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CHAPITRE XIII

Lugdarès, Coucouron, Burzet, Montpezat, sont chargés d'une manière plus particulière de veiller à l'exécution de ces mesures extraordinaires. » Peu de temps après, le^ prêtres fidèles de l'Ardèche, arrêtés à la suite de ces perquisitions et emprisonnés au château de Beau regard, sur la rive droite du Rhône, apprenaient avec douleur que, sur l'autre rive, au château de Valence, le Souverain Pontife Pie VI, prisonnier lui aussi de la Révolution, venait de rendre le dernier soupir. Le courageux et saint Pontife avait « refusé de perdre son âme pour prolonger sa vie de quelques jours (1). »

Mais, non contente de frapper la religion dans les plus humbles de ses ministres et dans le premier de ses Pontifes, l'impiété triomphante semblait vouloir s'attaquer directement à Dieu lui-même dans le culte d'adoration qui lui est dû. Dès l'année 1794, une loi du 7 mai (18 floréal) avait institué, pour remplacer les solennités religieuses, des « fêtes républicaines » destinées « à rappeler à l'homme la dignité de son être », et, pour suppléer à la célébration du dimanche, la célébration du décadi. Les prescriptions bizarres de cette loi étaient peu à peu tombées en désuétude. Un arrêté du Directoire du 3 avril 1798 ordonna de régler désormais sur la décade € la tenue des foires, l'ouverture des écluses, le départ des messageries, etc. » Une loi du 4 août (17 thermidor) 1798, votée par les deux Conseils, porta que <L les écoles publiques et particulières et les pensionnats des deux sexes vaqueraient les jours de décade et de fête nationale. » Ce ne fut point assez. Une loi du 30 août (16 thermidor) 1798 décréta que les instituteurs et les institutrices seraient tenus de conduire leurs élèves aux réunions décadaires sous peine de fermeture immédiate de leur école ou pensionnat (2).

On comprend le peu de faveur qui accueillit ces réunions décadaires quand on en lit la description dans les témoignages contemporains. Des lecteurs, en tunique bleue, en ceinture rose et en manteau blanc, y faisaient entendre des chants ou concerts prétendus religieux, le tout entremêlé d'invocations aussi ridicules que sacrilèges, sortes de parodies d'orewus que des chefs de famille adressaient « à

1. Paroles de Tie VI à M. de Labrador, ministre d'Espagne. — Picot, Mémoires, tome VII, année 179S.

2. Rien de plus intéressant et de plus triste à la fois que la discussion de ces diverses lois au conseil des Cinq-Cents et au conseil des Anciens. Voir en particulier les séances des 12 messidor, Ier, 6 et 21 thermidor, an VI. {Moniteur universel, an VI.)

1 1$ LA \l.\ MARIE KIVIER.

prême, à la Nature, au Genre humain et à d'autres Divinités subalterne- i . La secte des Théophilanthropes avait obtenu du ivernement, à l'effet d'organiser la célébration solennelle des decadis et des fêtes nationales, l'autorisation de prendre possession t élises ou de la partager avec les catholiques. A certaines heures, ceux-ci étaient obligés de céder la place aux adeptes du culte nouveau.

Il est à croire que la population de Thueyts n'avait pas manifesté un enthousiasme très ardent pour les réunions décadaires ; il parait même qu'elle avait osé profaner les décadis par la tenue de foires et de marchés. Le 2 novembre 1798, le Directoire de Privas réclamait à la municipalité de Thueyts le nouvel état officiel des foires et des marchés de la commune, que celle-ci n'avait pas cru devoir lui communiquer.»; Cette mesure, disait-on, réclamée vivement par l'intérêt public et par l'extirpation des anciens préjugés, n'a point encore été exécutée de votre part. Cette troisième réclamation sera la dernière, et si vous ne vous exécutez promptement, nous ne pourrons nous empêcher d'user, contre votre mauvaise volonté, des moyens que la loi a mis en nos mains (2). »

L'autorité révolutionnaire du chef-lieu passa de la menace à l'exécution. Au mois de février 1799. une garnison décent hommes, sous le commandement du capitaine Henry, fut envoyée à Thueyts, et le citoyen Coutarel, chef des patriotes de Meyras, fut délégué pour veiller à la célébration des jours décadaires dans la région.

Laissons ici la Vénérable Mère nous raconter elle-même l'épisode le plus émouvant de cette campagne.

« Le capitaine Henry, révolutionnaire exalté, était fort prévenu contre nous et notre couvent ; mais il était lié d'amitié avec M. Bèque, maire de Montpezat, patriote déterminé lui aussi, dont la fille, Marguerite, vivait au pensionnat depuis près de trois ans. A peine arrivé à Thueyts, Henry se rendit à Montpezat pour visiter M. Bèque, en compagnie du capitaine Montchauffé, le terroriste de Largentière, qui devait bientôt périr dans une rue d'Aubenas (3).

1. Picot, Mémoires, tome VII. p. 40. Abbé Sicard, A la recherche (Tune religion civile. Paris, Lecoffre, 1S95. Chap. IV, le décadi.

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