PAQUEBOT A VAPEUR
ABSLAS UkrtK OiaiITM GALU&llVM
RRACii£R la belle veuve à la société de marchandes qui Tenvironnaient , et la conduire dans la chambre élégante des passagers^ tandis que la foule curieuse se casait sur le tiilac Toilé d'une énorme tente , fut l'affairé d'un instant.—- Combien je m'applau*
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dis , Madame , du heureux hasard qui nous
réunit encore!. • • Mais quelle est, dites-moi, cette jeune personne de figure divine, qui parait être de vos amies et s'attacher à vous ?
Elle se nomme Isabelle-Marie de Nalia ; mais elle est généralement connue à Arles sous le nom èl Aurélia ou la Vénus dt Arles. C'est ma cousine, fille d'une sœur de feu ma mère. J'ai mille choses à vous raconter sur Isabelle-Marie, que j'appellerai dorénavant du nom qu'on lui a généralement imposé. Je vais détourner son attention , en lui offrant dès à présent ce livre qui lui est destiné ( les Har^ montes poétiques). Du reste , nous parlerons à voix basse. Vous m'avez exprimé en homme qui sent vivement, Monsieur^ le désir de trouver la fille que vous rêvez, ne fut-ce que pour avoir 1 assurance qu'elle existe quelque part. Aurélia, je crais , -a dans ses traits toutes les grâces que vous aimez, et dans son cœur toute la poésie qui vous enchante.
Parlez, Madauie , parlez ; tout ce qui concerna l^hjellerrMane dç JSalia ^ Aurélia ^ la Vénu^ d'Arles (^pus ces noms sont tendres et poétiques), a droit de m'inléresscr beaucoup.
Et pendant qi^.e ]f^ ))^Ue yei&ye me car^ctéri-
LA TBUTS D*ARLVS
sait 8a divine parente , mes yeux, ne cessaient d'être fixés sur Aurélia comme sur une chose merveilleuse qu'on rencontre dans son chem in au moment que Ton s'y attend je moins.
Voici donc le résumé de ce que j'a|^ris et de ce que je pus voir moi-méoie dlsabelle-Marie de Nalla.
Aurélia, c était une jeune tille née à Arles d'une famille élevée qui prétendait, à juste ti* tre, n'avoir été obscure ni à l'époque de la domination romaine dans la ^iarbonnaise , ni sous les rois bourguignons. Elle était belle ^ Aurélia^ belle à ravir, douce, angélique^ vive, spirituelle et caressante comme la brise qui a passé sur des avenues de citronniers , ou comme l'haleine d'une sylphide. C'étaient les formes romanies dans toute leur perfection , une tête idéale , des cheveux noirs comme du carbonCy le nez de la Vénus mauUiée, le front de la Vénus de Milo , des bras qu'on eût dit modelés tout exprès pour serrer un amant , une voix neuve, sonore, cadencée; une peau dia-* phane , des dents de nacre , et toute eetle vie de jeunesse, de regards, de cœur, d'esprit, d'ambition de vierge, jetée sur un visage de vingt anç. Ces regards, disons»te, offraient le
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plus insolite mélange de pureté , de tendresse^ d innocence, de timidité^ et cependant ils jaillissaient de deux yeux larges, fortement arqués, bleus, et singulièrement animés. Son âme, elle la sentait, mais l'exprimait peu: quelquefois cette âme palpitait dans des sens impressionnables et mobiles, par contreimpulsion ; le plus souvent elle se concentrait en elle-même comme en un lointain infini , comme en une suave et délicieuse solitude.
On voyait que ce cœur vierge , enveloppé dans un esprit sans vulgarité , mais qui se surprenait à avoir quelque coquetterie^ cherchait dans lexistence le moyen terme entre la poésie de sentiment et la poésie de sensations. L'ensemble de la personne d'Aurélia était calme, hurnioiiieux , décent^ simple et élégant. 11 n'était pas difUcile de s'apercevoir que d*incalculables chagrins avaient passé par ce front si jeune et si blanc, que des torrens de larmes avaient abreuvé ces paupières si flexibles et si fraîches ; mais il était plus aisé encore de discerner Tinfluence des convictions religieuses sur ce visage céleste.
Oui^ la religion rayonnait sur ces joues pâ-
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les et roses en même temps , la religion sem*
blait s'exhaler eu mots mpLûi iciix et inachevés de ces lèvres purpurines , la religion paraissait ennoblir cet être encore plus que les
grâces et la l>eauté qui laii»aient sa parure native.
Malgré ce qu'il y avait de frais et de primitif dans son àme, la sensation^ il faut bien le dire, éclair i-api de, avait quelquefois prédominé chez Aurélia, et elle avait eu la naïveté de la confondre avec le sentiment. Ainsi de celle poésie du midi, qui vit surtout en-dehors de notre organisation intime, poésie moins idéale , moins sérieuse , moins médi-' tative , moins solitaire , moins analofjue eniin à notre origine que la poésie de cœur. Ainsi de cette mobilité d'esprit qui souvent reçoit et écoute les douces harmonies de râme ^ mais ne s'y abandonne que pour les jeter à l'extérieur et pour les épandre autour de lui.
Combien elle avait été agitée pour une vie
de vingt ans, la vie de nôtre Aurélia!
D'abord , elle avait chaudement aimé un
siuiple artiste, jeune lioinmc éner^^^ique, employé comme maître-ordonnateur au dé-
blaiement de l'amphithéâtre d'Arles ^ jeunil homme brûlant de générosité , d'hônneur et
de probité , chez lequel aussi Ja sensaUuu était prompie^ ardente , impérieuse.
De puissantes eontrariétés avaient apporté des entraves à tonte espèce de lapprocliement entre Aurélia et le beau jeune homme. C'est à TOtts dirè que Décius (il se nommait ainsi) cachait sous les dehors simples de sa profes* sien y une de ces âmes de poète si communes à Nimes, à Arles, i Montpellier, et dans toute cette partie de notre midi.
Au moral , son orf^anisation était complète; au physique, c'était un Romain de la république , avec une figure noble , plus caractérisée que régulière ; des membres moins vigoureux que proportionnés j une taille moins éiéganle que virile ; un regard castillan et une voix à la fois douce et euphonique^ comme celles qu'on entend en Andalousie.
Durant qu'Aurélia rendait, de naivelé et de conviction à Décius , amour pour amour ^ durant qu'elle était triste, malheureuse d'oppositions et de chicanes domestiques, elle ne tarda pas à s'apercevoir qu'un jeune gentilhomme de la Camargue; que distinguait par-
LA VBVV» D*ARLBt
tîcuUèreineut une bofle et puérile pjiesoiiiption , espèce de faquin brutal , chdsaeiir^ vain^ d'un esprit court , myope , lM>îteux , qui d'ailleurs avait un nom et de la ibrtune , recherchait avec un zèle empressé tous ses pas et tous ses regards.
L'intérêt du vicomte Alanc de Mont-Sauveur pour la Vénus d'Arles , devint bientôt furieux et frénétique. 11 était fortement favorisé dans ses démarches , ce grossier vicomte , par la famille d'Aurélia, excepté par k propre père de la Vénus d'Ârles , homme infâme dont nous aurons à parler plus tard.
Cependant on apprit à Arles avec stupé&c* tion et pitié , que Décius , celui-là même qu'adorait Isabelle-Marie de Nalia, venait d*éire enseveli sous les déconibies de Tamphithéâtre.
Un mystère profond Voila ce trépas
personne n'avait ni Vu ni entendu l'éboule-
ment pour qui connaissait la nature et
rétat des travaux , c'était ehose iocompréhensible que cette ehute si subite et si imprévue.
La voix publique ne fut pas lente à désigner Alaric de Mont-Sauveur comme seul auteur d'une catastrophe Itussi effroyable.
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Alai ic n'avait pas dissimulé sa jalousie envers le malheureux Décius; plusieurs foison Tavait vu roder autour des arènes , jetant un regard iarouche et presque féroce sur son rival, ... ; il n'en fallut pas davantar^e pour que le vicomte fut généralement incriminé par l'opinion. Mais les preuves manquaient et manquent encore.
A l'heure que la cloche de Saint-Trophime tintait les Q]3is de Décius , à l'heure que le convoi funèbre traversa les rues tortueuses et étroites de la vieille cité romaine , que faisait
Aurélia? Ce n'était plus la Vénus
d'Arles si belle, si jeune, si sémillante. — Pâle^ détigurée , agonisante, elle était tlétrie sur un lit de douleur ^ et sa pénible guérison passe encore pour un miracle en la bonne cité d'Arles.
Décius avait un ami, confident de toutes ses
pensées , jeune homme énergique , (généreux , passionné comme lui, un de ceux en qui les haines et les amitiés ne meurent pas, ardentes, invincibles telles qu'elles vivent au cœnr des enfans du midi. Horace , c'était son nom , ne fut pas le dernier à faire peser de graves soupçons sur le gentilhomme campagnard. Aux
LÀ YBirVS D*ARLBS
obsèques de Dëcius , son oeil avait paru ménaçant, préoccupé, sauvage et distrait ! . . . . c'est qu'il avait résolu de venger les mânes d'un ami. L'amour de Décius pour Aurélia lui était connu ; d'ailleurs , il voyait dans la vengeance une conséeratlon de eetLc llamme toujours chaste, toujours digne de l'un et de l'autre.
Oui, la belle, la douce, la suave Aurélia
n'avait jamais failli son cœur s'était
volontairement donné à Décius^ parce qu'elle avait rencontré dans cet artiste d'un ordre inierieur de proibndes sympathies, parce quelle l'avait compris et en avait été comprise. Sa renommée de beauté antique, sa réputation d' esprit et d'amabilitéavaitparcuiiiu toutes les villes voisines, Nimes, Montpelher ^ Turascon^ Beaucaire, Avignon, Aix, Salon, Saint-Reniy, Marseille; partout il n était bruit que de la Vénus d'Arles , que d'Aurélia : dans les châteaux seuls, on s'obstinait à l'appeler encore Isabelle-Marie de Nalia.
Chaque jour des paris étaient faits à Marseille : les uns soutenaient qu'Aurélia était plus belle que son type, la Vénus d'Arles ; d'autres, ceux qui ne l'avaient pas vue, affir-