‹ La vénérable Marie RivierChapitre 88 sur 279 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

rable Fondatrice, la suppliant avec larmes de l'accepter comme postulante. Sa confiance en la charité de la bonne Supérieure ne fut pas trompée. Oubliant ses torts passés, qui pouvaient être attribués à la légèreté de son âge, Marie Rivier l'admit au nombre de ses compagnes, et, le 21 novembre 1797, Marguerite Voile parut sceller son repentir en se consacrant à Dieu généreusement. L'événement montra bientôt que son cœur n'était pas plus droit que son esprit n'était sérieux. Se concilier l'estime et l'affection de quelques élèves du pensionnat, se mêler avec elles à de petites intrigues, en susciter elle-même par des indiscrétions et des critiques sur ses dignes compagnes et sur sa sainte Supérieure : telles parurent être ses principales préoccupations. Au mois de mars 1798, la Vénérable Mère découvrit même un véritable petit complot : il ne s'agissait de rien moins, pour la jeune étourdie, que de fonder, avec l'aide de quelques grandes pensionnaires, gagnées à sa cause, un beau pensionnat qui ne tarderait pas, sans doute, à rivaliser avec celui de Mlle Rivier et à le ruiner. La seule vengeance de la bonne Mère fut de mettre à même la pauvre fille d'exécuter ses plans sans retard, en lui donnant son congé immédiat de la maison. Inutile de dire que le projet ne put être réalisé. « Mais, dit sœur Sophie, cette épreuve fut pour notre Mère l'une des plus pénibles qu'elle ait eu à souffrir. » C'était la première « brebis noire » que le loup arrachait à son petit troupeau.

Quelque temps après, tandis que la persécution du dehors excitait en elle les plus poignantes angoisses, un nouvel orage se préparait au sein de sa Communauté.

« Cette épreuve, dit sœur Sophie, fut d'autant plus douloureuse à notre Mère, qu'elle lui vint de la personne de laquelle on s'y fût le moins attendu, et qui, par son âge, sa qualité d'ancienne religieuse, semblait promettre d'être à jamais le meilleur appui de la maison. » Sœur Sophie veut parler de cette demoiselle Félicité que nous avons vue, par l'éclat de ses talents, relever aux yeux du monde la renommée du pensionnat de Thueyts, mais en même temps se faire, au milieu des élèves, le centre d'une admiration qui était devenue pour elle le plus grand des dangers. « Cette personne, disent les Annales de l'Institut, avait commencé par oublier l'esprit de pauvreté et d'obéissance, portant jusqu'à l'excès la délicatesse pour tout ce qui tenait à la propreté de sa toilette et s'offensant des représentations qu'on lui faisait à ce sujet; de là, elle était passée à un esprit d'in-

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trigueet d'ambition, donnant à entendre aux parents et aux étrangers qu'il n'y avait qu'elle dans la maison capable d'instruire et de diriger

le pensionnat, qu'elle seule y Taisait tout, y enseignait tout. »

Le démon, attentif à profiter de tout ce qui pouvait ruiner une oeuvre si manifestement inspirée de Dieu, souillait de plus en plus dans cette aine son esprit d'orgueil et de révolte. Hâtons-nous de dire qu'aucune faute de nature à jeter une ombre sur la réputation de la Communauté de Thueyts ou de Mlle Félicité elle-même, ne put lui être reprochée. Le ferment de ruine que l'ennemi de tout bien cherchait à introduire par Mllc Félicité, clans la maison de la Présentation, est celui que la Vénérable Mère stigmatisait plus tard avec tant de force : « Mes enfants, disait-elle, il est un mal que je crains plus que le démon lui-même, c'est le mauvais esprit. Je le répète, je ne crains pas le démon comme je crains, dans une Communauté, le mauvais esprit (i). » C'est le « mauvais esprit » qui s'était emparé de la pauvre fille et qui commençait à gagner autour d'elle plusieurs pensionnaires. Sur le conseil de son prudent directeur, la sainte Supérieure, souffrant au delà de tout ce qu'on peut dire, patienta quelque temps, par commisération pour cette pauvre âme. Elle lui donna des avis, lui fit des menaces, mais tout fut inutile. Enfin, ne voyant pas d'amendement, elle lui signifia avec fermeté qu'elle ne pouvait plus supporter une pareille conduite et qu'il ne lui restait qu'à choisir entre un changement complet dans sa manière d'agir ou un départ immédiat. L'orgueilleuse maîtresse, piquée au vif et n'écoutant que son ressentiment, se laissa alors emporter aux paroles les plus vives, aux reproches les plus blessants à l'égard de sa digne Supérieure. Celle-ci lui répondit, avec douceur et humilité, qu'elle se connaissait assez pour se juger incapable de rien faire debon, mais qu'elle comptait sur Dieu et sur la Sainte-Vierge, dont sa maison était l'ouvrage. € D'ailleurs, ajouta-t-elle avec énergie, j'aimerais mieux la voir crouler que d'y supporter plus longtemps des abus tels que ceux que vous y avez établis (2). »

■tte scène pénible ne fut que le prélude d'autres désagréments

plus pénibles encore. La malheureuse institutrice congédiée chercha,

avant de partir, à tout troubler dans la maison et dans le pays par

léchants discours. Au moment de son départ, toute la population

1. I iruction sur la Charité, adressée à la Communauté de Thueyts, en juin 1S16.

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