‹ La vengeance de Geneviève [microforme]Chapitre 10 sur 64 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Qu'y avait-il donc entre ces deux époux, pour que la discorde eût si vite remplacé l'entente à leur foyer? Rien autre, peut-être, au début, que le manque d'estime mutuelle. Et l'absence de ce sentiment, base de tous les autres, suffisait depuis cinq ans à miner entre éux toute intimité, tout rapport, toute affection.

Pouvait-on estimer celui qui divorçait par amour de l'or; et celle qui acceptait les bénéfices de ce divorce ?

L'un s'était remarié pour obtenir une fortune, à la place de son aisance engloutie per ses fautes.

L'autre, pour se donner un nom tout ibat: è la place de son nom déshonoré.

La fortune faite, le mari avait senti send

lourde était à traîner une vie commune que ne vivifiait ni tendresse ni devoir.

Le nom acquis, la femme avait découvert qu'elle avait seulement échangé celui d’un

banqueroutier frauduleux contre: celui d’un fidéicommissaire infidèle. Il est vrai que, sans attendre cette révélation, qui se fit beaucoup plus tard, elle enveloppait volontiers le fils et le père dans sa réprobation, et ne ménagea pas ses dédains.

Les-reproches aigres succédèrent alors à l’indifférence écrasante ; les scènes incessamment renouvelées mirent à nu ce cœur d'homme cupide, ce cœur de femme égoïste. S'étant mariés par intérêt, ils n’eurent même pas la pudeur de se cacher l’un à l’autre le mobile de cette action:

Quand l'amour honnête n’ennoblit pas le cœur de l’homme, on est surpris de l’abîme de vulgarités où il roule,

Quand l'esprit chrétien n’inspire pas une femme, on demeure étonnée de la profondeur de sa versatilité,

Tous ceux, oubliant déjà le motifqui les avait rapprochés, sans que la sympathie y füt pour rien, haïssaient leur chaîne et ne se pardon: naient pas de se l'être mutuellement rivée.

Heureusement que la complaisanté loi du divorce, qui éteint entre époux tout esprit de sacrifice, développe dans une large mesure les espérances de liberté réconquise.

Caroline, dont le premier mati réalisa maigrement l'idéal, dont le second mari lui. parut personnel, maladif, morose et: désagréable, rêvait. d'un troisième aussi. honorable, aussi, beau, 4sasi empressé, que les autres l’étaient peu.

On n’imaginé pas les horizons ouverts par le divorce aux ‘imaginatiôns :malsaines, aux äriës sans vertu, ou simplement aûx natures térre à terre!

Caroline n’était ni très méchante, ni très perverse, ni très exaltée lle était femme d'éducation médiocre, de croyance nulle et de délicatesse peu raffinée, voilà tout.

Ces $ortes de caractères — et ils sont nombreux — composent encore une bonne part des chauds partisans du divorce. Un lien l’attirait, élle l'avait pris d'un cœur léger. Ce lien lui déplaisait maintenant, elle éntendait le secouer comme un fardeau.

Que la morale en souffrit,. cela ne la touchait guère. Le devoir conjugal, sans la sanction religieuse, n’est qu'un. hochet aux mains du caprice, de la lassitude ou de la passion.

Léon Bourgeal résista aux tentatives, de divorce de cette femme qu'il n'avait jamais estimée, qu'il n’aimait pas, dont la présence lui était génante, dont les idées le choquaient.

La crainte du ridicule le tenait par un coin du cœur. Deux divorces en cinq ans!... son éducation toute française n'avait point adopté, en ces matières, la largeur de vues des Suisses, la trangnillité des Allemands, et, moins encore, la légèreté chronique dés Russes.

D'ailleurs, son intérêt n'était plus, cemme une première fois, entièrement en jeu; il ne li déplaisait pas de voir s’agiter Caroliné pour

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