LE PRÉSIDENT MANIN A VALENTIN PASINI
BN-VOTÂ OS DENISE A PABIS.
Venise, 3 janvier 1849.
Nous voulons espérer que les propositions faites par le gouvernement de la république, le 15 août (et auquel le cabinet anglais semble encore se tenir), ne seront pas prises
pour bases des négociations (1). Vos paroles, vos écrits, vos efforts auront fait comprendre toute Tabsurdité d'une pareille combinaison, dont l'effet serait d'éterniser la guerre en Italie, de continuer la révolution actuelle, au lieu de réaliser cette pacification qu'on prétend être le but principal de la médiation, afin de délivrer l'Europe du danger permanent d'une conflagration générale.
Les six mois écoulés depuis la réoccupation des provinces lombardo-vénitiennes par l'Autriche, auront fait voir à quel prix seulement celle-ci pourrait y maintenir sa domination, à quelles agitations les autres États italiens ont été et sont exposés parce que la cause de nôtre commune indépendance est restée indécise.
Tant que les Autrichiens occuperont la grande
vallée du Pô^ il n'y aura ni institutions assez bien
combinées, ni terreurs, ni supplices assez efficaces
pour établir Tordre politique ni à Naples, ni à
Rome, ni à Florence, ni à Turin; les demi-mesures
feront passer la révolution d'une phase dans une autre; la misère générale qui en sera l'inévitable
conséquence, soulèvera le peuple, même là oîi il s'était montré jusque-là indifférent ou passif, et lorsqu'une fois les populations seront soulevées d'un bout à l'autre de la Péninsule, il n'y aura pas de diplomatie qui pourra y ramener
(1) La proposition était de faire du Lombardo-Vénitien un État séparé, mais restant sous la domination de C Autriche,
l'ordre. Des flots de sang, d'immenses calamités seront le résultat de la politique qu'on voudrait suivre encore aujourd'hui à l'avantage supposé de l'Autriche qui, en définitive, aura eu la misérable gloire d'entraîner toute l'Europe dans l'abîme que ses fautes stupides et cruelles avaient préparé pour elle seule.
Manin.