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tiques, charmantes, qu'il lui devait à ce passé d'hôpital; quand, dans la salle de:souffrances, une belle personne, uñe fée blonde:et prie y apportait sa grâce souveraine.
Le capitaine Hubért avait été frappé dei la présence de Lucy Boldini comme d’une apparition merveilleuse; son esprit affaibli, par l’épreuve en gardait une mémoire fidèle. :.
De doux rêves, avaient hanté sa convalescence; .un grand projet occupait, sa pensée.
Qu'était devenue la jeune veuve:?. .: Consentirait-elle à demander à une seconde nnion le bonheur que la Rreire ne semblait pas lui avoir donné ?
Il le soupçonnait, du moink car si dans ses visites. quotidiennes à l'ambulance, la jeune femme n'avait jamais laissé échapper une plainte contre l’artiste défunt, son attitude et son entretien ne témoignaient pas de regrets bien profonds.
Avec une franchise toute militaire, le Capitaine Hubert raconta son petit roman à Gteneviève, en se promenant avec elle le long de la treille immense du jardin de Fontenay,
Ce ne fut, pourtant. qu'après avoir vu couler les lirmes de Geneviève et rendu hommage au sortaffreux de son compagnon d'’ambulance.
‘Il eût désiré demander la main de Mme Boldini à son frère, et ce n'était pas sans une douloureuse émotion qu'il se faisait redire les circonstances de son horrible mort.
Fusillé par les sbires la Commune...
ra par son propre père!.,.. Si c'était le
martyre pour le fils, n'était-ce pas, pour le
père, la plus atroce des punitions ?, .: ; Puis, on revint à Lucy. Mme Carvès vou-
drait-elle se charger de lui exprimer les vœux
du capitaine Hubert ?
Geneviève répondit qu’elle y était toute disposée pour lui être agréable, bien que ses relations épistolaires, avec Mme Boldini fussent assez froides ; maïs une occasion inespéréé se présentait à Jui de faire directement part de son projet à celle qui l’inspirait.
. Mme Boldini, pour le règlement définitif de l'héritage paternel, avait fait le voyage de Paris, et devait le lendemain même, passer la journée à la Joliette.
Le capitaine Hubert éprouva de cette nouvelle une très vive satisfaction, et, gracieusement invité par la maitresse de la maison à revenir le lendemain saluer Lucy que ses enfants accompagnaient, il se retira la joie dans l'âme.
Le lendemain était un dimanche, jour de repos, où Jacques Ferrat quittait son imprimerie pour se délecter dans le calme et la fraîcheur des bois, autour de la chère maison de
Fontenay, dont il était aussi l'hôte fidèle.
Geneviève: l’aimait d'une tendresse reconnaissante ; ne l'avait-il pas sauvée, à son tour ? Julienne appréciait son dévouement ; Jeannine en avait fait son favori. La vieille Marianne,
852 ‘TA VENCEANCE DE GENEVIÈVE tout en le grondant toujours ne pouvait passer une semaine sans le voir. :
Lucy, Henri et Francisque Boïdini arrivèrent dès le matin à la Joliette, dont Geneviève, sou- -veraine maîtresse désormais, faisait les honneurs avec sa grâce attristée. |
Le docteur Molins les rejoignit.
Le capitaine Hubert, qui avait joyeusement accepté le dîner à la table de son ‘ ambulancière modèle” apporta vers cinq heures son visage épanoui, sa conversation souriante, et toute sa personne respirant l'espérance.
Lucy, avertie par un mot charitable de CGreneviève, se prêta fort complaisamment à l’admiration dont elle était l'objet. Après toutelle n’entendait pas désespérer de ce très-honorable et agréable prétendant.
Plus en beauté que jamais, reposée, rayon- ‘ nante, elle semblait rire des atteintes de la trentième année.
Aux cœurs secs, les années sont clémentes.
Le capitaine Hubert très-désireux de raener militairement ses projets, se hasarda, dans la soirée même à en faire part d’une façon des plus transparentes, à Mme Boldini, qui y opposa pour la formé d'assez faibles objections.
On s'était rencontré à l’ambulañce Le Bastu, dans des circonstances si particulières, avec un luxe si spécial de souffrances et d’inquiétudes mises en commun, que cette ouverture, évidemment prématurée, n’eût rien de choquant pour les acteurs de ce drame du passé.
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Il sembla tout de suite que les choses devaient aller ainsi, tant le passé douloureux paraissait avoir préparé le présent un peu hàâtif. Par sympathie pour l'excellent capitaine, on oubliait un peu qu Lucy n'en méritait pas autant.
Cette soirée vit donc les espérances du capitaine s’affermir et fleurir de telle sorte, qu'avec une impatience tout à fait dans son rôle, d’ailleurs, et que son caractère ouvert rendait aimable, il déclara vouloir fixer l’époque de son bonheur et travailler sans retard à l’assurer.
Lucy se récria, ne fut pas écoutée, se. laissa convaincre et l’heurèux officier quitta la Joliette absolument décidé à mener grand train les préléminaires de son mariage.
Lui parti, et Lucy remontée dans son ancienne chambre de jeune fille, Julienne dit doucement, avec un soupir :
— Dieu sème la joie où il lui plaît!
Geneviève la regarda d’un œil amical qui alla chercher, sans le rencontrer, le regard distrait de Placial.
Quant à Marianne qui enlevait lentement le plateau de rafraichissements, elle murmura avec l’immuuité' que lui donnaient son âge et ses services :
— Bien sûr, le bon Dieu ne pense pas ce qu'il fait. Mais il regardera de plus près avant que ce soit fini.
— Marianne : fit sévèrement Geneviève,
La vieille servante, confuse, disparut, et Gre-
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noviève, malgré sa confiance en la Providence, sans $’étonner et sans blämer, ne put se défendre de constater, ellé aussi, qu’à certaines per: sonnalités, la vie si dure à quelques autres, semblait n'offrir que des sourires.
* Placiïal et Jacques qui rentraient les chat. ses du jardin—paraissaient absorbés tous deux dans les réflexions que l’évéuiement du jour faisait naître. | :— Un beau bijou. .. de grand tie; .. que se donne là le capitaine ! insinua Jacques entre haut et bas.
— Sera-t-il heureux ! ? riposta M. Molins d’un air incrédule,
* Greneviève et Lucy s'étaient revues sans effusion, sans hostilité; les terrifiants événements, les morts, tragiques du père, du frère, de l'époux ne dévaient pas créer entre elles de liens nouveaux. L'égoisme de l’une n’éprouvait plus que le besoin d'oublier tant de deuils. La charité de l’autre ne pouvait aller au delà de ce qu'elle avait déjà fait... et qui était immense.
L'union prochaine, hantée sur le drame a peine achevé, ne rapprocha pas davantage les deux belles-sœurs dans le fond, mais elle autorisa la prolongation du séjour de Lucy æ la Joliette.
Le capitaine Hubert mettait toute la hâte prédite à ses préparatifs et presque chaque soir le retrouvait sur la route de Fonnerr sous-Boïs.
Un jour qu’il eut un papier à fournir pour
sa demande officielle, il s aperçut qu'il ignorait le numéro de l’ancienne maison de Mme Boldini, rue Rougemont, indication nécessaire à donner.
Aller s'en informer à laJoliette, c'était per, dre une demi-journée, et il était très-pressé, le brave officier, d’en finir avec les prescriptions légales.
Il eut l'inspiration pour gagner quelques heures, d'aller demander ce détail à Mme Péchu qui lui semblait savoir tout ce qui concernait la famille de ses anciens locataires.
Oh ! oui, elle était au courant de ce qu'il désirait savoir, le pauyre capitaine Hubert, et même d’infiniment plus de choses qu’il n'eût souhaité en apprendre !... car à peine le nom de Mme veuve Boldini prononcé, la loquace amie de Marianne entama un vif aperçu des aventures de Lucy. Fe
— Ah! cette jolie dame blonde qui était mariée à l'étranger seulement ?... et que la mairie du XIe a mariée ici même, .. au lit de mort de son mari... mais pas l'Eglise, par exemple... cette petite dame n'aime pas le bon Dieu et se moque des prêtres !...
L'officier effaré, indigné, étendit les mains pour arrêter ce flot d’audacieuses paroles; mais en même temps, sansen avoir conscience, tant la curiosité passionnée, soulevée par un tel. début s'élevait en son cœur, sa bouche prononçait inconsciemment :
— Mon Dieu !... Vous dites ?.. mariée... à l'étranger ? pas par l'Eglise...
Mme Péchu prit un air scandalisé.
— Monsieur ne peut pas ignorer cela, puisque monsieur s'intéresse à cette dame ?.. c'est la fable du quartier depuis un an. Et comment Mme Carvès une personne si comme il faut, n’a-t-elle pas averti monsieur ?
Le capitaine se le demandait au même ins- tant avec une sorte d'irritation subite, comme s’il incombait à Geneviève de servir de tutrice à tous les membres.de cette fatale famille Bourgeal.
Mme Péchu soupçonnant qu'on l'écouterait avec intérêt, se lança aussitôt dans un récit diffus, circonstancié, duquel ressortait une lueur douloureuse pour le pauvre prétendant, trèsépris, mais très-chrétien.
Il remercia brièvement, le cœur oppressé, et se jeta dans un fiacre pour aller sans désemparer, prendre à la Bastille le premier train de Fontenay.
Il lui fallait la luière à tout prix.
. C'était encore un dimanche, et, de nouveau, tous les amis de Creneviève se groupait autour d'elle. Julienne essayait une partition nouvelle, dont les mélodies fraîches s’égrenaient par les fenêtres ouvertes.
Le docteur Molins lisait sur la terrasse, Jacques arrosait les plates- bandes favorites de Jeannine, et Jeannine jouait avec son chien.
On entendait dans la maison les joyeuses
voix de Francisque et d'Herri dont la mère achevait la toilette.
Elle-même apparaissant au balcon de sa chambre, en costume lilas d’une grâce charmante, plaisanta gaiement sa belle-sœur sur la gravité de son attitude.
Elle était fort gaie Lucy, depuis la demande du capitaine Hubert ; tandis que Geneviève toujours souffrante et comme frappée aux sources de la vie depuis les tragédies de la Commune — demeurait songeuse, regardant dans le vide sans rien voir.
L'arrivée de l'officier dont la pâleur laefrappa, tira la jeune femme de ses méditations.
Lui tendant la main, et lui montrant un siége sous le dôme touffu des platanes, elle ne put s'empêcher de lui demander tout d’abord :
— Qu'avez-vous donc, cher monsieur ?
— Ce que j'ai?... Vous me demandez ...
vous si bonne chrétienne... vous si soucieuse des convanances ... vous me demandez ce que j'ai?
Il étouffait presque, le pauvre garçon, tant le coup porté par Mme Péchu l'avait brutalelement secoué dans sa confiance naïve.
Jamais Lucy n'avait parlé de religion devant lui; mais jamais non plus il n’eût soupçonné le mépris qu’elle professaït pour les croyances catholiques, car l'habitude du monde l’enveloppait de réserve.
La répulsion, le doute, l’âpre curiosité bou-
leversaient ses traits, changeaient sa voix, et ne donnaient aucune clarté à ses paroles.
— Ce que j'ai?... Ah! madame, si c'est vrai...pourquoi ne me d’avoir pas dit plus tôt. .
— Vrai?... quoi? interrogea Greneviève stu-
« péfaite
— Que Lucy,..que Mme Boldini se soit mariée. . . à l'étranger ?
te C'est exact, monsieur...
— Et aue ce mariage ait été légalisé 2...
— À Paris, oui.
—eSans la participation de l'Eglise Rs
Geneviève baissa la tête et se tut.
L'officier ne respiraiïit plus.
— Parlez ! parlez, madame, je vous en conjure!
— Ce n'est pas à moi de le faire, monsieur ; je vous croyais, d’ailleurs, au courant de toute la vie de Mme Boldini, par votre fiancée ellemême.
Ï1 secoua brusquement la tête.
— Non. Je ne pensais qu'à l’admirer, qu’à le lui dire. Elle ne m'a rien confié.
— Faites appel à sa franchise, alors.
— Mais d’abord, d’abord, un mot?... sans l'Eglise, dites ?... sans l'Eglise ?
Charitable jusqu’ à l'excès; Geneviève répondit doucement :
— La mort n’a pas laissé le temps... à ceux - dont la loi venait de légaliser en France le ma- Yiage étranger. ,
Le capitaine eut un geste d’impatience, <omme si cette réponse ne lui semblait pas a3sez catégorique pour l’éclairer.
Se rapprochant et la voix haletante:
— Dites encore, madame ?... Si le temps l'eût permis... le mariage religieux... l'eûtelle accepté ? Est-ce une indifférente... ou une libre penseuse ?... Mais répondez-moi, par pitié ! '
. Cette fois, la charité même ordonnait le silence à Geneviève. ?
Elle se souvenait trop de 14 mort d’Antonio, attristée par le cruel refus qu'opposait Lucy de recevoir la bénédiction du prêtre.
Il répétait anxieux et blême:
—, Le mariage religieux... l’eût-elle accepté ?
Geneviève releva la tête:
— Demandez-lui à @le-même : la voici.
Lucy s’approchait en effet, d’un pas de reine, l'œil Sombre et la physionomie rigide.
Du balcon, ouvert sur le dôme de platane, elle avait entendu là brûlante question de son fiancé, et fière, intrépide, elle apportait la réponse.
En la voyant, le malheurenx officier fut saisi d'un trouble douloureux. Sa loyauté indignée, sa croyance profonde se soulevaient contre la femme dont il avait commis la faute de ne point ausculter l’âme autant qu'il détaillait la beauté.
Les situations violentes n ’effrayaient pas
l’'audacieuse Lucy. Il fallait du reste qu'elle affirmât son empire. Elle était fille de Bourgeal l’exilé “qui ne transigea jamais.”
— Vous parliez de moi? fit-elle avec hauteur.
Et ses yeux superbes semblèrent fouiller jusqu'au cœur du capitaine.
— Pourquoi ne m'avoir pas dit votre vie ?...
toute votre vie, madame ? prononça tristement celui-ci
— M'avez-vous jamais interrogée ?
— Je ne m'en croyais pas le droit: je vous estimais si haut!...
— Est-ce à dire que j'aie descendue d’un degré dans votre précieuse estime ?
— I] serait facile de le remonter, Lucy. J’ai appris. .. comme on reçoit un coup de masse en pleine figure... votre mariage à Londres, et sa législation à Paris ; et c’est à vous que je demande.. ”
Il 8 arrêts, ent dé de ce qui pouvait être ré-
pondu,
Une défaillance, trop naturelle, hélas! lui ‘fit subitement redouter la clarté qu'il sollicitait tout à l'heure. Qu'allait-il ‘apprendre ?.. et que ferait-il ?
— Vous me demandez? fit-elle avec impassibilité.
Mais la faiblesse était passée déjà.
—Je vous demande, si le temps.. le temps seul... vous a manqué pour recevoir, sur votre union la sanction de l’église ?
elle jour-
hau-
iiller
le 2...
ment
Elle se redressa altière et cassante.
—Le temps, oui... mais, ma volonté surtout, déclara-t-elle d’un ton bref.
Le capitaine Huber tressaillit.
—Et.. cette volonté... s’étendrait aussi à la réalisation d’une union ? iuterrogea-t-il sourdement.
Peut-être.
À peine ce mot impertinent fut-il tombé de ses lèvres, que Lucy, frappée de la contraction subite des traits de son fiancé, se sentit, d’instinct, entrée dans une voie dangereuse.
Prompte à mettre un masque souriant sur sa physionomie impérieuse, elle ajouta d'une voix singulièrement adoucie :
—J'étudierai, s’il le faut, cette grosse question, monsieur, sans qu'il soit indispensable de soumettre davantage mes intentions à un véritable interrogatoire. car, vous me mettez sur la sellette, mon cher capitaine, ni plus ni moins qu'une coupable.
La volte-face habile venait trop tard. Quelque chose— dans l’aveugle confiance de l'officier— venait de se rompre et . ne pouvait se renouer.
— Ne prenez pas la peine de ist vos sentiments à cet égard, madame, reprit le capitaine avec dignité: les miens sont invariables.
— Monsieur, vous désireriez savoir si je respecte les usages de l'Eglise; non, car je ne crois pas à l'Eglise, mais si vous vous adressez
à la femme du monde, je puis subir ce qui vous agrée.
— Souffrez qu’en chrétien convaincu, —dont l’imprudence se peut encore réparer— je tienne, madame, à placer à mon foyer une épouse chrétienne, et à donner une mère chrétienne aux enfants que la providence port m'envoyÿer.
L'accent était ferme, le visage énergique.
Une lueur intérieure, plus ‘orte que la passion humaine, la Foi illumins:;: le front du brave officier.
Il salua très-respectueusement et fit un pas en arrière.
Mme Boldini i’enveloppa d’un regard terriblé, où luttaient l’orgueil et le regret.
La tête se releva plus hautaine, le timbre se fit plus tranchant.
— Heureuse explication! fit-elle avec une sanglante ironie; nous aurions fait la contrepartie du mariage de mon frère et de la toute charmante cléricale que vous savez! Adieu, monsieur !.… je ne suis pas de la pâte dont on fait les copvertis.
Et saluant aussi, de très haut, elle retourna vers la maison,
Le capitaine ne la rappela pas, ne se précipita pas pour la retenir.
__ Les spectateurs de cette scène suprême n’essayèrent même pas une protestation. Leur glacial silence, qui froissa Lucy comme une insulte, l’accompagna dans sa retraite.
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Lui fallait-il donc admettre — punition raffinée ! — que, dans les questions de croyance, la constience prime le cœur ?
À peine hors de vue, Lucy raordit son mou-
choir pour étouffer une plainte de rage.
Elle pénétra follement dans sa chambre, Tepoussa ses enfants qui accouraient à sa rencontre, et, la voyänt si pâle, voulurent la caresser. -
— Laissez-moi ! dit-elle avec violence vor: me faticuez!.. Allez vers votre gouvernante, dites-lui de faire mes malles immédiatement : nous partons. Allez! mais allez donc ! Nous partons, vous dis-je.
— Avec le capitaine Hubert ? dit naïvement le petit Francisque.
— Le capitaine Hubert ?… qu’on ne m'en parle plus jamais !
Les enfants, tout effrayés, disparurent.
Alors, la femme indépendante, saisissant une photographie du fiancé qui venait de rompre avec elle, la réduisit en miettes, tandis que , des phrases entrecoupées s'échappaient de ses lèvres blêmes.
— Maison maudite ! … officier sans parole!.… Oh ! il parle de sa conscience ! … il parle de sa foi! … C’est donc quelque chose, pour un
homme fort, la conscience ?. C’est donc vrai, pour un homme intelligent, la foi? Je l’aimais. Je le hz2ïs!… Je les hais tous! oui, même cette cléricale étrange, que je né pouvais ni détester tout à fait, ni aimer réelle-
ment. Elle a triomphé, avecsa ‘ Providence.. ” sa ‘‘ punition divine...” sa ” main de Dieu ” oh! … oui, oui, si c'est sa Providence à laquelle je ne crois pas, qui me frappe, je suis punie... punie.. punie….
Elle se renversa sur un fauteuil, levant ses mains crispées sur son front, souffrant dans ses sentiments secrets, ulcérée dans son orgueil, impuissante à venger un abandon cent fois, mille fois mérité.
La libre pensée, dont elle était si fière, ne la défendait plus contre autrui, ni surtout contre elle-même ; de son indépendance insolente naissait la blessure, dont son cœur de révoltée saignait.
Et vaincue cette fois, des larmes, de vraies larmes de femme atteinte dans l’intime de
son être, tombèrent de ses yeux brülants.