‹ La Venus d'ArlesChapitre 26 sur 41 · À MARIA · texte numérisé non relu

À MARIA

Étais-tu, dis-le-moi, bell« et douce sylphide , Errante sous les murs de ta haute bastide » Pour contempler le ciel « les monts aux flancs chenus Ou pour attendre, 1^» sur un lit d'amaranle , Qu'un ange aux ailes d*or t'emportai dans sa tente, A des rivages inconnus ?

Hêvaiâ-lu , Maria , dans un sublime révei Aux golfes do mystère oà la foi nous élève « Ou comptais-tu les lis effeuillés sous tes doigls> En ce soir que, guidé par un ami fidèle , Mon œil bruD rencontrant ta timide prunelle, Te vit pour la première fois ?

Je te vis, te revis et te revoi^i ejacure. Tel qtt*un bijou tombé des écrms de Taurore, Ttt'parus sur la roule où je portais mes pas : £t dès lors , en tous lieux , ta gracieuse image Me suit, passe et repasse, ainsi qu'un blanc nuage (2u*on voit et qn*on ne touche pas.

Eh ! oui» tu vins à moi sur ces nobles ruines» Vieux témoins de la gloire et des splendeurs latines ; Le ciment des G^rs s^adoucit dans ta main ,

LA vE2fvs d'Arles

Ta main que je irouvab et si fraîche et ai tendre

— Tu le pressais cncor, quand nous crAmcs entendre Soupirer Tombre d^un Romain.

Quand des jours ëcoul^s je remuais la poudre, Quand, pensif et distrait, je chercliais à résoudre Quelque anlique problème, en te sentant vers moi, J'assiégeais les de'bris e'pars dans la campagne,

Et pourtant , le dirai-je ? ô ma jeune compagne »

— Toute ma Hume — c'était toi.

Toi que je ne connus un instant sur la terre Que pour savoir combien j'y vivais solitaire » Sans rencontrer un cœur qui battit vers mon cœur* Une âme qui comprit la langue de mon âme « Une foi rayonnant, sous un voile de femme» JDans if sfmple^.et la candeur.

Puis(|uc ce faible îulli répond a mon délii e , As-tu donc elileure les cordes de ma lyre , Quand tu vis quatre vers éclore sous mes doigts ? Cette harpe qui, neuve, exhala ma tristesse,

Une brise des deux , tout le jour la caresse

— SeraîUce l'écho 49 ta voik ?.

Il me suit , Maria, sous le ciel de Provence , Ce souvenir d'amouri de paix et d'innocence Que tu laissas tomber sur le barde sans nom :

Partout, vers le rescif d'où j 'embrasse le inoode , Ssr les Ijords que la mer a blanchit de Mm onde , Il agrandit mon horismi.

Il se berçe avec aïoi» quand une humble nacelU Livre aux vagues d'aaur ma vie ardente et frêle i

Si jè presse une fleur, il me serre la main , Il est sous PoliTier qui me prPtc <;on ombi c: Si la route est jjoudreuse , eA si le jour est sombre, Seul , il parfume mon cliemin.

Cytises, grenadiers, belles rives d Hyèie, Bois de myrtes, coteaux inondés de lumière. Parlas : ^and je Coulais votre odorant gaxon , Quand je cueillais ces frciils apportés d'Hespérie , Qui, dans tons vos jardins, ont une autre patrie, — Ne murmuraîs-je pas un nom ?...•«

Maria, Miria. . . . , qu'il est suave et tendra ,

Ce nom, ce chaste nom que je ne puis entendre

Sans le chauler long-temps comme un hyume d'amour ! Serait-il, ici-bas, un emblème , un mystère ? Ah ! celle qui reçoit les larmes de la terre Le porte au céleste séjour !

rensaiit que cette dame était élianf^ère, je me levais déjà pour Taborder avec politesse et lui offrir de la guider dans ce labyrinthe

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d'oraiigers , lorsque je ne vis plus rien. La curiosité Ait peut-être alora plus puissante chez moi que F urbanité , car je me mis à parcourir le jardin dans tous les sens , tâchant de rencontrer celle que je n'avais qu'en* trevue. Toute ma peine fut perdue , je ne trouvai personne, et je venais à peine de me rasseoir dans la même place et d y reprendre ma lecture , quand la cloche du château doré me fil déserter le jardin. La prenu( re chose que je vis au détour de la prochaine allée ^ fut un billet plié et cacheté à la hâte , avec cette adresse écrite, ainsi que le corps du billet^ au crayon 1

Au poète qui lisait à l ombre des citronniers*

L'équivoque , ici , n'était pas possible \ je m'empressai donc de lire la mystérieuse missive, douL voici le conlenu:

A Hyèrcs , ce l**" juin 1S33.

Je suis. Monsieur, la veuve avec qui vous avez voya[;;é, et c[ui vous a raconté tftnt de

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choses. Gomme je vous avais anDoacé que je voyagerais eCque vou« m'aviex^ vous-même » témoigné l'intention de parcourir la Provence, nous serons récipioqueiuent moins tîtonnés du hasard qui nous réunit encore. 11 me reste bien des choses à confier à votre cœur de poète. Si vous êtes envieux de les entendre, trouvezvous le mardi 19 conranl à bord du paque^ bot à vapeur, qui doit faire le trajet entre Marseille et Arles. J*y serai moi - même ; je vais à Arlea, peut-être désirez-vous connaître cette antique cité, si célèbre.par la beauté de ses habitantes.

Agrée/ ^ Monsieur , Texpression de mes senti mens.

. Ce billet inc rappela toutes les confidences du théâtre d'Orange. La belle veuve avait donc nom. Ludovic d'Orellane^ elle s'était souvenue de moi, elle me donnait le nom de poète ^ moins parce que je lui avais dit que jem*occupais.de poésje et de monumens antiques , que parce qu'elle avait rencontré quel* ([lies spii il ualid's dans ina conversation.. . . . Je me promis d autant plus sincèrement d'élr^ .

fidèle au rendez-vous, qu'il ne me restait plus à visiter sur cette cote provençale qu'Aatibes et Fréjus , et que mon intention préexistante avait toujours été de (p^juer le Languedoc par Arles f quelque temps après ^ mais sans m'étre prescrit un jour donné , et sans avoir rien pré* jugé sur la voie que j'emploierais.

Le lendemain matin , je pris congé de M. Denis f non sans lui témoigner vivement ma gratitude pour sa bienveillante hospitalité. En échange des livres qu'il me donna, je lui promis mes ouvrages , et il m'invita beaucoup à accepter le titre d'associé de la Société académique du Var, dont il esl président.

Je ne vous dirai rien d'Antibes ^ jolie petite ville maritime , qui confine la France vers le comté de Nicej ni de Fréjus (Forvm IvLii f civitasForo-Juliensis^ où je passai plusieurs jours à examiner des restes d'étuves , d'amphithéâtre, et ceux de ce fameux aquéduc, qui amenait les eaux de dix lieues. Je m'étonnai que cette antique cité^ dont le cardinal de Fleury iuL long-temps évcque , conservât encore tant de ruines vénérables, en songeant qu elle fut si souvent saccagée par

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les Gotiis et par les Sarrasins qui avaient prés de Fréjus leur célèbre retraite du Fraxinei, Il me suffira de vous apprendre , aimables lectrices, quele 19 juin, à j lieures du matin , je me trouvais à Marseille , à bord du paquebot à vapeur , où je ne tardai pas à rencontrer la veuve d'Orange , parmi une foule immense de uiaichands et de marcbandises qui se rendaient à la foire de Beaucaire, longtemps nième avant l'ouverture, pour pouvoir s'y loger convenablement.

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