CHAPITRE XXXVîn
1 L faut mettre les relais selon les saisons et couppes des tailles : car au temps L de rhyuer que les cerfs ont la teste dure, ib suiueut les grands forts : et au I printemps qu'ils ont la teste molle et en sang , ils suiuent les petites tailles : I et] les lieux les plus foibles qu'ils peuuent trouuer , de peur de la heurter et I blesser aux branches. Et pourcc il est requis y metti*e des hommes qui soient ^^f^i-^r g nourris à la Vénerie, entendans bien leur mestier : et avec eux \n bon piqueur, monté sur vn bon^courtaut, lequel piqueur doit estre habillé légèrement, ayant de bonnes bottes et bien hautes , sa trompe au col. Phebus dit i|u'il doit estre vestu de verd pour le cerf , et de gris pour le Sanglier : cela ne sert pas de gueres : i'en remets la couleur aux fantaisies des
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hommes. Les piqueurs s'en doiuent aller au soir à la chambre de leur maistre : et s'ils sont au Roy, faut qu'ils aillent à la chambre du grand Veneur ou de son Lieutenant, pour sçauoir lesquels seront delà meute ou du relais, et auquel relais ils doiuent aller, et les chiens qu'ils doiuent mener, quelles aides et valets de chiens iront auec eux. Ceux du relais doiuent prendre vn petit boOetin pour leur souuenir du nom de leur relais : puis s*en retourneront à leur logis pour oercber vne guide qui les y meine le lendemain. Après faut qu'ils regardent si \euv^ cheuaux sont bien ferrez et bien en couche , en leurs donnant de Tauoyne à suffire. Ce fait , s'en iront coucher pour se leuer le lendemain deux heures auant le iour. Si c'est en esté , faut qu'ils Cassent abbreuer leurs cheuaux, et en hyuer , non : puis les faire bien repaistre cependant que le valet de chiens amènera le relais. La guide estant venue, ils desiuneront et disneront tous ensemble, et au lieu de pistolet, auront la bouteille pleine de bon vin à l'arçon de la selle. Et quand le iour commencera à paroistre, faut qu'ils montent à chenal, ayans auec eux leur guide, relais et tout son équipage. S'ils veulent enuoyer vn courtaut à vn autre relais, pourront dire à leur valet qu'il s'en aiUe auec vn de leurs compagnons à vn tel relais. Eux estant arriuez au lieu oii est assigné leur relais, ils mettront les chiens en quelque beau lieu, au pied d'vn arbre, défendant au valet de chiens de ne les descoupler qu'ils ne luy commandent, et qu'il ne bouge de là , et qu^il ne fasse point de bruit. Alors s'en doiuent aller à trois où quatre cens pas de là, du costé ou sera la chasse , et escouter s'ils oyront rien , et pour voir le cerf : car le voyant là ils le higeront plûtost mal mené , qu'ils ne feront de le voir avec le bruit : parce qu'un cerf mal mené , Inisse volontiers la teste quand il ne voit personne , en demonstrant son trauail : mais quand il toit l'homme, il la hausse, et fait de grands bonds, pour donner à cognoistre qu'il est fort vigoureux. Le piqueur se doit esloigner pour vne autre raison : c'est que les pages et valets qui tiennent les chevaux mènent bruit , en sorte qu'il ne pouiToit pas ouyr la meute : aussi que les cerfs oyent aucunesfois le bruit , ou bien ont le vent des chiens , qui les feroit retourner ou eoustoyer le relais, qui est la cause pourquoi le picqueur se doit tenir à l'escart pour voir et choisir si le cerf a son aise: et s'il passe à son relais, doit bien regarder s'il est halé et mal mené, et aussi s'il oyra la chasse venir après luy.
n me semble pour bien prendre le cerf à force qu'on ne deuroit point relayer qu'on ne veist les chiens de la meute : alors l'on verroit bien chasser, et auec ce, la force et vistesse des chiens, ■ais ie voy qu'auiourd'huy on ne prend point le cerf comme il mérite , parce qu'on ne donne pas le loisir aux chiens de chasser, et n'y en a que deux ou trois qui courent, d'autant qu'il se trouue tant d'hommes à cheual , qui ne scauent sonner, forhuer, ne picquer, lesquels se mettent parmy les chiens les croisans et rompans , tellement qu'il est impossible qu'ils puissent courir ne chasser : à ceste cause , ie dis que sont les cheuaux qui chassent et non pas les chiens ; ie donneray icy le moyen au valet de chiens de lascher le relais , quand le cerf aui-a passé.
Le valet doit mener ses chiens hardez.sur les voyes , et leur faire suiure trois ou quatre pas le droit, pub en doit laisser aller xn^ et s'il voit qu'il dresse, pourra descoupler les autres, et sonner pour chiens. Car s'il laissoit aller son relais de loing , il pourroit prendre le contrepied, qui seroit une grande faute. Autrement, si le cerf estoit accompagné de quelques bestes, le piqueur qui sera au relais doit piquer en teste pour essayer à départir le cerf : et s'il se départ, faut descoupler les chiens sur les voyes. Et si le piqueur estoit au relais sur le bord d'vn estang , et que le cerf y vint, il le doit laisser baguer à son aise sans sonner mot : puis quand il sera sorti, font que le valet s'en aille auec les chiens là oii il sera sorti , et descoupler ses chiens sur les voyes, comme dessus , là oii faut qu'il ne les abandonne iamais , sonnant après eux pour appeler de Tayde , en brisant partout oii il en verra : afin que si les chiens prenoient le change , et qu'ils s'escartassent de leurs droictes voyes, de retourner à la dernière brisée pour requester le cerf. Phebus dit qu'il faut reprendre les chiens qui vont de fort longue dcrriei*e, quand le
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VENERIE PAR
cerf aura passé le relais. Mais quant à moy, ie ferois du contraire , pour autant que les chiens de la meute , qui ont desia couru longuement, maintiennent mieux leurs voyes, et ne prennent pas si tost le change que feroient des chiens fraischement relayez. Il est bien vray , que s'il y auoit quelques vieux chiens qui vinssent derrière, balançans après la meute « les piqueurs oit valets de chiens qui seront demeurez derrière, les pourront appeller après eux, et les mener au deuant de la meute : ou bien s'il y auoit faute de relais, et qu'on veist que le cerf s'en allât en quelque lieu où il n'y auroit gueres de change, et qu'il fût contraint de retourner sur ses pas, aussi qu'il y eut de bons chiens deuant qui le maintinssent, alors pourroit on prendre les derniers chiens et les garder pour son retour.
Si d'auenture il aduenoit que le piqueur estant à son relais , veist passer vn cerf de dix cors , et qu'il y eust après le cerf quatre ou cinq chiens , et qu'il n'oûist les autres piqueurs , ne leur trompe , faut bien qu'il regarde si le cerf est halé , et quels chiens sont qui le chassent. S'il voyoit que se fussent de bons chiens de la meute gardans mieux le change , le piqueur doit sonner pour chiens tant qu'il pourra , pour appeller des aydes. Et si de fortune il ne venoit personne, il se doit mettre après les chiens de la meute et descoupler son relais , sonnant et bûchant tousiours , en iettant des brisées par où il passera , et sur les voyes du cerf. Il faut bien que le piqueur soit sage à telles choses, par ce qu'aucunesfois il se peut lancer quelques autres cerfs d'effroy, au bruit de la meute et des piqueurs , qui pourroient estre grands cerfs , se montrans halez , et principalement quand ils ont de la venaison. Mais s'il voyoit que les bons chiens de la meute n'y fussent pas , et qu'il n'oûist point la chasse , il ne doit pas relayer, mais seulement regarder le pays qu'ils ne prennent , et les briser au bout de la veûe , afin que s'il oyoit la meute en deffaut , de s'y en aller, et leur dire qu'il a veu le cerf qui a passé à son relais, lequel estant fauue , oa brun , ainsi qu'il voudra nommer , portant vue telle teste. Alors pourront iuger si c'est leur cerf ou non , et le pourront aller requester, et reprendre leurs voyes à la brisée du piqueur.