise a réussi. » (Paroles de la Vénérable Mère, rapportées par sœur Saint-Pierie dans sa déposition).

Page 1