‹ La vengeance de Geneviève [microforme]Chapitre 15 sur 64 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le spectacle était poignant, dans la chambre en désordre, Antonio Boldini, retombé sans forces sur le lit, crisvait encore. ses mains débiles aux vêtements des enfants en pleurs.

L'entrée d’un étranger ne lui fit même pas ouvrir les yeux, comme si, les petits retrouvés, tout lui devenait indifférent.

Léon fixait un regard avide sur le malheureux et lisait sur son front décoloré les symptômes d’un dénouement prochain, d’un dénouement funèbre.

Se penchant vers Geneviève, il lui murmura ; — Il est mourant, cet homme !

L'oreille des malades a parfois une acuité singulière. |

Antonio souleva ses paupières lourdes, le reconnut, et dit avec une étonnante présence d'esprit :

— Vous venez me voir mourir, monsieur Léon Bourgeal ?

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+ Je viens chetüher mêès tic que de protège et que j'aime.

— Puisque vous aimez les fils, vous ave oublié les torts du à A0 : é vous remercie d’être vend. ‘

Cette logique, toute a sékitimee érmit un horizon pipi ne à devant” Geneviève attentive.

Un calme subit semblait se piodiré chez le malade.

Léon sentit que l'heure n'était pas aux récriminations inutilés ; devant l'imminence d'une catastrophe, ses rancuvies ne s’apaisaient pas, mais du moins l’éxpression: n’en à voulait p it venir à ses lèvres.

—'Né vous mettez Lobit en peine Le me rémérciér, se borna-t-il à répliquer. J'ai répondü à l'appel de Mme Carvès:. |

= J'ai mérité votre résséhitiment, monsietr, mais. depuis lors, j ai assez souffert pour l'epaiser.

— Jé ne veux pas parler ä passé mt Boldini.

— Le moment est péubtast feorsble, Léié l'artiéte, en s'appuyant à ses coussins avec l’aide de Génieviève: J'attends vos reproclies, mon: sieur.

= Vous soigner. .: y dus guérir pressé davantage, fit brièvement l'ingénieur ag à l'aise en face de cette misère. ‘"

— Je ne güérirai pas.

— Qui sait?

110 LA: VENGEANCE D GENEVIÈYE

: Vous, monsieur, qui le disiez. tout à l’heure. Je le sens bien, d'ailleurs. . Petite dernière crise m'a tué. ..

“£t.tout.à coup, se. rappelant sntasltient son exaltation paternelle, il attacha des yeux désespérés. sut les enfants. qui embrassaient Geneviève. 1

— Pauvres petits! < comme j ai dû leur faire peur, quelle fièvre !: et: quelle: souffrance !: .. J'ai déliré, n'est-ce pre LA Encore une Arts et ce sera fini.

=: don sr: :NOYORES j: dit Léon. pris de pitié. Ne parlez plus, miel e deb

+ Vous, allez reposer quelques heures, ajoute la j jeune femme.

Je. n'en ai pas le temps. je vondrsis laisser uninom à mes fils. .. si jemeurs. …. vous voyez que le temps presse... : Je, voudrais que ma.veuve, si peu qu'elle se souviènne, de moi, ne maudit pas ma mémoire. | At

Léon tressaillit violemment.

Il connaissait assez la loi française pare comprendre à demi-mot.

Le mariage anglais. . +: VOUS, SAVEZ, ik commença le malade en s’agitant de nouveau.. Le mariage anglais, excellent là-bas, ne vaut rien 1C1. ! S pe - . —.dle.sais, répondit l’ingénieur d’un ton sec. .. Si vous vouliez m'aider... peut-être, en vous hâtant...on pourrait... HAS LR

— Quoi ? fit Léon, très nerveux. .. : -

— Faire régulariser... en France... ,.

— Vous le voudriez ?

‘— C'est tout mon désir. Le

Greneviève, soudainement, eut lintuitioæ d’avoir servi d'intermédiaire au rapprochement le plus inattendu, le-plus providenticl!... et, pour ne pas amoindrir le père ou la mère, devant les enfants, elle les entraîna sur une douce pression de sa main.

Ce ne fut cependant pas au oh qu ‘elle les conduisit, ce fut dans son propre appartement, où, les remettant dès l'entrée à Jeannine, accourue à sa rencontre, elle lui ordonna de les confier à Mile Outier et de joner elle-même

avec eux.

Redescendant alors chez son malade.’ elle put admirer, dès le seuil, l’action de la Providence sur les deux êtres que sa*sollicitude chrétienne avait aidés à se rejoïndre, à s'entendre, à se pardonner,

Se pardonner? Le mot pourrait d'abord paraître étrange appliqué à Antonio Boldini.

Il devenait vrai, ce mot, en se souvenant que l'accueil du frère riche envers la sœur ruinéc, avait encouragé l’audacieux abandon que celleci osait faire d'un mari moins coupable qu’elle.

Ce fait invraisemblable se produisait: ces deux hommes, dont l’un nourrissait contre l’autre un vif ressentiment, échangeaient sans aigreur des explications et des projets.

Quel mobilé pouvait produire un tel miracle?... L'approche de la mort, qui ravivait ies remords du malade et qui montrait à l’ingé-

nieur, à brève échéance, de nouvelles compli- . cations à une famille qui n'était plus à les grapter, hélas!

Comme, ou écoute un rêve, Geneviève, i immo- “bile et muette, les écontait.

Antonio Boldini exrliquait que le mariage conclu, en Angleterre, entre un italien et une française, sans aucune publication dont le pays respectif des époux, ne constituait pas d'état civil régulier aux enfants nés de cette union, honnête au point de vue, moral, mais iHégale “au point de vue social.

Léon, Bonrgeal répliquait. que les. désastreuses conséquences d'un mariage à l'étranger ne Jui étaient point inconhues ; qu’il les déplorait personnellement, et croyait savoir que Lucy, malgré son outrecuidance présomptueuse, se rendait un compte exact de l'impasse où son coup de tête avait acculé ses fils. ; . L'artiste déclarait s'être étourdi longtemps sur cette situation fausse, tandis que l'ingénieur avouait s'en être préoccupé dès le début d’un mariage :pour lequel il avait épris s& fraternelle réprobation.

— Je souhaiterais tout réparer, disait l'un ; la vue de mes enfants ne rend mon désir que plus intense,

— Mais comment réparer ? répondait l'autre.

Il y eut un silence.

Antonio, se sonlevant biens ASE “à vouloir:lire tont.au x. fond: des 1JeRE de Hell nieur. |

.-r Dites... vous qui la connaissez peut-être mieux que moi... eq ns à “ARPAT cette union boiteuse ?

— Lucy?

— Lucy.

— Qui sait ?

— Ni loi, ni sliciss à rien ne l'impressionne.

— Peut-être... pour l'avenir de ses enfants

— Si éile consent, tout est sauvé,

— Comment ?

— On peut faire les publications en toute hâte, et... si je vis encore quelques jours. .

— Les publications ? ?... vous oubliez que des papiers, des actes sont nécessaires,

— Oh ! je le sais.

— Et que, pour les réunir, il ne fandrait pas être bloqué dans Paris assiégé. |

— J'avais prévu... non pas le siège, mais le cas où, retrouvant Lucy, j'enlèverais son consentemént... par persuasion ou par Surprise,

— Vous aviez prévu ?.

— J'ai fait venir mes papiers personnels de Vèrone, et, sachant que Lucy est Parisienne, j'ai réuni ceux qui la concernent, acte de naissance extrait mortuaire de.sa mère, à la mairie du IXe arrondissement.

— Vous avez ces actes? | |

— Dans ce tiroir, là... voyez. La maladie m'a fait crédit de quelques jours... et je les avais bien employés.

Léon demeura pénsif.

Geneviève songea aux voies de la Providence

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‘1ld LA VENGEANOZ DE GENEVIÈVE

qui pérmettait au plus coupable de ces deux hommes de s'ériger en juge du moins coupable, et qui allaient tirer un bien de ce renversement apparent des rôles.

Léon, le divorcé volontaire, jugeant le mari . abandonné malgré lui!

— Monsieur Boldini, dit Léon en se levant, ei Vous avez agi, il y a quelques années, comme un homme que notre famillé a eu le droit d’accuser de déloyauté, je reconnais que vous agissez aujourd’hui comme un père honnête, un mari soucieux de réparer ses torts.

— Vous allez parler à Lucy? fit Antonio avec un rayon de joie.

— Ce soir même.

‘+— Merci, monsieur. Si vous réussissez, une seule chose sera nécessaire encore.

— Lapuelle ? ui

—— Que je vive onze jours... le temps exigé par la loi.

Léon ne répondit pas. Si atireur qu'il fût, sans doute, de laisser un espoir à ce malheu- Teux, l'évidence d’un danger mortel, prochain, glaçait la parole sur ses lèvres.

Ce fut Geneviève qui répondit : -

— Nous allons ardemment prier pour vous !

L'ingénieur arrêta sur la jeune femme un regard énigmatique, où ‘luttaient l'admiration que sa Charité faisait naître, ‘et l'involontaire retour aux railleries de jedis. dé . — Vous priez toujours... l‘ditil avec un sourire, et pour tous! C’est votre remède infaillible.

eux ble, rsenari ant, nme iroit vous nête,

tonio , une

e xigé

1 fût, heu-

— (C'est du moins, mon papair, ma foree, ditelle avec fermeté, RAT

— Toujours Cléricale!

Greneviève le regarda : l'œil était bon, l'accent amical, détaché des intentions, blessantes du M pit |

le eut un frisson et répliqua doucement :

— Toujours Cléricale !

Un instant, Léon Bourgeal sable ses, yeux chargés de pensers confns dans les yenx limpides de Geneviève ; puis, secouant d’importunes sensations, il adreisa au malade un “à revoir ” suffisamment cordial pour mériter en échange, un autre ‘‘à revoir ” tout attendri.

— Je reviendrei à l'heure du médecin, dit à son tour Geneviève, en sortant.

Sur le palier, elle eut un geste pour averti

l'ingénieur de l'attendre, tandis qu’elle allait chercher les enfants.

—- Je vais avec, vous, dit.il vivement. ‘Je veux encore embrasser Jeannine.

— Léon, dit-elle avec un grand effort pour conserver son calme ; cette enfant n'a été que : trop mêlée, aujourd’hui, à nos différends de famille. Laissez-la retrouver l'insouciance de son âge, :

— Je ne la troublerai pas:

— Je crains le contraire. Sa jeune imegins:

tion n'aura que trop matière à TARRIONR, gene les incidents de cette journée.

— Pourtant, elle est là, à deux «pas ; je ne comprends pas votre refus, . FRERES

Ha

— Elle est sous mon toit, Léon.

— Ah!...je ne pourrai dont, pour ce motif, ” voir ma fille, comme c'est mon désir ?

— Voôur Ia verrez, puisque vous le demandé, si tardivement que ce soit, ét que la loi vous y autorise. . . mais, comme la loi vous ÿ autorise. |

— C'est-à-dire 1

‘= Ohez un tiers qué vous désignerez,

"= Ainsi, la voir chez vous, Geneviève, sérait une faveur... que je ne puis espérer ?

* — Une faveur... qu'uñ père ne mérite plus, après avoir abandonné sa fille pendant six ans. — Comment, c'est vous qui parlez ainsi ?..

Vous qui venez de conduire des enfants à leur

père ? ?.

1 Ce père-là ést l'abandonné, la victime.

Les causes’ sont différentes : difféiènts sont les effets.

“— Mais, j'ai des droits sur Jeannine, après tout.

— Seront-ils jamais tels que les miens ?

"Ah! vous êtes inexorable !

U— = Qui l'a voulu? Vous m'avez ernpéchée d'être épouse, j'entends demeurer mère.

Et l’enveloppant d'un regard plein de noblesse. et de douceur, elle disparut dans l'escalier. 7

'Dèux minutes après, Mile Outierdmenait les enfants à leur once lequel, en réconnaissaht la éemoisellé d'honneur’ de ses premières noces, éprouva la honte subite, le sentiment dc l'infé-

riorité morâle où il s'était placé, par sa faute, en face des amis de Geneviève.

‘On lui interdisait l'entrée du logis et c'était justice.

Il pensa avec amertume, que les laquais trouvaient ouverts, au moins, les vestibules !

‘Les maris divorcés demeuraïent au dehors.

Avait-il le droit de se plaindre, lui, qui avait forcé, jadis, Geneviève à fuir sa maison ? |

Un salut aité. silencieux, ét la remise des étifants, signalèrent le rapide passage de Mile Outier. qui remonta d’un pas vif.

La nuit tombait. Nulle voiture à espérer lé long de la route. Léon s'en alla sur le boulevard désert, la tête lourde, lé cœur serré, mélant, dans la confusion de ses pensées, les évènements de cette journée mémorable.

‘Le plus petit garçon, fatigué de la route,

assailli de sommeil, ne se traînait plus que péniblement. L'ingénieur le prit dans ses bras et activa sa marche en se moquant de luimême.

+ Protéger aujourd’hui les enfants de Lucy, se disait-il ; et hier, abandonner à travers le monde ma propre fille !... Abreuver de chagrins une Greneviève, et dontiéf mon nom à une Caroline !.:.. Oh ! niais et fou que je suis!

Il avançait toujours, et, regardant le pauvre mignon qui s’endormait sur son épaule, quelque chose remua dans ses entrailles d'assez sem blable au remords.

La vision de Jeannine sans asile, six atis en

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arrière, endormie sur le sein d’une, mère désese pérée, chassée, divorcée, passa devant ses yeux.

— Ne suis-je pas encore plus coupable que niais ?.. du coupable que fou ? se demandat-il. 4 ie Far) On, UE À rue Rongemont. Les enfants coururent joyeusement à leur mèrs et ce furent des récits sans fin absolument incompréhensibles.

Lucy aurait probablement éprouvé quelque inquiétude de ce long retard, si Caroline n’eût pris soin d’abréger ces heures d'absence par une scène de larmes et de cris.

Se voyant seule avec sa belle-sœur, elle en avait profité pour luiégrener toutes ses plaintes contre un mari morose, contre ‘un beau-père compromettant, dont elle s'était. séparée fort heureusement avant l'échauffonrée révolutionnaire du 81 octobre, et dont elle avait SRpER depuis la conduite déloyale:. “Un voleur!..

Un: voleur!...”

Coroline avait crié bien haut que, ne s'étant remariée que-pour prendre le nom d’un condamné, il lui était par trop dur d’avoir été trompée.sur la deuxième étiquette dont elle, ornait ses unions successives.

Veuve d'un, banquerontier, belle-Éle, d'un voleur, belle-sœur d’une étourdie mariée, illégalement, femme d’un tomme brutal quivenait de la frapper devant témoins, elle haïssait sa nouvelle famille, entendait en sortir, maudissait les Prussiens qui l’enfermaient dans Paris,

ÉseRe eux.

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le en intes -père fort tion- | ppris wi.

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et se répandait en lsmentations sur son déplorable sort !

Une crise nerveuse iv même couronné ces diatribes passionnées.

Lucy, dont la philosophie planait sur ces tempêtes, eut quelque peine à calmer a femme

encolérée dont elle ne daigna même pas rele-

ver. les injures personnelles.

Ceux que la charité chrétienne n’anime pas, en cés délicates questions de l'oubli des injures, ont besoin d’une cuirasse d’égoisme et de mépris. À se cuirasser ainsi, point de mérite. C'est la nécessité du moment, où l'amour du “moi ” qui commande.

Elle venait à peine de faire boire à Caroline une boisson éthérisée qui abatut le reste de ses fureurs, quand les enfants lui revinrent avec des récits plein la bouche. “Papa malade !... Papa méchant !... Papa qui pleurait !.. . Papa qui va moûrir!...”

Elle les écoutait, très étonnée.

— Nous causerons tout à l’heure sérieusement, ma sœur, lui dit Léon en se mettant à table.

Le frère et la‘sœur dinèrent fort sommairement — ce qui était fort ordinaire, mêine chez les riches, à cette époque — et vite, pour se délivrer de la gènante présence des tiers.

Caroline s'était fait servir chez elle le bœuf d'Australie conservé en boîte qui formait le menu du jour.

À peine les enfants emmenés dans leur

chambre, Lucy, dont: l’impassibilité voulue cachait difficilemept une curiosité réelle, lui demanda ce que signifiait le babillage des petits garçons.

Léon lui fit alors le récit très MR de la scène bizarre dont la misérable chambre du boulevard du Prince-Eugène avait été %e théâtre.

Il n’omit rien, insistant sur ce fait brutal que son mari se mourait, que ses fils n'avaient pas d'état civil régulier, qu'elle allait être une veuve dont on aurait le droit de FAIR le passe.

Lucy répétait machinalement, les yeux secs :

— Est-il donc si mal... si mal que cela ?

Ce ne fnt pas sans surprise qu'elle apprit la précaution singulière, prise par Antonio, de réunir toutes les pièces nécessaires à la légalisation de leur mariage.

Alors qu'ils étaient heureux et insouciants, courant le monde et récoltant des succès artistiques, ni le mari ni la femme ne sngeait à cette perpétuelle menace.

Avec le malheur, la réflexion était venue chez le mari délaissé ; et, chez la femme ellemême, la crainte naissait en apprenant le danger du mari.

Le cœur glacé de Lucy n'était pas facilement: vulnérable ; s’il parut tout à ceup s’attendrir, c'était moins sur le pitoyable destin d’Antonio que sur la défaveur qui s’attacherait à son propre veuvage.

— C'est affreux, tout cela, fit-elle enfin;

voyons, Léon, répète-moi cette invraisemblable

histoire.

Avec une grande promptitude d'esprit, elle éntrevit la situation d’une jeune veuve dont l'union, n'ayant pas été légalisée, n’est pas valable en France, et qui s’il lui plaît de contracter de nouveaux liens, ne rencontrera probablément pas de second mari disposé à l'épouser, une fois encore, dans un pays étranger.

Tout cela lui créait, en some, un avenir assez embarrassant et des regrets possibles.

Non moins prompte à prendre un parti qu’à entrevoir un désagrément, elle demanda nettement :

— Ainsi, si j'ai bien compris cette aventure surprenante, M. Boldini serait devenu un modèle de prévoyance conjugale et de tendresse paternelle. Il ne s'agirait que de faire légaliser ce mariage anglais au plus tôt... suivant vos absurdes formalités ?

— Au plus tôt.

— fi j'étais seule en cause, j'ai sur l’indépendance de la femme des théories telles que je ne voudrais rien changer à ce que j'ai libre-

ment fait autrefois. C'était peut-être une sot-

tise. .. une imprudence, soit: mais j'en ai subi

les conséquences et ne réclame point contre le sort.

— Ne rappelle pas cela, Lucy, je t'ai toujours blâmée. Tu as été sans excuses.

— Fort bien ; je tairai, pour ne te point bles-

Ed

ser, mes conyictions sur les droits de la femme en fait de mariage.

— Mais tes enfants ?

— Oh!... pour eux, je consentirais peutêtre... à me soumettre à votre fatras légal, s’il ne fallait pas... mais c’est impossible !

— Quoi donc ?

— Donner à Antonio qui m'a ruinée, le triomphe de me contraindre à revenir à lui.

— Le malheureux ne triomphera plus de rien ... ni de personne.

e *— Le crois-tu, vraiment ?

— Ma pauvre Lucy, il n’est que temps, de songer à cette grave affaire, si nous voulons la mener à bout.

— J’enrage d'en comprend”* la nécessité et de me sentir si peu portée à la conclure !

— La réflexion ... ta bonté naturelle ...

doivent t’engager... Les femmes ont des générosités spéciales...

— Ne prêche donc pas, Léon. Tu es trop neuf dans ce rôle. Pas plus aujourd'hui que

jadis, les sermons ne te réussiront avec moi.

— Enfin, veux-tu faire ce que la raison te conseille ? À |

— Puisqu’il le faut !... mais voilà une concession dont mes enfants seuls auront à me savoir gré, tu entends bien ? je tiens à le spécifier.

— Alors, dès demain matin ?...

— Dès demain matin, mon ami, tu feras le nécessaire. ÿ

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