‹ La vénerieChapitre 69 sur 138 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

lOYT ainsi qu'il y a deux espèces de Bassets, il y a semblablement deux ^espèces de Tessons et de Renards, sçauoir est des Tessons, de Porchins , et 'de Chenins, et des Renards, de grands et de petits Goupils. Combien que Iplusieurs veulent dire, que les Tessons sont tous d'vne mesme sorte, et qu'il In 'y a point de différence entre les Porchins et Chenins, si est-ce que ie leur fprouueray le contraire, tant par la couleur et façon des bestes, que par leur naturel.

Le naturel des Porchins est tel, qu'au sortir de leurs terres ils font volontiers leur fiante, et ne la font iamais qu'ils ne facent vn petit pertuis auec le bout du nez , ou bien auec l'ongle : puis fiantent dedans, ce que ne font pas les Chenins : et font les Porchins plus communément leurs

0 iij

VENERIE PAR

cauernes dedans le sable, et autres terres aisées à moiiuoir, qu'ils ne font pas ailleurs, et en lieux descouuertSy pour auoir la chaleur du Soleil, dormans incessamment : aussi y prennent ils plus de gresse que les Chenins. Quand au pelage, les Porchins sont plus blancheastres, et ont le poil de dessus le nez, et de dessous la gorge beaucx)up plus blanc que n'ont pas les Chenins, et si le corsage en est^n peu plus grand » la teste et le nez plus gros : combien qu*il y a peu d'apparence si on n'y regarde de bien près.

Le naturel des autres, qu'on appelle Chenin, est tel, et les cognoistra-on en cette manière: c'est qu'ils vont aux porchats plus loing que les autres , faisans leur fiante au loing , de telle façon que celle des Renards. Ils se tiennent volontiers dedans les fortes terres, ou dans les rochers » faisant leurs fosses et cauernes plus profondes et estroites que non pas les Porchins : toutesfois qu'il n'y a pas tant de mères ne de carrefours qu'en des Porchins, d'autant qu'ils ne peuuent pas mouuoir les terres fortes et rochers, comme les autres font le sable et les terres mouuantes. Ces deux espèces ne se tiennent point ensemble, et à peine les pourra on trouuer à vne lieufi près l'vne de l'autre. Les chiens de terre craignent bien plus les Chenins que les Porchins : car ils sont plus mauuais, et plus puants. On les pourra encores cognoistre au pelage, lequel est td. Les Chenins ont la gorge, le nez, et les oreilles iaunastres, comme la gorge d'vne Martre, et sont beaucoup plus noirs, et plus hauts sur iambes, que les autres. Les deux espèces viuent de toutes chairs, et mesmes vont aux charongnes. Ils font grand dommage aux Garennes, et principalement aux petits lapreaux, qui sont dedans les raboulieres : car ils percent droit dessus la rabouliere, là ou le Renard suit du long. le leur ay veu prendre deuant moy les petits cochons de laict, lesquels ils trainoient tous vifs en leur terrier. C'est ^ne chose certaine qu'ils en sont plus friands que toutes autres chairs : car si on passe vn carnage de porceau par dessus leurs terriers ils ne faudront iamais de sortir pour y aller. Us viuent de toutes sortes de gibbiers , comme oyes, poulets, et leurs semblables : ie le bcslj par expérience: car i'en ay nourry de priuez iusques en l'aage de quatre ans. Us sont plaisans et de bonne nature, sans mordre ne faire aucun mal, ne faisant que ioûer auec les petits Chiens, et dormir le reste du temps : et quand ic les appellois, ils venoient à moy comme Chiens, me suiuant la part où i'allois. Ils sont fort froidureux, et si on les laisse en quelque chambre ou il ait du feu, ils s'en iront coucher dedans , et se brusleront les pieds , lesquels sont fort difliciles à guarir. Ils se nourrissent de pain, de petits oissdels, fromage, fruitage, raisins, barbota : somme, ils mangent de tout ce qu'on leur veut donner. Quand il neige, ou fait autre fort temps ils ne sortent point hors de leurs cauernes, aucunesfois de deux ou trois iours, ce que i'ay veu par expérience : quand la neige estoit tombée deuant leurs pertuis, ie ne trouuois point qu'ils fussent sortis, et y suis allé par deux matins ensuiuans, et au dernier les trouuay sortis, où ils alloient pour chasser leur vie. C'est plaisir de leur veoir amasser le bourre, comme paille, fougère, fiieilles, et autres choses, ils assemblent tout en vn monceau, puis auec les quatre iambes et h teste, emportent et trainent autant en vn coup en leurs cauernes , qu'vn homme en sçauroit porter d'vn bras sous son aissdle. Ils ont cette malice, qu'alors que ils se voient abboyez des Bassets, ils ferment les pertuis de leurs cauernes après eux, de peur que les Bassets les suiuent. Et si on les fait abboyer deux oa trois fois dedans les terres, ils remuent leur ménage, et s'en vont en vn autre lieu. Ib viuent longuement, et quand ils sont bien vieux, les vns deuiennent aueugles, qui ne peuuent sortir de leurs fosses : si se sont les masles, les femelles les nourrissent, et si se sont les femelles, les masles font le semblable. Ils meurent aussi de dartres qui leur viennent par tout sur la pean, comme l'on voit venir aux chiens : qui est la raison pourquoy on doit lauer les Bassets, comme i'ay dit cy dessus, parce que la terre engendre les dartres, i'ay veu toutes ces choses cy dessus mentionnées par expérience.

Les Tessons sont de dure vie : car i'ay veu plusieurs fois de bons et forts Leuriers après des

lACQYES DY FOYILLOVX. 56

Tessons, qui les mordoient si asprement qu'ils faisoient sortir leurs trippes hors du ventre^ eocores se deffendoient, et ne vouloient pas mourir, c'est vne chose certaine que les Tessons craignent le nez grandement, aussi ne leur sçauroit on donner si petit coup de boston dessus, qu'ils ne meurent soudainement.

Quand à la chasse des Renards, il y a peu de plaisir, principalement en la terre, parce que depuis qu'ik sentent les Bassets qui les abboient , ils bouclent, et sortent soudainement dehors, excepté en la maison que les femelles ont leurs petits, lesquels ils ne veulent abandonner. Ds font volontiers leurs terriers en lieux mal-aisez à bescher, comme dedans des rochers, ou sous quelques arbres, et n'ont qu'vne mère, qui va fort loing, laquelle est fort estroite.

Quand les Bassets ont vne fois acculé les Renards , ils se deffendent quelque peu , mais ce n'est pas de téDe vigueur et hardiesse que les Tessons, et n'ont la morsure si dangereuse. Si on prend u ^e Renarde en la saison qu'elle est en amours, et qu'on luy couppela nature, et le boyau qui

i j la tient , auec les petits roignons , qui sont cause de l'engendrement , qui est ce que les Chatreux

estent aux Chiennes quand ils les sennent, puis mettre le tout couppé par petits lopins en quelque petit pot, tout chaudement, et prendre du Galbanum, et le mettre dedans, en meslant tout ensemble, et couurir le pot, de peur que le tout s'esuente, cela se pourra garder toute l'année, qui seruira alors qu'on voudra faire quelque trainee pour faire venir les Renards, en prenant du cuir ou coûanne de lard, la mettant sur le gril, puis quand elle sera bien grillée, et toute chaude , il la faut tremper dedans le pot où est la nature de la Renarde , et le Galbanum , et en faire toutes les traînées, alors vous verrez que les Renards vous suiuront par tout : mais il fout que celuy qui fera la trainee, frotte la semelle de ses souliers de bouze de Yache, de peur qu'ils aient le vent de ses pieds. Yoila comme il faut faire tenir les Renards pour les prendre au piège, et pour les tuer au soir auec l'arbaleste. C'est vne chose certaine, que si on frotte \n Basset de souffre, ou d'huile de Cade, et qu'on le face entrer en des terres, où il y ait des Renards ou Tessons, ils se remueront de là, sans y retourner de deux ou trois mois.

COMME IL FAVT BESCHER ET PRENDRE

le$ Renards et Tessons, et des instruments qu'il faut auoir pour ce faire.

Page 1