‹ La vénérable Marie RivierChapitre 87 sur 279 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

devoir de prendre tontes les mesures réclamées par la prudence. I .< grandes pensionnaires surtout me préoccupaient Je les fis partir ètement, bien accompagnées et conduites deux à deux chez de braves paysans des environs de Thueyts. Je restai seule à la maison les toutes petites enfants. Ma ressource à moi fut de m'aliter. Habituellement souffrante, je pouvais, sans mentir, dire à ceux qui viendraient me chercher : Je suis malade. Mais pour plus de sûreté, je lis appeler un homme qui avait toute notre confiance, Roch Naud, le frère de Louis, qui était comme lui un ami dévoué de la maison. Je le priai d'entasser des fagots au foyer de la cuisine, de manière a pouvoir déterminer un feu de cheminée quand nous le voudrions ; je lui donnai ensuite charge d'allumer quelques minutes avant qu'on sonnât l'assemblée décadaire et de courir aussitôt au clocher pour sonner le tocsin. A la faveur du désordre inévitable qui se serait produit, nous nous sauvions sûrement, mes pauvres petites et moi, et nous empêchions même la décade de réussir.

« Naud prépara les fagots, et le moment allait arriver d'y mettre le feu, lorsque M. Coutarel entra précipitamment : <,< Soyez en paix, criait-il, la grâce est obtenue, personne d'ici n'est obligé d'aller à la décade. »

« Ce fut la seule occasion où le capitaine Henry nous mit en peine. Grâce à lui, ses soldats respectèrent jusqu'à la fin notre maison. »

Le dramatique épisode qui vient d'être raconté mérite que nous y arrêtions un instant notre attention. Jamais le caractère de la Vénérable Mère ne se révéla mieux dans l'ensemble de ses admirables qualités. Ce n'est plus ici la pieuse jeune fille de Montpezat et de Saint-Martin-de-Valamas, perfectionnant encore en elle des vertus en voie de formation. Elle a trente ans à peine, et elle est déjà la femme forte, dans la pleine maturité de tous les dons naturels et surnaturels que la Providence lui a départis. La Fondatrice et Supérieure de la Présentation de Marie est là tout entière, avec sa persévérance infatigable qui ne se déconcerte devant rien, avec sa présence d'esprit qui sait profiter de tout. Cette prudence consommée, qui lui a concilié les sympathies des ennemis les plus acharnés de la Religion, fait place, au moment venu, à un courage indomptable. Celle que ses filles appelleront « la bonne Mère » montre déjà cette charité maternelle qui la fait trembler pour les autres avant de

trembler pour elle-même ; celle que l'Église proclamera « Vénérable > se manifeste avec cet esprit de foi et de confiance absolue en la Providence qui, lors même qu'il ne néglige aucun des moyens humains, ne comprend l'action qu'avec la pénitence et la prière et n'attend rien, ni de Dieu, ni des hommes, que par la prière et la pénitence.

De pareilles épreuves semblent avoir suffisamment manifesté les qualités de prudence et de force que Dieu demande à la Fondatrice d'une Congrégation nouvelle. Dieu cependant va continuer à creuser en elle les fondements sur lesquels il veut établir la sainteté à laquelle il l'appelle ; il va susciter, à cet effet, ou permettre au démon de susciter, dans les profondeurs les plus intimes de sa vie intérieure, des souffrances jusque-là ignorées.

Après l'amour de Dieu et de l'Église, s'il était un amour qui tint profondément à toutes les fibres de son cœur, c'était celui de sa chère Communauté. La frapper là, c'était l'atteindre dans tout ce qu'il y avait de plus sensible en elle.

L'n songe l'avait préparée, depuis quelque temps, à l'épreuve terrible qui l'attendait, celle que voulut subir le Sauveur lui-même de la part d'un de ses apôtres, l'épreuve de la défection et de la trahison.

« Au temps où la Communauté commençait à se former, racontet-elle, je me vis en songe au milieu d'un troupeau de brebis très blanches, parmi lesquelles s'en trouvaient quelques-unes de noires. Les brebis blanches me donnaient peu de peine ; les autres me fatiguaient tellement qu'à force de courir après elles pour les ramener au bercail, j'étais toute harassée et en sueur. Tout à coup, le loup arrive, saisit une de ces brebis noires et s'enfuit. Je me mis à le poursuivre en criant, mais je ne pouvais réussir ni à l'atteindre, ni à lui faire laisser ma brebis, et je me réveillai toute désolée et tremblante. Mon rêve, hélas ! ne s'est que trop réalisé : la brebis noire que le loup m'enlève, c'est la pauvre Sœur qui abandonne la Présentation de Marie ! ■•

bix-huit mois avant l'épisode de la décade, le 12 août 1797, alors que la petite Congrégation était encore installée dans la maison des Dominicaines, une jeune fille, qui avait déjà fait partie de la Communauté de Montpezat, mais qui avait dû en être éliminée à cause de certains défauts de caractère, se présenta de nouveau à la Véné-

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