‹ La vénerieChapitre 47 sur 138 · CHAPITRE' XXXa · texte numérisé non relu

CHAPITRE' XXXa

PRES que le Roy ou Seigneur aura ouy tous les rapports , et que les rdais seront bien assis, les Veneurs et chiens ayans repea , celuy qui aura destoumé le plus neux cerf, et en la plus belle meute , soubs le rapport duqud le Roy ou Seigneur voudra aller courrir , doit prendre son Limier , et s'en aller deuant à sa brisée auec ses compagnons et tous les piqueurs de la meute: lesquels doiuent auoir chacun vne bonne houssine en la main , que Phébos nomme Tor/iiere, pour tourner les branches en piquant par les forts : laquelle ne doit point estre pelée, que le cerf n'ait touché au bois: mais après qu'il a frayé elle doit estre pelée. Eux estant arriuez à la brisée, faut qu'ils mettent pied à terre pour veoir qud pied de cerf c'est, quelles cognoissances et autres iugemens qu'ils pourront auoir par le pied, afln de le recognoistre parmy le change. Puis quand le Roy sera arriué et les chiens de la meute, tous les piqueurs se doiuent vistemcnt escarter autour du buisson, pour voir le cerf s'il est possible au partir du lancer, afin de recognoistre le pelage et la faijon de la teste. Alors que le Veneur qui l'aura destoumé, verra tous ses compagnons auprès de luy auec les chiens de la meutCi se doit mettre deuant tous les autres, et frapper à routes : car l'honneur lui ppartient.

lACQVES DV FOVILL^OVX. 32

et pois tous les antres après luy , criant , Voy-le cy aller, Voy-le ey. Va auant, Yoy-le ey parkspùriees , Rotte, rotte, rotte, et autres termes requis à la chasse du cerf. Et faut entendre deux secrets , dont Tvn est , que les Veneurs ne doiuent pas trop faire eschauffer leurs chiens à la brisée : parce que leur chaleur les transporteroit hors des erres , et ne suiuroienl pas le droit. L'antre secret est , que les chiens de la meute doiuent suiure les routes par ou va le cerf et les Limiers : mais ils ne doiuent point approcher plus prés des Limiers ne des Veneurs , que de

soixante pas, de peur que si le cerf auoit fait quelques ruses et houruariés dedans le fort qu*ils ne rompissent les erres et que les Limiers n'eussent Tespace de retourner pour les démesler et redresser: parce que bien souuent cerfs malicieux, quand ils se veulent mettre à la reposée» font volontiers des ruses. Et si les chiens de la meute estoient si près des Limiers, ils romproient les erres et \oves , qui seroit cause que le veneur ne les pourroit redresser. Et s'il aduenoit que k limier, on faisant sa fuite , founioyat les droictes enes , il faut que le veneur le relire en disant , hou/ma, houma, et qu'il retourne cercher son droit. Puis s'il voit que son chien redresse ses erres , doit incontinent le veneur mettre le genouil en terre pour en rouoir par pied , par les portes ou antres cognoissances. Et s'il en reuoit , et qu'il cognoisse que ce soit son droit, doit crier et hucher fort haut, Voylecy aller. Il dit vray, xoylecy aller le Cerf ,

VENERIE PAR

Hotte valet, rotterotte: et îettcr une brisée en ce lieu là, tant pour les veneurs qui viennent après luy que pour monstrer à ceux qui amènent les chiens de la meute, que le cerf va là. Et si les chiens de la meute estoient trop loing de Iny, il doit crier, Approche les Chiens, ou bien sonner deux mots de la trompe, en faisant des brisées hautes et basses, partout où il en verra , afin que s'il perdoit les voyes ou erres , qu*il \înt recercher sa dernière brisée. Puis s*il voit que son chien renouuelle les voyes , et qu*il commence à approche * près du cerf, il le doit tenir plus de court qu'auparauant, de peur que s*il le lançoit d'effroy, que son ehien ne le transportât au vent sur les erres, de sorte qu'il n'en put voir la reposée poi r en auoir certain iugement par icelle , ou par les foulées. Mais si d'auenture il oyoit lancer le cerf, ou qu'il trouuât le lict ou reposée , il ne doit pas sonner si tost pour Chiens , mais crier seulement trois fois. Gare gare. Gare gare. Gare gare, et faire suiure son chien iusques à ce qu'il en puisse reueoir à son aise , pour en auoir iugement certain par les fuites premier que de forhuer. Et si en suiuant il trouuoit ses fumées , doit bien regarder si elles sont semblables à celles qu'il aura apportées au matin à l'assemblée : combien qu'aucunesfois elles se peuuent mes-iuger en deux manières, ce qui n'aduient pas souuent, si ce n*est au changement des viandis. Il est bien vray que les fumées du releué du soir ne sont semblable: * à celles du matin que le cerf se retire au fort pour se mettre à la reposée : parce que celles dr. releué 'sont plus pressées , plus moulues et mieux digérées que celles du matin , la rûson est, qu'il a reposé et dormi tout le iour, qui est cause de la digestion. Et au contraire , celles du matin ne sont si bien digérées ne mollûes , parce que toute la nuict il n'a fait que courir et trauailler pour chercher à viander , et n'a pas eu le repos ne le loisir de digérer ne moudre SQ i viandis : toutesfois que elles se doiuent ressembler de forme , si le viandis ne les fait mes-iuger« comme i'ay dit. Autrement , si le Veneur trouuoit la reponce du Cerf, il doit mettre sa face dedans, ou le doux de sa main , pour sentir si elle est chaude. Aussi le pourra cognoistre à son Chien , qui s'efforcera et doublera sa voix. Tous ces signes donneront à entendre qu'il est lancé et debout.

Il y a des Cerfs qui sont si malicieux, qu'au partir de leur lict ne font que tournoyer pour cercher le change , ou bien ont quelque brocquard auec eux , qui est la cause que le Veneur ne doit pas sonner pour Chiens au partir de la reposée, mais seulement crier. Gare gare, approche les chiens, et faire suiure son Limier sur les erres enuiron de cinquante pas. Mais quand il verra que le cerf commencera à dresser par les fuytes , lorsqu'il en aura cognoissance certaine, pourra sonner pour chiens, en criant, Tya hillaud, faisant suiure son Limier tousiours sur les erres et fuytes , criant et sonnant iusques à ce que les chien: de la meute soient arriuez à luy , et qu'il verra qu'ils commenceront à dresser. Et se doit incontinent mesler parmy eux avec son Limier pour les resiouyr et eschauffer. Puis quand il verra qu'ils seront bien ameutez, courans bien ledroict, pourra sortir du fort, donnant son chien à son valet , et monter à chenal , s'en allant tousiours au dessoubs du vent costoyant la meute pour leuer les defaux. Mais s'il aduenoit que le Cerf en tournoyant sur sa meute parmy son fort eust donné le change , ils doiuent tous menacer et rompre les chiens , puis les recoupler en retournant prendre les dernières erres , ou bien chercher la reposée: et frapper à route iusques à ce qu'ils ayent relancé leur Cerf: car Cerfs malicieux volontiers se iettent sur le ventre, et attendent que les Limiers soient sur eux premier que do partir.

lACQVES DV FOVILLOVX.

LES RUSES ET SECRETS QUE DOIVENT SÇÀVOIR les piqtimrs pour prendre le Cerf à forée.

Page 1