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CHAPITRE LVIII

'a droitte Vénerie et saison pour prendre le Lieure à force, avec les chiens [courants, commence à la my-septembre, et fmist à la my-Auril, à cause des ^ fleurs , et véhémentes chaleurs , qui commencent à régner, qui oste aux chiens : le sentiment du Lieure. Dont en Septembre les piqueurs doiuent commencer à donner curée à leurs chiens et les renouueller : car en ce temps là, les ' lieures sont ieunes et foibles, comme i*ay dit, et ainsi que la saison se passe leur forceet vertu s'augmente. Ke plus ne moins e^t-il des chiens, car tant plus ils courent, et

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ont de curces, plus sont-ils meilleurs et vigoureux : et aussi que Thyucr s'approche, qui augmente les fraischeurs. El lors que les chiens ont passe ileux ans, on les peut champayer, et mener à la chasse trois fois la sepmaine : car ils en vallent mieux.

Quand le Seigneur voudra aller à la chasse, le valet de chiens doit regarder le temps et la saison où il sera, afin d'aller cercher le Lieure aux gaignages , selon qu'ils seront en celuy temps, comme aux menus bleds, auoines, prez, et autres lieux ausquels il doit descoupler ses chiens. Puis s'il y a quelques chiens qui viennent à rencontrer de la nuict du lieure, le piqueur se doit arrester tout court, et ne les laisser faire. Et alors qu'il verra qu'ils commenceront à leur assembler, et eschauffer tous ensemble, il les doit resioûir en paroles ioyeuses, et nommer ceux qu'il verra qui feront le mieux, comme disant, Hau Gerbaut, hau Hyraut, où est il allé.

Il est tout certain que les chiens ont plus grand sentiment au viandy du lieure, qui n'ont pas quand il en sort pour aller en son giste, combien qu'il s'en aUle de meilleur temps. La raison est, quand vn lieure est aux champs, et qu'il viande, il s'assied volontiers, et couche du corps i terre : aussi qu'il passe plusieurs fois par vn lieu et en passant et prenant son viandy, il donne senteur aux herbes de son haleine, ou bien y laisse ses crottes, ou repaire: qui est l'occasion pourquoy les chiens y ont plus grand sentiment qu'ils n'ont pas quand il en sort, parce que

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quand il sort de son viandy pour aller au giste, il suit volontiers les grands chemins, routes ou sentiers, y faisant ses ruses et malices, en bondissant et allant le plus légèrement qu'il peut. A cette cause, quand le piqueur veiTaqueses chiens auront desfait la nuict du lieure au viandy, et qu'ils commenceront à trouuer la sortie par où il dresse pour aller à son giste, ce qu'il fait communément par quelques petits sentiers ou chemins, il les doit laisser faire, et aller tout bellement après eux, sans se haster : et s'il veoit que ses chiens tombent en deflaut, c'est signe que le lieure a fait me ruse, et qu'il est allé et venu sur luy. Alors doit crier, Uau oii est il allé, Horua à moy Theau, sans bouger du lieu oii il sera , car s'il approchoit près d'eux, il les feroit outrepasser les erres du lieure, et là les doit faire, requester en les regardant faire, et les resiouissant de sa bouche, et s'il aduenoit que ses chiens ne peussent deffaire les ruses dedans les routes ou chemins, il doit prendre ses cernes autour de là, par les fraischeurs et lieux plus commodes pour le nez de ses chiens, parce que s'il trouue la sortie des ruses que le Lieure pourroit auoir &ites dedans les chemins pour entrer en quelque taillis ou fort, lors ses chiens^ le pourront aller quérir aisément, et luy mesme doit battre les brosses auec la gaule pour leur aider à le bouter. Et s'il adulent qu'il trouue quelque neux giste, il doit mettre la main à la gibbeciere, et ietter quelques friandises dedans, et appeller tous ses chiens à luy, et criant: aguerecy, Theau voy le lict. Et faut noter que le piqueur doit auoir un loppin de lard grillé, raueloppé en sa gibbeciere, de quoy il doit frotter le bout de sa gaule : car par la pourra accoustumer ses chiens à venir sentir le bout d'icelle. Et alors qu'il les voudra faire passer à ^ne musse, il n'aura qu'à mettre le bout de sa gaule en terre, et les appeller: ils ne faudront à venir incontinent, se battans à qui passera le premier. Et si d'auenture les chiens ne trouuoient le lieure sorti de ses cernes , le piqueur doit ramener tout bellement ses chiens au lieu où aui-a esté son deffaut, et regarder de quel costé le lieure auoit la teste tournée quand il est entré dedans le chemin : et s'il l'auoit tournée à val, il doit appeller ses chiens et les faire quester des deux costez fort longuement; car aucunesfois les Heures suiuent les chemins, pour faire les ruses» plus d'vn grand quart de lieue, sans en vouloir sortir.

En tels lieux les chiens n'en peuuent auoir sentiment, à cause de la poussière, et autres nÛBons que i'ay dites cy dessus, et les Heures demeurent souuent sur le bord des chemins, ou bien près de là, à cette cause celuy qui mènera les chiens les doit faire quester aux costez. Et si tous ces cernes ne pouuoient encores redresser les chiens, le piqueur peut bien penser que le lieure a fait vn houruary sur luy, et pourra rappeller les chiens de là où il vient, en foullant et battant tout au tour, en prennant ses cernes plus grands : et n'est possible que les chiens ne redressent les erres, ou qu'ils ne le boutent, toutesfois qu'ils passeront bien souuent dessus quelques Heures , premier qu'ils vueillent sortir de la giste , ou bien se laisseront prendre dedans. Combien que ie loue grandement de voir deffaire la nuict du lieure aux chiens, et l'aller quérir et pousser en la giste, si est-ce qu'il me semble que c'est vne chose trop longue, et de peu de plaisir, pour autant qu'ils ne font que balancer et troller. Mais seroit beaucoup plus court, et de plus grand plaisir, de le trouuer et chercher en la manière qui s'ensuit.

Quand trois bons piqueurs seront ensemble, et qu'ils verront que les chiens rencontreront de la nuict d'vn Heure, en quelques bleds, ou autres gaignages, ils doiuent regarder la saison où ils seront, et quel temps il fera : car si c'est au Printemps ou Esté, les Heures ne se gistent pas au fort, à cause des fourmis, et autres Barbots , et des Serpents et Laisards, qui les 'chassent des forts, alors sont contraints de leur gister dedans les bleds, guerets, et lieux foibles. En hyuer ils font le contraire, car ils se gistent en quelques gros halliers ou forts, principalement quand les vents de Galerne et Hautain régnent, lesquels ils craignent grandement. Or donc selon le temps et les lieux où ils verront que les Lieures seront au giste, ils doiuent appeller leurs chiens, et battre tout de rang , et en accoustrant les Chiens à telles questes , ils trouueront plus de Lieures,

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et auront plus de plaisir, que non pas de leur apprendre à deffaire la nuict. Et pourront dresser leurs chiens de telle sorte , qu'en frappant un coup de gaule sur les brosses les chiens se liattront à qui entrera le premier, comme font les chiens d'oiseaux à la remise des Perdrix.

Quand le Heure sera lancé et bouté, le piqueur s'en doit aller sur les voyes, et appeiler tous ses chiens, en forhuant, et sonnant de la trompe, sans bouger du lieu oii il sera, iusques à ce que SCS chiens ayent tous pa^sé deuant luy. Puis quand il les verra tous outrepassez, et ameutez sur les erres du Lieupe, il les doit suiure tout bellement sans approcher d'eux, ne les presser, et sans gucres crier, ne sonner de la trompe, parce qu'au commencement que les chiens l'ont bouté, la chaleur les transporte volontiers, et si le piqueur les pressoit, il les eschaufferoit encore dauantage, qui seroit cause qu'ils outre-passeroient les erres. Mais quand ils ont couru l'espace d'vne heure, et qu'ils sont bien eschauffez sur les fuites, il pourra approcher de ses chiens, pour autant qu'ils auront perdu la chaleur, et qu'ils commenceront à courir sagement. Et sur tout, il doit regarder les premières ruses et malices que fera le Lieure, comme i'ay dit cy dedans, et se gouuemer tout le iour parla : car toutes les autres qu'il fera sembleront à icelles. Et selon les ruses qu'il verra : et le pays où il sera, il doit faire ses cernes, grands ou petits, longs ou estroits, en cerchant les lieux les plus commodes , et plus frais pour le nez de ses chiens.

n y a deux façons de prendre le Lieure à force, qui sont que les vns le prennent sans forhuer, maissuiuent seulement les chiens par ou ils vont sans abbreger les ruses. Et me semble que cette prise est la plus honorable, dautant qu'on cognoist la bonté, force et vigueur des chiens.

Les auti*esle prennent autrement , car depuis qu'ils ont ven faire le premier cerne à vn Lieure, et qu'ils ont cognoissance du pays qu'il tient en ses fuites, ils vont gaigner les douants pour le voir à veuë , et en cest endroit forhuent leurs Chiens , abbr^eans les ruses. Et quand les chiens sont dressez en cette sorte, ils sont de si bonne créance, qu'ils laissent leur droit pour aller au forhu , qui est cause que les Lieures ne courent que bien peu deuant eux. Et certes qui veut faire grande exécution de prendre Lieures, ie loue grandement les chiens qui prennent de grands . cernes en leurs deffauts : toutesfois que pour bien voir chasser, il n'est que chiens qui suiuent le droict. Mais pour abbreger les Lieures, ie donne la louange à ceux qui prennent les grands cernes, parce qu'ils enueloppent dedans toutes les ruses et malices de Lieures.

l'eusse descrit plus amplement le moyen de bien haller les chiens, mais dautant que i'en ay donné l'intelligence, tant en la vénerie du Cerf, qu'aux chapitres cy deuant, traittans des malices et ruses des Lieures : par lesquels chapitres les piqueurs peuuent cognoistre entièrement les secrets et moyens de s'y gouuerner, et aussi qu'il y a tant de bons maistres qui entendent Testât, ie me suis déporté d'en faire plus ample récit.

lACQVES DV FOVILLOVX.

COMME ON DOIT FAIRE LA CVRÉE du Lieure aux chiens.

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