‹ La vénerie (volume 2)Chapitre 16 sur 62 · DV VALET DES CHIENS ET COMME · texte numérisé non relu

DV VALET DES CHIENS ET COMME

U doit penser, gouuemer et dresser les Chiens. Chap. XIII.

jN bon valet de Chiens doit estre gracieux, fort courtois . ^el doux , aymant les Chiens de nature : et faut qu'il ait . Ijoii pied , et bon vent , tant pour entonner sa trompe que Isa bouteille. La première chose qu'il doit faire après lestre leué, est d'aller voir ses Chiens , les nettoyer et =^accoustrer, comme Testât le requiert.

Apres les auoir nettoyez il doit prendre sa trompe et sonner quatre

C iij

VENERIE PA& ou doq flioU de gresle, à fin de les renoair et appeller à loy : el q^nmé il les verra tous autour de luy » faut qu'il les couple , et en les eeuplant qu'il se prenne bien garde de ne coupler les Chiens niasles eoseîable de peur qu'ils ne se battent. Et s'il y a des ieunes Ghtms» il les faut côo^ pler auec les yieilles Lyces , pour les apprendre à suiure. Quand ils se^ ront tous bien couplez, il faut que le valet de Chiens emplisse deux grandes gibbecieres ou pochettes toutes pleines doisselets , et antres friandises, comme Sardines , Ralles de pied de chenaux fricassez , rosties à la graisse» et autres semblables, puis doit mettre tout par petits loppins dedans les gibbecieres, et prendre vue a son col, et bailler l'autre a vn de ses compagnons. Cela fait, doit prendre deux bouchons de paille nette , et les mettre à sa ceincture auec vne esponcette pour bouchonner et espoucetter ses Chiens quand ils seront aux champs. Les autres valets de Chiens ou aydes qui seront auec luy, en doiuent faire autant. Apres , il faut qu'ils prennent chacun vne belle boussine en la main , et que Tvn deux se mette deuant qui appellera les Chiens après luy, l'autre se mette derrière , qui les touchera : et s'il en y a deux autres ils se mettront aux deux costez , et ainsi s'en doiuent aller tous quatre pourmener les Chiens par les bleds verds , et par les prairies , tant pour les faire paistre, que pour leur apprendre à croire, les faisant passer à trauers les troupeaux de brebis , et autres bestial priuë , à fin de les y accoustumer, et faire cognoistre. Que s'il y auait quelque Chien mal complexionné qui leur voulut courre sus, il le faudrait coupler auec vn Mouton ou Bélier, et auec la boussine le fesser et battre longuement , en criant et menassant , à fin qu'vne autrefois il entende la voix de ceux qui les menaceront. Aussi faut passer les Chiens par les Garennes, et s'ils branlent aux connils, les menacer et chastier : parce que les ieunes Chiens, de leur nature, les ayment volontiers. Apres les auoir ainsi pourmenez, et que le soleil commencera à hausser, ils s'en doiuent aller en quelque beau pré, et appeller tous leurs Chiens autour d'eux, et prendre leurs bouchons et espoucettes pour les bouchonner et espoucetter le plus doucement qu'ils pourront : car aucnnesfois les Chiens qui courent par les fors se piquent, et prennent des espînes : ou bien ont quelques dartres ou gales : là ou les valets de Chiens ayans la main rude, en les bouchonnant, les pourroient escorcher, et faire plustost mal que bien : et aussi que le Chien courant ne veut pas perdre son poil et bourre : d'autant qu'il est incessamment par les bois, là ou l'esgail, l'eau, et autres froidures tombent sur luy. A ceste cause doit

lACQVES DV FOVILLOVX. ^2

fuGEve de bouchonner les ChienB conrans trois fois ia sepmaÎDe : mais §iiaQt aux Leurîers , ie ne dy pas qu'il ne les faille bouchonner tous les iours. Apres toutes ces choses faites » il faut que les valets de Chiens leur apprennent à entendre les farkuz , tant de la trompe que de la bouche en cette manière.

Premièrement, il faut que l'un d'eux prenne vue des gibbecieres pleine de friandises, et qu'il s'en aille à yn iect d'Ârbaleste ou plus loing^ selon que les Chiens seront iennes et dressez : car s'ils estoyent ieunes, n'ayans iamais esté dressez, il faudroit faire le forhu plus près , et ne les descoupler point , à fin que les vieux les emmenassent et trainassent au forhu. Mais s'ils sont commancez à estre dressez , on doibt aller plus loing, et les descoupler : et alors que le valet de Chiens sera à deux bons iects d'Arbaleste loing de ses Chiens (lesquels faut que ses compaignons tiennent bardez) il doibt commancer à forhuer, et sonner de la trompe , cryant, Ty a Hûlaut pour le Cerf: et Valecy aller pour le lÀeure : et ne doibt cesser de sonner et forhuer, que ses Chiens ne soyent arriuez à luy. Quand ses compagnons l'entendront forhuer, il faut qu'ib dèscouplent leurs Chiens, en criant: Escoule à luy, tyrez, lyrez. Puis quand ils seront arriuez au forhu , le valet dé Chiens doit prendre sa gibbeciere , et leur ietter toutes les friandises parmy eux , en leur criant et les resiouyssant , comme l'art le requiert. Alors qu'il verra qu'ils auront presque acheuë de manger, il doit faire signe à ses compaignons qu'ils forhuent : lesquels n'auront bougé du lieu où ils ont descouplé leurs Chiens, qui auront l'autre gibbecerie pleine de friandises, lesquels commanceront de leur costé à forhuer, et sonner de la trompe, pour faire venir les Chiens à eux. Celuy qui aura fait le premier forhu, les doit menacer, et frapper auec vue houssine, en criant, Escouie à luy, ou, Tirez à luy. Et quand les Chiens seront arriuez à eux, ils leurs doibuent donner les friandises, comme a fait l'autre. Puis après les coupler bien douce^\^nt , par-ce que si on rudoyoit vue fois vn ieune Chien au couple, vue autre fois on ne le cuideroit pas reprendre. Quand ils seront couplez, il les faut emmener au Çhenin, et leur donner à manger, et si faut laisser du pain couppé dedans leur baquet, pour ceux qui seront desgoutez. On doit changer leur paille deux ou trois fois la sepmaine , pour le moins : et entortiller des bouchons en de petis bastons, et les ficher en terre pour les faire pisser. C'est vne chose certaine , que si vous frottez vn bouchon ou antre chose de Galbanum , tous les Chiens ne faudront iamais

VENERIE PAR à venir pisser contre. El si d'aaenture il n'y aaoit dedans \e Chpoim ruisseau ou fontaine, il faut mettre leur eau dedans de la pierre, op dedans du bois , comme i'ay dit cy-deuant : laquelle faut dianger et refraischir tous les iours deux fob. Aussi par les grandes cbalecm , les Chiens se chargent souuentes-fois de pouls » pulces , et d'aolres vermines et salletez : et pour y remédier, il les faut lauer vne Xoia la sepmaine en vn bain fait auec des herbes, comme s'ensuyt.

Premièrement, faut auoir vne grande poisle tenant dix seaux d*^aiit puis prendre dix bonnes ioinctees d'vne herbe nommée Berne ou Cresson saunage : et autant de feuilles de Lapace, et de Mariolainô sauuage^ de Sauge, Romarin et JRue, et faire fort bouillir le tout ensemble t iettant parmy, deux mesures de sel. Puis quand tout aura bien bouilly^ enseoikble, et que les herbes seront bien consommées, il les faut oster de dessus le feu , et les laisser refroidir iusques à ce que Teau soit tiède : puis lauer les Chiens et bouchonnar auee le bouchon » ou bien les baigner les vus après les autres. Et doiuent estre faittes toutes ces choses au temps des grandes chaleurs , trois fois le moys pour le moins. Et aussi aucunes-fois quand on ramené les Chiens des villages, ils craignent les eaux, et n'ont pas la hardiesse de se mettre dedans. A cette cause le valet de Chiens doit regarder et eslire les iours qu'il fera chauld, esquels enuiron l'heure de Midy doit coupler tous ses Chiens, et les mener sur le bord de quelque riuiere ou estang, et se despouiller tout nud , en les prenant l'vn après l'autre : puis les porter bien auant pour les apprendre à nager^ et accoustumer l'eau. Ayant fait cela deux ou trois fois , il cognoistra que ses Chiens ne craindront plus les eaux, et qu'ils ne feront plus de difficulté de passer et nager les riuieres et estangs. Voilà comme les bons valets de Chiens les doibaent traiter et gouuerner : car en faisant toutes ces choses susdites , il est impossible que leurs Chiens ne soyent bien pensez et dressez. Aussi bien sonnent les Chiens courent par temps de pluyes , de verglatz , et autre mauuais temps : ou bien font des effortz à courre , et à nager les riuieres. Quand telles choses arriuent , le valet de Chiens leur doit faire vn beau grand feu pour les chauffer et sécher. Et quand ils seront secz» il leur doit frotter et bouchonner le ventre, pour faire tomber la terre et fange qu'ils pourroyent auoir : car s'ils couchoyent mouillez , ils seroyent en danger d'eux morfondre et deuenir galeux. Souuentesfois en courrant par les campaignes et rochers, ils s'aggrauent et escorchent les piedz. Et pour les penser et guarir, il faut premièrement

leur

lACQVES DV FOVILLOVX. ^5

lenr lauer tes piedz auec de Teau et sel. Après faut auoir des oçufz, et en prendre seulement les moyeux , et les battre fort auec du vin-aîgre et auec du ius dVue herbe qui croist sur les rochers, qu'on nomme PQozele. Puis faut prendre de la geme^ ou poix, et la mettre en poudre, etianiesler auec deux fois autant de suye. Et après mettre Tostredite poudre parmy les œufz le ius des herbes susdictes , faisant le tout chauffer ensemble , en le mouuant souuent : et se faut bien donner garde qu'il ne chauffe trop, parce que l'humidité se consommeroit , et les œufz se cuyroient , qui gasteroit le tout : mais suffira seulement de le chauffer iusques à ce qu'il soit vn peu plus que tiède : et de ce leur en* frotterez au soir les pieds, et les enuelopperez auec du linge. le n'en mettray autre chose pour cette heure , espérant en parler plus amplement sur la fin , au traittë des Receptes.

Page 1