CHAP. V
%E me suis plusieurs fois trouué en la Court et es mai- ^sons de Princes et grands Seigneurs, là où on me de* ^mandait de la chasse du Loup. Et quand ie venois à 'discourir ce que ie faisois , moy et mes gens , aussi le moyen decognoislre le buisson, auec la couche du Loup, Uuec nos Limiers , ils s'en rioyent , disant qu'il n'estoit point dé Limier, pour le Loup : mais l'expérience monstre le contraire : car i'en ay tousiours deux ou trois bons, et bien dressez, encores que durant les troubles on m'ait pillé et desrobbé quatorze Chiens coorans , des meilleurs de France , et huict grands Leuriers , tous faicts à la chasse du Loup.
Le Veneur donc qui veut aller pour le Loup , se leuera auant le poinct du iour , et partira du logis pour estre incontinent après le poinct du iour au carnage. Arriué là tiendra son Limier de court , et s'approchera du carnage. S'il voit que lacharongoe ait esté trainee hors du lieu où elle estoit , il se peut asseurer que le Loup ou Loups y ont mangé , cela en est la vraye cognoissance : car les mastins et autres chiens ne traînent point le carnage , mais le mangent en la place ou ils le trouuent.
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Le Veneur donc pourra itiger le nombre des Loups à peu près, parce qu*ils auront beaucoup ou peu mangé. Puis ^ s'il y a terres labourées à rentoun connolstra le quartier où les Loups se retirent après anoir mangé : parce moyen on pourra en assurance lascher son Limier sus les voyes , sans le trop rebaudir.
Quand il sera arriué auprès du bots , si son Limier n'est secret, le tiendra plus court f et fera toutes les sentes, chemins , et aduenues de lli lisière dudit bois on buisson : et là où son Limier trouuera le rembu»*chement , et qu'il se voudra présenter aux branches , ronces ou herbes , n'entrera plus auant , et festoyera son Limier en le retirant de là sans le permettre entrer plus auant : cari'ay veu beaucoup de Loups qui n'estoyent la longueur du traîct loing du bord du bois : de fait que si c'est vu yiel Loup , il sera quelque temps à escouter au bord du bois, et s*il a esté autresfois chassé, et il ayt le vent du Limier, ou bien qu'il l'ait ouy , s'enfuira de grand effroyà plus d*vne lieuê ou deux de Ik. Ayant ilope le Veneur trouué le rembuschement des Loups , il mettra à l'entrée du bois vne brisée par terre et plus auant vue autre brisée pendante, jpuis ira faire son enceincte , et prendra les deuants en quelque grand chemin, ou petit vallon, s'il y en a. S'il trouue que les Loups soyent passez, ne fera bruit ny poursuite grande, mais brisera comme deuant, pour aller encore par autre endroit plus auant faire les deuants. Aussi s*tl ne trouue point qu'ils soient passez , doit regarder s'il y a des forts ou quelque beau costeau, qui soit vers le midy ou Soleil leuant, plein d'herbes et mousses, ou bruieres, principalement en temps d'fayuer, alors il se pourra bien asseurer que le Loup fait là sa demeure. Autrement en est il en esté , car durant les chaleurs, il se retire es bois taillis assez clairs, à l'ombre de quelque hallier , ou es bois de haute fustaye , et alors le Veneur pour le prendre vsera des mesmes moyens que dessus , en conduisant son Limier comme auons dit. Et si d'auanture les Loups n'auoyent esté au carnage, ou qu'on ne leur en eust point baillé , ceux qui mènent les limiers doiuent dés le soir départir leurs questes, et auant le iour se leuer , et s'en aller chacun à son quartier, et n'approcher du bois qu'il ne soit grand iour : parce que bien sonnent m'estant arresté assez loing du bois à vne haie , ou au bout d'vn village, ie les ay veu aller à leur buisson et rembuschement. Estant donc ainsi arriué auant le iour , faut escouter les abbais des mastins et Chiens des villages : car si le Loup a passé près de là , ils se tourmenteront d'abbayer auec grand effroy , d'autre façon qu'ils ne font aux gents : et alors chacun pourra bien estimer
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v^^r qa'U y a des Loups ea ces quartiers là» Le iour venu , faut s'achemioer vers le bois , tousiours ayant Vceil en terre , pour recongooistre les traces et pas de quelque Loup qui aura passé par là , comme s'il a pieu vne heure ou deux auant le iour » on pourra facilement iuger que le Loup n'est allé loing , et si Ion void sus quelque terre , chemin ou taupipr4f que ses pas ou voyes sont pour aller droit au bois , alors faut seniettffç en queste le long dudit bois ou buisson, et ne faudra on à voir par le, moyen du Limier bien dressé, le rembuschement dVn ou de pluateufs Loups. Cependant on fera toute diligence de briser , faire ses 'enceiiiles et prendre les deuans» comme auons cy dessus déclaré.
Comme Ion doit chaster les Loups auec les Chiens courans et prendre à force Chap. vi.
E buisson fait, se retirera le Veneur au lieu où rassemblée aura esté termee » et chacun de ceux qui auront esfé eu queste auec les Limiers fera son rapport : puis ayant tous prins leur réfection du matin , le plus souuent le long d'vne haye ou buisson , Ion doit enuoyer les varlets auec leuriers aux huttes 9 qui leur auront esté monstrees et marquées par le Seigneur» ou homme à ce cognoissant. Les Chiens courans seront départis par bandes» les vos seruiront pour la meute après que le Limier les aura lancez. Et là faut bien auoir le soing que ceste bande soit des meilleurs» mieux dressez, et plus vistes Chiens : lesquels, selon le nombre des Chiens , sera bon de changer à vue heure de là , ainsi que Ion pourra aduiser. Sur tout, faut que tousiours le varlet des Chiens soit à pied, pour les accompagner de près, et les enhardir quand il sera besoing. Pour ce regard sera bon d*heure à autre luy bailler Chiens frais et de relais, et qu'il les relaye de près : par ce moyen les premiers baillez reprendront leur baleine tout à leur aise. Yray est que pour les rendre plus hardis, faudra qu'il parle souuent à eux , et donne courage auec le son de sa trompe. Car il y a beaucoup de Chiens , s'ils ne sont de race , qui n'osent entreprendre à courir les Loups , principalement les vieils Loups , d'autant que sont bestes plus furieuses que les ieunes. Si le bois est grand , et que Ion n'y puisse aller à chenal , ie trouuerois bon qu'il y eust un varlet pour accompagner les Chiens et les tenir en queue le plus près qu'il] pourroit. Aussi voudrois bien qu'il sonnast souvent de sa trompe , et qu'auec son forhu il ne cessast d'enhardir ses Chiens.
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Vraj est que les autres q«i ne sont à la qoeoë des Chiens » oe doiveq! sonner mot , parce que tant de sonneurs de trompes sonueiitesfotft e^ stourdissent les Chiens, et lenr font perdre tout crédit et moyen de bîra chasser, quand l'vne sonne deçà, Taulredelà. Si c'est un vieil Loup, eliq«i ne voye aucune chose qui luy nuise, ne faudra d'entreprendre le com^v ains si on le veut prendre à force, et que le temps de iour soit assez ioiig, faut le rebouter, et rembarrer dedans le bois quand il s'offrira. Incontinent le Loup après auoir cerchë tous moyens de sortir , et trouuant tousiours gens tant àpied qu'à chenal, et tabourins qui luy feront teste, se sentira tant pressé, qu'il ne sçaura auoir autre recours, sinon de courir ça et là. Alors on doit continuer à luy bailler Chiens frais et de relais, qui le courent à pleine vue. Qui est une des plus belles chasses qu'il est possible de vtSr. Cependant il se faut donner garde de ses ruzes : car après qu'il n'en peut plus , ou il gaigne dans une grande tanière de Blereau , là où il entre la queue deuant , et alors le faut enuironner de Chiens pour le tenir aux abbais : ou bien il se saune dans quelque fort hallier d'espines ou ronces : alors chacun y doit accourir pour là le prendre et saccager. Ten ay prins beaucoup à force, dont aucuns ont duré près de huict heures, lés autres se sont en cela tellement entretenus, gardans leur force et haleine, que la nuict venoit, et nous les perdions par faute de ionr. l'en ay chassé tel qui a duré dix heures, à raison qu'il alloit sonnent boire et se rafraichir en vue mare dedans le bois. C'est pourquoy on dit, que l'homme de guerre doit auoir trois choses en luy , assaut de Leurier, fuite de Loup , et défense de Sanglier. Car l'homme de guerre doit assaillir aussi hardiment , que fait vn bon Leurier, qui prend et assaut tout ce qu'on luy monstre : s'il luy est besoin se retirer, faut qu'il garde l'haleine de luy ou de son chenal : et s'il est tellement pressé de combattre qu'il n'en puisse eschapper, faut s'acculer contre maison , baye, ou fossé, ou buisson , et là soustenir l'assaut , et cependant aduiser de grande hardiesse à tuer quelqu'vn de ceux qui l'assaillent, et passer à trauers d'eux, par ce moyen plusieurs combattans se sont saunez. Au surplus, si on chasse en vn buisson , et qu'on ait failly, les Loups le landemain y reuiendront, et rembuscheront au mesme buisson s^entrecerchans , mais le iour d*apres ne les y faut plus cercher. Aussi si quelque Prince ou grand Seigneur vouloit courre à force de Chiens courans , faudroit enuironner le buisson de Leuriers , et se tenir à trente ou quarante pas loing du bois , afin qu'incontinent que le Loup mettra la teste hors, ils le -rembarrent dedans. Car s'il a esté couru des Leuriers, et qu'il en Irouue quel-
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quWD en teste en tous endroits où il s*offrira à sortir, il n'osera plus entreprendre la campagne. Et s*il admeàt que le buisson soit si grand que OB ne le puisse enceindre et enoironner de Leuriers , faut Tenuironner de telle ou quelques grands halliers à maille carrée de bonne grosse ficelle haut d'vne brassée, pour seruir de défense seulement. Et ainsi le Prince anvoit bien son plaisir de voir chasser ses Chiens.
Comme on doit chasser les Loups sans Limier.