‹ La Vénétie devant l'Europe, correspondance diplomatiqueChapitre 3 sur 7 · M. MANIN AU VICOMTE PALMERSTON · texte numérisé non relu

M. MANIN AU VICOMTE PALMERSTON

Venise, 20août18A8.

Mylord,

Vers la fin du siècle dernier, le pouvoir aristocratique qui gouvernait Venise abdiqua, restituant au peuple sa souverameté et constitua ainsi de lui même le gouvernement démocratique. Sous prétexte de protéger la république

(\) Le 10 mal 1868, sur le rapport de M. Drouln de Lhuys, président du comité des affaires étrangères, l'Assemblée nationale française avait déclaré, par un vote unanime, que la volonté de la France était : l'affranchissement de l'Italie,

nouyellèinent née, le général Bonaparte envoya à Venise une garnison française et priva presque complètement les Vénitiens de leurs moyens de défense. Peu après, le traité de Campo-Formio fut conclu, par lequel le général Bonaparte cédait à l'Autriche le territoire de Venise, qui n'avait jamais été conquis et qui ne lui appartenait en aucune façon. Les Vénitiens protestèrent, et le général Bonaparte répondit que, s'ils n'étaient pas satisfaits, ils pouvaient se défendre eux-mêmes, réponse dérisoire puisqu'il les- avait privés des moyens de défense,

La souveraineté du peuple de Venise cessa par cette stipulation inique en fait, mais non en justice, car le droit fut sauvegardé par des protestations solennelles. L'occupation de Venise par les Autrichiens était donc illégitime; et comme elle fut la source de toutes les transmissions successives, en différentes mains, de la souveraineté de Venise jusqu'à la dernière qui eut lieu en faveur de l'Autriche en 1814, toutes furent illégitimes.

Les Vénitiens avaient le droit incontestable de recouvrer l'indépendance qu'on leur avait violemment ravie, et ils le firent le 22 mars de cette année après avoir épuisé tous les moyens légaux et pacifiques pour obtenir du gouvernement autrichien un traitement plus conforme à la condition morale de l'Europe et de l'Italie, — au moins l'exécution des promesses faites solennellement en 1815 et qui ont toujours été déloyalement violées.

Venise, qui n'a ni tradition monarchique, ni aristocratie riche, puissante et instruite, proclama la république démocratique qui était la forme de gouvernement légalement existant quand l'inique traité de Campo-Formio établit de fait la domination autrichienne.

Mais Venise voulait agir^ non en vue d'une ambition ou d'un intérêt municipal, mais pour la dignité et l'intérêt commun de Tltalie entière ; dans ce but, elle a déclaré plusieurs fois que le gouvernement qu'elle avait proclamé était tout à fait provisoire^ qu'une fois la guerre de l'indépendance terminée les représentants de toute la population italienne devraient décider les questions de division territoriale et les formes de gouvernement que pourraient exiger les intérêts généraux de l'Italie. Cependant, il se formait une opinion qui déclarait indispensable au succès de la guerre l'union immédiate de toutes les provinces lombardovénitiennes au royaume de Piémont. Cela parut à la majorité des Vénitiens intempestif et dangereux : intempestif, parce que cela paraissait être une question à résoudre quand le sol serait libre et la guerre terminée ; dangereux, parce que la guerre prenait alors une apparence dynastique et non pas nationale, et que, par suite, les sympathies du peuple italien et des nations libres de l'Europe seraient aliénées, tandis qu'en même temps on éveillerait les appréhensions et les soupçons des princes (1). Toutefois, comme l'opinion susdite devenait très-forte, et que les journalistes de l'Italie proclamaient que c'était le seul moyen de salut, le gouvernement vénitien convoqua l'assemblée des députés élus par le suffrage universel, et leur proposa l'incorporation à la Sardaigne. L'amour de la concorde prévalut, et presque tous adhérèrent à la proposition.

' (1) Aujourd'hui tous les princes de Tltalie, excepté le roi de Piémont, sont hostiles à la cause nationale. Gela simplifie la question et la rend toute différente de ce qu'elle était en 182i8, où U a fallu avoir égard aux intérêts des princes, prétendus favorables à Tlndépendanee

(Manin, Pensées détachées^ 1856.)

La défaite de Tannée sarde à Somma-Gompagna eut lieu peu de temps après ; puis arriva la perte de Milan, et enfin la convention d'armistice, datée du 9 août, qui stipulait, entre autres conditions, que le roi retirerait de Venise les troupes sardes qui s'y trouvaient et la flotte qui la défendait du côté de la mer.

Trois commissaires du roi gouvernèrent Venise depuis le 7 août. Dès que les nouvelles de Tarmistice et de ses conditions furent connues, le peuple se leva et ne voulut plus être gouverné par les agents du roi qui s'était engagé à abandonner Venise. Les commissaires royaux eux-mêmes déclarèrent, par suite de cette commotion populaire, qu'ils avaient cessé de gouverner. Ainsi, la ville restait sans gouvernement, par conséquent exposée à l'anarchie et parfaitement incapable de défense extérieure. Cela ne pouvait durer ; et moi, qui avais proclamé la république le 22 mars ; qui, du 23 mars au 5 juillet, avais été président du gouvernement, et qui, par suite du changement de position politique^ m'étais retiré dans la vie privée sans rien perdre de la sympathie populaire , poussé par la nécessité, je consentis à prendre le gouvernement pendant quarante-huit heures, c'est à dire jusqu'à ce qu'un gouvernement régulier pût être nommé par l'assemblée des députés qui fut immédiatement convoquée.

Le 13 août, cette assemblée nomma un gouvernement, investi de grands pouvoirs, qui se compose de moimême, du colonel Caveralis et de l'amiral Graziani. Il fut unanimement convenu que le gouvernement n'aurait aucune couleur politique et qu'il s'occuperait entièrement du maintien de la paix intérieure et de la défense extérieure jusqu'à la fin du danger.

La population montra beaucoup de confiance dans le nouveau gouvernement, et, après avoir fait antérieurement d'immenses sacrifices, elle se résigna à subir les nouveaux sacrifices qui lui furent imposés ; et elle est prête à offrir son sang et sa vie pour éviter de supporter l'abominable joug autrichien.

Cependant, le bruit court que les gouvernements anglais et français, désireux de terminer la guerre d'Italie, font des propositions à l'Autriche, et, en cas de refus, auront recours aux armes. On dit aussi que, pendant ces négociations, les parties belligérantes devront suspendre les hostilités.

Mais du fait d'un armistice conclu entre le roi de Sardaigne et le maréchal autrichien, le 9 août, il pourrait résulter que, quand les puissances médiatrices intimeront la suspension des hostilités, l'Autriche répondra que cela est déjà fait. Cet armistice, qui prive Venise de l'assistance des forces sardes et permet aux Autrichiens de s'élancer avec toutes leurs forces sur cette ville, nous expose à retomber sous le joug odieux jusqu'à la conclusion des traités qui régleront nos futures destinées. Ce serait un malheur terrible pour Venise, qui a fait et fait encore des sacrifices sans exemple pour son indépendance, et elle ne peut être exposée à ce malheur par quiconque possède des sentiments d'humanité et de justice.

Vos nobles sentiments, Mylord, sont connus de tout le monde. Je me tourne donc vers vous avec la franchise d'un homme qui a tout sacrifié au bien de sa patrie ; et, au nom de ce malheureux pays, au nom de l'humanité, au nom de tous les sentiments généreux, je vous conjure de prendre des mesures telles que, pendant la discussion des traités,

les hostilités contre Venise soient aussi suspendues, afin qu'elle ne soit pas privée de Tindépendance pour laquelle elle a combattu avant les arrangements définitifs.

Quant au sort futur de cette ville et de ses provinces, je vous supplie, Mylord, de considérer qu'elles ne doivent pas retomber sous le joug autrichien. Pendant des siècles, elles restèrent indépendantes. Leur indépendance leur fut ravie par l'iniquité et la violence. L'Autriche les a maltraitées, opprimées, humiliées, en violant des promesses solennelles ; parce que F Autriche n'observejawaw les promesses qu'elle fait à ses peuples qui se vengent en conquérant la liberté par un effort téméraire peut-être, mais certainement généreux. Cette population a beaucoup souffert pour a cause de l'indépendance italienne, et l'Autriche ne manquerait pas de la poursuivre de sa vengeance avouée et de sa vengeance secrète. Le joug autrichien est détesté ici; par suite, le pays ne peut être tranquillement gouverné par l'Autriche ; avant peu, des commotions et les insurrestions nouvelles auraient lieu : elles pourraient mettre la paix de l'Europe en danger. En outre, ces provinces ont, avec le sentiment vivace de la nationalité italienne, le désir de s'unir et de se confédérer avec les populations t^/tVnn^^ et de se séparer complètement et à jamais des Allemands. Enfin, l'économie politique de ce pays le pousse à soutenir la théorie du libre-échange, théorie à laquelle F Autriche s'est toujours montrée hostile dans l'intérêt de ses manufactures.

Je vous prie, Mylord, de prendre tout ceci en considération, et la noblesse de vos sentiments me persuade que l'Italie et Venise béniront vous et le peuple anglais, comme leurs bienfaiteurs et leurs sauveurs.

Acceptez, etc. Signé : Daniel Mamin.

LE GOUVERNEMENT DE VENISE A M. YALENTIN PASINI.

Venise, 23 août 184b.

Le gouvernement doit vous informer qu'il a un besoin urgent de vos services. Ayant la certitude que la diplomatie négocie en ce moment sur notre future destinée politique, nous tenons pour indispensable qu'une personne qui puisse nous représenter prenne part directement ou indirectement à ces négociations autant qu'il sera possible.

Non-seulement les droits et les intérêts de la ville de Venise, mais encore ceux des provinces vénètes ont besoin d'être défendus. Nous en sentons d'autant plus le devoir que des bruits sinistres se sont répandus, d'après lesquels les stipulations iniques de Gampo-Formio pourraient se renouveler.

Nous ne connaissons personne qui, mieux que vous, puisse défendre ces droits et ces intérêts. Nous vous envoyons en conséquence ci-joint des titres de créance, afin que vous vous rendiez en tout lieu oii viendraient à s'ouvrir des conférences pour la pacification et la réorganisation de l'Italie.

Il est superflu de vous dire quels sont les besoins de notre nationalité, quels sont nos droits à l'indépendance. Notre nationalité et notre indépendance doivent exclure les deux combinaisons politiques suivantes :

l"" Toute agrégation, toute dépendance directe ou indirecte de l'empire autrichien ;

2° Une monarchie, même indépendante, mais avec un prince de la maison d'Autriche ou de la maison d'Esté.

Toute autre combinaison politique quelconque à Vexclunon des deux susdites pourrait être acceptée par nous ; soit qu'on veuille réaliser Tancien projet d'un royaume de la haute.Italie, en faire un seul État lombardo-vénitien, ou bien encore constituer un État séparé des seules provinces vénètes.

Mais s'il s'agissait d'imposer à la Vénétie une des deux combinaisons politiques que nous repoussons^ vous protesterez énergiquement , non-seulement au nom de la ville de Venise, mais aussi au nom de toutes les provinces vénètes.

Nous n'ajouterons aucune instruction ultérieure, ni aucune prière , pour que vous consentiez à accepter cette mission. Vous avez un sentiment trop élevé des devoirs de tout Italien dans ces moments solennels, pour que nous ayons à craindre un refus de votre part.

Vous voudrez bien nous faire parvenir votre réponse par le retour du courrier.

Manin, — Graziani, — Pargdalis.

EXTRAIT DE LA GAZETTE OFFICIELLE DE VENISE Du 13 septembre 1848.

Hier a eu lieu une de ces solennités civiques dont la seule pensée eût semblé un rêve fantastique pendant notre douloureux servage. Le nouveau bataillon de la garde

nationale^ général Marsich, passa en revue une partie de cette garde

Après la revue, le peuple se porta en fouie sous les fenêtres du palais du gouvernement, désireux de voir les hommes auxquels il a confié sa destinée, désireux d'entendre une voix toujours aimée, toujours obéie.

Ce désir fut promptement satisfait, Manin vint parler à la foule qui, suspendue à ses lèvres, recueillit avec angoisse chaque parole qui sortait de sa bouche.

Il dit : « Qu'avant tout il devait remercier les Vénitiens des sacrifices qu'ils s'étaient volontairement imposés, de l'argent donné par eux avec un si joyeux empressement, de la lutte généreuse qui s'était établie entre le riche se dépouillant de sa richesse et le pauvre apportant l'obole gagnée péniblement. Il parla de la reconnaissance due à la garde nationale qui, dans la nuit même du 11 août , au premier indice de péril, voulut aller là où grondait le canon sans plainte ni regret. » Il dit : a Que par ces actes de généreux patriotisme, le peuple vénitien s'était montré digne de la liberté et qu'il devait l'obtenir, qu'il l'avait conquise par son courage, consolidée par ses sacrifices; défendue conjointement aux autres Italiens accourus à Venise pour y acquérir liberté et gloire, et que si les deux puissances médiatrices devaient jamais proposer (chose impossible à supposer) des conditions peu honorables, ces conditions ne seraient point acceptées, a C'est des trou- « peaux non des nations qu'on dispose sans leur aveu. Le Cl sort de Venise ne peut pas être fixé sans son consente- « ment , car elle est libre, et son gouvernement s'est tou- « jours considéré comme le gouvernement indépendant « d'un peuple souverain. »

En ce moment, une voix ayant fait entendre, à travers les acclamations enthousiastes, le cri de : Vive la République ! Manin ajouta que la forme de notre future constitution politique ne pouvait être décidée parle gouvernement provisoire, ni même par le peuple rassemblé sur la place publique; que ce serait la mission de ses représentants légalement élus; qu'il rappelait seulement que si des conditions indignes d'un peuple grand et libre devaient être proposées à Venise, elle ne Les accepterait jarnaii.

MANIN A THOMASEO, A PARIS.

Venise, 12 septembre.

Ici, il règne un esprit excellent. Dimanche, nous eûmes une très-belle revue, et le bataillon de l'Espérance (1) fit sa première joyeuse apparition. Il y avait de quoi s'enorgueillir et en même temps s'attendrir! — Obligé de parler,j'ai remercié le peuple des sacrifices énormes qu'il avait faits ; j'affirmai qu'il s'était attiré l'estime de l'Italie et de l'Europe entière ; je dis que deux grandes puissances s'intéressaient au salut de l'Italie, et j'ajoutai que, pour ce qui nous concerne, nous agissions comme le gouvernement indépendant d'un peuple souverain ; « que si des conditions

(1) G^étaient les jeunes gens de 15 à 18 ans.

■ lésant aotre indépendance venaient nous être offertes, <• nous ne les accepterions ytimaij. ■

A ce mot, les milliers de personnes rassemblées sur la place s'écrièrent tout d'une voix : • Non, jamais ! neus ne •I les accepterons jamais ! •

Ce cri m'a comblé de joie. C'est peut-être la seule véritable joie que j'aie ressenti depuis le 22 mars. Âh! combien j'eusse donné pour que ce cri fût entendu par tou te l'Italie et par la France !

MANtS.

M. VALKNTtK PaSINI A LORD PALWERSTOM.

Paris, G oeinbre I&48.

MylonJ,

Le gouvernement provisoire nommé à Venise par l'assemblée des députés, le 13 août (depuis que l'armistice du 9 août, signé entre te fdd-maréchal Radetzky et le général Salasco, pouvait exposer notre ville à retomber sous le joug de l'Autriche), a cru avoir le droit, et en même temps le devoir, de faire représenter les droits et les intérêts de la Vénétie dans les conférences diplomatiques pour la pacification et la réorganisation politique de l'Italie, etc.

D'ailleurs, le gouvernement vénitien est parfaitement convaincu qu'en agissant de la sorte il a l'approbation enlïjrotectiou efficace de l'Angleterre. De même que

le cabinet anglais reconnaît une haute importance à ce que,

pendant les traités, Venise conserve sa liberté et ne soit pas attaquée ni bloquée, de même il trouvera bon et juste

que les vœux de Venise soient entendus auprès de la conférence. L'Angleterre, certainement, reconnaît que le gouvernement vénitien est l'organe le plus sincère et le plus légitime des intérêts de son pays

La responsabilité qui pèse sur moi dans cette solennelle occasion est trop sérieuse pour que le dévouement de Votre Excellence aux vrais progrès des nations, ne m'assure de son intérêt tout entier.

Ne craignez pas, Excellence, qu'en se présentant aux puissances médiatrices le gouvernement vénitien se propose de soutenir des prétentions exagérées. Son maintien dans cette dernière phase de notre révolution doit vous assurer du contraire. Aucune forme de gouvernement, aucune agrégation déterminée de territoires n'a été adoptée d'avance. Loin de là, le gouvernement nouveau et l'assemblée qui l'a nommé, ont voulu réserver la plus grande liberté, soit aux plus mûres délibérations de la nation, soit aux plus prudents conseils des puissances amies.

La seule chose qui, dans cette dernière phase de notre révolution, ait acquis une confirmation s'il était possible plus grande, est la résolution bien arrêtée du pays de vouloir son indépendance.

Il parait que (^ans la crainte de la guerre ou l'influence de la médiation) l'Autriche aurait voulu que la Lombardie et la Vénétie, tout en formant un royaume séparé, eussent pour chef l'empereur d'Autriche, et que pour les affaires diplomatiques, miUtaires et de finances, le centre fût toujours en dernier ressort à Vienne. Or, il est évident que

les aiïaires diplomatiques, militaireset financières dominent naturellement les autres branches de l'administration ; il est évident que les maîtres de l'armée et de la fmance, sont aussi les maîtres de toutes les autres opérations gouvernementales, qui réellement dépendent de cet argent qui doit les payer et de cette force qui doit les soutenir ; il est évident que maîtresse du royaume Lombard-Vénitien dans les affaires diplomatiques, militaires et financières, rAutriche maintiendrait sa fatale influence sur les autres parties de Tltalie.

Par conséquent, nous sommes bien sûrs que la médiation visant à l'émancipation de l'Italie, écarte, par son principe même, cette combinaison que l'Autriche, de sa bonne volonté, promettrait d'accorder aujourd'hui au royaume Lombard- Vénitien. En agissant de la sorte, la médiation, non-seulement fera respecter le principe des nationalités mais elle pourvoira aussi à cette tranquillité qui ne peut s'établir et se maintenir en Italie sans une complète indépendanco de son territoire tout entier.

Mais il y aune autre combinaison sur laquelle nous avons besoin d'attirer la bienveillante attention de Votre Excellence. C'est la combinaison d'un royaume Lombard-Vénitien séparé de l'empire autrichien, mais ayant pour roi un prince de la maison de Lorraine.

Ce projet même présente de grands dangers pour notre indépendance et pour la tranquillité do l'Italie. Qu'il me soit permis de vous exposer avec franchise toute la pensée de mon gouvernement à cet égard.

Mon gouvernement est intimement convaincu :

Que dans l'état actuel des esprits à Vienne, ni le ministère, ni la diète ne pourraient soutenir un arrangement par

lequel on se proposerait de pourvoir à un intérêt purement dynastique, au lieu de pourvoir aux intérêts directs de la nation.

Que dans la combinaison dont je viens de parler, si une véritable indépendance au dehors et une sincère constitution à l'intérieur nous étaient accordées, l'intérêt dynastique seul se trouverait favorisé au détriment de l'intérêt national autrichien, vu que nos sacrifices pécuniaires ne pourraient être que beaucoup moins considérables, dans l'hypothèse qu'un prince autrichien fût imposé.

Que, par conséquent, ni le ministère, ni la diète de Vienne ne donneraient leur consentement à la nomination d'un prince autrichien, à moins de prendre avec lai des arrangements au moins secrets, qui compromettraient notre indépendance.

Que lors même que le cabinet autrichien adopterait le projet de bonne foi^ sans stipulations secrètes et contraires, il serait impossible de persuader cela, ni à la Lombardie^ ni à la Vénétie^ ni aux autres parties de l'Italie.

Que d'un côté, la défiance des Lombards et des Vénitiens serait continuelle, que la tendance des autres parties de l'Italie à se débarrasser de cette dépendance, au moins apparente, de l'Autriche, serait aussi continuelle, et que, par conséquent, des mouvements dangereux éclateraient dans le royaume Lombard-Vénitien toutes les fois que Vienne s'agiterait, ou que les autres parties de l'Italie se croiraient en mesure de recommencer la lutte.

Que d'un autre côt5; les arrangements entre le royaume Lombard-Vénitien et les autres parties de l'Italie en souffriraient une grande difficulté, et qu'il deviendrait impossible au royaume Lombard- Vénitien de trouver dans l'assistance

directe ou indirecte des autres parties de l'Italie, les moyens de pouvoir se charger d'une quotité considérable de la dette publique de l'Autriche.

En résumé :

Que sans l'adoption loyale et l'application complète du principe de la nationalité , on n'arrivera pas à la pacification entière et durable deritalie, et qu'en même temps ce n'est qu'en laissant la nation italienne se reconstituer, que l'Autriche obtiendra des avantages pécuniaires qu'une participation même indirecte à nos affaires lui ôterait.

Mon gouvernement a une autre pensée qui le préoccupe vivement et qui est entièrement conforme aux vues sages et prévoyantes de l'Angleterre.

Il importe à la pacification entière et durable de l'Italie que le principe libéral modéré^ le principe du vrai et raisonnable progrès, soit sans délai affermi dans les éléments qu'il possède à présent. Ce principe sera sans avenir en Italie, si on ne l'aide à faire immédiatement une alliance sincère avec la complète indépendance du pays ; sans engager, en ce moment, une formelle discussion sur la réorganisation politique la plus convenable à l'Italie septentrionale, j'affirme que si le principe libéral modéré ne saisit tout de suite cette occasion pour faire cause commune avec le principe de l'indépendance, il sera exposé peut-être à périr. L'Italie, où jusqu'ici n'ont pas pris racine ces principes exagérés qui se prononcent dans d'autres pays de l'Europe, les verrait, sans aucun doute, gagner beaucoup de terrain du moment qu'on les croirait nécessaires pour conquérir cette indépendance que le principe modéré aurait été insuffisant à obtenir. Je n'ai pas besoin de signaler à Votre Excellence les symptômes qui révèlent ce danger.

Il me suffit d'affirmer à Votre Excellence que nous, dans la modération de nos idées politiques, remercierons hautement l'Angleterre, comme d'un bienfait, si elle nous aide, dans ses vues favorables au vrai' progrès, à pratiquer cette intime alliance du principe libéral modéré avec le principe de l'indépendance, laquelle doit se réaliser tout de suite pour pouvoir épargner à nous (et avec nous à l'Europe tout entière) les convulsions politiques les plus afifreuses.

Voilà, Excellence, les sentiments avec lesquels nous vous recommandons la cause italienne.

Fermement persuadés qu'une médiation entreprise pour soutenir le principe des nationalités (principe qui est le vrai fondement de la paix européenne dans l'avenir) voudra écouter ceux en faveur desquels opère la médiation ; intimement convaincus que, sans exclure de l'Italie l'élément autrichien direct ou indirect j on ne peut pas obtenir une vraie indépendance ni une pacification pleine et durable;

Loyalement disposés de l'autre côté à tous les sacrifices qui soient compatibles avec les ressources du pays, et qui, sans nul doute, pourront être bien plus considérables, si une entière indépendance et une pacification durable nous mettent en mesure de pouvoir obtenir le concours direct ou indirect des autres États de l'Italie ;

Profondément convaincus que sans l'immédiate alliance du principe libéral modéré avec le principe de l'indépendance, l'occasion de nous reconstituer d'une manière favorable à la paix de l'Italie et à celle de l'Europe serait perdue ;

Nous avons la plus entière confiance que Votre Excellence voudra bien nous aider à faire cesser les maux qui affligent notre bien-aimée patrie.

Je mets sous les yeux de Y. Exe. le contenu de la lettre qui m'accrédite auprès des puissances médiatrices. Agréez, Excellence, etc.

Valentin Pasini.

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