DES FINESSES ET MALICES DES LIEVRES
Que les piqueurs doiutnt entendre pour les prendre à forée.
CHAPITBE LU.
r E veux bien dire la chasse du Lieure estre plus plaisante et de plus grand esprit pour
Î^les Gentils-hommes , que de nulle autre beste, d'autant qu'ik trouuent leur plaisir à toutes heures , et auec petit frais , voyant tousiours courir leurs chiens deuant eux : parquoy peuuent iuger, sans prendre grand peine ne trauail, lesquels sont les meilleurs et mieux chassans , requerans et forcenans. Et aussi que c'est grand plaisir que de Toir l'esprit de ce petit animal , et des ruses qu'il fait pour se dc^aire des chiens. Et faut que les piqueurs y soient fins et d'esprit , pour entendre ses ruses et malices : ce que i'ay pratiqué toute ma vie, qui m'a causé mestre par escrit vne partie des expériences qu'en anrois peu veoir, cognoistre et entendre.
Premièrement , le piqueur qui sera après les chiens , doit regarder au partir du giste plusieurs poincts. Sçauoir est, quel temps il fait : car si c'est vn temps de pluye , le Lieure dresse et suit plus les chemins qu'en autre temps , et s'il arriue à quelque bois taillis, il n'entre pas dedans , mais se relaisse au bord , et laisse passer les chiens : puis quand ils sont outre-passes, il s'en
retourne
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retourne sur ses mesmes pas par où U sera venu au pais où il aura esté pousse : parce qu'U ne peut pas entrer dans les forts , à cause de Tégail , qui est parmy le bois. A telles ruses le piqueur doit demeurer à cent pas près du bois par où le lieure sera venu , car
il ne faudra point à le voir retourner sur ses pas droit à luy : et pourra à l'heure le piqueur forhuer ses chiens , et les rappeler, d'autant qu'il seroit mal-aisé qu'ils redressassent telles ruses parce qu'ils ne cuident pas que le Lieure soit retourné sur luy : aussi qu'ils penseroient que ce fust le contrepié. Plus doit regarder en quel lieu on trouuera le giste du Lieure , et de qud vent il s'est caché : car si c'est du vent de Galeme ou Hautin , il ne cuidera pas fuir le nez dedans mais le coustoyera, ou luy tournera le cul. Aussi que s'il fait son giste en l'eau : c'est signe qu'il est ladre : à tels Lieures le piqueur doit prendre garde tout le iour, dedans les eaux : car ils y font volontiers leurs ruses et finesses. Dauantage, le piqueur regardera si c'est vn niasle ou vne femelle , et s'il est nourri au pays : ce qu'il pourra cognoistre parce que i'ay déclaré cy dessus : car c'est vne chose certaine qu'un Lieure nourry au pays , principalement la femelle , si le piqueur regarde le premier pays et cerne qu'il prendra la première fois au partir du giste , estant deuantles chiens, tous les autres qu'il fei*a tout le iour seront par mesme lieux, et seront
YEKERIE PAR
par mcsnics passez et musses : si ce n'est, comme i'ay dit, quelque Lieure masle qui fust venu de loing, ou bien que les chiens Teussent si mal mené el lassé, qu'il fust contraint d'abandonner son pays, et se forpaisser : ce qu'il font volontiers quand ils ont esté chassez deux heures sans deflàûit. Au commencement que les chiens chassent le Lieure, ils ne font que tournoyer, passant cinq ou six fois par vn lieu , et sur leurs mesmes pas. Et faut entendre , que si les chiens courants {aillent à prendre vn Lieure vn iour, le piqueur peut bien regarder le pays, et les lieux par où il pourra passer : car si vne autre fois il le retrouue, et que les chiens le chassent, il passera par mesmes lieux, et fera mesmes mises qu'il aura faites le iour qu'il se sera sauuc : et par ce moyen pourra cognoisti'e sa malice, et le pays où il voudra aller et beaucoup ayder à ses chiens.
Fay veu vn Lieure si malicieux, que depuis qu'il oyoit la trompe, il se leuoit du giste» et eust il esté gisté ù vn quart de lieue de là , et s'en alloit nager en vn estang, se relaissant au milieu d'icekiy sur des ioncs, sans estre aucunement chassé des chiens : puis à la fin io descouury sa finesse, car le m'en allay cacher secrettement au long de l'estang, pour sçauoir qu'il deuenoit, lors allay faire descoupler les chiens là où ie le pensois trouiier» et incontinent qu'il ouyt la trompe, il se leua d*effroy, et s'en vint deuant moy se relaisser au milieu de l'estang, et pour pierre ou motte que ie luy sçeusse ietter, ne voulut bouger de là : alors ie fus contraint me despoûiller pour le faire déloger, et attendit presque à estre pris auec la main, premier que vouloir bouger : me voyant près de luy, il se met à la nage, et sortir deuant les chiens, où il courut encores l'espace de trois heures, premier que d'estre pris, nageant et faisant toutes ses ruses dedans les eaux. l'ay veu courir Lieure bien deux heures deuant les chiens, qui après auoir couiii venoit pousser vn auti*e, et se mettoit en son giste. l'en ay veu d'autres, qui nageoient deux ou trois estangs, dont le moindre auoit quatre vingts pas de large.
l'en ay veu d'autres après auoir esté bien courus l'espace de deux heures, entroient par dessous la porte à'\n tect à brebis, et se relaissoient parmy le bestail. l'en ay veu quand les chiens les couroicnt qui s'alloient mettre parmy \n trouppeau de brebis, qui paissoient par les champs, ne les voulans abandonner ne laisser, dont fus contraint de coupler mes chiens, et faire toucher les brebis à la Bergère iusques dedans le tect : et alors qu'il vit les maisons, se départ, et s'en va : là ie découplé mes chiens, et le pris. l'en ay veu d'autres : et que quand ils oyoient les chiens courants, se cachoient en terre. l'en ai veu d'autres qui alloient par vn costé dehaye, et retournoient par l'autre, en sorte qu'il n'y auoit que l'espaisseur de la baye entre les chiens et le Lieure. l'en ay veu d'autres , quand ils auoient couru demie heure , s'en alloient monter dessus vne vieille muraille de six pieds de haut , et s'alloient relaisser en vn pertuis de chauflaut, eouuert de lierre. l'en ay veu d'autres qui nageoient vne riuiere qui pouuoit auoir huict pas de large, et la passoient et repassoient, en la longueur de deux cens pas, plus de vingt fois deuant moy.
A cette cause, faut que le piqueur soit caut, et fin, pour chasser le Lieure : car il est certain que si les chiens sçauent bien prendre le lieure à force, ils pourront courir toutes bestes : et est le vray principe et commencement pour le dresser et affiner le nez.
Puis quand on les veut dresser pour le Cerf ils abandonnent aisément le Lieure, parce que la venaison du cerf est plus friande que celle du Lieure, et plus désirée des chiens courants, aussi que le cerf a plus grand vent et sentiment. Les Lieures ne viuent que sept ans pour le plus, et principalement les masles. Ils ont cette malice, que si le masle et la femelle sont accompagnez ensemble en un pays, iamais n'y laisseront demeurer autres lieures estranges, s'ils peuuent, si ce n'estoient ceux qu'ils ont engendrez. Et pource dit on : tant plus on chasse en vn pays, et plus on y trouue de lieures : parce que ceux des autres pays y viennent.
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COMME ON DOIT DRESSER LES lEVNES CHIENS
pour le Lieure.