‹ La vengeance de Geneviève [microforme]Chapitre 8 sur 64 · ERSE · texte numérisé non relu

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uit: À

Lô VENGEANCE DE GENEVIÈVE (8,

leur âge, les spectgcles, larmoyants ne valent rien. Je vais les habiller.

Elle poussa les garçonnets dans une chambre voisine, en ajoutant, sur le seuil :

— Je vous prie de remarquer, Geneviève, que je cède à ma bonté naturelle et non à vos raisonnements, moins. encore à vos chjurgations ; vous ne m'avez ni convaincue, ni valncue. | La porte retomba derrière elle.

Alors, le mystérieux auditeur, dissimulé derrière les tapisseries qui donnaient accès à la pièce. voisine, sortit de l'ombre et s mpyxpehe lentement de Mme Carvyès.

.j4 LA VENGEANCE DE GENEVIÈVE

+ CHAPITRE V rt OA

Le feu momme sd à peine une douteuse lueur.

‘Pourtant, la jeune Fanhné tressaillit violem-

ment. Elle devina, plutôt qu’elle ne reconnut, cette apparition.

Une voix lente et sourde prononça presque

“7bas :

— Je suis vaincu, moi, Geneviève.

Elle étouffa un cri et, toute pâlissante :

— Léon !... vous m'avez entendue? murmura-t-elle. .

— J'étais là, arrêté derrière l’étoffe complaisante pour satisfaire, pendant une minute, ma curiosité de vous revoir, puis bientôt retenu par le désir de vous entendre jusqu’au bout.

Assourdie par les battements de son Cœur, elle demeura muette.

Il reprit du même accent lassé :

— Vous avez prononcé contre moi un réqui-

sitoire discret, auquel les événements se chargent de donner toute sa valeur.

— Quels événements ? balbutia-t-elle,

outeuse

violem- |

connut,

presque

te :

>)? mur-

omplaiute, ma retenu bout.

Dh cœur,

n réquients se

—. Vous avez dit aussi de généreuses pat oles: je vous en remercie, .: .

Elle se tut encore, éponvantée de la violence de: son émotion, de toutes les pensées qui lui venaient spontanément aux lèvres et qu'elle n’en voulait point laisser sortir.

D'un geste embarrassé, presque craintif, Léon , Bourgeal —— ce, mari divorcé, ce père oublieux, ce cœur refroidi —se pencha vers la

à genoux sur le tapis, au

fillette demeurée à milieu des jouets.

— Jeannine ?

Et sa voix était changée, plus encore en parlant à l'enfant qu’à la mère.

— Monsieur ? répondit la petite en peleriiié son front candide.

-—— Elle ne me connaît pas, fit-il tristement.

— Ce, serait demander l'impôssible, dit Geneviève... 7 — Elle est grande... pas très forte... bien

jolie ! Sait-elle que j 'existe ?

— Quoique votre silence lui ait laissé le droit de l’ignorer, je ne le lui ai pas permis, moi.

— Vous lui parliez de son père ?

— Tous les jours.

Jeannine, inquiète et l'oreille avide, sauta sur ses pleds.….

— Opapa!... c'est donc vous, papa ?

Et d’un geste câlin, elle vint glisser sa gracieuse petite personne.entre les bras instinctivement étendus de l'ingénieur.

76 LA VÉNGEANOE DE GENEÉVIÈVE

Il y eut comme une sorte de honte et de timidité dans la caresse patérmelle.

Le premier instinet de Geneviève fut de retirer la petite fille des bras qui l'avaient jadis si cruellement repoussée. Un suavé se timent de miséricorde arrêta cet élan trop humain.

= Oui, reprit AE he mte dédss ail je

vois que vous avez fait cette bonne œnvie : d'entretenir chez Jeannine le souvenir de son père.

— Bonne œuvre, non. C'est mon devoir.

— Pourtant, vous pouvez être irritée, de ce que redevenu riche, je n'ai pas enrichi l’enfant et le témoigner devant elle ?

— Cette richesse, peut- -être l'aver-vous trouvée peu digne de Jeannine, puisque! vous n'avez pas songé à la lui faire partager.

— Peut-être; j'ai DRE changé; Greneviève.

— Oui, papa, intertompit la fillette: vous êtes plus vieux que sur votre portrait; mais à présent je vous reconnais tout de même.

— À présent, tu me verras assez souvent |

pour ne plus m'oublier..

Îl s'arrêta, hésita, et reprit di à — Car je pourrai la voir, n’est-ce pas ?

Geneviève sentit un effroi vague , froidement :

— C'est votre droit béteriiér; sérum même.

—— Mais, cé n’est pas au nom de non uit que je parle.

et de

fut: de vaient yé sétln trop

ht; je œuvre de son

Dir.

;, de ce l'enfant

— À quel titre, alors ?

— À celui de l'affection. ‘

— Que vous êtes demeuré six ans sans Ini témoigner?...

— J'ai eu 4ort. Je redoutais, auprès de la fille, de rencoutrer la mère.

— Vous ne redoutez plus cette rencontre aujourd'hui.

— Je m'en réjouis.

— Voilà beaucoup de versatilité, Léon, fit la pauvre femme avec une amertume contenue.

Si les hommes admettent de perpétuels voltefaces de sentiments, les femmes en souffrent. . et en peuvent mourir.

— Je comprends que vous m'adressiez des reprochèés, mais...

— Je ne vous adresse aucun reproche.

— Que vous m'accusiez de brutalité, de cupidité.

— Je ne vous accuse pas. |

— Une femme divorcée n’a généralement pas votre’ quiétude, et, quand je me suis approché de vous, je savais pes vos rancunes,

— C'est que la femme divorcée travers

sans doute des passions que je n'ai pas connues. M cs

I] la considéra d’un œïl surpris.

— Où prenez-vous ce calme ? Dans votre haine pour moi ? |

—De la haine?... À Dieu né pléisé. Léon, que ce sentiment m'effleure jamais:

— Mais si vous ne me haïssez pas, n6 m'accu-

sez pas, ne me reprochez rien, qu'éprouvezvous donc pour moi, dites? : ons

— Une grande pitié.

— De la pitié!... vous! répéta-t-il en..se redressant sous une piqüre d'amour-propre.

— Cela vous semble, étrange, et peut-être même blessant, étant données nos deux existences ! ... C'est que je vis, dénuée de, tout, sauf du ‘bien suprême, la paix. de la conscience !... et que, ce bien, vous, riche de tous les autres, ne le possédez pas.

— Qu'en savez-vous, enfin! 7... Qui vousa dit 2...

— Je ne le sais pas. J'en, anis sûre... d’instinct.

— Vous avez deviné que le bonheur. ne m'a pas souri ? |

:— Vous me eue

— Que ma... que mon... que mon second mariage est en train de finir. misérablement ?

.- Je l'ignorais.

— Peut-être trouverez-vous quelque plaisir à savoir comment le destin vous a vengée ?

— Je déplore seulement que ce soit aux dépens de votre tranquillité.

.m Avouez, Geneviève, que vous êtes moins ignorante de ma. vie.que vous ne voulez: le paraître ? |

— Je ne sais rien de vous. La Providence m'a.fait entrer dans: votre maison, pour y. chercher une autre Persons: Je nesavais pes vous y: trouver. |

JUVeZ-

À ftun geste de dépit. ‘‘'

— Vous n'avez donc plusaucun intérêt pour ce qui pouvait m'advenir ?

— Aucun intérêt humain, non...

— Pourtant, toute votre tnpasaibilité se fût bien quelque peu ébraänlée, si vous aviez su que‘ma seconde union allait se dénouer... per un second divorce ?..

— Ak1-fit Geneviève avec un faible sourire, je vous aurais plaint de cette peine du talion appliquée à votre intérieur.

ds vo raillez-vous ?... Êtes-vous ‘sin cère ?... Êtes-vous si absolument indifférente à ce qui me touche ?

— Je n'ai jamais menti. Ce serait un grand malheur — dont Dieu me préserve ! -— d’attacher un intérêt personnel à votre existence actuelle.

— Voulez-vous que je vous Révoile les tiraillements de cet intérieur ?

— Non, car votre but, que j'ignore, ne peut être, j'imagine, de m'attendrir rétrospectivement sur le sort que vous ayez choisi.

Il se rapprocha d'elle par un mouvement spontané :

— Mon but est de reconnaître dévant vous que j'étais aveugle, affolé, perdu de dettes ! G et capable de toutes les aberrations, ... le jour où je fis rompre nôtre union, Génevière.

Elle frissonna, car cet aveu bizarre respirait une sincérité subite, entière:

— Oui, répéta-t-elle d'une voix profonde,

dreupio .. affolé!.., capable de toutes Îles #berrations !.. | — Et je les ai toutes, commises, toutes, — Jé vous remercie, en ce qui me: touche, de Ve à constatation.

+ __— Vons persistez à ne pas comprendre ?

= Que désirez-vous me voir comprendre, Léon ?

Puisque vous m'avez deviné malheureux, pourquoi ne me seniez-vous pas... repentant?

Geneviève fit uu geste grave, comme pour éloigner d'elle l'étrange pénitent qui avait brisé, torturé sa vie...

— Vous ne refusez... déjà ? fit-:l de cette voix basse et lasse qu’elle ne lui connaissait pas, la voix d'un homme revenu de toutes les illusions et de toutes les joies.

— Le moment est mal choisi pour parler de repentir, dit Geneviève en surmontant son trouble.

— Je ne le choisis pas, ie le saisis au vol, ce mcment.

— Vous avez eu six ans pour me rechercher.

Vous ne J’avez pas tenté. Encore une fois, je ne reproche rier ; mais songez au lieu où je me suis. aventurée dans mon ignorance... et h'insistez pas sur un passé douloureux. .

— Vous avez:le droit. de parler comme vous le faites; je persiste, moi, à vous dire qué j'ai eu des torts graves;.je ne vous demande pas de les oublier; je sais bien que cela est impos-

cette issait s les

er de son

ol, ce

cher.

fois, où je .. €t

vous j'ai ) pas ApOS-

sible; mais je ne veux pas vous laisser ignorer que j'en ai le sentiment et... lé regret.

— Je retiens ce dernier rnot. comme, résul:

tante de notre bizarré entretien, Léon.

77 Cet entretien, qui vous paraît bizarre, est le fait de ma volonté soudaine, c’est vrai, mais entière : les caractères De 4 de ces retours, Vous éloignée, je sentais... i: v'’étourdissais. . et me taisais... vous Un: j'aivoulu perler et cela me soulage.

Combien il fallait que cet homme eût souf:

fert à ce foyer nouveau, pour en arriver à ces effusions, faites avec un accent navré, avec un sourire amer, avec un front sombre !

Greneviève le considérait, plus touchée qu'elle ne voulait le montrer, de tout ce que cette confession révélait de misères morales.

L'é épreuve était délicate. Revoir Léon repentant, c'était à la fois rouvrir toutes ses blesanmts” et rajeunir tout son passé.

Ce repontir était toutefois mêlé d’une. amertume qui lui eulevait, à elle, le danger de l’attendrissement.

Lui, s'était remis doucement à caresser r les cheveux de Jeannine.

En ce moment, la portière en tapisserie violemment.tirée, donna passage à une femme, un flambeau à la main ; laquelle, l’élevant à la hauteur de sa tête pour embrasser le coup d'œil qu'offrait le cabinet de travail partit aussitôt d’un éclat de rire.

— Ah! une scène de famille!... que c’est

donc drôle, mon Dieu !... que c’est donc drôlé! et que me voici bien à temps pour en admirer les douceurs!

C'était une assez belle personne, un peu forte, trop colorée, dont le flambeau fit étinceler les nombrenx bijoux et ressortir les yeux luisants.

Grenevière fit un pas en arrière, et J eaunine se serra contre l'ingénieur.

La nouvelle venue, dont toutes les dlrurés étaient celles d’une maîtresse de maison, déposa la bougie sur la cheminée, tandis que son rire bruyant se changeaït en un sifflement de colère.

— Voilà donc les surprises que vous me ménagez, monsieur ? s'écria-t-elle.

— Je ne m'occupe point de vous ; laissez-moi,

répondit Léon Bourgeal.

:— Une servante m apprend qu'une Mme Carvès est ici... chez moi !... avec sa fille !.:. s’y introduisant sous le couvert de Lucy!... et j'arrive pour reconnaître que votre sœur est le prétexte de la visite, et que c’est vous, M. Léon Bourgeal, le mari que l’on espère ressaisir Sans doute, que l’on vient relancer jusque sous mon toit !

Geneviève, blémissant sous l'injure, enveloppa de son beau regard pur la femme cemmune et brutale qui exhalait ainsi une incompréhensible jalousie.

— Je ne sais qui vousêtes, madame, dit-elle

fermement, mais je croyais venir chez Mie Boldini et non chez nulle autre.

hé.

— Je suis Mme Rourgeal... comme vous l’avez été... Je ne le serais plus, du reste, pas plus que vous ne l’êtes vous-même, si le siège dé Paris ne m’avait-sottement emprisonnée.

Mais, tant que je porterai ce nom, j'entends faire respecter ma De dun reprit-elle avec arrogarnice.

+— Taisez-vous!... Caroline!... gronda Léon, dont une pâleur rageuse envahit le visage.

Une expression méprisante courut sur les lèvres de Geneviève, qui, sans daigner :‘“oondre à cette inqualifiable agression, tendit ia main pour reprendre Jean’:ine et s'éloigner.

+ Qui, oui, partez avec cette fillette. Sa place n’est pas chez moi! continua la femme furieuse. . Emmenez ce souvenir d’une union cassée, et, sachez-le bien, inraccommodable.

Mais Léon gardait Jeannine étroitement serrée contre lui. Par un phénomène bizarre, cet homme, qui avait rejeté son enfant, entendait maintenant la défendre.

Il éleva la voix durement.

…— Cette maison n’est pas la vôtre, mais la nôtre ; s’il ne m'a pas plu de la quitter encore, bien qu’il me soit à charge d’y partager avec vous la vie commune, tant que le divorce que que vous poursuivez n'est pas prononcé, c’est par égard pour ma sœur. Vous savez bien que je suis le maître ici, que j'y ai installé Lucy et ses fils, et que j'y peux recevoir qui bon me semble.

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