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CHAPITRE LVIL

PREMIEREMENT, à la chasse du Lieure, il est requis qu'il n'y ait que deux [ou trois piqueurs, pour le plus : dont faut qu'il en ait vn qui menace les i chiens qui demeureront derrière, les auti*es les doiuent faire chasser et trequester : car s*ils estoient grand nombre de piqueurs qui parlassent aux [chiens, ils romproient les erres du Lieure, ou bien estonneroient les Chiens aux deffaut : parce que le lieure fait tant de mises que les chiens ne sçauent aucunesfois où ils en sont : et ne font que leuer la teste, pour demander secours à leur maistre : lequel alors doit prendre ses cernes et enceintes autour du deffaut, en les resiouissant : ce qu'il ne scauroit faire s'il estoit foulé des piqueurs. Celuy qui dresse et fait chasser les chiens , doit porter ▼ne grande gibbeciere de toile, plaine de friandises pour leur donner, afin qu'ils le cognoissent : caries chiens veulent sur tout cognoistre leur maistre, sa voix, et sa trompe : et alors qui les forhuera, il cognoistra qu'ils viendront plûtost à sa voix qu'à celle d'vn autre, laissans toutes choses pour venir à luy : aussi ne les doit iamais forhuer, n*appeller en faute.

Et s'il adulent qu'il vueille faire retourner ou venir les chiens à luy, pour les faire entrer en quelque taillis ou fort, il les doit appeller en cette sorte.

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Horuaàmoy the-hiu.

En sonnant de la trompe un son bien long, comme ainsi,

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Puis quand les chiens seront tous arriuez à luy, il doit regarder quelque belle musse ou passée, pour les faire entrer dedans le taillis : a laquelle musse il doit ietter vue poignée de petites firiandises de sa gibbeciere, en frappant de sa gaule et criant ainsi,

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Agn€recy aguerecy hau il ha passé icy.

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VENERIE PAR

Et faut entendre qu'on ne doit iamais sonner en queste le gresic de la trompe, mais bien le gi-os tant qu'on voudra, si ce n*estoit que le piqueur voulust appeller ses chiens à luy : ou bien qu*il les voulust faire retourner d'vn pays pour aller en vn autre, comme i*ay dit dessus : alors poorroit sonner vn mot long, tout seul, du gresle de la trompe. Et quand les chiens seroient venus à luy, il ne faut pas qu'il s'oublie de leur ietter quelques petites friandises, afin de ne se moquer point d'eux. Car alors qu'il sonnera du gresle, il faut que ses chiens entendent que le lieure est debout, et que leur maistre les appelle ou forhue, pour autant que s'il sonnoit le gresle, en la queste, les chiens n'entendroient et ne cognoistroient la différence d'entre le queste etleforhu.

n faut icy noter deux secrets, dont le premier est : que si le piqueur a vne ieune meute de chiens à dresser, il doit regarder le pays oii il leur fera les premières curées, et dequoy : car selon les lieux où ils seront dressez au commencement, et selon les bestes qu'on leur voudra faire courir, et dequoy on leur fera curée, il leur en souuiendra tousiours. A cette cause, si au commencement qu'on dresse des ieunes chiens , on leur accoustume d*estre descouplez et dressez aux plaines , s'ils y poussent des Heures , et qu'ils ayent plaisir, toute leur vie il leur en souuiendra, et alors qu'on les découplera dedans le bois, ils ne feront cas d*y quester, mais iront cercher les plaines et champs ou ils auront accoustume d'auoir plaisir, et ti*ouuer les Lieures. Ne plus ne moins en feront-ils aux bocages, si au commencement ils y sont dressez, et qu'ils y ayent eu plaisir, pensent y trouuer tousiours leur gibier.

Et par ainsi il est besoin de dresser les chiens dedans le pays oh l'on se veut tenir : car chiens courans qui sont nourris aux plaines, ne peuuent accoustumer les bocages : ne plus ne moins ^

que ceux qui sont nourris aux bocages ne peuuent accoustumer les plaines. L'autre secret est, [

qu'il ne faut iamiûs dresser n'accoustumer les chiens à chasser les matinées, i cause de la rosée |

et fraischeur de la terre : d'autant que si vous les accoustumez telles fraischeurs et humiditez, \

et qu'après vous les voulussiez mener à la chasse sur le haut du iour, et qu'ils sentissent la chaleur du Soleil, et la rosée tombée, ou quelque petit vent arre, ils ne voudroient chasser ne !

quester, mais s'en iraient cercher les ombres pour se cacher. Et par ainsi , il est besoin d'accous- l

tumer et dresser les chiens sur le haut du iour, et non aux matinées. La droite saison pour |

commencer à dresser ieunes chiens est en Septembre, Octobre, et Nouembre : parce que le |

temps est tempéré, et que les chaleurs ne sont trop véhémentes, et aussi que les ieunes Lieures f

sont sots : et n'ont pas de corps, ne sçachant faire encores leurs ruses et malices, et se font ï

rdancer plusieurs fois deuant les chiens, lesquels y prennent fort grand plaisir, et se dressent |

mieux qu'ils ne feroient pas s'ils fuyoient, et s'esloignoient d'eux. |

n est tout certain que les lieures ont plus grande s^teur, et sont mieux courus des chiens quand ils viandent et paissent les bleds verds qu'en toute autre saison de l'année. Toutesfois il y en a qui de nature ont plus grand senteur les vns que les autres , qui sont plus desirez des chiens t

comme les grands Lieures de bois, et ceux qui sont ladres, lesquels se tiennent prés des eaux. i

Hais les petits lieures rouges, qui sont du genre des connils, n'ont pas si grand sentiment, et t

ne sont pas tant desirez des chiens courants que les autres. Ceux qui viandent sur les pdouzes |^^

ou petits coustaux, d'vne herbe qui se nomme Serpolet ou poliot, sont communément forts t

Lieures, et courent longuement. Aussi il y a des Lieures plus malicieux les vns que les autres, t

et principalement les femelles, car elles font leurs ruzes plus courtes, et plus souuent, que ne |^

font pas les masies, ce que les chiens n'ayment pas, parce qu'il fasche à chiens vigoureux et de coeur, de tournoyer si souuent, d'autant qu'ils désirent vne beste qui fuye deuant eux, pour courir à leur force. A tels Lieures qui rusent si souuent, il est requis de faire les cernes grands, afin d'entendre toutes leurs ruses, et n'en trouuer que la sortie : ce faisant on abbrege bien leur force, et les contraintron de ne ruser plus. D y en aussi qui fuyent les chemins et voyes, desquds

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les chiens ne peuueni auoir sentiment, à cause qu'il n*y a branche, herbe, ne aucune humidité oh ils touchassent du corps, par où les chiens en peussent asscntir, ainsi qu'ils feroient s'ils estoient en autres lieux couuerts, comme bois, bleds et autres fraischeui*s. Et pourcc quand lo piqueur trouuera tels Lieures, et qu*il verra le deffaut de ses chiens en vn chemin, il les doit pousser outre tout le long du chemin , les suiuant tousiours iusqu'a ce que les chiens en trouuent la sortie, ou bien qu'il ait trouué vne petite vallée ou fraischeur par le milieu du chemin, oii les chiens en peussent auoir sentiment. Et luy mesme doit mettre pied à terre, regardant en la poudre, ou autres lieux, pour en reuoir par pied : ce qu'il cognoistra aisément, car la forme du pied du heure est aiguë, et faite a la semblance de la pointe de cousteau, ayant ses petits ongles fichez tous droits en terre, qui marqueront tout au tour, venant tousiours en appointissant : d'autant que iamais le heure quand il fuit n'ouure les ongles, comme font les bestes puantes, mais tient tousiours sa patte serrée , en forme d'vne pointe de cousteau. Il y a aussi certains pays et saisons ou les chiens n'ont aucun sentiment des lieures : comme en hyuer, au pa}'s des plaines, ou les terres sont grasses, et fortes : parce que le heure a la patte pleine de poil, et quand il fuit, la terre qui est grasse se prent contre, laqueUe il emporte auec le pied, qui couure et oste tout le sentiment que les chiens en pourroient auoir. Et aussi qu'aux plaines il n*y a ne branches ny herbes oii il peut toucher du corps, non plus que dedans les chemins. Dauantage, il faut entendre qu'il y a aussi certains mois esquds les chiens n'ont point de sentiment, comme à la saison du printemps, à cause de la véhémente odeur et senteur des fleurs, qui outre-passe celle du heure. Semblablement, faut se donner garde de mener les chiens i la chasse quand la terre est gelée : car ils se dessoleroient les pieds, et perdroient les ongles : qui est au contraire des lieures, qui courent mieux en ce temps là, qu'en auti*e, à cause qu'ils ont les pieds fourrez. Il faut parler aux chiens quand ils chassent en mesmes termes qu'on parie à la chasse du cerf, fors au forhuz : car en lieu de crier Tbia Hillaud , il faut crier, Yoi-lecy sdler : et mesmes sons de trompe, excepté en h queste, auant que le heure soit bouté : car on ne doit soner que le gros comme i'ay dit cy dessus.

Tous deuez entendre ce secret, qui est, que quand on dressera des chiens courants, on ne leur doit iamais donner curée auec les leuriers parce que si on accoustume de faire prendre les lieures aux leuriers, douant les chiens courants, depuis qu'on criera et forhura, les chiens courants ne feront que leuer la teste, pensant tousiours voir le heure douant les leuriers, sans vouloir mettre le nez en terre, ne faire semblant de quester ne chasser. Mais les droites curées qpi'on doit donner à ieunes chiens, doiuent estre auec vieux chiens courants, sages, lesquels les dresseront et apprendront à faire leurs cernes.

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