‹ La vénérable Mère Marie de l'Incarnation, première supérieure des Ursulines de Québec; supplément à sa correspondanceChapitre 12 sur 58 · LA V. MÈRE MARIE DE L'INCARNATION ET SES LETTRES · texte numérisé non relu

LA V. MÈRE MARIE DE L'INCARNATION ET SES LETTRES

On sait la part qu'ont prise à l'œuvre de la civilisation au Canada les Ursulines de Québec, conduites dans la, nouvelle France par la V. Mère Marie de l'Incarnation. Lia place qui' lui a été réservée dans les Pageants ou tableaux historiques, cette « partie la plus originale et la plus artistique des fêtes québecquoises 1 » en est le fidèle et reconnaissant commentaire.

Transcrivons ici le récit d'un témoin oculaire : « Lie quatrième tableau est émouvant à tirer des larmes. C'est en l'année 1639. Le gouverneur Huault de Montmagny, à la tête d'une escouade de soldats et accompagné des deux cent cinquante habitants que comprend la colonie, vient au-devant des Ursulines, des sœurs hospitalières et des missionnaires à robe noire, qui sont depuis deux mois sur l'Océan. Lès sept femmes délicates qui, selon le témoignage du P. Lejeune, sont « aussi fraîches qu'au moment de leur départ », débarquent au son du canon. Transportées de joie et oubliant les honneurs qu'on leur rend, elles se prosternent et baisent cette terre, . qui a été si longtemps l'objet de leurs vœux; elles en prennent possession au nom de la charité. A la suite du pieux gouverneur, elles s'en vont à Notre-Dame-des-Victoires, la modeste église de la colonie, rendre grâces à Dieu de l'heureuse traversée qu'il leur a accordée. Chemin faisant, Mme de la Peltrie et Marie de l'Incarnation, la Thérèse de l'Amérique, embrassent les petites sauvagesses qu'elles rencontrent et leur apprennent à chanter des Noëls, premières syllabes de la vieille et immortelle chanson que les Anges annoncèrent sur la crèche de Bethléem, et qui, grâce en partie aux filles de la Mère Marie de l'Incarnation, n'allait

1. Voir Etudes, 5 octobre 1908, p. 33. Les fêtes du troisième centenaire de la Fondation de Québec. Récit d'un témoin, par le R. P. Michel Tamisier.

plus cesser de consoler la misère humaine dans ce coin de l'Amérique du Nord1 ».

Mieux encore que des tableaux vivants, les lettres de la vaillante fondatrice disent les efforts déployés par les Ursulines dans ce pays de conquêtes laborieuses. J'ai dit comment ces pages brûlantes de zèle et touchantes de naïveté ont été trop infidèlement publiées par le premier éditeur, le fils même de la sainte veuve devenue Ursuline et missionnaire. Son souci de parer et de retoucher les textes qu'il livrait à l'impression rend plus précieuses les rares épaves dont l'autographe existe encore. Nous recueillons donc scrupuleusement les quelque douze lettres écrites par la Mère Marie de l'Incarnation ou ses premières compagnes dont l'original est conservé soit au monastère de Mons, soit à la Bibliothèque municipale de Troyes.

La succession des dates nous guidera dans la publication de ces lettres inédites ou jusqu'ici inexactement éditées. Mais avant d'aborder cette reproduction des trop rares autographes que nous avons pu rencontrer ou faire transcrire fidèlement sur l'original, il convient d'insister sur un détail intéressant relatif à la dévotion de la vénérable Ursuline au Sacré-Cœur de Jésus. Celui de ses derniers biographes qui a donné aussi une édition de ses lettres, l'abbé Richaudeau 2, a signalé avec soin, dans la préface de ces Lettres, la question de priorité qui se poserait, selon lui, sur cette question de la dévotion au Sacré-Cœur, que la Mère Marie de l'Incarnation aurait connue et pratiquée avant toute intervention du P. Eudes (c'est le point le plus contestable) et cinquante ans avant la Bienheureuse Marguerite-Marie.

Sans discuter ici cette thèse, il m'a paru bon de citer, en les accompagnant de quelques remarques, et le passage du dévot biographe, avec les références fournies par lui sur les-

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