DANIEL MANIN A J. BASTIDE
laMSTBK DES AFPAIBBB iTBAFIGkBBS DE LA r£|*1)BUQUE FRANÇAISE.
Venise, 11 août 1848, onze heures du soir.
Citoyen Ministre,
La cause de l'indépendance italienne est compromise. Après TefiFort héroïque qui fit rejeter aux populations lombardes et vénètes le joug de trente ans de rAutriche, la guerre prit une direction fatale à l'esprit généreux qui l'avait fait naître; l'ennemi a pu se réorganiser, se renfermer, envahir nos provinces, enfin, s'il était possible, nous enlever tout espoir.
Venise seule résiste, défendue par ses forts et par les poitrines de ses citoyens ; mais les troupes sardes qui grossissaient la garnison, la flotte sarde aussi qui la protégeait contre les attaques de la flotte autrichienne, vont partir. Au blocus par terre, qui existe depuis deux mois, va se joindre le blocus par mer, et l'unique refuge de l'indépendance italienne est gravement menacé.
Citoyen Ministre, le peuple vénitien invoque le secours
du libre peuple de France ! il demande, par l'organe de son gouveraement, que les promesses généreuses de la République françaiseï solennellement proclamées à l'Assemblée de ses représentants^ soient mises à exécution (1).
Ce qui doit aussi nous donner Tespoir fondé de voir notre prière accueillie^ ce sont les paroles que Lucien Murât vient de prononcer pour encourager les populations de la Romagne.
Citoyen Ministre, Turgence est extrême, le péril des plus graves! l'existence d'un peuple, qui a certainement beaucoup contribué à la civilisation de l'Europe, dépend désormais du prompt secours que lui accordera l'héroïque nation française.
Manin.