‹ La vénerieChapitre 78 sur 138 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

^j/% E Teneur doit choisir de sa meute vn chien le plus beau, hardy^ ardant, gaillard, et haut, c'est à dire secret, qui n*ait encores chassé, si faire se peut, afin que d'\-ne gayeté et ardeur il porte mieux le traict auquel il le mettra : le mignardera, le flattera, et donnera à manger plusieurs petites friandises, afin qu'il prenne le ^traict volontairement, sans le rudoyer ne harasser en façon quelconque, de crainte qu'il ne le fuye et abhorre du tout. Et si d'auenture il a veu rembucher ou entrer quelque loup dans m bois ou taillis, ne faudra & mener le Chien sur les erres et voyes du loup, sans l'exciter ou parler à luy aucunement : mais prendra garde quelle mine et contenance le chien tiendra : comme s'il a peur, s'il se hérisse, s'il va bien aux branches, ronces et herbes, s'il porte le nez haut, si bas. Car les vns le portent haut, les autres le mettent bas : et est meil* leur qu'il porte le nez haut que bas, parce qu'il y a plus de iugement pour le loup. Lors qu'il porte bien son traict, et tire dessus, le Veneur luy en doit lascher d'auantage, l'excitant et parlant a luy de ceste façon en voix basse : YaiMà, YaiMà, dy, YaiMà Pillant (outre son nom de Chien). Et s'il s'en rabat et en veut, et que le Veneur apperooiue par le pas, lesses, pissat, traces ou autres signes, que le loup y ayt esté, il doit approcher son limier, l'applaudissant de la main , et luy donnant quelque friandise, puis l'exciter, et parler à luy en voix basse, disant, Ha, ha, tu dis vray Campagni. Voile-cy aller : et suiure son limier iusques à ce qu'il le lance, et trouue la couche du loup : sur laquelle il doit fort flatter son limier, et dans icelle espandre quelque reste de table, comme osselets, fromage, pain et autre chose, afin 4U*il en mange (toutesfois i'ay des chiens qui ne veulent manger, d'ardeur qu'ils ont de chasser) et l'avant fort caressé, doit parler au plus haut et frapper en route (ayant sur la couche sonné le gresie de la trompette) criant: Harlou, harlou, harlou, Campagni [ou le nom de son Chien). Apres, après, à route, à route, à route.

Et si on n'auoit veu rembucher ou entrer le loup dedans le l»ois (car il est aucunefois rare) le Veneur pour bien dresser limiers et ieunes chiens pour loup, doit attendre le temps des louueteaux enuiron le commencement de luillet, qu'ils commencent à courir par les bois, et aller en quelque bois ou buisson, où il y en ait, et là mener le Chien qu'il auoit choisi pour limier, le brosser, percer et trauerser, tant qu'il trouue les couches, et le lieu ou hantent lesdits louueteaux : lors façonner son limier, comme i'ay dit cy-dessus, et chasser en route lesdits louueteaux. Et si le Veneur auoit quelque gentil leurier qui fust ieuue, le faisant bien fouler au limier, il poun*oit estre facilement dressé : après cela, retirer le limier tout doucement en le caressant

et flattant.

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DE LA CHASSE DV LOVP

Autrement on pourra dresser le limier. Quand il y a des neiges, le Veneur soit diligent aHer au matin à Tentour de quelque buisson auec son limier, pour se donner garde si quelque loup rembuschen : et s'il en rencontre, doit suiure le trac, et mettre son chien dessus en le flattant et caressant tousiours, iusques à ce qu*il le lance, et trouue la couche, et après le courre en route, faisant ce que i'ay dit. Ce qui sera facile au Veneur, car il gardera bien que son limier ne change les voyes estant balancé de costé ou d*autre, et ainsi on pourra bien dresser le limier. Et, est à noter, que les loups ont ce naturel et astuce durant les neiges, s*ils sont deux ou trois, de mettre tous leurs pas dedans le trac et pas du premier tellement qu'il semble qu'il n'y en ait qu*vn, ainsi que Texperience monstre de iour, toutesfois peut-on dire qu'ils marchent si après à queue l'vn de l'autre, qu'ils entremeslent leurs pas l'vn dedans l'autre, ou qu'ils mettent le pied au pas de l'antre dedans les neiges, comme trouuant ledit pas froissé.

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