‹ La vénérable Mère Marie de l'Incarnation, première supérieure des Ursulines de Québec; supplément à sa correspondanceChapitre 15 sur 58 · Eludes, 5 juin 1906, p · texte numérisé non relu

Eludes, 5 juin 1906, p

pas empêché le premier éditeur,, la partageant en deux tronçons, de lui assigner deux dates 4 et 14 septembre. Ce n'est là qu'une des nombreuses libertés prises par lui dans son édition. En effet il y a découpé en deux lettres distinctes la longue missive de sa mère, pour en placer une partie dans les Lettres spirituelles, au prix de déplacements et transpositions regrettables l, et une autre parmi les Lettres historiques qui forment la seconde partie de son volume. Quant aux omissions qu'il s'y est permises, elles seront ici soulignées, les mots ou phrases supprimés dans le texte du P. Martin étant imprimés en italique dans la transcription de l'autographe2.

Jhs. Mra. Jph.4

L'amour et la vie de Jésus soient v[ot]re héritage. Mon très cher et bien aimé filz.

1. Aussi un paragraphe s'y trouve-t-il répété deux fois et en des termes légèrement différents.

2. La lettre figure en partie à la page 25 de la Vie du P. Martin, par Dom Martene; mais en dépit de la promesse faite par le biographe, de recourir aux originaux, et sans doute parce que l'autographe, distrait du reste de la collection et donné à Nicole par le destinataire, ne se trouva;t point à Tours, le texte en est absolument celui du recueil imprimé. M. l'abbé Chapot, au tome second de son Histoire d? la vénérable Mère Marie de l'Incarnation, publie également cette lettre,

' mais, lui aussi, sans en prévenir le lecteur, y a fait des retouches et bon nombre de suppressions qui ne respectent pas toujours le sens de l'écrivain et trahissent la pensée. (Voir plus bas, p. 38, n. 1, un spécimen de ces remaniements).

3. Ce chiffre se rapporte à la série de nos lettres inédites des premières Ursulines de Québec. Nous avons assigné le chiffre I au billet de la Mère Marie de Saint-Joseph, bien qu'il ne soit qu'un simple postcause de la nécessité de l'encadrer dans sa notice. En réalité

il faudrait chiffrer I la lettre de la V. Marie de l'Incarnation et II celle de la Mère Marie de Saint-Joseph.

4. Mazarine. m?. 24G7, fol. 357 à 360. Nous conservons l'orthographe de l'original. La ponctuation seule est modifiée. La lettre authentique n'en porte guère d'autre que des virgules qui font l'office de points, à la fin des phrases. Dom Martin, dïns cette première partie, (p. 30-33), a fait précéder la lettre du sommaire suivant. Lettre XXe à son Fils. « Elle luy

La v[o]tre m'a aporté une consolation si grande qu'il me seroit très dificille de vous l'exprimer. J'ay esté toute cette année dans de grandes croix pour vous, mon esprit enuisagent les escueils ou vou[s] pouuiez tomber. En fin n[ot]re bon Dieu luy donna le calme dans la créance que son amoureuse et patternelle bonté ne perdoit point ce qu'on auoit abandonné pour son amour. La v[ot]re mi confirma, mon très cher fïlz, et me fit voir ce que i'auois espéré pour vous et bien par dessus mes espérances1, puisque sa bonté vous a plasé dans un ordre si St et que ] 'honore et estime grandement. J'auois sôuhaitté cette grâce pour vous lors de la reforme de St Julien et de Marmoutier2 ; mais comme il faut que les vocations viennent du ciel, ie ne vous en dist mot, ne voulant pas mettre du mien en ce qui apartient à Dieu seul.

Vous auez esté abandonné de v[ot]re Mère et de vos parante. Cet abandon ne vous a-t-il pas esté vtille? Lors que je vous quitté n'ayent pas 12 ans, ie ne le fist qu'auec des conuùlsions estranges qui n'estoient conneûe que de Dieu seul. Il failloit obéir a son diuin vouloir qui vouloit que les choses se passasent ainsi, me faisant espérer qu'il auroit soin de vous. Mon cœUr s'afermi[t] pour surmonter ce qui auoit retardé mon antrée en la S te Religion 10 ans antiers. Encore

témoigne sa joye de ce que Dieu l'avoit appelle à l'état Religieux, et l'exhortj à la persévérance : Son zèle pour le martyre, et que la fidélité au service de Dieu est un martyre sans effusion de sang ».

1. M. l'abbé Chapot corrige et abrège, sans en avertir, le style de la Mère Marie de l'Incarnation, et le rajeunit à son tour. Ces phrases du début dispenseront d'une démonstration plus complète, et montreront la désinvolture avec laquelle on cite encore aujourd'hui les textes : « Votre lettre m'a apporté une consolation si grande qu'il me serait impossible de vous l'exprimer... dans de grandes croix à votre occasion; mais enfin Dieu m'a donné le calme dans la croyance que son amoureuse et paîornelle bonté ne perdrait point celui que j'avais abandonné pour son amour. Votre lettre m'y a confirmé en m'annonçant ce que j'avais espéré pour vous, et bien au delà de toutes mes espérances... » (Loc. dit, p. 7).

2. La tendance à généraliser ou à supprimer les noms propres, comme ici, pour les deux monastères de Tours, spécifiés dans le texte de la vénérable ursuline, se rencontre partout dans le texte du P. Martin. 11 imprime ici : « lorsqu'on reforma les Monastères de Tours. »

falut il que la nécessité de faire ce coup me fust signifiée par le R père dorn Raymon » et par des voys que ie ne puis pas coucher sur ce papier, bien vous le diroije à l'oreille. Je prevoys l'abandon de nos parans qui m'a donné mille croix ioint a l'infirmité humaine qui me faisoit craindre v[ot]re perte.

Lors que ie passé par Paris il m'estoit facille de vous classer. La Reine, Madame la duchesse Dayguillon et Madame la Contesse Brienne qui me firent l'honneur de me regarder de bon œil et qui m'ont encore honorée de leurs commandemens cette aimée par leur Lestres 2 ne m'eussent point refusé ce que ieusse désiré pour vous. Je remersie Me la duchaisse daiguillon du bien qu'elle vous a voulu faire. Mais la pansée

1. Dora Raymond de Saint-Bernard, religieux Feuillant du monastère de Tours, succéda à Dom François de Saint-Bernard dans la direction de la future religieuse {Vie, p. 27, 39, 169, et 206.) Il mourut en

Il la dirigea douze ans : « Notre Seigneur ayant éloigné le Révérend Père Dom Raymond qui avait esté mon Directeur l'espace de douze ans ». Ibid., 2» partie ch. VI, p. 215. Voir les lettres du 20 mars 1635 et suiv. p. 7-13 au moment où il croyait partir au Canada. Cf. Vie, 2a P. ch. XIII, p. 323-340. Le ch. XIV, p. 341, reprend à mots couverts et sans nommer personne l'histoire de cette déconvenue. Mais dom Raymond, demeuré malgré lui en France, ne cessa de correspondre avec son ancienne pénitente. Son nom se retrouvera plus bas dans la présente lettre en une partie supprimée par le P. Martin. Dom Raymond, qui avait été témoin des déchirements de sa pénitente lorsque l'appel de Dieu lui fit admettre cet abandon de son fils, si déconcertant pour la sagesse humaine, n'avait cessé de s'intéresser au jeune Claude. Il s'inquiéta, lorsque ses études furent achevées, de lui trouver un emploi, et le biographe du P. Martin, racontant l'entrée en religion de son héros, parle assez longuement d'une conversation où un éloge des Bénédictins de Saint-Maur fut l'occasion pour le futur novice de songer à ce genre de vie. Le directeur de Marie de l'Incarnation s'était occupé de placer ie jeune homme et lui avait trouvé un emploi chez un secrétaire de Richelieu^ au moment où Claude Martin lui vint faire part de sa résolution. Dès que son jeune protégé eut pris l'habit, il se hâta d'en inform mère, comme nous l'apprend le passage supprimé où nous rencontrerons son nom à la fin de cet autographe. (Cf. Dom Martène, Vie du P Martin, p. 18 et 21).

2. \ oilà des lettres, malheureusement détruites sans doute par les incendies successifs du séminaire des Ursulines, qu'on eût été heureux de publier.

qui me vint pour lors fut que si vous estiez auancé dans le monde, v[ot]re ame seroit en danger de ce perdre. De plus les pansées qui m'auoient autre fois ocuppé l'esprit pour ne désirer que la pauuretté d'esprit pour héritage pour vous et pour moy, me firent résoudre de vous laisser une seconde fois entre les mains de la mère de bonté, me comfiant que puisque i'alois donner ma vie pour le seruise de son bien aimé fils, elle prandroit soin de vous. Ne l'auiez vous pas ausy prise pour mère et pour espouse lors que vous entrate dans sa Congrégation [le jour de la Purification) 1 ? Vous ne pouuiez donc attandre d'elle q'un bien pareil a celuy que vous possédez. C'eut esté quelque chose que les auantages qui se sont presantez pour vous a paris, mes qui eussent estez infiniment raualez au desous de ceux que vous possédés maintenant, le crois et la v[ot]re me l'assure que vous ne les regrettez pas ni l'abaissement de naissance2 dont vous me parlez qui net3 nulement oonciderable (je ne scais qui vous

1. Les mots mis entre [] : le jour de la purification, ont été surajoutés en interligne, mais de la même main de Marie de l'Incarnation. Tous ces détails ont paru trop précis à l'éditeur, qui les a remplacés par l'expression vague : dans vos études. En tous cas, ces mots permettent de conjecturer qu'il s'agit de la congrégation du collège de Rennes. C'est là, en effet, que par l'entremise du P. Dinet, recteur de ce collège, le jeune Claude fut placé pour commencer ses études. (Vie, p. 182.)

2. Notons cette expression : abaissement de naissance, avec sa traduction par euphémisme, dans le texte remanié : les disgrâces de votre condition, qui amène l'esprit sur une toute autre idée. Il y a peut-être ici une allusion à ce détail révélé sans doute après coup et récemment à D. Martin que la mère de Marie Guyard : « Jeanne Michelet, issue de la famille noble des Babou de la Bourdaisière... devait être déchue de sa noblesse par son union avec un simple artisan », (Richaudeau, p. 38), lorsqu'elle avait épousé Fleurant Guyard, maître boulanger, père de notre ursuline.

3. Il est d'autant plus intéressant do signaler cette orthographe constante de la Vénérable pour le mot est, écrit et, qu'elle contribue à fortifier une conjectura très vraisemblable du P. de Rochemonteix. Dans sa Ripomt à M. l'abbé Auguste Gosselin, pour exprimer la phrase certainement^ inexacte d'une lettre de 1600, où l'on lit : « Le P. Lejeune va en l'iv (alors que ce Père a quitté le Canada le 30 octobre 10 19). l'autour se demande s'il ne faut pas lire est en France. Cette manière d'écrire, pour peu que la transcription ait été confiée à un copiste peu soucieux du sons, rendrait plausible la conjecture proposée. (Voir C. de Rochcmon-

en a donne connoissance, ie n'eusse en garde de vous en parler), ie ne vous ay iamais ésmé que dans la pauuretté de Jésus Cbrit dans laquelle ie retrouue tous les trésors.

Il est certain, vous n'estiez pas au monde que ie les souhaittois pour vous : mon cœur en ress[en]toit des mouuemens si puissans que ie ne les puis exprimer. Vous estes donc maintenant dans la milice, mon très cher fils. Au nom de Dieu faitte estât de la parole de J.-C. et pansez qu'il vous dit : Geluy qui met la main a la chariie et tourne le dos arrière net pas propre pour le Royaume des Cieux. Ce qu'il vous promet est bien plus grand que les avantages qu'on vous faisoit espérer, que vous deuez estimer boue et fange pour vous acquérir Jésus Christ. Vjotjre glorieux Patriarche St Benoist vous en a donné un grand example. Imité le, au nom de Dieu, et que mon cœur ait cette consolation par la première flotte que mes veux offerts à sa diurne B lepuis 21 an

sans intermision ayent estez receus au ciel. Je vous vois en de Stes resolutions, c'est ce qui me fait espérer que Dieu vous donnera la perseuerance. Il ne se passe iour que ie ne vous sacrifie a son amour sur le cœur de son bien aimé fils. Plaise a sa bonté que vous soyez un vray holocoste tout consommé * sur se diuin autel 2.

teix. 7ee Jésuites et la Nouvelle France, t. II, p. 166, note 1. Paris, Letouzey, 1896, 3 vol. in-8), et Réponse à un mémoire intitulé: Observations à propos du P. Le Jeune et de M. de Queyîus, par M. Tabbê Gossdin, docteur es lettres, p. 14, note 3 (Versailles, 1897, in-8.)

Page 1