CHAPITRE VIIL
L y a certaines saisons esquelles les petits chiens sont mal-aisez à sauuer et eschapper, principalement quand ils naissent sur la fin d'Octobre, à cause del'hyuer et froidures qui commencent à régner, et que les laictages et autres choses pour les ^nourrir sont deiïaîllis : et partant il est bien difficile quand ils naissent en telle saison , de les pouuoir eschapper, d'autant que Thyuer les a surprins auant qu'ils ayent force de résister au froid : et encores qu'ils eschappent, ils demeureront petits et foibles. L'autre saison fâcheuse pour les eschapper et auier, est en luiilet et Aoust, à cause des véhémentes chaleui^ et des mousches, puces, et autres vermetz qui les tourmentent. Et pource, la droicte saison en laquelle ils doiuent naisti*e, est en Mars, Auril et May, que le temps est tempéré, et que les chaleurs ne sont trop véhémentes : aussi que c'est la droicte naissance que nature a donnée à tous animaux, comme à Vaches, Cheures, Brebis et leurs semblables : parce qu'on trouue en ce temps leur nourriture. Et veu que les chiens naissent en toutes saisons , et que plusieui*s se ddectent à en tirer de la race, et les nouirir en quelque saison qu'ils viennent, i'ay bien voulu selon ma fantaisie donner intelligence et moyen de les pouuoir eschapper. Pi*emieix^ment, s'ils naissent en hyver il faut prendre \n muy ou vne pippc bien seiche, et la desfoncer par vn bout, puis mettre de la paille dedans, et coucher le muy ou pippe en quelque lieu où on face ordinairement bon feu : puis mettre le bout desfoncé deuers la cheminée , afin qu'ils ayent la chaleur du feu. Et faut bien nouri'ir la mère de bons potages faits de chair de Bœuf ou Moulon. Or quand les petits chiens commenceront vn peu à manger il leur faudra accoustumer le potage sans saller, à cause que le sel les dessèche et fait venir galeux, à quoy ils sont suiects quand ils naissent en hyucr. Il faut mettre en leur potage force sauge, et autres herbes chaudes. Et si d'aduenture on voyoit que le poil leur tombast, il les faudroit frotter j p d'huile de noix, et de miel meslez ensemble, en les tenant dedans leur pippe ou muy le plus
netlement qu'on pourra, et changeant leur paille tous les iours. Et quand on verra qu'ils
commenceront à aller, faut auoir vn ret fait de gros filet, lassé à maille de presse, et en foncer
auec vn cercle le bout de la pippe ou muy, ainsi qu'on fonce vn tabourin de Suisse , afin de les
i Vt garder de sortir, parce que les autres chiens les mordroyent , ou seroyent marchez ou rompuz
l !•' des hommes : et faut faire la pippe ou muy en sorte qu'on Touure quand on voudra. Quant aux
autres chiens qui naissent l'esté, ils doiuent estre mis eu quelque lieu frais oii les autres chiens n'aillent point, et doit on metti*c dessouz eux quelques dayes ou ais, auec de la paille par dessus qu'il faut changer souuent, de peur que la fraischeur ou humidité de la terre leur face nuisance. Us doiuent estre en lieu obscur, pour euiter que les mouches ne les tourmentent: et faut aussi qu'ils soyent frottez deux fois la semaine pour le moins, d'huile de noix, meslee et battue auec du saffran en poudre : car cest oingt fait mourir toute espèce de vers, et
Îrcconfoiie le cuir et les nerfs des chiens , et garde que les moifches et punaises ne les tourmeny lent. Aucunes-fois il en faut frotter la Lyce, et mesler parmy du ius de berne, ou cresson
I sauuage, de peur qu'elle porte des pulces à ses petits, sans oublier à la faire nourrir de bons
Il potages comme dit est. Quand les petits chiens auront quinze ioui*s , il les faut seurer , et huit
iours après leur coupper vn nœud de la queue , en la forme et manière que ie declareray cy après au traité des receptes. Puis quand ils commenceront à voir et ù manger, il leur faut donner de bon laict pur tout chaud, soit de Vache, de Cheure, ou de Brebis. Et notez qu'il
lACQVES DV FOVILLOVX. 7
ne les faut mettre au village qu*i!s n'ayent deux mois, pour beaucoup de raisons : dont Tvne est y qu'ils ont tousiours la tétine de la mère, et que d'autant qu'ils la tètent longuement, ils tiennent plus do sa complexion et naturel : ce qu'on peut voir par expérience : car quand vne lyce a de petits chiens, faites en nourrir la moitié à vne mastine, vous trouuerez qu'ils- ne seront iamais si bons que ceux que la mère aura nourris. L'autre raison est, que si vous les séparez d'ensemble plutost que deux mois, ils seront froidureux, et leur sera esirange de la mère qui les eschauiïoit.
LES SIG^ES QV'Oy DOIT RECrARDEIl
, si les pet ils Chiens sont bons, ou non. CHAPITRE IX.
r»^^;ES anciens ont voulu dire qu'on recognoist les meilleurs chiens aux tétines des ^"*^'V*meres, et que ceux qui tcttent le plus près du cœur, sont les meiDeurs et plus fj vigoureux , à cause du sang qui en ccsl endroit est plus vif et délicat. Les autres ont [dit le cognoistre dessous la gorge à vn siiig qu'ils ont, ou il y a des poils qui sont comme de poreaux : et que s'il y a non-pair, c'est signe de bonté : et que s'il y a pair, c'est
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mauuais signe. D'autres ont voulu reganler aux ianibos de derrière, aux erigoleurcs, que s'il n'en y a point, c'est bon signe, et s'il y en a vnc, que c'est aussi bon signe : mais s'il y en avoil deux, seroit mauuais signe. Il y en a aussi qui ont voulu regarder dedans la gueule, I)ensan5 que ceux qui ont le palais noir, fussent bons, mais ceux qui l'auroient rouge, ne valussent gueres : et s'ils ont les nazeaux ouucrts, c'est signe qu'ils sont de haut nez. Si l'on considère la reste du corps, il n'y a pas grand iugement qu'ils n'aient trois ou quatre mois. Toutesfois ie prens ceux qui ont les aureilles longues, larges, et espesses, et le poil de dessous le ventre gros et rude , pour les meilleurs : lesquels signes i'ay esprouué et trouué véritables. Or par ce que i'ay parle cy dessus de ceste mastiere, ie n'en diray autre chose.
QVE LON DOIT NOlItRIR LES PETITS
Chiens aux villages, et non aux boucheries. CHAPITRE X.
3VA>'D les petits chiens auront esté nourris deux mois soubs la mère, et Uu'on verra qu'ils mangeront bien, il les faut enuoyer aux villages en L quelque beau lieu qui soit près des eaux, et loing de garennes : par ce que [s'ils auoient soulTrette d'eaux, quand ils \iendroient en leur force ils pour- [roient estre subiets à la rage, à cause de leur sang qui seroit sec et ardant, 'OÙ l'eau les nourrit et humectifie. Aussi s'ils estoient près des garennes, ils se pourroient rompre et effiler après les Connils. On les doit nourrir aux champs de laictages , de pain , et ig toutes sortes de potages. Et faut entendre que la nourriture des villages leur est beaucoup meilleure que celle des boucheries : d'autant qu'ils ne sont point enfermez, et qu'ils sortent quand ils veulent pour aller paistre, et apprendre le train de la chasse: aussi qu'ils accoustument le froid, la pluye et tout mauuais temps : n'estans subiets à courir au bestial priué, car ils sont nourris parmy eux ordinairement. Au contraire, s'ils estoient nourriz aux boucheries, le sang et la chair qu'ils mangeroient leur eschaufferoit le corps tellement, que quand ils seroient grands, et qu'on les feroit courir deux ou trois fois par temps de pluye, ils se morfondroyent , et ils ne faudront iamais à deuenir galleux, et seront subiets à la rage et à courir au bestial priué, à cause qu'ils en mangent le sang ordinairement aux boucheries , et Réapprennent à quester n'a chasser en sorte quelconque. Brief , ie ne vy iamais Chien faire bonne fin , estant nourry aux boucheries, et principalement pour chasser le Heure.
EN QVEL TEMPS ON DOIT RETIRER Les Chietis des nourrices; et quel pain et carnages ils doiuent manger.