‹ La vénerieChapitre 48 sur 138 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

PRES auoir donné l'intelligence aux Teneurs des iugements et cognoissances du cerf, et comme ils se doiuent gouuerner en leur estât : i*ay semblablement voulu donner à entendre aux piqueurs le moyen de prendre le Cerf à force, tant par le dire des bons et anciens Teneui*s, que comme par expérience Taurois peu cognoistre. Et parce qu*auiourd'huy il y a tant d*hommes portant la trompe, de laquelle ils ne se sçauent ayder, faisant plus de tort aux chiens que de plaisir, d'autant qu'ils n*aiment et n'entendent le métier: et aussi que ie voy les Princes et Seigneurs qui n'y prennent pas si grand plaisir, ayant les yeux bandez des richesses mondaines, pensans par iceltes rendre leur nom et corps immortels, qui est la perte de l'ame, et abbreuiation de la vie principal bien du corps (aussi ne les voit on

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plus viure et régner si longement, ne de tel plaisir qu'ils faisoient anciennement du temps qu'on attendoit raisonner les trompes par les foresls auec nombre de bouteilles et flacons) il me sembloil chose A-aine et inutile de déclarer ces matières cy , n'eust esté l'espérance que i'ay aux adolescens, qui me cause mettre par escrit et articuler tous les secrets de la Tenerie.

Premièrement, il faut que les piqueurs scachent qu'il y a différence de parler aux chiens entre la chasse du Cerf, et celle du Sanglier : parce que le cerf fuit et s'esloigne d'eux, quand ils le chassent, ne se fiant que en ses iambes, et ne se deffend iamais s'il n'est forcé. A cette cause faut parler aux chiens en hautains et resioûissans cris, tant de la bouche que de la trompe. Hais aux Sangliers et autres bestes mordantes il faut Caire le contraire, d'autant que ce sont bestes pesantes, qui ne peuuent fuir ne s'esloigner des chiens, se fians en leurs dents et défenses. A tels animaux est requis de parler aux chiens en cris et sons de trompes rudes et furieux, afin de les faire incontinant fuir. Et se faut tenir tousiours près des chiens, menant grand bruit, de peur qu'ils les tuent ou blessent. Quand aux ceris et autres bestes légères, les piqueurs doiuent tousiours suiure les chiens par la menée où ils vont sans s'escarter ne croiser : de peur de lancer le change et pour releuer les defaux : n'approchant de la meute de plus près que de cinquante pas : principalement au partir du descouple, et des chiens fraischement relayes : car si le cerf faisoit des ruses ou houruaris, et que les piqueurs pressassent les chiens, ils romproient les erres ou voyes du cerf, et feroient outre-passer les chiens, qui seroit vne grande faute, liais si les piqueurs royoient que le cerf eust couru vne heure ou plus, et qn*il dressast en s*esloignant de sa meute pour se forpaisser (les chiens estans bien ameutez sur les erres) alors pourront approcher de plus près qu'auparauant, en sonnant de la trompe trois mots à chacune fois. Plus, faut entendre que quand le cerf se voit chassé des chiens, il se deflhit d'eux, et leur donne le change en plusieurs manières : car il va cercher les bestes à leurs reposées, et les boute et fait valoir deuant eux : puis se iette sur le ventre en leur lict, et hisser passer les chiens outre, lesquels n'en peuuent auoir le vent ne sentiment, i cause qu'il met les quatre pieds soubs son ventre, et aspire son haleine en la fraischeur et humidité de la terre : tellement que i'ay veu plusieurs fois les chiens passer à vn pas près de luy , sans en auoir le vent, ne le sentir aucunement. Et à ceste malice de nature, qu'il eognoist que les chiens ont plus grand sentiment de son haleine et de ses pieds qu'ik n'ont du reste de son corps. Et estant ainsi , il attendra les piqueurs i faire marcher les cheuanx sur luy premier que de partir : qui est la raison pourquoy ils doiuent tousiours briser aux entrées des forts par où le ceif passera, afin que s'il donnoit le change, de retourner incontinant cercher ses dernières erres et brisées, parce qu'ils ne pourront faillir de le relancer, en retournant là auec le Limier, ou auec les vieux chiens sages de la meute, ausquels ils se doiurat fier : car volontiers chiens bien dressez, et qui gardent le change, si le cerf se lance et boutte deuant eux, ils ne sonneront mot : mais s'il y auoit quelques ieunes chiens fols, ils efforceront leurs voix, et renouueUeront le change. D faut bien qu'en tdles choses les piqueurs soient sages, et qu'ils ne s'arrestent point aux ieunes chiens , s'Us n'entendent les vieux parmy eux.

Et s'ils sont deux piqueurs ensemble, l'vn des deux les doit aller menacer et rompre, l'autre les doit appeler au lieu où s'est fait le deffaut, et fouler fort en les appeliant et resioûissant iusques à ce quMl ait relancé son Cerf. Et s'il oyoit qudqu'vn de ses vieux chiens sages qui sonn&t , faut qu'il aille i luy, et mette l'œil i terre, pour reuoir si c'est vn Cerf. S'il eognoist que ce soit luy, but qu'il sonne trois mots, de sa trompe, en criant et nommant le chien, Yay4€ ey aller, U dit tray, Voy-le cy aller le Cerf. Les autres piqueurs doiuent menacer les chiens et les faire aller a luy. Et à cette heure là pourront renouueller les erres, ou le rdancer. Plus, le Cerf donne le change en vne autre manière, car soudain qu'il voit que les chiens le chassent, et qu'O ne se peut defoire d'eux, il va de fort en fort cercher les bestes, et les met

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debout s*accoinpagoant auec elles, et les emmeine et fait fuir auec loy sans les vouloir laisser, aucunesfois l'espace d'vne heure ou plus : puis s*il se voit suiuy et mal-mené il les abandonnera, et fera sa ruse volontiers en quelque grand chemin ou ruisseau, lesquek il suiura longuement tant qu*il aura la force. Puis quand il se verra esloigné et forlongé des chiens, fera de grandes ruses pour se deffaire d'eux, se iettant sur le ventre en quelque lieu sur la terre, ou bien en Teau, cachant ses pieds soubs luy, en aspirant et prenant son haleine contre la terre comme i'ay dit çy dessus. Si c'est en l'eau, il aspirera semblablement en icele : tellement que de tout son corps ne paroistra seulement que le bout du nez, en sorte que les chiens passeront sur luy auant qu'en auoir sentiment. Quand les piqueurs verront toutes ces choses, ils doiuent regarder quand le cerf sera accompagné et qu'il suiura auec des bestes aux bons chiens de la meute, et plus seurs pour le change, lesquels chasseront en crainte, ce que les ieunes ne feront pas, et ne se doiuent amuser à eux , mais bien aux vieux , ausquels ils se doiuent tousiours fier en les faisant chasser en crainte, se tenans près d'eux pour leur secourir et ayder, aiant la main pleine de brisées, lesqudles ils doiuent ietter en terre par tout où ils verront du Cerf.

Et si de fortune, les chiens tombent en défaut, ou bien qu'ils veissent qu'ils se départissent en deux ou trois meutes, ib pourront présumer en eux mesmes que le change se sépare, et que le cerf l'abandonne. Alors s'ib voyent quelques vns des ieunes chiens fols qui dressassent et ijue les vieux sages n'y fussent point, ils ne s'y doiuent pas fier : miûs faut qu'ils regardent en quA lieu les bons et seurs dresseront , et aillent à eux , mettant l'œil en terre. Et s'ils cognoissent que ce soit leur droit qui soit séparé du change, faut qu'ils iettent leur brisées, en sonnant de la trompe, en criant, Voy4e cy fuyant, il dit vray, en nommant les chiens que dresseront et ameuter à eux. Plus, faut entendre que les chiens ne courent pas si bien dedans les chemins, et n'y ont pas si grand sentiment comme ils ont ailleurs, pour beaucoup de raisons : qui sont, que dedans les voyes et chemins toutes espèces d'animaux, y passent incessamment, qui mettent la terre en poudre auec les pieds : de telle sorte que si les chiens y mettent les nazeaux pour assentir, la poudre entre dedans, qui les estouppe et este le sentiment et aussi la véhémente chaleur du Soleil qui donne incessamment dessus, oste l'humidité et fraischeur, desséchant la poudre de telle sorte, que la où le cerf passe, la poudre coule et couure soudainement la marche du pied là où touche l'ongle, qui est tout le sentiment que les chiens peuuent auoir dedans les Toyes et chemins, d'autant qu'il n'y a ne bois ny herbes où le cerf puisse toucher des iambes, ne du corps, et y a tant d'autres raisons, que ie laisse à cause de briefueté, qui empesche le sentiment des chiens es chemins. En tels lieux les cerfs on la malice de faire leurs ruses et bauruariz, ou bien suiuent longuement ces grands chemins pour se deffaire des chiens : ayant cette finesse et cognoissance donnée de nature, qu'ils pensent que les chiens n'ayent pas là A grand sentiment qu'ailleurs. Par là pouuons cognoistre que nature donne à chacun cognoissance de son contraire, et se sauner.

Quand les piqueurs se trouueront à tels endroits en défaut, doiuent mettre l'œil en terre pour voir si le cerf a point fait des ruses et houruaris. Et si d'auanture ib voyoient qu'il fut allé et venu sur luy, ib doiuent crier à leurs chiens, Voy-le cy houruary, et deffaire la ruse à l'œil, et leur ayder tousiours iusqu'à ce qu'ib aient trouué la sortie des erres par où ib entrent dedans le fort, en les faisant requester par les costez des voyes et chemins , et non par le dedans : car ib y auront beaucoup plus de sentiment, et ne leur sur-alleront pas si tost qu'ils feroient par les chemins, parce qu'il y a des herbes, des bois et autres choses qui gardent la fraischeur et humidité de la terre : et aussi que le cerf y touche des iambes et du corps : tellement que les chiens en peuuent auoir plus grand sentiment. Et faut que les piqueurs iettent des brisées par ( tout où ib verront faisant requester leurs chiens en les resioûissant et secourant , le mieux qu'ib

I pourront. Et si quelqu'vn des chiens droisse, doiuent aller à luy et regarder que c'est: puis

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s'ik voyent que ce soit le droit» ils sonneront et ameuteront les autres « en nommant le chien; lia Cleraud, ou ha Mirault, comme i'ay dit cy dessus. Aussi il adulent aucunesfois que les cerfs passent au trauers des brûlis, là où les chiens n'en peuuent auoir sentiment, parce que la senteur du feu est plus grande que celle du cerf : en tels endroits les piqueurs doiuent rqjarder quand le cerf entre dedans, de quel costé il a la teste tournée, et pousser tousiours leurs chiens outre sans s*aiTester, puis quand ils seront passez outre les brûlis, faut qu'ils fassent requester leurs chiens en pariant à eux, et n*e$t possible qu'ils ne les redressent ainsi, ou bien en prenant leurs cernes au tour par les fraischeurs. Plus s'U aduenoit qu'vn cerf se forpaissast dedans les campagnes, et que ce fût entre le Uidy et les trois heures, si les piqueurs voyoient que les chiens fussent hors d'haleine, ils ne les doiuent pas presser, mais les resioûir seulement le plus qu'ils pourront. Et s'ils voyoient que les bons ne sonnassent et n'appellassent point sur les erres, et qu'ils ne fissent seulement que branler la queue, ils ne s'en doiuent pas estonner : car ils pourroient faire cela à cause de la grande chaleur : où bien seroient hors d'haleme : pour tdle chose ne doiuent laisser à les suiure tant qu'ils pourront aller sans les presser, comme i'ay dit Puis s'ils cognoissent que les chiens ne puissent plus aller, but qu'ik iettent vne brisée aux derniers erres qu'ils auront reuës, et mener les diiens rafraischir en qudque village en leur donnant du pain et de l'eau : ou bien se mettre soubs quelque arbre attendant la grande chaleur a passer, et sonner de la trompe, par fois pour appeUer les valets de limiers et autres aydes. Puis quand ils verront qu'il sera sur les heures, doiuent aller à leur brisée reprendre leur dernières voyes ou erres. Et s'il y a vn valet de limier auec eux, faut qu'il se mette douant anec son chim, en le resiofiissant et parlant à luy, sans auour crainte de le faire sonner et appdler sur les erres: car les autres chiens de la meute l'ouyans sonner et appeller, pourront redresser leur defiEaux. Ainsi doiuent ils aller tous requestans et pourchassans iusques à ce qu'ils l'aient relancé. H faut encores entendre, qu'alors que le cerf est las et mat-mené, son dernier refuge est à l'eau, et descend communément plûtost à val le cours des riuieres, qu'il ne monte en contremont : et principalement si le cours en est roide. Aussi qu'il a bien ceste cognoissanoe, que les chiens auroient plus grand sentiment de luy en montant contre l'eau, qu'ils n'auroient pas en descendant : d'autant que le cours leur emporteroit tousiours la senteur, et aussi qu'il trauaille beaucoup plus à nager contre l'eau qu'il ne fait pas de descendre à val. Et deuez sçauoir que si vn cerf a couru longuement, et qu'il nenne à rencontrer vne riuiere, il se mettra dedans, nageant par le milieu d'icelle : et se donnera garde le plus qu'il pourra de toucher aux branches ou autre chose qui seront des deux costez de l'eau, de peur que les chiens y prennent sentiment de luy : suiuant longuement la riuiere sans sortir de dedans, s'il ne trouue quelque tronoe de ' bois au trauers ou autre chose, qui l'empesche de passer plus outre : lors il est contraint d'en sortir. Il faut qu'en tels lieux les piqueurs y soient sages, et qu'ils iettent vne brisée à l'entrée de l'eau, regardant de quel costé le cerf aura la teste tournée: ce qu'ils pourront cognoistre et voir par les fuittes, ou à leurs chiens, lesquels ils doiuent foire entrer et nager en l'eau , qui en pourront prendre sentiment aux ioncs et herbes qui seront dedans : ou bien eux-mesmes le pourront cognoistre aux lieux les plus sommes de la riuiere où le Cerf auroit passé, qui pourroit auoir troublé l'eau en passant, ou tourné les herbes et autres choses. Lors qu'ils auront certain iugement de quelle part de te riuiere le Cerf va, il doiuent appdler leurs chiens d'icelle, de peur qu'ils se gastent et refroidissent : et s'ils sont trois piqueurs ensemble, deux se doiuent mettre aux deux costez de la riuiere : l'autre s'en doit aller gaigner le douant au long du costé que le cerf aura la teste tournée, pour voir s'il le verra nageant ou autrement, les deux qui seront demeurez aux costez de la riuiere, doiuent faire requester leurs Chiens de chacun son costez, et assez loing de l'eau : car ils auront plus grand sentiment à vingt ou trente pas prés, qu'ils n'auroient pas sur le bord d'icelle. La raison est: quand le Cerf sort de l'eau, il en est

tout Gouueri et chargé, parce que le poil qui ^t creux se remplit (Veau, et lors qu'il sort il se aecoûe volontiers, et la fait tomber le long des iambes en la forme du pied» tellement que les erres sont si eslauees et mouillées que les chiens n'en pourroient auoir aucun sentiment. Hais a dix ou douze pas loing du bord, ils en pourront reprendre et assentir plus aisément, parce que Teau sera tombée. Toutesfois les piqueurs se doiuent tousioui-s tenir prés de la riuiere : car aocunesfois le Cerf se cache tout dedans Teau, comme i'ay dit cy dessus, et pouiToit souuent demeurer en quelque brosse de ioncs ou de saules, de telle sorte qu'ils le laisseroient derrière eux, et quand ils seroient outrepassez, il pourroit sortir de l'eau , et s'en retourner sur les erres par ou il seroit venu : car communément il a cette malice de laisser passer les chiens et piqueurs, puis quand il les voit passez, se desrobe d'eux et s'en retourne par où il est venu. Hais tdies choses n'arriuent pas souuent, si ce n'estoit que les riuieres fussent couuertes de bois et prés des forests. A cette cause il est requis qu'il y ait quelqu*vn des piqueurs aiant tousiours l'œil en Feau , et que les autres fassent requester leurs chiens à douze pas prés , et faut qu'ils allent tous ensemble ainsi tous du long, iusques à ce qu'ils aient trouué la sortie, et comme i'ay dit cy dessus, s'ils trouuent qudque tronce de bois ou escluse de moulin, doiuent bien regarder aux bouts : car communément les cerfs faillent plûtost en tels endroits qu'ailleurs, et principalement quand ils se forpaissent, d'autant qu'ils suiuent plus longuement les eaux, se Toyans forpaisez, <Io'autrement. Aussi qu'ils n'ont plus de fiance en leurs iambes, ne de forts pour leur cach^, dont alors sont contraints de suiure les eaus. Plus, faut entendre qu'il y a deux manières de Yents, que nous appelions Galeme et Hautain, autrement nommez vents de Nort et de Hidy, lesquels le cerf craint grandement : car quand il sort des forests et qu'il se fortpaist par les eampaignes, si l'vn d'iceux vents règne, il ne fuit iamais la teste tournée dedans, mais fait au contraire : car il luy tourne le cul et fuit à val : ce qu'il fait pour beaucoup de raisons : dont la première est, que le vent de Galeme, est an*e et froid desséchant grandement: et cduy de Hautain est chaud et corrompu, pource qu'il passe sous la région du Soleil, lequd le putréfie et corrompt à cause de sa chaleur. Et si d'auanture le Cerf fuyoit la gueule dedans l'^n d'iceux vents il l'dtereroit et luy dessecheroit grandement la gueule et la langue, et aussi que ces vents sont communément grands et tempestueux : et s'il fuyoit la teste dedans , ces cors feroient voile, qpû luy porteroit grand nuisance à courir. Et le fait encore pour vne auti*e raison , c'est qu'il a bien cognoissance que s'il fuyoit dedans le vent, les chiens auroient le sentiment de luy sans mettre le nez à terre : et aussi qu'il veut auoir tousiours l'ouye de la voix des chiens : et bien qpe Phœbus dit que les cerfs fuyent communément à val tous les vents, si est<e que i'ay veu le oontraire par expérience : principalement quand le vent de mer règne, lequel est humide, lors fls vont plûtost le nez dedans qu'autrement. Hais quant au vent de Galeme et Hautain, que i'ay mentionnez cy dessus, il est certain qu'ils sont craints et redoutez des cerfs et de tous autres animaux : mesme les chiens, lesquels ne veulent chasser quand ils régnent. Outre faut entendre qpe le cerf se forpaist pour beaucoup de raisons: principalement en Aurit et Hay, quand à la teste molle, et en sang, parce que si les chiens le chassent, il n'ose fuir par les forts, de peur de heurter et blesser sa teste aux branches, aloi*s est contraint d'en sortir et fuir au pays clair ponr s'esloigner d'eux et faire les ruses : ou bien le cerf abandonne les forts pour vne autre raison, laquelle est, qu'alors qu'il fuit dedans le fort, il se trauaille et laisse à brosser le bois, ne se pouuant esloigner des chiens, ne faire ses ruses, d'autant qu'ils ont plus d'auantage a Goorir par dessous le bois que n'a pas le cerf à saillir, ou à brosser au trauers. A cette cause il est oontrainct desortir aux fustayes, ou pays clair, là où il faut que les piqueurs soyent bien sages : car il donnera plûtost le change en pays foible que fort : parce que les chiens ont l'espace d'eux esbrgir et escarter d'vn costé et d'autre , en courant de grande chaleur et vistesse : et alors pourroient outre-passer les routes, s'ils estoient pressez des piqueurs : ou bien bouteroient le change :

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ce qu*ils ne feroient pas si aisément dedans les forts : parce qu*ik suiuent tousiours la route et menée par oii le cerf va, et ne se peuuent escarter d*vn costé ne d'autre : car s'ils ont peur d3 perdre les erres par où le cerf fuit : qui est la cause pourquoy on se doit plutost donner garde du change dedans les fustayes, que dedans les tailles, d'autant que les chiens le font valoir et le transportent plutost en tels lieux qu'aux forts : aussi que le cerf s'esloigne et fuit mieux dedans les fustayes, et a plus grand loisir de chercher le change, et faire les ruses et houruaris, qiH non pas au fort pays. Le cerf se forpaist encores en vne autre manière : c'est quand il se voit pourchassé et dressé des chiens, et qu'il cognoist que rien ne luy vaut. A l'heure il s'estonne et perd son esprit, ne sçachant plus où il doit aller, et entreprend les campagnes, passant par l38 villages et autres lieux. En telle chose les piqueurs se doiuent approcher près de leurs chiens : et s'ils les voient tomber en deffaut, ne doiuent iamais retourner en arrière pour les deflhire, mais pousser tousiours les chiens outre : car iamais cerf mal-mené, qui se forpaist, ne fait de houniary sur luy, mais passe tousiours outre tant qu'il aura force : si ce n'estoit qu'il eust le rent de quelque eau. Alors se pourroit destoumer pour y aller, autrement non. Il est bien vray que s'il entreprenoit les campagnes pour les raisons cy dessus mentionnées, sans estre malm^é, il pourroit faire des ruses et houruaris : mais s'il estoit mal-mené, non : si ce n*estoit qu'il se voulust ietter sur le ventre, alors pourroit faire quelque petite ruse pour demeurer.

nus il faut entradre qu'il y a grande différence de defEetire les ruses entre les forests et les campagnes : parce que dedans les forests il faut faire les cernes plus près de h menée ou le cerf aura fait sa ruse, et les plus estroits qu'on pourra : d'autant que si les piqueurs prenoient les cernes grands et larges, ils pourroient trouuer du change, lequel se fercit valoir douant les chiens, qui leur feroit vn grand ennuy. Mais aux campagnes, ib peuuent prendre leurs cernes grands et larges, sans auoir crainte du change, par les fraischeurs et lieux plus commodes pour eux, et où les chiens en pourront auoir plus grand sentiment : parce que dedans les guerets et lieux secs et arides, les chiens ne cuideront pas redresser, à cause de la poudre qui est dedans, laquelle leur entreroit es nazeaux, et de la chaleur du Soleil qui auroit desséché et esté l'humidité de la terre. Aussi qu'il n'y a herbe ny autre chose où le cerf eust touché , par où les chiens en poussent auoir sentiment : qui est la cause pourquoy les piqueurs doiuent prendre leurs cernes par le pays le plus frais et le plus couuert où la terre auroit gardé sa fraischeur. Et s'ils ne le pouuoient redresser au premier cerne, s'ils en doiuent faire vn autre plus grand : et s'ils ne le trouuoient sorti ne de l'vn ne de l'autre, ils pourront présumer qu'à sera demeuré ea leur ^ceinte, ou bien qu'il aura fait vn houniary sur luy^ A l'heure doiuent ramener leurs chiens au commencement de leur deffaut, et les mettre sur la menée et erres par où ils sont venus, les faisant requester, en parlant à eux, et les resioflissant, tant de la bouche que de la trompe, mettant pied à terre pour leur ayder et secourir. Et n'est possible qu'ils ne relancent le cerf en leur enceinte, ou qu'ils ne le trouuent passe outre, si ce n'estoit par vue trop véhémente chaleur, qui pourroit garder les chiens de chasser. Dauantage, faut étendre que si le cerf est deuant les chiens, les deux premières ruses qu'il fait an partir de la reposée, doiuent donner à cognoistre aux piqueurs toutes les autres ruses qu'il fera tout le iour : car s'il fait les deux premières ruses en vn chemin ou en l'eau, toutes les autres qu'il fera tout le iour seront en mesmes lieux. Et faut bien que les piqueurs regardent sur quelle main il en sort : car du costé qu'il en sera sorty les deux premières fois, toutes les sorties qu'il fera tout le iour après, seront sur la mesme main, soit à dextre soit à senextre. Parquoy faut que les piqueurs y regardent, afin de faire requester leurs chiens à toutes les ruses du costé que le Cerf sera sorti aux deux premières sorties. Puis le Cerf fait aucunesfois de grandes ruses et houruaris dedans les routes, qui sont par le milieu des forts, ou bien il les suit iusques auprès du bord, feignant sortir au descouuert : puis tout soudain fait vn houniary sur luy, retournant sur ses erres.

lACQYES DV POVILLOVX, 3«

lucunesfoU plus de deax iet d*arc. Lors les piqueurs en défaisant telles ruses et houruaris, doiuent bien prendre garde que les chiens ne prennent le contre-pied, d'autant que le Cerf seroit refuy sur luy longuement : aussi qu'ik trouueroient les voyes plus fraisches au couuert que non pas ailleurs, qui les pourroit transporter sur le contre-pied. En tels lieux les piqueurs nedoiuent pas eschauffer les chiens, mais plûtostles faire chasser en crainte, iusques à ce qu'ils tàmi redrrâsé la sortie de la ruse.

Outre-plus, il y a de Cerfs lesquels au partir de la reposée font les rompus, se iettans sur le fentre deuant les piqueurs, et se monstrent et font relancer aux chiens, comme s'ils estoient ht et mal-menez. Telles ruses les iugent fort malicieux, et de grand haleine pour courir longuement deuant les chiens, se fiant en leur force. Et qui plus est, les piqueurs cognoistront tt ¥n Cerf se yeut rendre et s'il est las, et mal-mené, en plusieurs manières.

la première est, si en fuyant deuant les chiens, il n'oit et ne voit personne. S'il baisse la teste mettant le nez près de la terre, et bronche et chancelle feignant les iambes, demonstrant son trauail : puis s'il Toit quelque homme en sursaut il leue la teste et fait de grands bonds comme i'ay dit çy deuant, pour donner à cognoistre qu'il est encore fort et vigoureux: mais cela ne durera gueres : car quand il sera outre-passé , il commencera à rabaisser sa teste, et à feindre son corps comme anparauant.

0 se pourra encore cognoistre mal-mené en vne autre manière : c*est qu'il aura la gueule noire et sèche sans escume, et la langue retirée au dedans : ou bien le pourront cognoistre par le pied, à ses fuittes, car bien souuent il fermera l'ongle, comme s'il alloit d'asseurance, puistout soudain il s'efforcera et l'ouurira, faisant de grandes glissées, donnant des os en terre le plus souuent, et suiura communément les routes et chemins, et sans ruser que him peu : que s*il vient à rencontrer qudque baye ou fossé , il ira du long pour cercher vne sortie à passer, perce qu'il n'aura pas la force et vigueur de saillir et sauter par dessus. Tous ces signes donneront à cognoistre aux piqueurs que le cerf se veut rendre, et qu'il est mal-mené.

le mettray fin à ce présent chapitre, priant les piqueurs et cognoissans m'excuser, si i'ay obmis on délaissé qudque chose : parce que ie ne puis pas si bien mettre par escrit l'exécution de mon esprit, que ie ferois si i'estois à l'œuure, mesmement que Testât requiert que les piqueurs y soient fins, subtils et soub^nneux, et qu'ils se gouuement selon ce qu'ils se verront deuant eux, presumans la malice et force des cerfs, ensemble la bonté et vigueur de leurs chiens, et selon qo'ils verront faire les ruses et houruaris, et les lieux ou elles seront faites. Et aussi se doiuent gouuemer et faire leurs cernes grands ou petits , longs ou estroits , selon la commodité des lieux , et le temps qu'il fera et la saison : car aux chaleurs, et au temps des fleurs que les herbes ont senteur, les chiens sur-aDent plûtost les bestes qu'en autre saison. En tels temps et lieux il est besoin de faire les cernes grands et par plusieurs fois, en cerchant les lieux frais et commodes pour le sentiment des chiens : et par ainsi il est fort mal-aisé que le cerf se desrobe d'vn bon ^queur et peniMe, si ce n'est par la faute des chiens. Et encores que les chiens abandonnassent le oerf , à cause de la nuict qui les pourroit surprendre, ou bien qu'ils fussent las et harassez , si estrce que le piqueur ne se doit estonner, mais faut qu'il brise ses dernières voyes ou erres po«ur le retourner cercher, requérir, trouuer et prendre le lendemain.

VEKERIE PAR

COMME IL FÀYT QVE LES PIQVEVRS SONNENT de la trompe, et parlent aux chiens peur le Cerf,

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