AIX
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PRis avoir passé huit jours à visiter Avignon^ et à faire des courses dans le Cointat, je partis pour Aix (aqdjb sextia) , ville opulente de souvenirs^ ancien sié^e du parlement de Provence^, et mainteuani celui d'une école de droit et d'une cour royale dont les arrêts ont
LA TSVTS D*ABl<lt
«ouvent eu force de loi. Je ne vins pas, cette fois y partager le coupé d'une diligence a^ec
une belle femme vêtue de noir; non, ma mauvaise étoile avait prévalu, et je ne me trouvai qu'avec des hommes qui ne cessèrent
de se plaindre avec amertume et aigreur des portefaix d'Avignon; pour moi, je m'enveloppai dans un môme silence.
Je ne vous parierai ni d'Orgon, sotte petite ville qui eut le courage d'insulter à Bonaparte déchu, ni de Lambesc, où se tenaient les états de la province ; j'arrive droit à la capitale du bon roi René d'Anjou, dont j'aime tant la méuioiie, les tournois, et les peintures sur vitraux.
Aix est une ville grande et trés-élégamment
bâtie , située dans la partie la plus chaude, la plus sèche, la plus aride et la plus battue par le misirao de toute la Provence, cette brûlante
extrémité de la France , qui tire son nom de Pfwincia , parce qu'elle fut la première province romaine dans les Gaules. Le mistrao est si violent à Aix, et il y règne si habituellement, qu'on y a inventé^ pour s'en préserver, des espèces de lunettes entourées de peau, qui ressemblent beaucoup à des yeux de bœuf, et re-
LA
VENVS
d'arlbs
couvrent entièrement le (^lobe de Toeil dont
elles suivent la convexité. C'est à Aix aussi qu on voit dans les habitations cette propreté véritablement flamande , qui seule pouvait mettre à 1 abri des scorpions, des cousins, des vermines; et cette recherche partioulière de rideaux , de tentures, de draperies flottantes , d'abat-jours^ qui amol lissent l'action solairç si dévorante et si vive. Dans les campagnes des environs, les maisons rustitjues sont tontes munies d'un large avant-loit ou treillis^ tantôt formé d'arbres aux branches touffues et recourbées, tantôt des longs rameaux du pampre. Je descendis à l'hôtel des Princes, sur le Cours (c'est encore là une de ces auberges choisies que je recommande aux voyageurs de , condition)^ et j'envoyai bien vite acheter, pour mon usage, unecoosinière, espèce de masqne de gaze qu'on jette sur sa ligure, et les fameuses bésicles avec lesquelles on peut regarder les tourbillons de poudre soulevés par le mis" iraOj sans craindre d'en être aveuglé.
La principale rue d'Aix , c'est une avenue (l'une largeur pi odîp^ieuse , bordée d'un double rang d'arbres^ de bancs et d'habilations magnifiques, nommée le Ççurs, Cette rue-pro-
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menade est iort lon(];ue, et termioée à une de ses extrémités par la belle statue en marbre blanc de René d'Anjou ^ comte de Proveiice , roi de Naples^ et à l'autre par une fort belle grille qui fait face à la route de Marseille, et à tiavers laquelle on apierçoit la haute croix de mission.
Tout, dans cette vieille capitale, a l'aspect d'une^ cité où furent des princes, une cour, de grands seigneurs et de nobles maisons, des insLiUilions savantes, des collèges et des universités. C'est le Douai ou le Caen de la Provence, comme Marseille en est le Lille, le Nantes ou le Rouen. C'est à Aix qu'il y a un monde lettré et fashionnable , de grands et vastes salons , d'opulens hôtels , une nombreuse et aimable société à belles manières , d'un esprit cultivé , de goûts délicats , de mœurs faciles, éléf^antes et polies; à Aix qu'il y a des études, des sav«i.ns, des bibliothèques, des cabinets d'amateurs; à Aix que vous rencontrerez cette classe de consommateurs toutà-fait étrangers à la question des sucres et des fers , qui n'ont pas d'autre emploi de leur grande existence que de dépenser ving;t-quatre heures à lire, apprendre, causer, dormir.
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monter à cheval ou en landau ^ chasser^ brû* ler «ne pastille du sérail , ou écrire un billet il iiivjtatiou avec la plume de Perry sur papier glacé. G^est à Marseille^ au contraire , (ju ou li availle et (^u ou (jajjue ses éperons et sa bastide par l industrie et les fatigues d'une vie soucieuse et occupée.
Aix est TAthènes du uudi el le centre de l'instruction de nos contrées méridionales > ainsi qu'elle le fut aux tempa anciens ; elle n'a de rivale que la noble cité d'Isaure, Toulouse, où il y a aussi tant de goût, d'amour du bien et des arts, tant d'espritet d'urbanité. Fondée ou restaurée par le proconsul C. Sextivs CalviNVS, l'an de Rome 630^.123 ans avant Jésus-Christ, elle fut le premier établissement des Romains en-deçà des Alpes , et le poiutde départ de leurs conquêtes dans les Gaules. L^es Saliens et les Déciates, peuples d'origine ligurienne, assiégeaient Nice et Antibes, qui dépendaient des Marseillais , amis et alliés du peuple romain. Ceux-ci demandèrent du secours à la nation-reine. Les Saliens furent taillés en pièces par les légionnaires de Sextius. 11 donna aux Phocéens de Marseille tout le .territoire acquis par la victoire , et ne se ré-
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servaque remplacement où il avait combattu, puis y fonda la colonie d'Aîx. Le nom de cette ville rappelle à la fois celui de son fondateur et les eaux thermales qui s'y trouvent, eaux préparatoires ovi se rendent encore quelques malades, mais non pour y danser comme à Baden- Baden et à Plombières. On peut dire que si la civilisation grecque s'était montrée sur nos côtes méridionales, grâce aux colonies nées de la république llorissante de Marseille , bâti plus de quatre siècles auparavant par les Phocéens d'Ionie, la civilisation romaine moins fleurie, moins brillante , mais appuyée sur la force des armes, partit de Ja ville d'Aix pour s'étendre dans toutes les Gaules, où Jules-César la propagea bientôt avec la terreur et la puissance de ses aigles. La colonie de Marbonne fut fondée immédiatement après celle d'Aix ; et lorsque les Gaules furent décidément |>arlagées en dix-sept provinces, l'antique cité de Sextius devint la métropole de la seconde narhonnaise et le siège des pruicipaux élablissemens civils et militaires.
Les édifices religieux du moyen-âge les plus remarquables à Aix, sont Tèglise métropolitaine de Saint-Sauveur et celle de Saint-Jean.
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l^ii vieille cathédrale de Noire-D ame-de-la- Seds (à Sede) ^ malheureusenaent détruite et remplacée par notre humiliante fabrique moderne, était située dans cette partie de la ville si pleine de colonnes > de tronçons de granit , de torses , de médailles et de débris romains. Que je regrette cette basilique des premiers jours chrétiens, sa crypte, $es portes olaus-r
traies > sa crèche ! Mais nous avons tant
perdu dans ce genre, nous sommes si appauvris, qu'on doit s abstenir de regrets, car ils rendraient inconsolable. Contentons -nous donc par force de ce qui reste encore debout. L'église métropolitaine d& Saint-Sauveur, telle que nous la voyons aujourd'hui , eL dans laquelle il y avait Jadis une école, disent les chroniqueurs, lut consacrée dans les premières années du xii* siècle. Elle avait été commencée dès Tan 10(>0 par le prévôt JBenoist , auprès, d'un, antique oratoire, et sur un emplacement où des fctuilles postérieures ont fait penser qu'il avait existé ua temple païen. J'adopterais volontiers cette opinion , car les colonnes corinthiennes de granit qui ornent le baptistère de Saint-Sauveur, celle qui est placée dans la cour claustrale , divers débris
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anioucelës dans cette cour^ et quelques colonnettes soutenant les trèfles christo-fiancks du
cloître, portent évidemment Je cachet romain; mais je ne puis établir si le monument latin préexistant fut consacré à Apollon de préférence à tout autre dieu, comme rassurent plusieurs antiquaires. Pour les restes de l'oratoire primitif» ils se trouvent encore en partie dans la porte latérale de droite (extérieurement), où l'on remarque le plein-ci n li e byzantin et des colonnes corinthiennes latines » enlevées elles-mêmes au plils primitif des éditices, qui était le leniple païen. L'aspect général de Saint-Sauveur manque d'harmonie; mais il a de la noblesse » et malgré les liésitalions et les contradictions de son style , c'est encore la plus vaste et la plus remarquable des basiliques Ue la France méridionale ^ éri|»ées dans le moyen-âge. Si l'on peut soupçonner l'idée de l'architecte, deux tours auraient dû flanquer la façade de cette église i une seule existe , et elle est d'une singulière fabrique. Cette tour, qui ne manque pas d élévation , est d'abord carrée^ puis octogone » et n'offre pas même un toit plat à son sommet, en sorte que Teau peut y tomber coinine dans
DigitizGd
un réservoir. J*ai remarqué avec un vif intérêt les portes de Saint^Sàu vêur : elle» sont de noyer^ et ofFrent des sculptures d\m admirable travail et d'un incroyable fini. Four protéger ces portes contre les injures du temps ou le couteau (les ifi^norans, on les a revêtues de veu- Uiux extérieurs, qu'un homme de sacristie ne manque jamais d'ouvrir pour les amateurs et les curieux. J'ai remarqué également le maître-autel , tout en marbre d Italie^ orné de bas-reliefs d'un grand prix , une prodigieuse quantité de tombeaux, d'inscriptions funéraires, de statues et de groupes du moyen-âge^ représentant des choses naïves > mais ne laissant rien à désirer pour la perfection du style et la vérité du travail. Nos églises du nord , je le répète, sont incomparablement plus vastes, plus harmonieuses, plus hardies, plus peuplées de sculptures cl de bas-icliers ; niais en général, chaque groupe^ considéré isolément, ne vous offrira jamais cette pureté de ciseau , ce fini que vous rencontrerez dans les rondes-hosses, malheureusement rares, des basiliques méridionales. On pouvait étudier Tart de perfectionner les détails aux avant-postes lie iiome ; mais Rome eût-elle pu apprendre
Uigmzeu by CjOO^Ic
ce qui vicuL des àines contcuiplalive^ du uuid^ les initiations d'infini ^ de mystère et de spiri-^ tualisme appliquées à l'architecture religieuse? La métropole d'Aix, vouée à la iiLuif^ie ro-r maine^ est une des églises de France où l'office divin se célèbre avec le plus de pompe et de convonance. I n des usages propres ;ui i ituel de ce diocèse^ c'e^t que Tarchevéque y commence la messe^ quand bien même il ne doit pas offrir lui-même le saint sacrifice, et 4|ue tous ses chanoines viennent se ranp,erà ses côtés., au pied de TauteL j'ai rendu visite au respectable et tolérant prélat qui occupe cet antique siège, illuslré par.un Baussel et tant d'autres célèbres pasteurs. Monseigneur Raillon , homme de tact et de conscience, que regicUeia long-lemps le diocèse de Dijon.
La proce^iotn de la Fête-Dieu étaii singulière à Aix . René d*Ânjou avait institué , à son occasiuii, des jeux sacrés et profduos qui ii ont pas peu contribué à. faire chérir la mémoire de ce prince excellent et populaire. Les Provençaux la revirent avec transport, sous Tempire ; car Napoléon , qui aimait tout ce qui est grand et national, et qui savait ce que les souvenirs et les usages naïfs, du pas^é don-
Uigmzeu by CjOO^Ic
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nent de charmes au présent des peuples^ avait témoigné hautement qu il désirait la
voir remettre en vigueur. Elle a disparu^ cette page vivante du moyen-âge; et depuis les journées de juillet, il est à craindre qu'elle ne s'y remoiUre plus. La procession publique continue à se faire à Aix, mais sans jeux et sans divertissemens. Il faut regretter ces cou-rtûmes aiicienncs et ingénues qui /graduent le passé d'un peuple^ et font circuler en lui une sève nourrissante ; car tout ce qui vivifie les populations est regrettable. Cette procession était proclamée dans toute la Provence comme un pas d'armes; on y voyait l'abbé de la ville ou de la jeunesse; YAhat , le roi de la iiasociie, élu par les robins, et le Prince d A-^ mourf dernier souvenir de ces cours d*amour si poétiques et si sévères en matière de galanterie.
Après Saint-Sauveur y je citerai féglisedes Prêcheurs , qui renferme de beaux tableaux y et surtout celle de Saint-Jean, autrefois l'une des premières commanderies de Malte , que distingue une flèche christo-franke des plus remarquables parmi toutes celles qui peuvent exister dans le mid^ de la irance. La voûte
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Ogive de celte église a du calme et de la majesté ; elle contient des peintures carieuses ^
deux tableaux de l'école moderne donnés par le roi , comme ceux des Prêcheurs, et le monument funéraire d'un comte de Provence.
Ce mausolée avait élé brisé pendant les orages révolutionnaires. La restauration ^ qui a réparé tant de désordres^ le fit reconstruire sur le modèle primitif , tel qu'on le voit aujourd'hui ; mais il est en plâtre, tandis que le monument ancien était en marbre. Les murs extérieurs de Saint-Jean portent encore Tem* preinte des boulets et des balles de la mousqueterie de la ligue. La ilèche de cette église» qui domine plusieurs quartiers de la ville^ y loiuic un point de mire et de ralliement , à peu .prés comme celle de ^olre-Damc-des- Accules y à Marseille.
L'hôtel-de-ville d'Aix est un assez beau monument, flanqué, comme celui d'Avignon, d'un beffroi christo^frank. Au centre de la place ombragée dont cet édifice occupe une Ikce , je vous invite à examiner avec attention la fontaine , et à copier ses inscriptions latines d'un fort bon goût. Cette' fontaine, d*une belle exécution, est surmontée d'une colonne de
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granit^ provenant d'un antique monuineiu romain, dont nous parleront plus tard. Vous remarquerez sur le grand escalier de 1 hotelde-ville la statue en marbre blanc du maréchal duc de Villars, gouverneur de Provence^ parCoustou, et dans le vestibule le buste du savant Peyresc. INÏais ce qu'il y a d'important surtout^ dans cet édifice , c'est la fameuse bibliothèque nommée Bibliothèque Méjanes, du nom de feu le marquis de Méjanes, ancien consul d'Âix^ Tun des hommes les plus hono* rables de la province , qui légua ses livres à la ville. Je vis dans cette bibliothèque beaucoup de livres rares et curieux , et je ne puis trop remercier M. Rouard, bibliothécaire d*Aix , dos attentions délicates qu il me [)rodi[Tiia. Je trouvai dans ce vaste établissement une jeunesse studieuse , un grand nombre d'étudians en droit et de jeunes ecclésiastiques occupés à des recherches et à d'utiles travaux , ce qui me donna une haute idée de 1 état Httéraire de la ville d'Aix. Le buste en marbre de M. de Méjanes décore Tune des salles de cette bibliothèque ; il est placé dans une manière de niche, avec des urnes cinéraires de marbre et une urne de porphyre, trouvées dans le fa-
meux mausoiëe , ou tour de rancieu prétoire romain. Ces urnes contiennent encore des ossetnens parfumés. La bibliothèque publique
d'Aix est sans contredit l'une des plus précieuses qui soient en province.
Je vous signalerai encore une fontaine d'un bon effet, surmontée aussi d'une colonne de g^nit romaine. Pour le palaijs de justice^ c est un monument absolument moderne; il a toute la beauté monotone,, sèche, nue , aride, froide, comme tout ce qui est d'imitation, de ce qui se bâtit aujourd'h.ui. C'est une barbare et féroce manie de notre siècle de renoncer à rarchitecture nationale et indigène, de vouloir partout créer du grée et du romain , de brouiller toutes les couleurs , tous les systèmes, de confondre toutes les destinations dans une forme arrêtée et convenue. Ainsi une bourse y un théâtre , un hôteUde-ville, un tribunal, une halle, un abattoir, un lavoir, des étuveS) tout cela se ressemble par beaucoup de points. Des voix graves s'élèvent aujourd'hui contre ccL ahouiiiiable déverp;oudagc d'imitation, qui fait quun artiste, devant, avant tout, annuler son inspiration et son gér nie pour se constituer servile copiste , n'est
plus qu'un appareillenr et un maître maçon. Est-ce ainsi qu'opéraient Robert de Luzar-
ches , Tliotnas de Coi iiiont, Jean de Chesles, Maurice de Sully (a) ? répondez, M. Fontaines. D'où vient ce type abstrait des monuniens du moyen-âf^fe , ce siècle d'or de notre architecture nationale ? d'où vient cette profonde sympathie qu ils trouvent dans nos âmes? C'est que tous avaient leur destination écrite sur leur front; c'est que tons étaient rapplication d'une haute pensée individuelle, d'accord avec la pensée générale. Je serai juste. Je dirai que les lignes f^frccques et romaines, qui ne conviennent ni à notre histoire, ni à notrè religion, dont Fart est le culte, ni aux uiœurs et au climat du nord de la France, sont peut-être plus tolérables dans nos départemens méridionaux , et partant, je serai moins sévère à propos du palais de justice d'Aix. Mais , misérables écoliers-maeons, hommes liges du type classique , il faut donc alors que ce midi abdique sa nationalité et sa parenté avec le cœur de la patrie ! ... Pourquoi
(a) Maurice de Snllv, t'vt'qiic de Paris, donna lui'inûmc, en 1163 , le plan de Kolre-Daine, et le lit exécuter.
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aluisavoirélevé pour des escrocs, des affioteurs et des marchands de verdet, à Taris, une bourse dans le goût latin? pourquoi cette église inachevée de la Madeleine? pourquoi tous ces calques burlesques qui sont à notre art du moyen-4ge ce qu'était la littérature de madame de Maintenon à la vérité de nos lettres contemporaines? Le palais d'Aix est beau> si beau veut dire copie fidèle d'un original exotique , pillé à d*autres mceurs que les' nôtres ; mais il n'en est pas moins le fruit d'un double acte du plus révoltant des vandalismes. il existait là un prétoire romain et un mausolée élevé en l'honneur de trois piitrons de la colonie d'Aix. C'était une tour ceinte de colonnes en demi-relief^ et couronnée par dix colonnes de granit oriental qui soutenaient un dôme. Deux de ces colonnes ont survécu, et ce sont celles-là même, comme je Tai marqué ailleurs, qui ornent deux fontaines publiques. Au prétoire et au tombeau romain succéda le palais que les comtes de Provence firent éri- (jer dans le moyen-âge pour y fixer leur séjour; mais ils respectèrent du inoins l'édifice latin, en l'enfermant dans l'enceinte de leur château, et c'est dans le xyiii* siècle, avant
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même la révoliuion ((|ui a déjà assez de péchés sans qu on lui impute ceux qu'elle n'a pas commis^ et qui ici ne sauraient servir d'excuse^ dans le siècle de la philosophie, des encyclopédistes et des lumières), que deux âges si divers ont disparu y que le prétoire romain^ le beau mausolée pleuré par Walter Scott et rédilice christo-frank, furent enveloppés dans une ruine commune, à l'éternelle honte des magistrats qui Tordonnèrent ou la souffrirent ! . . . .
L'ancienne université d'Aix^ maintenant réduite à une école de droit, aux &cnltés de
théologie, des lettres et des sciences, fut fondée^ disent les chroniques provençales, par lldephonse I*', roi d'Aragon, qui régnait en Provence dans le xii™^ siècle. Elle porta d'abord le nom ambitieux d'académie générale des sciences. Cette fondation fut un acte de justice envers une cité si célèbre par son goût pour les arts^ et par les troubadours qui se pressaient à la cour des princes de la maison de Barcelone, successeurs de celle de Bozon.
Aix eut de tout temps de généreux citoyens, et il sutliiu de nommer le président de Monclar, et ce docteur Gibelin , qui sauva tant
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de choses précieuses du naufrage révolutionnaire.
Il TOUS souvient sans doute de la découverte faite, il y a peu d'années, par feu ChampolUon , à son passage à Aix , pour aller en Egypte y de l'histoire de Sésostris-le^Grand sur les papyrus de M. Sallier. Eh bien ! j'ai eu la curiosité d aller vuir ces papyrus assez pulvérulens^ ainsi qu un petit buste en porphyre ^ qu'on m'a dit représenter l'historien de ce souverain éfjypûen. Comme Champollion a emporté son secret dans sa tombe , et que je n'entends rien^ absolument rien à la langue hiéro(;lyphl(jue, je ne contesterai pas Tauthenlicité de sa découverte; mais convenez avec moi qu il est curieux et piquant de venir déterrer à Aix en Provence, dans le cabinet d'un receveur particulier, l liistoire auioi^rapbe d'un roi mort depuis tant de siècles, écrite dans un idiome que personne ne connaît. 11 possédait de bien belles choses , ce M. Sallier, des antiques^ des peintures de 1 école italienne^ des urnes, des vases, des statues, un riche œédaillier; il avait rais toute sa fortune dans son cabinet, il y employait sa vie, et voilà que sa mort est venue tout-à-coup disséminer
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des clioses acquises avec laut de sacrifices. M. Sallier fils vend une partie de sa collection^ parce qu41 préfère un patrimoine à des antiques. J'ai vu encore de précieux morceaux; mais déjà beaucoup d'objets rares sont allés enrichir le musée que M. de Castellane forme dans son château , et que je n'eus pas le temps de visiter, malgré de fort pressantes invitations.
M. Léon d'Âstroz, homme excellent et trèsdocte^ maniant avec une grâce infinie l'apologue, soit dans la langue de Florian, soit dans le poétique et sonore idiome provençal, me conduisit à une séance de l'académie d'Âix, dont je suis associé, séance préparée à mon intention. Je trouvai là réunis dMndulgcns et instruits collègues. Il n'y a point à l'académie d'Aix de ces insigniiiantes valeurs de gobe-mouches, de ces capacités de notaires, de ces f^entillâtres de province, illettrés^ qui peuplent la plupart de nos sociétés savantes; mais le local me parut peu digne d'une compagnie littéraire, et l'on m'assura qu'il n'était (|ue provisoire, et que l'académie était à la veille d'être logée à Thotel-de-vilie. Gomme je n'ai pas de bailli à Varennes qui
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vienne me compliuienler dans le triste et vieux manoir^ ci-devant féodal (grâces à Dieu qu'il ne le soit plus!) que j y possède (par acquisition, non par iu rita;]fe), encore moins à Chorey, où nous avons une habitation fraâche et tout-à-fait neuve comme la jeune F r a 1 1 c c , j c ne suis guère prêt à faire bonne contenance devant une harangue. Je reçus pourtant celle de M. le chanoine Gastellan , président de l'académie , et j'y répondis de mon mieux. J'entendis, dans cette séance, quelques vers classiques^ une fable charmante^ récitée avec un naturel parfait et an sentiment inimitable, par mon rcspcclablc arni, M. d'Astroz ; un fort bon morceau de prose , et enfin, je lus moi-même deux fragmens poétiques ou odes. Vous trouverez l'une dans les Nouvelles !MÉLANcoLiES qui paraîtront bientôt, et voici Vautre^ écrite naguère sous une inspiration de tendresse et d'amour, dans une grotte Upissëe de lierre, et cachée aux regards des hommes :