Chapitre XXVIII
hE donneray icy intelligence à tous Veneurs memans le Limier au bois, comme ils se doiuent gou-* luerner selon les moys et saisons : car les Cerfs chanrgent de ^iandis, tous les moys, et tout ainsi que le I Soleil hausse, et que les viandis croissent, ils font muta- ^tion de gaignage.
Premièrement, ie commenceray à la sortie du Rut , qui est à la fin du
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VENERIE PAR mois d'Octobre , poursnyaant de mois en mois insques an mois de Septembre.
A ceste cause , au mois de Nouembre faut cercher les Cerfs aux braDdes et bruyères y desquelles ils vont viander les poinctes et fleurs» parce qu'elles sont chaudes et de grande substance , qui les remet en nature , et reconforte leurs membres qui sont trauaillez du Rut, et font leur demeure aucunesfois en ces branches et bruyères principalement quand le Soleil rend chaleur.
En Décembre ils se mettent en hardes, et se retirent au profond des forests pour auoir Tabry des vents froids , neiges et verglaz , et vont faire leur viandis aux houssieres , aux fueilles de la ronce et du suz , et autres choses qu'ils peuuent trouuer : et s'il negc , ils viandent la poincte de la mousse , et pèlent le boys tout ainsi que fait vue Chieure.
En lanuier, ils laissent les bardes des méchantes bestes , et s'accompagnent trois ou quatre Cerfs ensemble en se retirant aux ailes des
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JEorests ^ et vont aux gaignages au bledz yerds , comme seigles et leurs semblables.
Eu Feurier et Mars, ils vont aux viandis aux cbatons des saules et eourdes , aux bleds vers , et dedans les prez au cochet , et aux boutoos du mort bois » comme cheure fueil, bouleaux» leurs semblables. En ces mois là » ils muent et iettent leurs testes , commençans à regarder le pays le plus commode pour prendre leurs boyssons , et refaire leurs testes : et lors se départent d'ensemble.
Eu Auril et May » ils sont à repos en leurs buyssons ausquels ils demeurent pour toute la saison , et n'en bougeront iusques au commancement du Rut, si on ne leur fait de grans ennuys, se recelans près de quelques petites tailles desrobees, esquelles y aura force boys de bourdaine où ils iront faire leur yiandis : semblablement aux pois, febues, iarousses, vesceet autres légumes qu'ils pourront trouuer auprès d'eux , et feront bien peu de pays. Aucuns Cerfs y a , qui yiandent sur eux , ne sortans que de deux iours' en deux iours hors de leur buysson pour aller aux gaignages. Et notez qu'il y a des Cerfs si malicieux qu'ils font deux buyssons , et quand ils ont esté trois iours en vn costé de la forest, ils s'en vont trois iours en vn autre buysson d'vn autre costé. Ce sont Cerfs qui ont eu ennuy en leurs viandis, lesquels changent de buysson quaûd le vent tourne, pour auoir sentiment à la sortie de leur fort, de ce qui est en leurs gaignages. Et faut entendre qu'en ces mois d' Auril et May, ils ne yont point à l'eau , à cause de l'humidité de la taille et de l'esgail qui leur en donne suffisance.
En luin, luillet, et Aoust, ils vont aux tailles, comme dessus et aux grains , comme froumens , auoynes , seigles , orges et autres choses qu'ils peuuent trouuer : et à l'heure sont en leur grande venaison. Et quelque chose qu'on vueille dire, ils vont à l'eau, et les ay veu boire, mais c'est plus communément en cette saison qu'en autre , à cause des grains secz qui les altèrent : et aussi de la véhémente chaleur et sécheresse qui oste l'esgail et. humidité du boys, lequel commence à durcir.
En Septembre et Octobre , ils laissent leurs buyssons et vont au Rut : à ceste heure là ils n'ont point de repos ne de viandis certain, comme i'ay déclaré cy dessus an chapitre du Rut.
VENERIE PAK
COMME LE VENEVR DOIT ALLER
m queste aux (ailles auêc 1$ Limier, CluKp. XXIX.
NCONTINENT apm soQpper, le Venev I doit aller à la ckaaodbre de son mabtre • et s'il est au Roy, il faut qu'il aille à la chambre du Ueuteaaut de la Vénerie 9 pour sçauoir en <piel Ueu on départ les questes , afin de demander la sienne. Ce fait , ^s'en doit aller coucher pour se leuer matin, sel«a ^^la saison et temps qu'il fera» et le lieu où il. voudra aller aux bois. Puis quand il sera prest, laut qu'il boy un le coup* et aîlle quérir son Chien pour le faire desieuner, et n'oublier à empUr sa bouteille de bon y in. Cela fait, il prendra du yin-^aigre dedans le creux de sa main , et le mettra aux nazeaux de son Chien pour les loy destouper, à fin qu'il ayt meilleur sentiment. Alors s'en ira aux bois :
et si
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et* 91 é^mMUttore il troane en allant quelque Lieure , Perdrix , om autre
. oyseau ou beste coOarde , viuant du grat et pasture , c'est mauuais présage pour luy : mais s'il rencontre quelque beste ou oyseau magique , Tiuant de chair » comme Loups , Renards , Corbeaux , et leurs semblables» c'est fort bon augure pour luy. Faut bien qu'il se garde d'arriuer trop matin aux tailles et getles, là où il pensera que les Cerfs relenent et facent leur viandis : car les Cerfs de repos foDt volontiers leur ressuy dedans la taille : et encores qu'ils soyent retirez en leur fort : s'ils fient Cerfs malicieux, ils retournent aucunesfois au bort de la taille, pour veoîr s'il» oiront ou verront rien qui leur puisse nuire. Et si de fortune ils auoyent le vent du Veneur, et de son Limier, ils se pourroyent desbucber de leurs demeures et aller en d'autres, principale-
' ment à la baute saison. Lors que le Veneur verra qu'il sera heure de se mettre en queste, il faut qu'il mette son Chien deuant luy, et prenne le deuant des tailles ou des forts. Et s'il vient à rencontrer d'vn Cerf
- qui luy plaise, il doit bien regarder s'il va de bon temps ou non : et le pourra cognoistre , tant à la façon de faire de son Chien , qu'à son œil : car en regardant les routes ou voyes par où le Cerf passe , il verra souuentesfois l'esgail abbattu, ouïes foulées fraisches, ou bien la terre en la forme du pied enleuee de frais, et autres iugemens, par lesquels pourra cognoistre que le Cerf va de bon temps. Et ne faut pas qu'il s'arrestée vu tas de resueurs, qui disent que quand on trouue des arantelles dedans la forme du pied du Cerf, que c'est signe qu'il va de hautes erres. Telle manière de gens y seroit souuentesfois trompée : car incessamment les arantelles tombent du ciel , et ne sont point filées des areirgnees : ce que i'ay veu par expérience d'vn Cerf qui passoit à cent pas près de moy, là oA i'allay soudaieement venir, ie n'y sceu iamais estre à temps que les filandres ou arantelles ne fussent tombées dedans la forme du pied. 11 y a eneores vue autre chose là où ils s'amusent, qui me semble estre de peu de valeur : c'est que quand ils voyent l'eau clere dedans le pied es Keux mois là où le Cerf aura passé , ils disent estre signe qu'il va aussi de hautes erres , sans auoir regard si les terres sont aUireuees d'eau ou non. Si «»«lr-ce qu'ils peuuent bien penser que si elles soni aUireuees , 1^ petites sources qui passait par les venes et conduits d'icelle terre, remplissent d'eau la forme du pied et l'esdercissent sondaiftement : qui sont les causes pourquoy le Veneur y doit bien regarder, et ne s'amuser du tout à son Chien : car il y en a qui trompent sonnent leurs mais^es 1 et principallement les Chiens de haut nez : les-*
quels ne valent gueres pour le matin à cause de Teggai! , et à telle heure tirent fort laschement, faisant peu de compte des Toyes, comme si vn Cerf al loi t deuant eux de hantes erres : mais quand le Soleil a donné dessus » et qu'il a attiré le sentiment de la terre , Tesgail estant tombé , à rheure ils ont bon nez et font bien leur deuoir.
Pour reuenir donc à nostre premier propos : Si le Veneur rencontre d*vn Cerf qui luy plaise allant de bon temps deuant luy, et que son Chien le désire bien » il le doit tenir de court de peur quil caquette , et aussi qu*yn Chien suyt mieux au matin » estant tenu de court qu'autrement : combien qu'il y a des Veneurs qui leur donnent la longueur du traict , ce qu'ils ne doiuent faire. Apres qu'il aura reueu quel Cerf c'est et quelles cognoissances il a , faut qu'il le rende au couuert , et le rembusche s'il peut , en reuoyant toutes les cognoissances tant du pied que des portées et foulées. Ce fait, faut qu'il iette ses brisées , l'yne haute et l'autre basse » comme l'art le requiert : et tout soudain , tandis que son Chien est eschauffé » il doit prendre ses deuans , et faire ces enceinctes deux ou trois fois : l'vne par les grands chemins et Toyes , à fin de s'ay— der de son œil » l'autre par le couuert » de peur que son Chien sur-aille : car il aura tousiours meilleur sentiment par le couuert que par les Toyes et chemins. Et s'il ne trouuoit le Cerf sorty de son enceincte , et qu'il mescree auoir bien destoumé , il s'en doit aller à sa brisée et prendre le contre-^pied pour leuer les fumées tant du releué du soir que du matin , en regardant le lieu où il a fait son viandis , et de quoy : aussi pour yeoir ses ruses et malices , car par ses ruses le Veneur pourra cognoistre ce qu'il fera estant deuant les Chiens : parce que si au matin il fait ses ruses en l'eau, ou bien dedans les chemins, quand il sera laissé courre deuant les Chiens, toutes les ruses qu'il fera seront en mesmes lieux, et semblables à celles qu'il aura faites au matin. Et par là, le Veneur pourra garder l'auantage des Chiens et des piqueurs. Que si d'auanture le Veneur trouuoit deux ou trois entrées, et autant de sorties, il doit bien regarder laquelle entrée l'emporte allant de meilleur temps, et si les sorties ne sont point de la nuict : parce qu'vn Cerf sort et entre pinsieurs fois la nuict dedans son fort : ou bien , si c'est vn Cerf malicieux, il pourra faire de grandes ruses , allant et reuenant sur luy plusieurs fois : lors si le Veneur ne pouuoit venir à bout de toutes ces sorties et entrées, ne sçachant laquelle de toutes le pourroit emporter, il faut qu'à l'heure il prenne ses cernes et enceinctes plus grandes , et enfermer dedans toutes ses ruses, entrées, et sorties. Puis quand il verra que le tout
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demeure en son énceincie» excepté sealement yne entrée par laquelle il pourroit estre venu des tailles ou gaignages, à l'heure faut qu'il mette son Chien dessus, et le face, s'il est possible, faulcer i^sques au fort : car il faut présumer que ces voyes l'emportent. Et en ceste manière se doivent destourner les Cerfs, non pas comme font les Veneurs du iourd'huy : car depuis qu'ils yoyent qu'ils ne peuuent venir à bout d'vn Cerf, ils se mettent à fouler les forts pour le lancer, qui est souuentesfois cause qu'ils ne trouuent rien en leurs enceinctes. Il y en a quelques-vns qui se 6ent en leurs Chiens , et quand ils rencontrent d'vn Cerf, ils le brisent seulement à l'entrée du fort, et s'en vont au dessoubs du vent : et si leurs Chiens en veulent au vent , ils ne font point d'enceincte , mais se contentent de cela. Telles sortes de gens se fient plus en leurs Chiens qu'en leur ceil : et me semble j^u'vn bon Veneur ne doit iamais faire cas d'vn Chien qui en désire au vent, parce qu'il ne met iamais le nez à terre, qui est cause qu'il trompe bien souuent son maistre.
COMME LE VENEVR DOIT ALLER
m que8ie aux tailles ou gaignages , pour veoir le Cerf à veuë. Chap. XXX.
\ E Veneur doit regarder le soir auant en quel pays les Cerfs releuent : et si c'est dedans les tailles, il Ta ut qu'il regarde par quel lieu il pourra v^r le k tidemain à bon vent : et aussi qu'il choisisse quelque bel arbre sur le bort de la taille, de laquelle il p pourra voir à son aise toutes les bestes qui seront deiîdans.
Le lendemain se doit leuer deux heures deuant le iour, et aller au boys : puis quand il sera arriué prés des demeures , faut qu'il laisse son Chien en vne maison , ou bien s'il a vn garson auec luy , il luy pourra donner à garder, le faisant demeurer en quelque lieu où il pourra trouuer s'il en a affaire. Alors s'en doit aller à son arbre qu'il aura remarqué le .soir auant, et monter dedans, regardant en la taille : et s'il veoitquelqueCerf qui luy plaise, faut qu'il regarde quelle teste il porte , et ne doit bouger de là iusques à ce qu'il le voye r'embuscher au fort. Puis quand il verra qu'il sera au couuert, faut bien qu'il regarde l'endroit et le lieu par où il entre , et le remarquer à quelque petit arbre ou autre chose qu'il pourra veoir. Ce fait, il descendra secrettement
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de son ai^re, el s*en ira quérir son Cliieii. Mais iaot qa'il aale ¥a ao^ cret, c'est qu'il ne doit aller destourner le Cerf d'vne bonne heure après
qu*il l'aura veu , par ce qu'aucunesfois les Cerfs font leur ressuy au bord du fort, ou bien resortent dedans la taille pour escouter s'ils oirront ou yerront rien qui leur nuyse , comme i'ay dit cy devant : qui est* la raison pourquoy le Veneur n'y doit aller si soudain. Et si d'auantare , en faisant son enceincte, il oyoit les Pies ou Geays caqueter» il faut qu'il se retire, car ce seroit signe que le Cerf seroit encores debout. D pourra retourner enuiron demye heure après faire son enceincte. Estant bien destoumé, s'en ira à l'assemblée faire son rapport, et .deschiffirer la (este du Cerf qu'il aura veu , et tous autres bons signes ^i y pour-* ront estre : et si de fortune il leue les fumées, les doit mettre en sa trompe et les y porter.
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COMME LE VENEVR DOIT ALLER
en quesle aux petites couronnes des tailles desrobees , qui sont par le milieu des forts. Chap, XXXL
lEN souaent les Cerfs malicieax » qui ont autres /fois esté courus et chassez , se recèlent longuement [sur eux y sans sortir de leur fort: et font leur viandis ^ea quelques petites tailles et couppes desrobbees qui himi par le milieu des forts : et le font plus communément en May et luin qu'en autre saison» parce qu'en ces mois ils ne vont gueres à Teau, et se contentent de l'humidité et substance de la gette*» et de l'esgail qui est dessus, lesquels leur donnent suffisance. Mais en luillet et Aoust que le bois durcist et que les chaleurs sont véhémentes , il faut qu'à l'heure ils se décèlent de leur fort ponr aller à Veau. Toutesfois, en quelque saison que ce soit, ils ne
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VENERIE PAR se peuuent receler plus haut de quatre ioars, sans sortir hors da buissoD, pour beaucoup de raisons : dont rvne est , qu'ils veulent aller veoir là ob. demeurent les autres bestes, ausquelles ils espèrent leur sauuegaide» à fin que sMIs se voyoient courus des Chiens , de les donner en change ; ou bien sortent pour aller aux gaignages : toutesfois quand ils sortent, ils se retirent en leur fort deux ou trois heures auant iour.
A tels Cerfs malicieux il faut que le Veneur en vse en cette sorte. Premièrement y quand il sera aux bois en quelque beau buisson ou fort, au bout d'vne forest, et qu'il vient à r'encontrer dVa Cerf de vieux temps, comme d*vn ou deux iours , et que le pays fust fort rompu de ses vieilles erres , lors doit prendre ses deuants de tous costez ; et si d'aoenture il ne le trouuoit point en-allé » ne sorti de bonne de vieux temps, il doit présumer en luyHDdesme qu*il ne s'en va point, et qu'il se recelé sur luy dedans le fort. Alors doit aller prendre le dessoubz du vent, et entrer dedans le fort , tenant son Chien de court , en brossant le plus secrètement qu'il pourra. Et s'il veoit que son Chien ayt le vent de quelque chose « et qu'à veoir sa contenance il fust près du Cerf, il se doit retirer arrière, de peur de le lancer, et aller entrer par quelque autre endroit là où le bois seroit plus cler. Puis s'il arriue à tronuer quelques petites couronnes ou tailles desrobees, là où le Cerf auroit fait sa nuict, il en pourra reueoir à son aise, et leuer ses fumeès. Mais faut icy noter vue chose , c'est qu'il ne doit pas aller en tels lieux qn'il ne soit pour le moins neuf heures du matin , pource que tels Cerfs font aucunesfois leur ressuy dedans ces petites tailles pour auoir la chaleur du Soleil : puis quand il vient sur les neuf heures , ils se retirent à l'ombre pour deux raisons principales : dont l'vne est, pour la crainte des mouches et tahons, qui les tourmenteroyent , s'ils estoyent au descouuert: l'autre, pour la véhémente- chaleur du Soleil, qui seroit sur le Midy.
Et faut bien que le Veneur se prene garde d'entrer guère auant dedans le fort, parce que tels Cerfs demeurent aucunesfois à la longueur du traict de ces petites tailles desrobees , d'autant qu'ils ny ont point de crainte ne d'ennuy : mais leur suffist seulement d'estre au couuert, et aussi qu'ils se releuent en telles taillies dés cinq heures du soir. A cette cause, doit suffire au Veneur d'auoir reueu par pied, et lené les fumées du Cerf, puis se retirer le plus secrètement qu'ils pourra, sans s'amuser à regarder les portées ,. tenant son Chien entre ses bras. Et quand il sera assez loiog de là, doit contrefaire le bergier, ou bien sonner de
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quelque flagean , de peur que le Cerf ayt eu le vent, de luy, et qu'il se soit lancé : car en ioûant des instrumens ou chantant , il se pourroit r*asseurer. Âpres pourra arrester demye heure ou plus en quelque lieu pour Te laisser asseurer, puis refera son enceincte. Et, si d'auanture il ne pouuoit leuer les fumées , et que le pays fust si feutré d'herbe qu'il n'en peust reueoir par pied à son ayse , lors doit mettre le genoil en terre, ayant son Chien derrière luy, regardant aux foullees des fueilles et de rheri)e si elles sont bien estraintes, mettant sa main dedans la forme du pied : et s'il veoit qu'elle ayt quatre doigts de largeur, il le peut iuger Cerf de dix cors par les foulées : mais s'elle n'auoit que trois doigts dfe largeur, il le doit iuger ieune Cerf.
COMME LE VENEVR DOIT ALLER
en queste aux gaignages. Chap. XXXIL
L faut icy entendre qu'il y a différence entre gai-, ^gnages et tailles, car ce que nous appelions gaigna- ^ges, sont champs et iardins où croissent toutes espe- |ces de bledz et potages : et quand les Cerfs vont là ^viander, nous disons qu'ils ont esté aux gaignages. ^n faut que le Veneur se leue matin pour aller en queste en tels lieux , parce que les bonnes gens des villages , qui sont es enuirons , se leuent dés l'aube du iour pour mettre leur bestial aux champs , qui est cause que les Cerfs se retirent de bonne heure en leur fort : et aussi que les Vaches, Cheures, Brebis, et plusieurs autres bestes, romperoyent les voyes ou routes par où le Cerf auroit passé, qui seroit cause que le Veneur n'en pourroit reuoir, ne son Chien auoir sentiment. Et par ainsi, faut qu'il aille en queste au plus matin.
COMME LE VENEVR DOIT ALLER
requester le Cerf, qui aura esté couru et failly le iour auant. Chap. XXXIII.
I L arriue bien souuent qu'on faut à prendre le Cerf à force en [beaucoup de sortes. Âucunesfois à l'occasion des grandes
' chaleurs , ou bien qu'on est surprins de la nuict , et en plusieurs
autres manières qui me seroyent prolixes à narrer. Quand telles cho-
VENERIE PAR ses arriuent » il faat se goùoerner en cette façon. ^ ' *
Premièrement , ceax qui accompaignent les Chiens doieeni îétièr yne brisée aux dernières voyes ou erres là où ils laisseront le 6eff^'^^à fin de le retourner quester le landemain dés le point du iour, nttMle Limier et les Chiens de la meute après eux. Car quand il est qtteêtfdn
de requester vn Cerf, il ne faut faire rapport n'assemblée , parce qu'on ne sçait si la suyte sera longue, n'en quel pays il sera allé : ioint auec ce que communément Cerfs courus vont tant qu'ils ont force : puis s'ils trouuent quelque eau , ils s'arrestent longuement dedans, et se roidissent en telle sorte les membres, qu'au sortir d'icelle ils ne peuuent pas aller gueres loing : et à l'heure sont contraincls de demeurer en quelque lieu que ce soit, mais qu'ils soyent au couuert, faisans leur yiandis de couché, de ce qu'ils peuuent trouuer autour d'eux. Quand les Veneurs seront arriuez aux dernières voyes.où aura esté mise la brisée, ils se doiuent départir : et celuy qui aura le meilleur Chien , et de plus haut ne«
doit.
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doit prendre le droit» et faire suyure son Chien sur les routes, en le tenant de court , n'ayant crainte de le faire sonner et appeller. Les autres doiuent prendre les deuans au loiog par les fraischeurs et lieux commodes pour en reueoir à leur ayse, et pour le sentiment de leur Chien. Et si de fortune l'vn d'eux le trouuoit passé , il se doit mettre auprès , et faire suyure son Chien, en huchant ou sonnant deux mots de la trompe pour appeller ses compaignons , et pour faire approcher la meute. Les autres Tayaut ouy, incontinent doiuent aller à luy, et regarder tous ensemble si c'est leur droit : et s'ils cognoissent que ce soit luy, fant qu'ils laissent suyure le Chien qui désirera le mieux les voyes : et les autres se doiuent départir et reprendre encores les devants au loing. Et si d'auanture ils le trouuoyent entre en quelques belles demeures, faut qu'ils facent approcher les Chiens d'eux , et faulcer au trauers du fort. Et s'ils arriuent à renouoeller les Yoyes dedans le fort, doiuent bien regarder si c'est point du change. Mais si celuy qui fait la suytte cognoist que ce soit son droit, doit sonner deux mots pour appeller ses compagnons, et pour aduertir les piqueurs qu'ils se donnent de garde, parce que son Chien renouuelle les voyes. Et si de fortune il vient à le lancer, et qu'il trouue cinq ou six reposées l'vne auprès de l'autre, il ne s'en doit pas estonner, car volontiers les Cerfs trauaillez et mal menez y font plusieurs reposées, les vues prés des autres, parce que ils ne se peuuent tenir debout , mais faut qu'ils viandent de couché. Les ieunes Veneurs qui n'entendent ce secret , y sont souuentes-fois trompez : car quand ils voyent tant de reposées, ils pensent que ce soit vue barde de bestes, et faut bien qu'ils y regardent.
COMME LE VENEVR DOIT ALLER
m quette aux htmte$ funiayes. Chap. XXXIIII.
^ Vand le Veneur ira en queste aux hautes fustayes ,
il faut premièrement qu'il regarde deux choses : sça-
uoir est, la saison où il sera, et les demeures de la fo-
rest. Car si c'est en la haute saison , les tahons, mou-
[ sches et autres vermines chassent les Cerfs des fustayes
. et aussi qu'ils s'escartent aux petis fors prés des gai-
,gnages.
Il y a des forests de diuerses sortes : les vues sont fortes de houssieres , les autres ont par le milieu des couronnes de brandes, il y en a d'autres
VENERIE PAR qui sont enuironnees de tailles. Et par ainsi , faut qoe le Veneur se goaueme selon le pays qu'il Terra : car aucunes-fois les Cerfs demeurent
dedans les petites couronnes de brandes, soubs quelque petit arbre au descouuert, ou bien dessoubs les fustayes, ou au bord d^icelles en quelques petites brosses : et faut qu'en tels lieux le Veneur face ses enceincteSy grandes ou petites selon les demeures : parce que si on lance vn Cerf dedans les fustayes, ou ne lecuydera plus destourner ne approcher : et si le Veneur est sage ^ il n'en fera point de rapport.
l'en parlerois plus au long , mais ie voy que les Veneurs qui vien-; dront après nous n'auront pas grand peine à cercher les Cerfs aux fustayes.
lACQVES DV FOVILLOVX.
VENERIE PAR