AU CŒUR
Laissons l'esprit s'agller «i ui^ i > ciiaines, Ou, du vain bruit de ses aiics humaines, Troubler nos bords :
Uigiiizeo by LiOOgle
LA TBHVS D'ARLES
Le cœur seul est divin, et son chute délir«> Sur ces rives peut Miil » Il kl céleste lyre. Ravir d*iiieffables accords.
Lut seul féconde, épure le génie, El le noyant dans des flots d*barmoiiie, L^unit au ciel ; Il l'élève aux lieux saints d'où la tendresse émane » £t rend, dès ici-bas , à nos yeux , diaphane Le grand voile de l'Immortel.
De ses feux purs , si le cœur ue l enibrasc , L^esprît ressemble à l'oiseau tj[ui ne rase Que les marais.
L'instrumeut est en lui; mais il est inutile. Fait pour la fange , k moins 4u*im ange n'y distille La rosée et les baumes frais.
G*est par le cceur que rhomme chante et prie , Par lui qu'il pleure, aine, car sa patrie
Est dans l'amour
L'amour universel est l'ombre d'un mystère, L^invisible lien qui rattache la terre Au souûlc du divin séjour.
Eh! ouï, ce ccRur est rabri'cr'^' 'lu monde; Dès ici-bas, sur celte plagc immonde, Il sait sa hn
LA VS.N7S UARLIS
Il surnage, il revoie aux régions d'essence
Dont il est un aiomc, — et, depuis sa naissance, Il réve à moitiiî séraphin.
Ce cœur qui croit et jamais ne raisonne « C*est pour Ini seul (pie la grève résonne
Du cliant des cicux.
Tout, de r<'lcrnit(', pour lui devient uu ^age; Les bois oal des eclios, les cailloux uu laugage, Pour lui, rien n'est iiiit-ucieux.
Il ne vit pas Ue la commune vie A ces banquets où le jour nous convie , A nos printemps; Non , il vit presque ici comme vivent leâ anges. An monde où rien a*est forme, ojà les saintes phalange s Ignorent les corps et le temps.
Dans le séjour qa*il prévoit et qu'il rêve « Tel qu'un soupir , voyes4e qui s'élève -
Sur Tare-en -ciel
Voyez comme il saisit uu auage, un mystère Pour y cacher sou nid aux regards de la terre. Dans la tente d'Ithuriel.
Tout ce qu'on voit, qu'on touche ou qu ou embrasse. Ce qui présente une forme , une face , C*esl pour les sens;
Car il a bleu fallu ([ue, pour sa créature, pieu iii, Uaus la jnallère et loule la ualure , Des symboles dblouîssans.
O sentiment « prime noble et sublime > C'est toi , c'est toi , toi seul qui sur Tabîme Sèmes des llcurs !
Toi qui couvres nos pieds d'un indicible voile, Qui parfumes nos pleurs et jettes une étoile Dans le vase de nos douleurs !•..*.
Mais ce que j'ai ouï de meilleur, en fait de poésie ^ à Âix , ce sont les vers qu un jeune étudiant en droit ^ ayant nom Rigaud, qui à coup sûr a de Tavenir dans sa vie, me récita, non pas àTacadémie, où il ne serait peut-être pas compris (généralement, et dont il ne fait pas partie, iiKiis dans le salon de M. d'Astroz, après le dîner. Dans ce siècle, comme dans les précédens, la société se compose de deux classes d'hommes qui n'ont pas les mêmes idées, les mêmes sentimens^ et parlent, pour ainsi dire, deux langues; on est heureux quand on découvre de temps en temps une de ces belles et jeunes organisations qui cachent de hautes pensées et d'inouïs pressentimens. il y a loin des strophes dia-
phanes et tendres de M. Kigaud, à maints hexamètres de permqaiers qui se produisent gravement aux concours de MM. les quarante.
Coura(;e, jeune liouime, vous avez de grandes et fortes con yictions , ne vous raidissez ja^ mais contre elles , et vous aurez une larf^^e place dans le gouvernement libéral que nous rêvons^ en harmonie avec une société graduée par le mérite individuel^ et non plus par la cainaïaderie^ par des mousquetaires au bec de corbin et des habits galonnés^ où la nationalité sera une religion^ digne fille de ce catholicisme que nous réchauflerons de toute la chaleur de noire âme, et ne sera plus jetée à la merci des drogmans et des protocoles; où la populace n*aura plus de thuriféraires. Alors ies sommités d'intelligence et de probité , seules p deviendront les pères conscrits de la patrie ; alors un front pur montrera à l'é* tranger les cornettes et le pavillon de France; alors notre poésie paraîtra tout étincelante de sa virginité ; les fiimilles patriciennes seront choisies parmi les familles vertueuses ; alors aucun honune ne sera extollé s'il est impopulaire comme les cours prévôtales, la chambre ardente, la loi du droit d'aînesse, parce
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LA ysHT8 d'ahlbs 199
que c'est surtout pour le peuple et par l'élite intellectuelle du peuple que nous régirons
le pays.
J'ai visité aussi le musée d'Aix. Il se corn-* pose d'antiques achetés par la ville à l'hoirie
de IM. de vSaint-A inccnt, ancien président à mortier au parlement de Provence, et de quelques tableaux modernes donnés par l'état et le comte de Foibin. J'y ai remaicjué un bel objet de la statuaire contemporaine, c est un Achille blessé au tendon, par Giraud d'Aix , et offert par loi à la cité qui le vit nai-* tre. Ce musée, doiU la richesse consiste principalement en inscriptions romaines, urnes, amphores, H <; urines, torses , médailles et basreliefs, n'est pas encore classé, et est situé dans les bâti mens de l'école de dessin, près de l'église Saint-Jean.
L'ancienne colonie d'Aix occupait la partie la plus élevée de la ville, où Ton voit une immense quantité de ruines. Je vous invite à aller visiter l'établissement moderne des eaux ; il y a loin de cela aux étuves et aux thermes romains ; mais nous ne vivons plus au temps d'Auguste et de Tite Vespasien.
Je profitai de mon séjour dans celte cite.
LA TBirVfl D'IHLB»
qui a tant perdu de ses splendeurs antiques, pour aller à la Sainte-Baume {Bttoume et en
provcii(;il /Jaoïimo), belle chose de nature provençale y qu on ne peut se dispenser de connaître ; la Sainte-Baume, où il y a encore de ces forêts vierges dont le type est en Amérique, la Sainte-Baume si célèbre par la retraite de sainte Magdeleine qui , durant trente-trois ans, fit pénitence dans ses rochers, et par la dcscripuoii que Pétrarque dédia à ce Philippe de Gabassole, cardinal^ évéque de Gavaillon, dont les restes mortels viennent d'être transférés de 1 ancienne chartreuse de Bon-Pas, à l'église de Gaumont (a). Puis-je dire quelque chose de cette grotte de la Sainte» Baume, érigée en chapelle par saint Maximin , évéque d'Aix , après que M. Joseph d'Ortigues a écrit sur elle de si belles pages? Le couvent actuel de la Sainte-Baume, qui a remplacé le monastère brisé, est une construction de 1821, Je n'oubliai pas non plus Saint - Maximin , prés de Barjols (six lieues d'Aix) et la spacieuse église appartenant autrefois à une cé-
{A) CeUe ccrëmouic a eu lieu le lui^di 26 août 1833* (^cho de Yaucluse.)
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liA VËNVS d'Arles
sot
lébre abbaye de Dominicains , et achevée par
René d'Anjou. Les stalles du chœur de cette église sont aussi admirablement sculptées que celles de Notre -Dame -de* Brou ^ à Bourg f comme elles aussi , veuves de leurs pieux habitués^ elles n'entendent plus les hymnes saintes; car la basilique de Saint-Maximin ne voit plus le culte divin se célébrer dans son sanctuaire. Je me fis conduire aussi ^ du côté opposé^ dans la petite ville de Saint-Remy, située près des Alpines y entre Orgon et Arles. Ne mant[uez pas de suivre mon exemple, si vous voyagez en Jfrovence ; vous trouverez à une faible distance au-dessous de Saint- Remy un reste d'arc de triomphe et un tombeau romain fort bien conservé^ dans le genre de celui qui exista à Aix et qui est perdu sans retour. Prés de la célèbre cité de Sextius» au territoire de Miniet^ est un lieu de pèlerinage d'une haute renommée, Notre-Dame- des- Anges y qu'il faut bien se garder de confondre avec un oratoire portant la même désip^nation, situé au sommet d'une montagne, dans les environs de Fignans.
Durant, belles et douces lectrices, que vous vous arrêterez à Notre-Dame-des-Anges , et
que vous y prierez la céleste patronne qui , dans le ciel, tempère la majesté divine , reçoit
les tendresses de la terre pour les élever jusqu'à la suprême puissance , durant que vous serez agenouillées sur la pierre des pèlerins, devant Marie, symbole de tous les mystères d amour qui se passent dans nos cœurs , sublime et touchant milieu allégorique entre l'âme humaine et le Verbe incréé, moi^ loin de la crèche du Seigneur ou de l'autel parfumé de sa céleste mère, je fermerai ce livre de bigarrures, de pots^pourris et de mosaïques. Je rafraîchirai le crayon sécylaire que j'avais ramassé dans les ruines^ et puis je viendrai encore vous rendre compte d'impressions éprouvées, ou jeter sur les hommes et sur les choses mon ironie toujours innocente, en ce qu'elle s'attache rarement à des noms propres. J'aime à Fégal toutes les classes de la société, gens de boutique ou de palais , notaires ou premiers présidens^ prolétaires on nobles ; il n'y a que les vanités et la sottise que je rencontre rarement sui mon chemin sans leur faire guerre de bon aloi.
Priez, priez en silence, belles et douces lectrices. Quand vous aurez quitté le lieu
LA YBiryS D'ARLES 203
saint y vous me retrouverez. — Voici venir le
second volume, et par conséquent laVKNVS d'Arles*
Mais non , non , je veux vous
accompagner à iSotre-Dame-des-Anges , et puis vous conduire à Marseille, avant de clore la première partie de mon bizarre écrit.
LÀ MEDITËRRMÊË.
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LA MÉDITERRAiNÉE.
IgelouTE bien poudreuse , bien sèche et bien bruyante^ que celle d'Aix à Marseille. Rien,
entre ces deux villes, ne mérite d'être normué que le château de M. d'Albertas. Passons ; yaime mieux une chaumière dans la vallée, à Fombre du figuier, tout près d'une eau vive
Tflcfoç
LA YENVS D'AaLBS
et pure, que la maison des grands; car dans les châteaux, voyez-vous, il y a de belles et nobles choses , mais rien de mélancolique et de touchant.
Un des plus pittoresques pauunimas qu'il soit possible de voir se dérouler devant soi , même après qu'on a plongé ses regards dans le li08|)i)oi e de Byzancc et le Qollc de Tarthénope, c'est celui qu'oiFre 1 abord de Marseille. Figurez-vous, en premier lieu , des monts au front chauve , décharné, rocailleux, aux crêtes inégales et tristes, trempant leurs pieds dans la fraîcheur^ la verdure et les ruisseaux du vallon ; puis, quand vous êtes parvenu au haut de la visle (mot pravençal qui signifie vue), un étonnant paysage où les maisons sont plus nombreuses que les arbres, une ville é'j:*/m nia/'os , onduicusc, éparse, excentrique, vagabonde^ entremêlée d'oliviers , de mûriers, de vlr^nes, de lauriers-roses; bâtie sans ordre , suis arraur^einent aucun , aux lianes de la ville compacte , dont la poudre semble jeter une apparence de nuage sur un ciel toujours serein^ et dont les faîtes surgissent à demi eilacés au pied de la montagne dont vous descendez le versant méridional ;
LA TENTS D'ARLSS 209
puU encore^ au fond de toat cela, la mer d'Annîbal et de Scipion , la mer constellée ,
radieuse, ilamboyante^ que découpent les voiles carrées des navires elles voiles triaj3galaires des bateaux pécheurs y la mer hérissée de ces prouioiUoiies qui proté[jent la rade marseillaise. Cet aspect est unique ; il n'existe pas d'alentours' de ville si pittoresques^ sibizaïres, si heurtés, si exubéraii5 de vie et d'habi talions.
Toutes ces maisons de plaisance ^ jaunes , blauclies, petites, (grandes, à toits plats ornés de ileurs ^ à combles recouverts de tuiles creuses y composent Tassemblage des vûîe, La çilla, ou, comme on Tappelle^ la bastidé, la voilà dans toute sa vigueur^ dans toute son expression mi-citadine, mi-champêtre, avec son air de féte^ de sans façon apprêté et de luxe bourgeois. Le f^oùt de la bastide est inné, dans les mœurs marseillaises; vingt marchands vont faire de la campagne à ùq* quart de lieue de la cité , à peu près comme Tabbé Delille iàisait de la nature vierge à Auteuil , mais avec une mer et des parfums de plus que lui. Depuis Thumble boutiquier qui a gagnç cinquante mille francs, jusqu'au
M hA Tiirrs d'arlbb
négociant qui coaipte plusieurs millions daus sa fortune 9 chaque citoyen occupé^ de Marseille, possède sa bastide, où il va le samedi soir^ pour revenir le lundi à son travail et aux relations d'affaires^ comme le bœuf au joug du laboureur , après une matinée dans la prairie. L'immense avantage de la bastide^ c'est qu on n y est pas exposé à recevoir la visite de récomifleur et du pl({ue*assiette en habit noir et la canne à la main, chaque particulier aisé ayant son vide-bouteille à lui appartenant.
La noblesse ne connaît /jnère ces sortes de maisons de campagne; comme partout, elle préfère se renfermer^ loin de Tatmosphère des villes , dans les habitudes grandes , élevées, et réellement plus rustiques et plus terriennes, de la vie de châteaux. La bastide, le château , ce sont , comme ailleurs , deux choses correspondant à deux idées sociales : ici la familiarité^ la danse joyeuse et la fortune du pot; plus loin, la réserve, le bal élégant et le dîner de vingt minutes.
Marseille est, selon rantithèse d'un jeune et brillant écrivain, une ville antique où il n'y arien d'antique. Les sièges, les incendies, le
Màà. TEHYS D^ARLSS
misirao, les Sarrasins et le vandalisme des Marseillais , plus dévorant que les Maures y
ont tour-à-tour nivelé cette terre , où les Grecs et les Romains avaient élevé tant de magnifi(}ues monumens. Il y a même tout lieu de croire c[ue la mer a envahi le sol où la cité phocéenne regardait, iixe , belle et tumultueuse f ses mille vaisseaux brillantés par le soleil de Cartha^^e.
Vous savez tous cuauDent Marseille fut fondée* Quelques aventuriers , amis des champs ^ s'exilent de la Grèce durant les troubles civils i c'étaient des riiocéens: ils arrivaient de Tliessalie^ ils avaient connu Tempé et ses délicieux ombrages , ils avaient adoré à Fhocée Minerve qui aime l'olivier, Neptune dieu des mers, Pan qui veille aux troupeaux , Gérés la déité des moissons , Pomone la déité des jardins ; ils avaient lavé leurs mains dans les eaux vives du Péné et du Sperchius, ils avaient pressé* Torange de TArchipel ^ ils se souvenaient du cyprès de Messénie, de Tolivier de TAtlique^ du mûrier de l A rgolide, du peuplier d' Arcadie; ils cherchaient des coteaux rayonnans, des sites pittoresques, une mer étincelante. A ces hommes de soleil, de poésie, de colons^ de volup-