‹ La vénérable Marie RivierChapitre 80 sur 279 · Déposition de sœur Aloysia · texte numérisé non relu

Déposition de sœur Aloysia

l'histoire, qui portera avec elle son importante leçon. Mais, avant que sa chute affligeât profondément le cœur de la Vénérable Supérieure, axant que Dieu eût rejeté de son œuvre l'instrument devenu

inutile, les talents, les aptitudes remarquables de Mlle Félicité dans l'enseignement, contribuèrent beaucoup au développement et à la prospérité de l'Institut.

Les premières compagnes de Marie Rivier purent dès lors se consacrer à un apostolat plus modeste, plus en rapport avec leur instruction très imparfaite. Presque exclusivement occupées désormais, pendant toute la semaine, à des travaux de ménage, à la surveillance des élèves et à des leçons de couture et de lecture élémentaire, Martine Teston, Thérèse Chaudanson, Marie Eyraud et Jeanne Uelubac, pauvres de science humaine, mais riches de la science des saints, s'en allaient chaque dimanche dans les villages voisina. Elles partaient de très bonne heure, munies d'un morceau de pain, de quelques châtaignes et quelquefois d'un peu de fromage. Chacune se rendait au hameau qui lui avait été assigné. Ce qu'aucun prêtre n'aurait pu tenter sans s'exposer à être aussitôt arrêté, et condamné à la déportation, peut-être à la mort (i), l'humble fille de la Présentation, sous son costume de paysanne, pouvait le faire. Dans la maison d'un honnête cultivateur, qui avait été indiquée le dimanche précédent, les fidèles se réunissaient à deux reprises. Le matin, on récitait pieusement les prières de la sainte Messe ; dans l'après-midi, les enfants recevaient les leçons de catéchisme préparatoires à leur première Communion ; puis, dans une instruction à laquelle les femmes et les jeunes filles étaient convoquées, et où bien souvent les hommes se rendirent également, les pieuses filles de Marie Rivier rappelaient avec simplicité les principaux devoirs du chrétien, la nécessité de les accomplir dans tous les temps et malgré tous les périls. Le soir, quand elles rentraient à Thueyts, la bonne Supérieure, après s'être fait rendre compte du bien opéré dans les divers hameaux, des besoins spirituels ou corporels qui y avaient été

i.La loi du i S mars 1795, qui punissait de mort les prêtres réfractaires rentrés en France, avait été abrogée ; mais le Directoire appliquait aux prêtres déportés ou condamnés à la déportation, la loi du 19 fructidor, an V, sur les émigrés. Par suite de cette jurisprudence abusive, quarante et un prêtres furent encore condamnés à mort, d'octobre 1795 à mars 1799 (V. La Terreur sous le Directoire, par Victor Pierre, et Y Histoire de la Constitution civile du clergé, par Ludovic Sciout. Paris, 1879-1881, 4 vol. in-4") D'autres prêtres périrent victimes des violences populaires, lesquelles furent souvent excitées par les autorités locales.

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