‹ La vengeance de Geneviève [microforme]Chapitre 3 sur 64 · LES · texte numérisé non relu

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— Ah! non, par exemple, il n’en ontipés parler! si Mme Geneviève se doutait:! :.1: ——— savait/que j'ai raconté... |: h ‘ Oreyez-vous que: j'irai le: lui: dire 8. 2 Soyez tranquille. Demain soir, qui est dimanche, vous viendrez manger quelques marrons avec moi. Apportez un litre de vin blanc:et nous boirons à la santé de votre petite dame Cela ne vaudre-t-il es mieux pour ou et pour vous ?

‘Le raisonnement : positif de Mme Péchu apaisa les premiers remords de Marianne, plus fidèle qu'éclairée, qui se persuade, d’ailleurs, assez vite, n'avoir rien dit sur la femme divorcée de Léon Bourgeal que sa seconde — ne sat déjà. !

— Tout ça: matlblisher: c’ est curibsité- et jalousie. Ce ménage de divorcés n'est) pas heu: reux, tant mieux. Je ne suis pas si bonne chrétienne que Mme-Genevière, moi, et tout réfléchi, cette visite me fait plaisir, parée qué je lui ai dit son fait, à cette vilaine 7. et ça me soulage !

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Parfois, lorsq'ellé vébimuit fatiguée. ‘d'üné: journée de leçons, Mme OCarvès, dprès un ten dre baiser à Jeannine, entrdit dans lachambre où la plaintive- Mme Outier; à-uemi baralysée, achevait de souffrir, et 56 laissait: tomber::sur une chaise basse, comme: secrètement accablée d'un‘indicible fardeadm. : : 17 5) 06 oam fn

‘En‘lh:voyant fixér ses; Vera yeux doux:iet lassés sûr le maigre feu de: la: communauté, Julienne Outier, la deoiselle d'honneur: des jours heureux, l’amie fidèle des jours d’épreuves, se penchaît affectueusement vers il ts lui disait avec une caresse : |

— Repüse-toi.:. Ne parle. pas sv Ti as top.

travaillé, ‘pauvré Geneviève ! | “‘Ohoui; pauvre: .: pauvre: Génovièveb :

C'était Geneviève à trente ans les. Le teurs'de! Gtéricale! me recôonnaîtraient pas cette suave figure: de martyre -L: car les années ont passé depuis ce drame intime (de Clarens-Oha-

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let, où la mère, poussée à subir le divorce par |

la crainte de perdre sa fille, s'enfuit de la maison maudite emportant son enfant.

C'était Geneviève, gagnant le pain du jour, pour elle et pour Jeannine que son père avait oubliée mieux que si elle fût morte. ie

C'était Geneviève, libre, de cette indépendance spécialement odieuse du divorce, qui

n’était, pour elle catlvlique, ni le veuvage, ni la liberté.

Quand elle regardait en arrière, la jeune femme éprouvait la sensation. du cauchemar, de l’épouvante, du. vide.: Elle fermait:les yeux espérant fuir la vision du: passé; mais:elle ‘les rouvrait pourine plus vivre avec cé passé dé tortures, dont les grandes lignes se : patent encore dans sa mémoire: 1 à finis

>Pourtant, on ne pouvait. Us: en. di l’odyssée de Geneviève ; il yravait üne lacuné dans ses souvenirs dépuis l'heure sombre ‘où Ja mère :affolée: quitta, nuitamment :Clarens- Chalet, emportant sa fille pour tout bien jus:

qu'au jour où les deux voyageunses vinrent

frappér à.la porte de Julienne Outier.

Comment Geneviève s'y :était-elle- prise, avec la fièvre dans le sang, une fillette à la main, pour mener à bien le fatigant voyage de Genève à Paris? C'était os, qn —. ‘eût La l'accompiir.

Dans ses idées confuses, rien de sui ne: se dégogonit à cet égard. Jeannine n’en pouvait dire beaucoup plus. : On avait pris un. petit

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bateau, puis un grand bateau, puis un. wagon ; on-avait traversé ‘une grande ville et beaucoup de petites. : Sa mère avait encore, été. malade en route : il avait fallu s’errêter... puis. repartir: Enfin, la notion du‘ temps demeurant à peu près inconnue des enfants et des fiévreux, Geneviève ne se rendit jamais eompte.de celui qu'elle avait employé dans sa fuite. :, :

Comment ceux qui la recueillirept nuraient-

ils accsblé de question cette malade :inconsci- -

ente ?... À peine osaïent-ils' l’interroger: Si, dans ile délire, elle n'avait elle-même, et pour la première fois, levé tous les voiles de :son existence douloureuse, ils auraient ignoré tant de: souffrances shiétennemens : — à ses amis |

Ses amis, c 'est--dire J ne. Dacia Molins, Mme Outier et .la vieille Marienné. auxquelsse: joignait, le (retorinaissent: J Pons Ferrat.

Ils apprirent, dans veilles. tarribahion. mille détails inconnus, poignants, des! faits. personnels mêmes, qui éclairaient d'une subite aJanté le passé à peine entrevu. :

C’est ainsi qu'ils virent défiler, dans les 6 cits enfiévrés de la malade, toutes les scènes du Chalet-Jaune, du fidéicommis, du vol dont M.

Bourgeal s'était rendu coupable, de la. haine vouée-par le beau-père. à la :belle-fille, et. les CR épouvantables, de cette ‘haine féroce. : :

Liétetiment de J ulienne Outier. en Er

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138 ‘HÉ/VENGEANOE DE GRNEVIÈVE

nent quelle part de. l'héritage de M. Martel lui ‘avait été : soustraite, se. doublait de profonde ‘pitié pour celle qui payait si cher la décou- “verte de:ce secret.

Jacques Ferrat, séchaint alors, pour la preanièré ‘fois, combien la bonne œuvre que Greneviève avait entréprise — en l’arrachant à la misère, en le faisant chrétiennement élever + “avait: influé sur l'existence de: sa bienfaitrice, -8e fondait en reconnaissance. | 1 Le’docteur Placial Molins dempuait partagé ‘entré l'admiration la ne entière ét —— itude Ja plus ardente.'

‘Cette femme: œuuranté; affolée, qu’une main divin seule avait pu conduire de Suisse j jusqu'au seuil de ses amis, n'allait-on pas: venir Li leur disputer ?.

“Eebéau-père ne ééioaiorait-il pas sa victime ?

:heshari ne-voudrait-il pas conserver ses droits sur l'enfant ?

‘Impossible : d'expliquer tout d'abord com- -ment;: après la fuite de Clarens-Chalet, cette surprenante famille ne s'était pas mise en demeure de retrouver la fugitive, n'avait fait au- -eune démarche pour l'empêcher de gagner Genève et Paris.

‘ Aptès réflexions, ‘la éobduite étrahge des ébétonts de Clarens-Chalet devenait plus admissible. ‘La jeune femme ayant, dans son éga- ‘remént;-— par suite de quelle pression odieuse ! — consenti au divorce, son départ immédiat de

‘maison conjugale pouvait paraître naturel.

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Et ce départ, qui réjouissait secrètement au fond ses misérables auteurs, s’il. n'était pas ébruité, ne pouvait nuire à la solution de leur grande entreprise : ‘lo. Hvoros: par consentement mutuel.” |

Restait l'enfant. Un vas père se fût, sans doute, alarmé de. sentir l'innocente créature jetée'à travers le monde par la volonté d'une mère irresponsable de ses actes,. perdue de douleur brisée par le mal.

L'ingénieur Léon Bourgeal était au-dessus do ces faiblesses, En réalité, il s'était livré à une prudente enquête sur la direction suivie par Geneviève, afin de n'être point prisau dépourvu, et ne se point donner des torts en paraissant ignorer le refuge de son enfant, si, par impossible, le divorce venait à ne pas être prononcé.

Mais la loi étrangère, si surprenante qu elle nous paraisse en ces matières suit son invariable cours, comme notre loi suit le Sien.

Nous ne nous attarderons donc pas à raconter par quelle série de formalités, ignorées jusqu’à nouvel ordre des Français, “Léon Bourgeal'et Genevièvé Carvès, épouse Bourgeal, furent légalt-nent mis en possession des bénéfices du divorce, par consentement mutuel.”

Par consentement mutuel!!! Rien ne manquait, on le voit, à l'ironie supréme de ce jugement.

Placial Molins, qui s'était mis en relation avec un: homme de loi suisse, fut instruit de

ce résultat, alors que Geneviève; short ‘pas mere en état de l'apprendre. |

| Et, tout épouvantés, les amis de la malhéureusé femme se disaient entre eux :

— Ménageons-la. gt la ve Le tel coup l'achèverait.

Et les mois s'ajonterent eux MOIS, sans de Placial, penché plein d’anxiété sur cette intel- Jligence obscurcie, eût osé Y porter la lumière.

Enfin, à l’époque où nous sommes parvenus, la lumière était depuis longtemps faite. L'intelligence avait repris la lucidité, le cœur la souffrance, l'âme la résignation.

Geneviève savait, maintenant.

Elle envisageait l’irréparable avec fermeté.

Elle subissait une loi étrangère ; elle n’entendait pas en accepter les bénéfices. On ayait pu la dégager de ses liens: elle ne s’en gps geait point elle-même. )

Catholique, elle repoussait le divorce. que repousse la religion. Miséricordieuse, elle n’avait que des prières. pour le. malheureux dont elle ne portait plus le nom et qui n'avait pas craint, quelques semaines après la décision des juges, d'offrir ce nom flétri à une veuve sans conscience : Mme Caroline Escouvar. . :

Geneviève travaillait avec courage: pour.

élever sa douce et belle Jeannine, à laquelle |

ün cachait la scandaleuse vérité. Quand l'enfant demandait son père et son graänd-pèré; on lui répondit qu'ils voyageaient, très loin.

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Puis on n'eut plus à re me car elle n Éntbrrogea plus.

‘Dans le Loic ère où 8 'abtitaient 16 travail et la: souffrance, au moins les douceurs de l'amitié: ne manquaient point aux pauvres femmes, et les services dévoués ne leur faisaient point défaut: : |

Autour de Mme Outier, à peu près en enfance, la vieille Marianne trainait ses propres infirmités avec un bon vouloir plus méritoire que celui qu'elle avait, jadis, montré pour M. Martel, car alors, elle espérait une petite part de l'héritage. Maintenant, elle n’espérait qu’un toit pour s’y éteindre en paix.

Le véritable serviteur de la maison, serviteur volontaire, sans gages, et qui croyait ne jamais donner assez de ses forces et de son cœur, c'était Jacques Ferrat.

Le vagabond de Fontenay-sous-Bois, devenu ouvrier typographe dans une grande imprimerie, grâce à l'instruction professionnelle rapidement acquise près de frère Liacim, était alors un garçon de dix-huit ans, point beau, petit de taille, délié d'esprit, fin comme l’ambre, gai, travailleur, honnête.

En dehors de l'atelier, où sa conduite méritait de constants éloges, il ne connaissait d’autre paradis terrestre que le sombre quatrième étage du boulevard du Prince-Eugène ; il s’ingéniait de mille façons à s'y rendre utile à sa bienfaitrice, à mériter de ses lévres pures un sourire encourageant. |

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