I.A VBlIVt O'AKIiBi
maient que la statue (a) antique devait l em* porter légèrement sur la vierge contempo* rftiive. légions de fashionnables arrivaient
de tous les points de la Provence , du Languer doc et du Gomtat Vénaiesin , à Arles , sous le prétexte apparent d*en examiner les ruines y
mais avec le projet fixe de voir Aurélia. Les sérénades se multipliaient sous ses fenêtres. Dire qu'elle n'était pas sensible à ces hommages, ce serait beaucoup prejurjcr (lu cœur d'une jeune personne^ dont la ibrce est encore de la laiblesse ; mais elle n'en était ni moins modeste, ni moins naturelle et simple dans ses manières^ ni moins exclusive dans son amitié pour Tombre de Décius. — La voilà donc trouvée^ cette fille que je revais à vingt ans moi-même, cette iilleque j'ai demandée à tant de régions^ cette fille dont le songe était en moi une sorte de monomanie^ cette fille dont l'image idéale m'était toujours présente. £lle était poète sans calcul, elle avait aimé un beau jeune homme pour lui-même, elle
(a) La f 'enus d'Jrles qne l'on remarque au musée des antiques, fut Irouvec sur 1 emplacement du théâtre romain, en 1648; les consuls d'Arles ToiTrirenl à Louis XIV, qui la fil placer dttQS la galerie de YertâiUet.
bà VBNTS D*ABtB»
n'avait aucun des préjugée de ss^ naissance ^ et envisag^eait la société avec nné tendre^ [»ré-
coce et noble philosophie; elle avait ces formes finies et pures dont la statuaire antiquô tkom a légué le modèle; c'était bien là la Vb* Nvs d'Arles^ telle que nous la voyons au musée de Paris; mais la Vénus d'Arles^ animée d'un souffle divin ; la Vénus d' Arles^ avec ce regard indécis, mystique, mélaneolique que donne le chi islianisme; Ja Vénus d Arles, avec cette âme élevée , tranquille , qui n'a de terrestre qu'une propension à s'évaporer trop facileiueiit dans nu beau soleil, et à chercher quelquefois la poésie en-dehors d'elle-ménoe. Ce besoin de sensation» dan» une telle âme, c'élait un charme de plus, c'étail une grâce piquante ajoutée à des grâces sérieuses, c'était un coin du voile humain , c'était la seule partie de l'être qui fût accessible à l'homme , la seule où il pût reconnaître que la iille de vingt ans n'était ange que par les ailes idéales du cœur, mais qtie ses pieds touchaient à ce
globe
Ma téte était montée à des idées sublimes , j'entendais presque soupirer au fond de moi une lyie inconnue; quelquefois je m assou-
LÀ rilTTS D*AIILB8
pissais daos d'incroyables extases , lorsque mettant machinalement ma main dans la poche de lïion (l ac, où se trouvaient pas habituellement ma tabatière et mon mouclioir^ je sentis quelque chose de dur que je n'hésitai pas à en extraire. C'était la pierre écrite de Vienne, c'était le fragment de marbre trouvé dans cette antique cité des Viennois-Allobroges^ prés'du cénotapbede Valerius Asiaticos; c'était ce marbre sur lequel on avait inscrit au charbon ces mots des livres saints : Qvae- RiTE ET iNVBNiBTis. J* examinai le morceau de marbre avec attention ; il était rentré dans ma poclie depuis long-temps , que j'étais encore abimé dans de profondes réflexions^ et que la belle veuve se viL lorcéc, pour m'en tirer, de prononcer d'une voix plus incisive lo nom magique de la F^énus d Arles •
Cependant, tandis qu Auréha s abandonnait sans réserve à ses larmes^ à ses regrets poignans sur la perte de son ami, des cir-constances graves vinrent jeter de nouvelles agitations dans sou existence. Un enlèvement d'une part, et des feux incestueux de l'autre.. . .Belleetdouce Aurélia, toutes les épreuves vous sont donc destinées! Il fallait donc
Uigmzeu by LiOOgle
liÀ tihts d'ablbs 45
que ce qu il y avait d Immain dans votre âme s'usât au frottement des malheurs de ce monâe, pour qu'elle appartint toute virginale et toute spiiiLueiie aux chœurs des séraphins qui tiennent la harpe aux pieds de TËternel ! Quel affreux contraste! Gomment une fille si vertueuse et si acconiplie avait- elle pu naître d'un père si immoral? La plume se refusé à raconter des choses que repoussent la nature, les liens du sang, les mœurs de la société des pasteurs^ ainsi que celles des sociétés civilisées par la pensée et par les arts. Un homme dont la vie avait été jusque-là calme ^ devenu tout- à-coup monstre dans
âge mur 1
Alexandre de Nalia, père de la Vénus d'Ar^ les, et depuis lonrj-tcmps veuf d'une femme qui avait laissé dans la cité de longs et précieux souvenirs de ses vertus ^ de ses grâces, de son esprit, fut soudainemeiu épris, à cinquante-deux anS; d'une violente et inflexible
passion... pour qui? pour sa propre
fille Peut-être Texagération du senti-
ment d amitié pour cette fille unique^ avait engendré cette dégradation; peut-être les hommages mis aux pieds d'Aurélia avaient
4é LA VBNVS D'AELI«
enivré ce père; peut-élre [)lis d excuses l'amitié épure i àme et ne la flétrit
pas. C'était une de ces passions maladives» cruelles et brutales, qui ne viennent qu'à des hommes sans courage, sans honneur, sans pensées; qaî, nés pervers et mauvais, n'avaient paru long-temps négatifs, que parce qu'ils avaient été forcés de se torturer pour vivre selon la société.
Voilà donc un père, un monstre qui vient essayer de faner de son souffle enveniiné le lis solitaire et frêle; le voilà, ce père abominable, qui vient apposer ses incestueuses amoors et ses sordides démonstrations à ia -tendresse furieuse du gentilhomme de la Camargue! Aurélia, inconsolable, d'une part, de la mort de Décius ; Aurélia, qui avait juré de n'appartenir jamais à Alaric de Mont-Sauveur; Aurélia, la sensible Aurélia, reçut de pi^eilles ouvertures avec une horreur , un sentiment de frayeur, de ceux qu'on éprouve en voyant quelque chose qui n'est pas dans la nature, dont on n'a même jamais soupçonné Texistence et la possibilité , avec un dédain cl une fierté dignes de son âme pieuse, aimante, limpide. Qu'il connaissait peu sa fille, cet
LA ftVW9 O'ABIiBS 47
aveugle el malheureux père ! 11 la croyail facile en amours^ parce qu'elle avait aimé une foi», et il 86 faisait une spéculation de ce préjugé , une tâche de démoralisation , un calcul des vices qu'il se plaisait à supposer à son sang, dans l'intérêt d'une stupide passion. Aurélia avait cherché par mille moyens à échapper à ces tourmens d'une autre nature*. . Son âme était révoltée, ses sens s'étaient, glacés ; elle eut un jour la force de s'armer d'un pistolet et d'eu tourner la bouche vers son front, à l'instant où Alexandre de ISalia lui renouvelait ses infernales propositions. On dit qu'une fois encore, harcelée par l'auteur de ses jours, elle roula dans sa pensée le dessein de renouveler l'exemple antique donné par la vci lu eu péril. Elle songeait à mutiler
^ou visage
Un soir, Aurélia s'était, cpmme par miracle , arrachée à la surveillance jalouse de son père : elle était ailée, avec sa femme de chambre, respirer le grand air vers les ruines de l'abbaye de Mont-Major , ruinés trop fraîches et trop blanches pour être poétiques. Tout était parfuips sur la colline détachée de la chaîne pittoresque des Alpines. L'ombre large
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et précise s*alongeait dans la plaine^ et venait voiler les teintes chaudes et vigoureuses du paysage. On eotendait dans le lointain hennir les coursiers de la Camargue ^ on entendait les chansons naïves des pâtres regagnant leur chaumière. Le paquebot à vapeur de Lyon descendait y rapide , le cours tumultueux du Rhône, et s'apprêtait à débarquer ses passagers à Arles. A l'occident^ le soleil se couchait dans son lit d'or et de pourpre vers les montagnes da JBas-Languedoc, et envoyait ses adieux au fleuve, en paillettes scintillantes et en éblouissans reflets. Aurélia était en présence de ce tableau y pâle, affligée, triste et plaintive. £lle ne regardait que ce soleil se cachant dans sa tente, que ce Rhône qui pouvait emporter la vie dlsabelle-Marie sur une terre moins barbare que le foyer domestique ; que ces majestueux portiques de Tamphithéâtre où Décius avait trouvé la mort, et qui lui paraissaient comme son vaste mausolée; surtout, elle détournait ses regards de cette grande ile où elle eût pu voir poindre les tourelles du château d'Alaric de Mont-Sauveur.
Déjà elle revenait silencieuse, abîmée en d'indicibles chagrins, dans cette maison pater-
IiA VERTS D*ARLES
nelle où l'attendait la férocité ^ quand tout*
à-coup parut devant elle un homme irnue hgure vulgaire, d'une mise soignée^ âgé dV uviron trente -huit ans. — Aurélia^ sublime Aurélia , tous pleurez y et je viens tarir vos larmes .... votre infortune n'a d'égale que votre
admirable résignation Si vous demeurez
encore chez votre abominable père , le déshonneur ne peut manquer de souiller votre jeunesse et vos grâces. ... il empoisonnera le reste de votre existence .... Choisissez entre uu avenir de plaisirs , de consolalions et de joies y et un présent qu onne peut caractériser, tant il est affreux pour vous. . . . Youlez-voiis m' aimer, divine Aurélia, voulez-vous m'appartenir?. . . . Je suis riche, jeune, honorablement connu dans le commerce de Marseille. . . • je puis faire votre bonheur .... je viens à vous, Aurélia, comme le vengeur de Décius, je viens vous arracher aux incestueux désirs de l'auteur de vos jours^ je viens chercher la perle , pour l'enchâsser dans l'or et empêcher qu'elle ne soit brisée par les pourceaux. . . . vous voyez votre sauveur et votre ami.
— Je ne vous connais pas , Monsieur , et je vous prie instamment de garder pour vous
LA TBItTt D*ABLS*
seul votre stérile pitié et votre brusque tendresse... Laissez-moi. — Tai de For , Aurélia, mais
je vous aime et ne puis plus vivre si vous ne partagez pas mou destin; mais depuis huit j ours ^ je suis à Arles ^ baisant la trace de vos pieds , épiant le moment favorable pour vous parler I pour vous ravir à votre pénible situation ; mais tous les détails de votre vie me sont connus ; mais Décius est plongé dans la tombe ; majs votre père, votre père^ Aurélia.... — Les afiëetions, Monsieur^ ne se donnent pas au pre^ roier venu .... quel prix aurait l'àmitié si elle ne naissait de sympathies longuement éprouvées?. ... De l'or y que me fait votre or, que me fait votre négoce , que me fait la position d un lin m me que j'ai peut-être vu, mais que je n'ai jamais regardé ? . . * . Quelque triste que soit ma position , je trouverai , Monsieur, dans la religion que j'ai sucée avec le lait maternel^ assez de force pour la soutenir^ assez de calme pour ne réehanger que contre la^ mour de celui que j'aimerai*
Cétailun huguenot, que cet opulent épicier de Marseille. C'est dire assez qu il était sans principes religieux fixes, et qu'il portait un cœur sec et vide comme beaucoup de ses co«*
LA VEITTS 0*ARLB8 51
religionnaires. — £h bien! tu seras à moi de Qré ou de force, Aurélia i :
et une chaise attelée de
deux chevaux de posle se présente ; et malgré ses cris, la Vénus d'Arles est hissée^ on ne sait comment, dans la voiture du négociant. 8a résignation à ce nouveau sort fqt encore plus profonde que celle quil'avait fait admirer auparavant. Abattue > découragée^ elle laissa emmener sans plus résister, se bornant à accuser quelquefois son lavisseur de lâcheté, se confiant à la Providence du soin de pourvoir a son destin , espérant que peut-être , au milieu de tant de maux , viendrait un tltnoûment favorable et inconnu, et que la coupe, à force d'être pleine de llel , finirait par verser. Rien ne doit étonner dans Tabsurde et violent procédé de Gassin ( ainsi se nommait le ravisseur) , pour qui connaît Tâme de prose de la plupart des négocians , classe d'hôinmes asseâi volontiers disposés à mesurer tout à l'aune , à faire bon marché de tous les sentimens^ à peser tout au poidâ de Vôt, â juger toutes choses avec un plat orgueil , une basse cupidité , un
esprit épais, opa(|ue, un eguisme vulgaire, des intérêts de plomb et de chiffres, et à troquer quelques écus contre jeunesse, poésie, innocence. Un marchand ! . . . . Aurélia ! . . . Certains marchands sont-ils capables d'apprécier un sentiment délicat, de s'identifier avec une harmonie poétique, de comprendre un amour né d'une sympathie ?» • . . Non , amour brutal à cette aristocratie bourgeoise du Constitutionnel, mille fois plus vaniteuse que la noblesse d'épée des Rohan et des Montmorency.
La voilà donc , la Vénus d'Arles , Aurélia , Isabelle-Marie de Nalia , à Marseille , dansl'hap bitation luxueuse de Y épicier en gros , qui lui offre des trésors pour conquérir son amour, qui lui renouvelle , tantôt les scènes d'intérêt de Mont-Major , tantôt les caresses véhémentes du rapt. Aurélia demanda huit jours de réflexion : elle promettait de donner alors une réponse claire, prêtrise, définitive. Elle ne voulut, durant œs huit jours, qu uue chambre solitaire, ùn crucifix, une image de la Vierge, Vlmitation deN. S. , et une nourriture frugale. Cassin attendait avec anxiété le ternie fixé par Aurélia, et se disposait à user des dernières violences, si la décision de la belle vier*
hk TIITTS D'ARLIS 53
ge ne répondait pasàsesécuinans désirs^ lors-t qu'il reçut ane visite bien inattendue. — C'était celle d'Horace , l'ami de ce Décius mort si misérablement dans les arènes d'Arles. A peine Horace était-il eniré , à peine avait-il rudoyé Cassin , que deux antres voyageurs se présentèrent presque simultanément. L'un d'eux, c'était Alexandre de Nalia qui venait réclamer sa proie ; l'autre , c'était le jeune vicomte Alaric de Mont-Sauveur qui, essoufHé et furibond, demandait à grands cris sa prétendue fiancée. Ici les expressions manquent pour peindre le noWe et intrépide dévoûment de l'ami de Décius. Des trois rivaux qui, à des titres si divers, circonvenaient Aurélia, justice prompte fut laite. — Je suis le venf^eur de la Vénus d'Arles, disait Horace ,je la débarrasserai d'un noble fat et grossier, d'un vil ravis* seur, et d'un père monstre. . . . Oui , jcle dois à Tombre de Décius , je le dois aux vertus d'Aurélia. . . .
D'abord, Alaric est provoqué en duel, et succombe dans les allées de Meillian; pas de pitié pour le bobereau.
Alexandre , baron de Nalia-Nalia , est insuhé, bafoué, au point de ne pouvoir pas
LA VBSVS D*AaLBS
refuser la même satisiaction. ~ A 52 ana^ oii n'a pas encore acquis le drok de ne point paraître en champ clos^ quand on a pour adversaire un homme qui en a trente-huit. Adieu le blason^ adieu les vanités du manoir; il faut se mesurer avec un prolétaire. — Alexandre va être assassine sur le pavé par celui qui a crié venn^eauce et qui fera vengeance . quand même y ou il ira disputer sa vie en ferraillant. La première satisfaction qu'exige le généreux ouvrier, c'est une plainte en forme du père d'Aurélia contre le vil Cassin* £t pois il Fentraine à onze heures de la nuit , vers la grève voisine de la Major, et puis, le second coup d'épée perce au cœur le gentilhomme qui voulait violer sa propre fille. Les deux dueljj ont été légaux : il y avait des témoins. Devenu plus calme par le sen Liaient d'une double haine éteinte dans le sang f Horace revient chez le négociant, qu'il avait fait garder à vue par un ami , et Cassin est livré à la justice.
Que faisait Aurélia? solitaire dans
sa chambre éloignée du centre de Thabitatiou , elle priait, elle ignorait tout ce qui s'était passé dans uu seul jour. Horace avait pris les mesures nécessaires pour que personne ne la
LA TBWTS D^AALIS M
prévînt il se chargea lui-même de lui apprendre les événemenft qui changeaient si su^ bitement son sorti. La voilà bien , cette profonde générosité deslioiiimes du peuple, cette vertu désintéressée^ franche^ ardente* qu'on rencontre dans les classes que Tégoisme^ la cupidité et le luxe n'ont pas encore dégradées. Durantles tristesévénemens de juillet^ quç de prolétaires. ont:donné de mémorables exem^ pies , que d'hommes aux mains calleuses , de ces hoinines qui gardaient les palais avec des cans^rdières^ou des fourches, ont sauvé Qt pror tégé !— Il entre, Horace, il entre vers Aurélia, 1 ojiJ Vil, la ligure calme, la démarche animée. — Je vous ai délivrée, tendre vierge, du noble impudent qui s'attachait à vos pa3, malgré vous;yai vengé dans son sang Içs mânes de notre ami. . j'ai, vengé lambeau té, llinnocence,
la religion votre père n'est plus.. . . .
Gassin, ce brutal marchand qui vous a jetée dans cette ville, daqs .cette maison, dans. cette chambre, est livré aux tribunaux. — iS^il- me fallait mourir, je mourrais satisfait... . . Dieu ne peut que me pardonner. ... et j'ai une si haute confiance en sa miséricorde et en sa justice suprême, qu'avant de repartir pour
LA TEMTS B'AHLBS
Arles , je vais entendre la messe à Saml-Jean , sur que mon cœur ne battra pas plus vite que de contume, dorant le saint sacriâce.
Une profonde léthargie .s'enn>ara d'Aurélia, à ce récit qu'elle avait entrecoupé de cris , de larmes ; car tout son cœur^ toute sa piété^ lut-* taîent contre son âme ; il se passait dans cette iiilc d' in exprimables combats; sa nature n y put résister, elle tomba agonisante sur son lit.— Je n'ai voulu ({ue votre estime^ Aurélia, répétait sans cesse Horace, en lui prodiguant tous les secours qu'exigeait sa cruelle posi* tion ; quand ^ sur ces entrefaites (me dit lâ belle veuve, en inc ic/jardant fixement), j'arrivai auprès de ma cousine. A peine renfermée dans sa retraite, Aurélia m'avait écrit à Orange^ et je n'avais pas hésité à accourir à Marseille. Pour Horace, lorsqu'il eut remis Aurélia entre mes mains, il disparut. — J'ai su cfue le surlendemain, Horace avait repris le cours de ses obscurs travaux , et qu'en posant des dalles dans une maison d'Arles (car Horace était appareilleur), il chanta d'une vQix dout on admirait plus que jamais le timbre net et sonore.
Me voilà donc à Marseille , accablée d'é-
LA TBKTS a'AllLBfl
moiioui». Aurélia reprit ses sens en me voyant. Je profitai de cet éclair de santé pour la faire conduire à l'hôtel des Empereurs. Trois jours suHlrent pour remettre presque complètement mçL charmante cousine. Avant de rien décider sur son avenir , elle me manifesta vi^ yement le désir de faire une pieuse reli ai te de neuf jours dans ua couvent de Marseille. Durant qu'Aurélia se recueillait dans le silenee et la paix du monastère, j'allai moi-même secouer tant d'idées cruelles et amères , tant de tristes préoccupations, dans la ravissante contrée où vous m'avez revue.
De retour à Marseille, je trouvai Aurélia plus fraîche , plus calme, plus résignée, plus éton* nante que jamais. La religion avait épuré cette âme, déjà si pure , et mis sur ses douleurs un baume que la terre ne donne pas. C'est alors que je lui parlai d'avenir. £lle n'avait que deux partis à prendre; épouser Horace, ou s'ensevelir pour toujours, dans la vie contemplative des cloîtres. £Ue se décida pour cette dernière détermination. Nous allons donc maintenant à Arles, régler quelques atlaires matérielles de succession, et puis je vais la conduire loin^ bien loin d'ici , dans le nord , la dépayser en-
LA TB»T8 D'AKLli
lièrement, la placer dans une communauté dont j*ai entendu parler soavent avec éloges^ celle des Dames de la Visitation , à la Charitésur-Loire, au diocèse de INevers. — £tpuis, je ferai comme elle. « . . j'ai trop vécu^ pour ne pas mourir.... j'oublièrai nia vie aventureuse tlans les suhliines rêves de l'oratoire.
— Cette résolution vous étonne , Monsieur ? —Eh ! non , Madame ; avec votre âme , on ne peut pas cesser d aimer. — Ma volonté est irrévocable De la Vénus d'Arles et de la
maîtresse de ce Félix dont Tombre me caresse encore quelquefois , ii ne restera rien pour la terre , rien que deux sœurs enfermées dans leur cellule^ compatissantes» douces, pieuses et consolées. Mais je désire qu'Aurélia^ avant de quitter le monde, rencontre quelques distractions sur sa route. Nous passerons par Nîmes, Beaucaire, dont la foire doit se tenir bientôt, Tarascon , Avi[jnon , Orange où j'ai quelques arrangemens à prendre , avant de m'éloigner a jamais de la société; Lyon-, Bourg-en-Bresse, vieille cité près de laquelle se trouve la magaiiique église de INotre-Damede-Brou; ChâlonsHSur-Saône, Autun et Nevers enfin. J'ai tracé notre itinéraire d'après la
LA VBNVS D*AmLB8
carte de Richard; car^ pour moi, je n'ai jamais dépassé Valence du c6té du nord. — Voilà ce que j avais à vous conter , IMonsieur. Ce qu'il y aura de plus étonnant et de plus singulier dans votre voyage, n'est-ce pas? ce «ont vos rencontres , c^est ce que vous avez vu et appris. Mais que tout ce que vous savez soit enveloppé d'un voile impénétrable. Je suis tranquille , car j'ai une haute idée de votre cœur et de votre esprit.
.Vêlais si profondément ému, que je répondais je ne sais avec quel accent. ... et toujours mes yeux étaient fixés sur la Vénus d'Arles. Je gardai le silence pendant une (jraude heure. . . .* Le dirai--je? U nie passait de bizarres idées par la tête : je me surprenais à croire que le ciel m*avait ménagé cette traversée, pour que je ne l'accusasse plus de n'avoir mis nulle part la ûlle accomplie telle que je Tai toujours conçue Si je n'avais appris à regarder conn-
me irrévocable la décision d'Aurélia, j'aurais mis tout en œuvre pour lui plaire , pour par-» venir à obtenir sa main. . . . Vingt fois je sentijs le mot d'annour prêt à s'échapper de mes lèvres , vingt fois je fus tenté de me jeter aux pieds de la belle veuve pour la supplier de son-
9Ù LA TINTS D'ABLftS
ger à la possibilité d une union avec sa céiesle parente^ de la provoquer de toute son ioBuenee. Je mWnichaî péniblement à ces rêves, à ces idées , à celle sorte de fièvre , plus raisonnable et p&us pure que celle de Cassin, et je Hi*approcbai avec timidité d'Isabelle-Marie de Nalia. — La confiance qui règne, Mademoiselle, eutre Madame votre cousine et moi, confiance dont vous avez été témoin ^ me donne celle que vous ne trouverez pas indiscrète ia iiberlc que je prends de vous adresser la parole. — ^Ëbl pourquoi. Monsieur^ taxerais-je d*indiscrétion la démarche que vous voulez bien faire en liant conversation avec nioi? Je ne suis pas défiante^et je suis prête à répondre à tout ce que vous me direz. — Aurélia jeta sur moi un rq^^ard précis , limpide comme son coeur et Irais comme ses lèvres. — J'aime tant la poésie 9 que j'oserai. Mademoiselle, vous demander comment vous la comprenez vousmême .... Je serais enchanté que vos paroles confirmassent ce que m'apprend votre regard si chaste , si tendre , si mélancolique et si suave. — Ce que j'entends par poésie. Monsieur, je l'exprimerai moins bien que je ne le sens. . . , Mais il y a deux poésies. L'une, émanation
Il A VEUT S D*ABLSB
directe de Tâme, pure et douoe intimité du cœur, qui spiritualii^e tout autour d'elle ^ qui exalte en notre être le principe divin ; Tune de mystères, de pressentimens , d initiations^ de mélancolies y de tendresses inBuies; l'une élégiaque, rêveuse, impalpable , profonde^ dé'licieuse, pleine d'individualité^ de musique et de célestes harmonies ; l'une instinct et langue du cœur y qui nous jette dans un monde qui n'est pas ce monde , qui agranclit notre nature^ qui d'extase en extase, nous amène jusque dans des régions inconnues et sublimes^ qui aime, révère, caresse et réchauffe toutes ces légendes du passé , toutes ces traditions p toutes ces croyances merveilleuses qui circulent comme une sève nourricière dans le sein des nations , les vivifient , décuplent leur présent, et leur donnent d ineilables et touchantes émotions : c'est la poésie catholique.
L'autre^ vive, sémillante, mobile, féconde en images^ s épuisant dans la sensation, s'épanchant dans toute la nature^ séduisant l'homme par le corps , flattant ses affections terrestres, s'enivrant par sou coloris , sa cadence f ses beautés matérielles, c'est la poésie antique^ c'est la poésie mythologique^ celle
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de Tibulle, d'Anacrcon; d'Ovide. Properce et Virgile sont deux poètes à part : ils pensaient comme Lamartine , ils eussent écrit à sa manière^ s ils étaient nés chrétiens.
£t la Vénus d'Arles me dit tout cela en une prose ciselée^ avec un son de voix inexprimable et des yeux qu'on ne peut pas faire passer dans un livre comme une citation. — A quel ordre de poésie , Mademoiselle , rattachez-vous, ajoutai-je, la poésie française du siècle de Louis XIV ? — A la poésie mythologique, c'est la pensée antique en français , c'est la poésie d'imitation à son apogée.
Il n'y a que deux époques d'indivitiiuilité et de véritable nationalité pour les lettres françaises. L'une jaillit des refrains naïfs de nos rhapsodes et romanciers du uioyen-<\{]^e, l'autre commence avec le génie du christianisme et le jcix' siècle: repoussée d'abord par la plate littérature d*un temps de héros militaires , l'empire , elle ressurgit admirable dans la lyre de Lamartine et d'Hugo.
— Et quelle est donc , Mademoiselle ^ de ces deux poésies catholique ou antique, si bien définies^ celle que vous préférez? — L'une , Monsieur^ est pour moi une amie intime qui
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ne me quitte jamais ; 1 autre , une fleur odorante dont j'aime quelquefois aussi à respirer
les parfums; Tune^ c'est un sanctuaire; l autre^ c est un élégant péristyle avec colonnade sur la rue.
Salluste y le bizarre Salluste qui s'obstinait
à écrire optumus au lieu doptimus^ qui se vantait que la plus belle femme de la terre ne rempécheraitpas d'écrire une Wqxïq de sa conjuration de Catilina ; Salluste, qui se mo(iuaiL de Démosthènes bataillant auprès d'une courtisane pour quelques drachmes; Salluste n*eût pas été moins impassible que j'étais a[]^ité.
J'aurais voulu voir là, à ma place, un soldat de la vieille garde, arrivant après trois nuits de bivouac et avec la langue (]^rognarde de la tente : comme sa figure martiale, ridée, (errible> se serait adoucie en face de la fille angélique qui venait de me répondre. — J'étais si émerveille, si combattu par toutes sortes de seutunens , je m'étais si peu occupé de la mer d'azur, des joies bruyantes des passagers ^ des cris du capitaine et des patrons : arrêtez, ... « faites nmrcher , des ballots de toute nature sur lesquels des marchands étaient assis ^ fumant , buvant de la bière et du rhum , qud
LA TBVrS D'AECiÉB
déjà, après avoir dépassé les Martignes^ nous remontions lentement le Rhône , le long de
ce plantureux delta des Gaules qu'on nomme la Camargue, à travers une double haie de petits bateaux de cabotage.
Le soir approchait ; nous entendions hennir les chevaux sauvages de la grande ile du Rhône, et retentir les chants des pasteurs provençaux ; nous regardions 9 an nord-est , blanchir les ruines de Tabbaye de Mont-Major^ nous apercevions cette immense plage pierreuse de la Crau, où , en plein midi , le mirage est si apparent , quand nous vîmes se dessiner sur un ciel sans nuages , les vieux monumens de l'antique sbgokegivn.
Nous voici à Arles , cette cité royale qa'ba-
bita 1 empereur Constantin, cet(i métropole où régna Bozon et la filiation douteuse des monarques de Provence, cette ville où résidaient^ sous la domination romaine , ces préfets du prétoire des Gaules, qui ne sortaient jamais qu'escortés des cohortes prétoriennes et ornés du perrazonmm ( baudrier ) , cette noble capitale où se tenait tous les ans, depuis les ides
LA V£NVi BAfll^ltS 65
d'août jusqu'à celles de septembre, Ta^^seinblée des sept piovniceë des (i ailles, .sîivuii-, la Viennoise, les deux Narbonnaises^ TAquilaiiie première et seconde » la Novempopulanie (Gascofjne) et les Alpes maritimes.
Combien de jours demeurerez-vous à Arles, Madame ? demandai-je à la belle veuve.
— ^Trois jours.
— Jecomptey rester moi-même uusemblabie laps de temps; il me suffira ; je pense, pour observer tout ee qu' Arles renferme de curieux.
— Viiisque vous devez , Madame, passer par Nimes et sans doute y séjourner, pour gagner la Gharité-sur-Loire , permett6z>moi de vous arcompafi^ner jusqu'à Auliin. Je désire visitei eneoie iNimes, Montpellier, Aigues-Morles , Narbonne , et puis nous suivrons tous la même ronte ; car je retournerai en Bourf>ogne.
— J accepte avec plaisir et reconnaissance votre aimable proposition , Monsieur; ce qu'il y aura de plus piquant dans votre voyage , c'est que vous, poète, vous aurez conduit uii« femme et une ûlle au couvent.
— Je respecte trop , Madame , les décrets delà Providence, poiu me permettre, sur cette double détermination, la plus légèce obser-
66 LÂ YENVS DIRLES
Tation. Un poète, puisque vous daignez me donner ce titre ^ comprend bien des choses que le vulgaire ne conçoit pas ; je n*aime point
Tironie jetée sur certains secrets de Tâme
je n'abuserai pas plus de la liberté que vous voulez bien m^accorder que des confidentes que vous avez déposées dans ma pensée atten* tîve et discrète .... Il y a quatre choses saintes pour moi : Dieu, Ja patrie, une vie de vierge, et une vie de poète ; ainsi Ludovie d'Orellane €L Isabelle-Marie de Nalia trouveront dans un voyageur bénévole un compagnon dévoué et un ami fidèle. Dans trois jours, Madame^ je serai à vos ordres. Je vais lof^per chez un sieur PinuSy quon m a indiqué comme tenant la seule auberge confortable d'Arles , malgré les punaises , les cousins et les scorpions , le même Pinus qui , dit-on , étrilla si vertement ( terme d'auberge) » il y a six ou sept ans^ S. A. R. Madamb, duchesse de Berry. J'ai bien
des personnes à visiter , bien des monumens à voir y durant ces trois jours. Soyez assez bienveillante pour me faire savoir, dans mon logis , par quelle voie vous aurez résolu de partir pour Nimes.
Le premier individu avec qui je fus eh rap-
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port à Arles fui le receveur particulier, M. Bonafousi jeune homme instruit dont je fus très-content. Je ne tardai pas à être également en relation avec le sous-préfet, dont le nom m'échappe ; mais à coup sûr^ ce nom est de ceux qui fourmillent dans les emplois publics depuis trois ans : c'est un M. Rousseau, peutêtre un M. Mouton y peut -être encore un M. Martin^ ou autre nom propre de cette distinction. Un sous-préfet de Louis -Philippe n est pas tenu à descendre en droite ligne de Montmorency-le-Barbu .
Une lettre ou passeport de mon savant ami et collègue M. Jau(Fret, secrétaire perpétuel de la classe des lettres de l'académie de Marseille, me conduisit che* M. Véran, associé de la même compagnie, ancien notaire^ vénérable archéologue, dont les cheveux ont blanchi dans les ruines deTamphithéâti^e qu*il visite tous les jours deux fois depuis cinquante ansy et qu'il connaît comme M. Véron connaît les couloirs de rOpéra^
Arles est la ville la plus luzai re, la plus étrange 9 la plus reculée en civilisation qu'on puisse imaginer en Finance. Costumes, mœurs> langage, figures, tout y est auLn^uc. C est une
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vieille cilé, d'une incroyable opulence de déhvïs, perdue dans de.^ marais, à laquelle aucune route principale n aboutit. £He est située à la pointe orientale et en-dehors du delta , sur la rive gauche du Rhono , et séparée du faubourg de TrinquetcUile^ bâti sur la rive droite du fleuve, par un pont de bateaux d'un ciYei pittoresque.
Le monument que je visitai tout d'abord à Arles ^ c*est Tamphi théâtre. Il était magnifique à voir raiaj)iiilht'âtre , illuminé par le soleil méridional dont les rayons jouaient à travers ses arcs dentelés par la main des hommes ou par l action moins corrosive du temps. Oh ! comme ce grand s(|ueiette de monument avec ses stéréobates puivérulens, sesacrotéres déchirés , ses colonnes mutilées, est encore imposant ! Assiégé à plusieuis reprises par les Visigoths et les barbares qui dévoraient à la fois peuples et édifices; devenu forteresse dans le moyen-Age, 1 ampinthéàtre d'Arles est encore» après le pont du Gard, la plus vaste ruine romaine qui existe dans les Gaules. Quelle prodigieuse soliilité les maîtres du monde mirent dans leurs monumens et dans leurs remparts ! Ils voulaient immortaliser leurs
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ceuvres, et porter aux hiècles un incroyable déti; et nous, à peine édiiions-noospour le pré* sent , il peine nos plates^ froides et pâles imitations peuvent-elles résister au plus lL{>er souitle. Cet amphithéâtre est infiniment plus étendu, mais moins bien conservé que celui de INîmes ; il a trois éta^^es tle portiques et iB4 toises (le circontërence. Les déblaiemens ont été opérés arec soin; deux ou trois masures nuisent seules encore à Timmensc développement du vUoiium , et l'arène des gladiateurs est entièrement débarrassée.
Mon respectable cicérone me fit parcourir tous les coins et recoins de cet étonnant édiiice i il iallut en compter tous les vomitoires ou issues, et il ne me fit pas (^râce d'un seul des pîssoirs qn il [>aiail avoir étudiés particulièrement, et qu'il me montrait avec une minutieuse importance. Cet amphithéâtre a malheureusement subi bien des dégradations.
On y voit encore les restes du Podium où se plaçaient les empereurs, le sénat, lesmagis*trats et les vestales ; ce podium était situé immédiatenient au-dessus des ccn^eœ ou lof^es inférieures. Les quatorze gradins formant la première prœcinctio , et réservés par la loi
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lloscia y à Tordre équestre , s'élevaient au-dessus de la tribune impériale.
Fjgurez-Y0U8 cet amphiiheâtre au temps de la domination latine , avec ses soixante mille spectateurs d'édiles > de féciales^ de primipiles, de GenturioDS, de chevatiers, de plebs, de populus y de sénateurs revêtus de ht toge romaine, de citoyens à la lonf^ue tunique, et au-dessus de tout cela la tente ou ¥elarium inventée par Gatulus ^ peinte en pourpre aveo des étoiles d'or (a). C'est ici le lieu de dire que les aquéducs, les aniphiihéâtres , les cirques et les théâtres étaient les édifices les plus considérables chez les Romains , de même que les basiliques chrétiennes et les cloîtres furent les principaux monumens de notre architecture nationale du moyen-âge. Il y a une. iiniiieiise relation entre Farchitectuie et les mœurs. Au contraire des habitudes catholiques^ le temple latin était riche mais exigu. Tous les amphithéâtres se resseuibiaieiit. C'é-
(k\ A Rome, Xei on imas^lna de se fiiire peindre au ceuUe dti l elai iuiUy uumU* dans un cliar trioinplial.
L'ne partie du velarium était à demeure ; Paulre hémicycle se composait de bandes disposées en éventail) mues par des coulisses.
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tait toujours deux , trois ou quatre lan^s dti portiques étages suÎTant une courbe ovale.
A ces Romains ^ hommes d'existence extérieure, aces homiiics de loi uni et déplace publique si étrangers à la vie tle iamille , à la vie du foyer domestique , à ces afieciions intimes que le christianisme a semées dans la société actuelle , les jeux du cirque étaient chers pardessus tous les autres plaisirs.
Les plus beaux amphithéâtres que nous^ connaiîjsions sont le Colysée de Rome commencé sous Vespasien» terminé par Tite Vespasien, et celui de Vérone dont les répara^ lions ont été fort bien entendues^ et qui sert encore aujourd'hui à des luttes de taureaux. Le Colysée a quatre étages, et contient 90,000. spectateurs. Le théâtre , cette moitié de l'ainphithéàtre ou double théâtre, venait ensuite. C'était une imitation de celui des Grecs ^ of* frant , comme lui , le scenium , le proscenium (avant-scène) , le parascenium , réservé aux machinesi et Torchestre.
Remarquons aussi qu'en général la politi-que romaine s appliquait à donner aux colonies des monumens absolument pareils à ceux qui embellissaient la métropole ^ afin que les
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coloii,'> regrettassent nioius arnértaitiU la inére-^atrie. Aussi , voyoDS*uoua partout deik amphithéâtres, un cirque, uae naumachie , un capitole , des temples , des thermes , un forum, le nympJutum, où les mariés venaient ayeç léjlameum ou voile nuptial sur }a tête» et le nynipJiéeyOXi Von se lavait les mains avant d'entrer dans le temple^ et dont les bénitiers incrustés dans les murs de l'église primitive, et dans ceux de nos modernes basiliques» sont ime tradition. L'amphithéâtre d Arles fut Banque dans le moyeu-àge de quatre tours : trois subsistent encore. J'ai eu la curiosité de ijioiitcr au sommet tic l une d elles. C'est là qu ou peut embrasser à la ibis la ville romaine et ses riches alentours.
Arles {Jielas) parait avoir été bâtie par une colonie de Phocéens de iMurseille. Elle était déjà célèbre, quand Jules-César commença la hélium gallieum, et c est dans celle ville qu'il lit eousU uire ses galères. Constantin-le-^Grand en aima le séjour , et la combla de bienfaits ; c'est pourquoi ses habitans donnèrent moment. niément à leur ville, eomuie ceux d'Âutun , le nom de ( oustaiUma, L'em** pereurHonorius, accablé d'incursions de bai"-
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bares^ y mit lesiégc de la prélèclure du pré- (oire de$ Gaules, m déiriment de Trévea qui lui parut plus ex[>osée aux attaques dea Germains. Cette viile, assiégée aux jours de la décadence de Tenipire d'Qccident par le» Goiha, fut délivrée par le patrîce Aetiv». Elle finit par tomber sous le joug des Visigotfas, et enfin apparlinlaux comtes de Provence, déchue de sa splendeur ancienne. Je ne puis rien dire du royaume d Arles si contesté. Bozon fut roi de i^rovence, deDauphiné^ de Bourgogne, par suite d'un canon du concile de Mantaille. liabila-t-il Arles ou Vienne? je ne sais ; ses sucpciiseurs lircnt-ils leur capitale de cette cité ou de la vieille métropole de TAIIobrogie? c'est ce que je ne puis préciser (a). Ce qu'il y a de certain, c'est qu Arles perdit successivement tous ses avantages, et qu'Aix l'emporta sur elle pour la capitalité de la province française de Provence. jN oublions pas de dire que d'Arles on comptait les milles par des colonnes milliaires élevées sur la voie qui tendait à Rome.
(a) Il est certain que Bozon el ses successeurs curent des palais à Vienne, Arles, Genève* l'oulcs les présomptions de vprilable capilallio <lu royaume de Bourgogne second se, reutiissenl en faveur de Vienne.
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11 y a encore à Arles plusieurs débris vénérables 9 entre autres ceux du temple de Cybèle^ du temple de Diane , d*un arc de triomphe; mais ce qu'il existe de plus intact, c'est la belle aiguille de granit, cet obélisque de Luxer au petit pied , élevé au centre de la place de rhùtel-de-ville.
L'adulation contemporaïue avait commis Tanachronisme d'y incruster des louanges à Louis XIV y louanges que certainement méritait le grand roi, mais dont on peut dire avec raison : Non erat hic îocus. Cette place de rhôtel-de-ville e»t belle : on se croirait dans une capitale, quand on ne voit qu'elle , abstraction laite de ce qui l'environne ; c'est comme une oasis perdue dan» les rues sales y montueuses, étroites et tortueuses de la cité qui avec Narbonue est peut-être la plus insa* lubre de France. Au centre le Luxor^ en face rhôtel-de-ville, d'un fort bon goût, de 1673, et le frontail de Saint-Ti opiuniede style byzantin 9 dernier soupir du ciseau, grec. Cette place , c'était le capitole romain.
L'hotel-de-ville occupe le plan du palais des empereurs; le prétoire se trouvait dans ce palais archiépiscopal du moyen-âge^ malheu^
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reusemeat délruil avec une partie des cloîtres de Sainl-Trophime » et le temple de Jupiter , dans r église métropolitaine. Arles , c*é(att la
ville iini-muiiLicule ; mais toutes les rues tendaient au capilole.
. Saint Trophime , disciple de saint Faul ,
passe pour avoir été le premier évéque d'Arles. Ce siège est un des plus anciens des Gaules ; aussi vit-K>n une guerre longue et opinia^ tre , à propos de la primatie , entre les métropolitains d'Arles, de 2Sarbonne et de \ ienne.
Arles s'autorisait de ces paroles des papes : ex cujus fonte totce Qallùs fidei rivales accepe-' runt , de son titre de m ater omnivm Gallu- RVM f de la division civile des provinces de Tempire, du séjour de Constantin^ de son siège de la prélecture du prétoire ; la primalie fut prise, per<lue, reprise, et perdue encore. Arles , sans contredit , est avec Narbonne, Lyon, Vienne et Fréjus, une des premières villes chrétiennes des Gaules ; mais elle n'eut un évéque qu au iii^ siècle. Ainsi, Tantériorité de celui de Vienne est démontrée.
L'église cathédrale est vaste, et flanquée d'une haute tour-clocher d'une facture antique, analogue au système méridional. Pour
le vaisseau , il n a rien de chrîsto-frank ; sa voûte est basae^ aa nef d'une longueur remarquable y acoompagnée de bas-côtés ou collaté* raux , avec un cha ur repai e du reste de l'édiiice. 11 II y a qu un portail dans ce monumenl; il .est petit » très-petit , mais il est magnifique.
On voit à Arles un mu&ëe d'antiques , fprt riche, et î>lusieurs cabinets particulierâ. Je citerai celui de M. Véran, qui se eo'mpose d'objets précieux recueillis par lui-même. Il s*est tenu en cette cité treize conciles, parmi lesquels celui contre \e»£)onaiùteâ, 11 n'y a vraiment pas ici une seule maison qui ne soit bâtic avec des débris romains : j'ai vu , en ce genre, des i*eates a-dmirables. On y reqfiai^ quait , jadis, une quantité prodigieuse de monastères et de monumens religieux du moyenàge, sdim coiiipter l'abbaye de Mont^M^jor^ située extra muros , qui fut reconstruite troia fois, et remonte aux premiers temps du christianisme , pour sa fondation.
Cette ville a beaucoup perdu de ses raajeatés romaines et catholiques. Ses consuls lui ont enlevé jus(ju'à sa ^E]^VS, ce type de beauté pris sur le visage de ses femmes , cette image de marbre que j'avais cherchée si long-
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