‹ La Venus d'ArlesChapitre 3 sur 41 · DV · texte numérisé non relu

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J'avoue que c'est peut-être pousser le scrupule un peu loin, et que T excellent et docte chevalier Artaud n'est sans doute pas étranger à cette impulsion en faveur des convenances artistiques ; mais s il y a excès à Lyon^ on peut dire qu'il y a oubli total à Paris. Là ^ on ne regarde pas d'aussi près aux exî(^ences du marbre^ et Ton grave sottement des inscriptions latines même , sur les édifices et le piédestal des statues , avec l'ignoble U, et en lettres grasses^ absolument analogues à celles ([iie

les perruquiers font peindre sur leurs enseignes. S'^i|t-il> à Lyon, de la restauration d'une église du moyen-âge? ce sera pour y observer rigoureusement la couleur locale , pour y placer les légendes de h ccgg, et ces monogrammes que les premiers chrétiens avaient inventés pour parier entre eux une langue d'hiéroglyphes et de symboles. — Ceci nous mène aux édifices.

J'ai dit que peu de villes offrent, comme Lyon, une échelle graduée de monumens.

Lignes de transition, lignes antérieures au xiii" siècle, lignes romaines^ lignes de la renaissance, lignes entortillées, prétentieuses, pleines de mignardise duxvin"^ siècle, lignes contemporaines, tout s'y trouve. Regardez le célèbre palais des Dames-de-St.-Pierre, qui sert aujûurd luii d'asile aux établissemeiiii d'arts; regai^dez la grande iàçade de f hôtel- Dieu, la coupole des Chartreux, l'Hôtel-deville au cachet romano-français du siècle de Louis XIV, le vieux pont du Change, un pont de l'empire et des ponts suspendus. — Mais passons à de plus graves édifices les églises christo-romanes et christo-frankes.

Toutes les grandes basiliques du moyen-âge

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sont nées sous Vinfluence d'une idee-mére conçue par le premier maître de tœuçre, sou-* vent étrâiiglëe ou étouffée par ses successeurs; toutes offrent une donnée principale, un type générateur y mais presque aucune d'elles n'a été faite toute d'une pièce et comme coulée dans le moule d'une époque ; presque aucune n'est arrivée juscpi'à nous exempte d'alliage^ de soudures et de contrastes. Il y a bien y je le répète, une couleur dominante ; mais chaque phase de Fart y a déposé successivement sa nuance, chaque modification artistique y a imprimé ses doigts et établi Les arts sont comme les peuples : ils ne sont jamais stationnaires, ils marclient jusqu à la mort*

A Lyon encore , vous pouvez plus qu'ailleurs sentir et apprécier ces dillerentes périodes de rarchitecture dans le même édifice religieux. L'église primatiale et métropolîtame de St.-Jean, par exemple^ vous montrera sa grande nef du xiv* siècle , i huit travées^ nef harmonieuse , surmontée d'une galerie dont quelques arcs sont ornés avec un goût délicat et riche; son chœur, où règne la transition du byzantin au système national ;

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sa chapelle de Charles de Bourbon y tiiie de la période opulente du chrôto-frank; chapelle délicieuse de détails; et enfin un frontail dont la moitié présente le type indigène , marié à toute la pureté des profils grecs.

A côté de Saînt«Jean, tous trouverez la manicanlerie d'un ton presque tout romain^ de même que cet arc antique placé devant réghse de Saint-Pierre, arc quasi-latin et si analogue à la fabrique contemporaine de la domination des Romains dans les Gaules, qu'on ne sait vraiment quelle date lui assi(jner.

Saint-Nizier est plus homogène que Saint- Jean ; c est le plus magnifique modèle du style christo-frank orné et riche du xv™* siècle. Malheureusement, Philibert Delorme, tout épris des lignes de la renaissance , Philibert Delorme qui avait peu étudié rarchitccluie nationale , dans un siècle où on la regardait comme barbare, y a plaqué une Ëtçade mo«> derne.

Pour Ainay, c est la tradition matérielle du type artistique importé par Gharlemagne, c C5L le christo-roman dans toute son ordonnance, mais dans sa teinte déjà modifiée du xi"*' siècle. Cette église est austère de lignes.

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et a été admirablement rénovée par uu liomme dont la postérité gardera le nom.

Aimez-vous une chose simple, toucliante, qui n'a rien de monumental^ mais qui plait au cœur^ parce que le eœur y a mis une pensée de foi cl d'espérance? f^ravissez cette colline verdoyante qui se mire dans la Saône comme une vierge dans un lac, et envoie des parfums et de saints cantiques à la seconde cité éternelle. Le front de ce coteau a pour couronne une humble chapelle; mais cette chapelle, c'est F oratoire des malheureux et dos pèlerins. Là est la Vierge Noire ^ là est V autel de Marie, desservi par de vieux prêtres infirmes ; là ?sotrc-Dame-de-Fourvicrcs semble essuyer d'un coin de son voile céleste les pleurs du pécheur qui vient à elle. Allez sur ce mont consacré par le plus tendre des mystères^ sur ce mont si cher à notre dévotion catholique , allez-y le samedi surtout^ confondu dans la foule d'un peuple rcli.'^ieux. Notre-Bame-de-Fourvières, c'est la patronne de Lyon : sa puissante intercession , sa divine médialiou auprès de l'Eternel, se sout manifestées par une foule de miracles , sans compter celui qui s'opéra en faveur de Charlotte^ la-

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quelle, venue paralytique à Tantique oratoire, le quitta avec le libre exercice de ses membres.

Parmi les nombreux ex voto qui tapissent la chapelle, une petite peinture a souvent , fixé mon attention* Au bas de cette peinture grossière est une inscription que je transcrirai plus tard. Auparavant, je veux vous expliquer le fait qu'elle atteste , car j'ai été assez heureux pour le recueillir de la bouche jucme de la personne sur qui il s'est accompli.

A Lyon , vivait une fille du nom de Louise :

sa famille ëtail obscure, mais honnête; son éducation simple, mais essentiellement religieuse; son âme naïve, mais tendre; sa figure médiocrement belle , mais expressive et fraîche. C était une de ces vierges qui jugent toutes choses instinctivement avec leur cœur , jamais avec leur esprit, jamais avec ce qu'elles ont étudié, et touchent, sans le savoir, aux plus importantes vérités morales^ par la seule logique du sentiment. Elle avait dix-neuf ans^ Louise; dix-neuf ans, le bel âge pour#une fille ! *. — Toute la poésie, toutes les af-

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iëctionSy toute la limpidité d'une existence sont en lui, et il a déjà déposé dans Tâme assez d*idées sérieuses pour qu'elle ait moins à craindre d'une vie où tout est périls et mé^ comptes. La profession de la jeune fille était humble comme sa forlune. — Sans douLe , si Dieu Teut fait naître dans ces rangs souvent oisifs de la société > où une éducation choisie vous tend les bras , vous presse de ses caresses^ vous étreint de son amour^ sans doute Louise aurait obtenu ce qu'on nomme dans Je monde succès de salon si la coquetterie en a été le véhicule , et succès d estime s'ils n'ont eu d^auxiliaires qu'eux-mêmes; mais il n'en était pas ainsi. Le père de la jeune fille, ancien oihcier sous les aigles de l'empire ^ avait péri à Waterloo, ce guet-apens où les armées coalisées attendaient le dernier laurier Irançais pour le flétrir. — Quand un crêpe voilait nos gloires nationales , une veuve aussi prenait à Lyon Fhabit de deuil , et cette veuve c était la mère de Louise. Une faible pension accordée par l'état à celle qui avait perdu un époux sur le champ de bataille, lut la seule ressource qui permit à l'une , alors âgée de dix printemps, d'arriver à dix-neuf ans pour

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aimer, et à l'autre de vivre assez pour être conlideate de la première inclination de sa fille unique. — Or^ Louise était à dix-neuf ans tisseuse dans ime fabrique , sorte d'emploi que je ne saurais guère vous expliquer d'une manière précise , parce que entre les fabriques et moi, il y a une immense barrière, la poésie.

Un jeune dessinateur^ occupé aussi chez le

même manufacturier, qui donnait à Louise quelque argent en échange de beaucoup de travail, avait jeté sur celle-ci plusieurs de èes refï^ards qui sont une parole d'ange et comme une langue symbolique , idéale, que les cœurs seuls parlent et comprennent. Ces re(]^ards, d'abord recueillis sans être analysés, Unirent par trouver une sympathie et un reilet dans

les yeux de la fille de dix-neuf ans

Long-temps on s'aima ainsi, en se ref^^ardant, en faisant naître l'occasion de se voir, de se rapprocher: puis vinrent les égards, les mots vagues, puis les paroles mixtes ou de transition, puis les demi-confidences, puis les expressions colorées et précises, puis enfin la passion, la passion avec son irrésistible entraînement, ses aveux catégoriques, ses

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profondes convictions et son invariable fixité. Dans cette échelle rjradiiée d'impressions et de sentimens, tout avait été réciproque. De part et d'autre Tamour avait crû, s était développé dans la même mesure; de part et d'autre 1 ou s'était entendu dans la même proportion, de part et d'autre les mots avaient eu le même sens et la même portée. Donc, voici ce qui arriva : Quand , franche et décidée, la passion se dessina dans un entretien^ rinclination se trouva, dans les deux cœurs, avoir atteint le même terme ^ comme deux fruits qui tombent mûrs en même temps de l'arbre- touflii de la vallée.

Anton Dœrner ( c'était le nom du jeune homme ) avait de la probité, du talent , des mœurs douces , des principes sévères. — Quand Louise eut conlié à sa mère ce qu elle éprouvait de sympathies pour Dœrner; quand elle lui eut manifesté le désir d'unir ses jours à ceux du modeste dessinateur, de conloudre toutes ses pensées dans la sienne, la veuve qui ne possédait qu'un bien ici-bas, la fille qu'elle avait allaitée, commença pai occuper Louise, durant qqinze jours, auprèsdu foyer domestique, puis elle alla droit aux informations sur le

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compte de Dœrner^ qui déjà avait fait demander explicitement la main delà vierge de dixneuf ans.

Jusque là^ rien n'était obstacle. • . . tous les renseignemens recueillis par la veuve semblaient favorables à l'amant, tous ceux qui le connaissaient louaientsa vertu; sa famille était ' pauvre , mais honorée y tout souriait à une procliaine alliance. . . . Une seule information restait à prendre, — et celle-là , elle était décisive pour la mére de Louise. — Dœmer était-il catholique?. . . Hélas! non;lilsde lutlieriens, il était luthérien lui-même; il avait bu Thérésie avec son premier breuvage , il avait épelé le schisme avec ses premières voyelles. En une cité où le catholicisme aurait moins d'empire^ en une âme moins trempée que celle de la veuve dans la foi et les croyances orthodoxes, une disparité de religion n'eût été qu'un inconvénient, une difficulté aisément levée, en exipyCant que les enfans nés des époux seraient élevés dans le culte de la mère.

A Lyon, où la réformation est si impopulaire, à Lyon où le peuple prie et baise le marbre des autels, la dissidence de communion est un rempart qu il est presque sans

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exemple de voir lianchir, uiéme avec les dispenses du saiot-siége.

Cependant y lorsque cette barrière imprévue fut opposée à la timide Louise, par une inère rigide dans ses principes , autant qu elle était éloignée du fanatisme et de la bigoterie , il se passa d'inexprimables choses dans ce cœnr de dix-neuf ans« Se résignait-il? — Pouvait-il se l'ésigner?. . . . Hélas t je nesais. — 11 fut souffrant, désolé^ brisé. — Tout rameur de Louise pour Dœrner luttait contre sa propre foi , si semblable à celle de sa mère ^ si vive y si chaude , si permaricnte : toules ses tendresses de iille étaient aux prises avec ses affections de fidèle» — Il faut bien le dire, sa religion ^ ici , c'était surtout robéissaru c pa.ssive à celle qui lavait nourrie , car pour T empêchement luimême f pour les scrupules de la veuve , en matière de dissidence , elle les comprenait moins par conviction que par une sorte d'instinct.— Elle était bien malade , Louise. • • • Pourtant elle espérait. — Eh ! n^espère-t-oii pas toujours dans la vie i £iie espérait que peut-être une situation inconnue naîtrait, qui concilierait à la fois sa passion pour le jeune dessinateur et les convenances catholiques.

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Un jour Dœmer venant, de nouveau , solliciter la veuve pour en obtenir la faveur à laquelle il nouait son avenir , trouva Louise seule > occupée aux soins vulgaires d^nn humble ménage j et le dialogue suivant s'établit entre les deux amans :

— Mais Louise , vous ne m'aimez donc plus..... Suib-je coupable de professer la religion de ma mère, celle de ma famille, celle de ma cité? (Dœrner était Saxon.)

— Oh 1 mon amour pour vous, cher Anton, est invariable. . .lilaîslaxeligion, ma mère .... et elle demeurait muette , et ses yeux se mouillaient de pleurs, et elle regardait, miiiiobile et tendre, le beau jeune homme qu'elle adorait.

— Votre mére, Louise, ne pourra-t-on jamais la convaincre qu'elle peut donner sa fille à un protestant sans péril pour sa conscience , sans atténuer sa foi , sans diminuer celle de Louise, sans mani^uer a ses devoirs de catholique?

— Anton , mon cœur s^est livré à vous autant que vie puisse appartenir à une autre vie : je vous aime plus que je ne puis dire, et pourtant il me semble que je vous

aimerais encore davantage si vous étiez catho-

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lu^ue ; il me semble à moi , pauvre fille sans ambition et sans lumières, tjue nos deux êtres s identifieraient mieux , qu'il y aurait une fusion plus intime de nos sentimens et de nos pensées , de notre présent et de notre avenir. Ah ! si la vérité de nos dogmes pouvait entrer dans votre âme sans qu'elle se sui pni ( nchaînée à quelques motils purement humains ; si vous vous faisiez instruire » cher Anton ^ par le prêtre de nos autels. . . . Que la fille disparaisse pour vous , ne songez qu au cœur de Louise y divinisez-le , si je puis parler ainsi ^ et Texaltation de votre amouiv, en disposant votre propre cœur à sentir ce qu'il y a de mystérieux sur la terre ^ vous mènera droit au catholicisme , parce ({ue tout ce qui est spiritualité, mélancolie et tendresse y conduit Après tout, cher ami, qu'est-ce

qu'une reli(jion sans culte , qu'est-ce qa nue religion sans liens, sans unité, qui proteste et dispute ? Est-ce une foi, qu'un système né d'une querelle humaine ? est-ce une foi, (|u une doctrine livrée au libre examen et à la libre interprétation de chacun? est-ce une foi, que des préceptes revus et corrigés par la (ai blesse des hommes , comme si f homme pouvait ré-

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former, épurer les livres de Dieu, comme si régiisequiest IcCiirist visible, avait été moins sage que des rhéteurs ? est-ce une foi , qu'une croyance que son principe met chaque jour en péril? est-ce une ioi , qu'une prétendue religion , toute négative, dont l'action morale est neutralisée par une terrestre influence , qui inoclitiée une fois , peut réu e à chaque moment par les novateurs , au milieu d'une révolution semblable à celle qui Fa établie ; qui peut va* lier à Tinfini selon les peuples, Tesprit et le jugement individuel? Si vous ne devenez pas catholique , Anton , il ne nous sera donc pas permis de prier en commun ! Si des chagrins ^ des malheurs viennent à peser sur nos jours, nous ne pourrons donc aller demander de célestes consolations dans le même asile , espérer des mêmes espérances , nous recueillir du même i-ecueillement , dans le même sanctuaire; nous ne pourrons donc nous réconcilier avec Dieu dans le même lieu, le recevoir à la même table , nous agenouiller sur la mê* me tombe ! ... Le temple des proteslans , c'est une halle, une chambre froide et vide où l'homme peut entrer le chapeau sur la tête, et presque la pipe à la bouche; où Touvriei

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siffle et jure comme sur un port, où l'on se réunit pour entendre un avocat. Mais où est Tautely où est le mystère^ où est le sacrifice» où est le prêtre avec son caractère saint , sa vie d apostolat^ ses habits de lin» et son abnégation des intérêts terrestres; où sont les symboles, où sont les images d'une Trinité, où sont les reliques des confesseurs et des martyrs» où est la litui^e» où est cette pré&ce de la messe qu'on ne peut entendre sans éprouver de sublimes émotions? Ah! il y a, mon ami» dans le catholicisme je ne sais quel breuvage spirituel dont le cœur a soif, je ne $ai$ quel amour qui complète et sanctifie toutes les amours» je ne sais quelle idée sublime qu'on devine devoir être le mot de l'énigme de notre existence» mais qu'on n'analyse pas. il est un pour tous» il est immuable» il est si bien gradué qu'on ne saurait lui enlever la moindre tradition sans l'anéantir. Et puis» Anton » qui consacrera notre alliance ? • • • • Je né peux » je ne veux pas me contenter du mariage civil , je le laisse à ces âmes athées qui ne voient que matière et néant dans l'existence » je l'abandonne à ces cœurs secs et mauvais qui ne demandent a la terre que sa boue» à la nature

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humaine que ses voluptés de sens, au tombeau ({ue ses verset sa pourriture. Un adjoint de municipalité peut-iL imprimer un sceau moral sur mon front ? son écharpe est-elle une étole, sa iiiaiii e.sl-elle pleine de bénédictions^ ou plutôt a-t-il le droit de bénir et de poser une couronne sur la téte d*une vierge? Sans doute il nous unirait aux yeux de la loi des hommes y sans doute il ferait dos enfans aptes à recueillir le fruit de nos labeurs; mais, si son intervention est nécessaire pour ratiiier un contrat social , si elle est bonne pour rap* procher deux corps , elle est nulle pour nouer deux âmes , car Dieu a mis une double vie dans notre vie : Tune de poussière, c est celle cpi'on traîne ici-bas ; l'autre de spiritualités, c'est celle que nous promet la foi et que nous prédit cette voix harmonieuse et profonde qu*on entend au fond de soi. Le prêtre catholique seul est investi du pouvoir de consacrer ce que la loi civile a permis ; son intervention, à lui, elle est tout intellectuelle, elle fait pour un hymen ce que 1 Eternel a fait pour notre être, elle y rattache la pensée de mystère à la chose humaine et positive.

Ainsi , la jeune ûUe soulevait les questions

les plus élevées pour les résoudre par la seule puissance de sa foi; ainsi ^ elle parlait la langue d'une sublime métaphysique ^ sans autre préparation , sans autre étude que les iuspiraiioiis d'un cœur pur et tendre.

Cependant Dœrner paraissait ébranlé^ quand entra subitement la veuve , dissimulant avec habileté les sentimens inquiets que l'entre vue des deux amans faisait naître en elle. — £t quinze jours s'écoulèrent. — Et Dœrner ne reparut pas. — Et Louise qu imagina- t-el le ?. . . Ah ! elle eut une de ces idées qui ne viennent qu*à des âmes sincères, qu'à des âmes saturées de piété et de vivifiantes émotions. £lle songea à remettre sa cause à la divine mère de tous y à lui confier naïvement son amour , à la supplier^ fervente et recueillie, de daigner intervenir auprès de Dieu , pour qu'il fit germer dans le cœur de Dœrner une pensée de conversion.

Un samedi, par une aurore flamboyante des derniers jours du mois de mai, elle gravit le saint coteau de Fourviéres, et elle alla s'agenouiller dans cette chapelle où chacun vient chercher ses consolations et ses espérances, où l'un prie pour la patrie, l'autre pour une

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muiilague; — Marie, ce .symbole de Tamour divin, Marie, cette sanctitication de la ten~ dresse , Marie , qui est le sentiment fait mystère, et la tiaiisilion idéale entre Dieu el le cœur des hommes, Marie n'attendit pas que Louise eût terminé son pèlerinage pour laisser tomber sur elle un de ces regards qui sont

tout un avenir d*indulgence et de bienfaits

Non : la jeune fille n'avait encore rempli que

sept fois les devoir.s qu elle s'élait imposés

£Ue redescendait , comme d'habitude, la colline de Fourvières pour venir reprendre ses obscurs travaux auprès du foyer domestique (car ceux de la fabrique étaient toujours suspendus) Elle rentre chez sa mère

Qu y voiL-elle ? 0 bonlieur inattendu! ô délicieuse surprise ! — Dœrner, Dœrner, le

beau jeune homme qu elle adorait. Il était là avec un ecclésiastique, sentretenaut à voix basse avec la veuve. — Tous les trois , ils avaient Tceil sérieux et le front serein tout ensemble.— Tous les trois, ils semblaient avoir de puissans motifs de réflexions et de félicité.

Cet ecclésiastique , c'était le curé de Saint- Bonaventure. il n'avait pas ramené au bercail la brebis égarée , mais au giron de l'église , à

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Tunité romaine, le chrétien dissident. — Anton Dœrner> après cette entrevue avec Louisef qui mit quelque anxiété dana Fesprit de la veuve, anxiété tempérée seulement par son estime pour sa fille et pour l'ami de sa fille ; Anton Dœrner avait couru chez le pasteur de la pa* roisse , sur la circonscription de laquelle il habitait, pour lui demander des instructions et des conseils. Une heureuse facilité de conception y un immense désir d'entrer dans la grande famille catholique, secondèrent merveilleusement son zèle ; ses études furent courtes et bonnes. Sa conversion devint aussi

complète qu'elle était sincère il avait

abjure Thérésie, en un mot^ Dœrner était

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