‹ La Venus d'ArlesChapitre 31 sur 41 · IMP. P. P. DIVI F · texte numérisé non relu

IMP. P. P. DIVI F

c esl-à'dire imp£RAT0ri divi filio patri pa- TRTAE. Au revers, elle offre un crocodile marchant sur des rameaux, et attaché par

(a) Il était situe en face Je la voie fîomîticnne qnî conduisait à YcERNVM,etc. Il y a uoe grande sobrii'le' de détails dans ce monument. (Voyez sa drscr. par M. A. Pelel^ jneiub. de TAcad. roy. du Gard , 1632.)

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une grosse chaîne à un palmier d'où pendent des biindelettes d'une part et UHQ couronne civique ou d9 cbéoe de Tautre, avec la lé^ gende ; Col. Nem. (Golonia Nemavsensis). Cette médaille^ qui est très-commune^ fut TraiseiiiblableiiieDt frappée par les Nimois, en F6oonDai99aiipQ de» bien&its dont Auguste les combla.

La Nimes actuelle eat une yille superbe , en-^ Tironnée de boulevarts 4 la parisienne. Tout rextérieui de la cite avec ses habitations iialphe^ ^t neuves, &c;6 moqunieps détaché^, ses proni6ni|.deSy e^t ravissant* L'intérieur 4^ U ville est moins reiparquable.

J'allai saluer M. Nicot, de la famille de Jeaa Niootqttiapporfa^n IQOO de Portugal enFran« ce, Vherhe à la reine {Nicoiiana Tabacum) , présentée à Catherine delMcdicis; recteur de l'académie universitaire de INimes, et mon collègue à l'académie royale du Gard dont il est secrétaire perpétuel. Il voulut bien m'accompagner avec un empressement plein d'urbani* té^ dans mes visites , entre autres dans celle que je fis è la bibliothèque publique , riche en manuscnts , placée dans les bàûmens du collège royal , et malheqreasement privée d'un esca-

lier diguç de sa destination. Aucune séance XiétsKit, présentement, indi(]|uée à notre aça^ démie , je ne pus donc y assister ; il y avait eu> peu de jours avant mon arrivée, séance tenue en présence du conseil général du Gard. A cq propos , je dirai que cette compagnie est un^ des |>lus anciennes de France , qu'elle eut de grande privilèges , qu'elle reçoit encore d^ larges subventions , soit de la ville de Nimes , soit du conseil .«;énéral du déparlenient. Aussi, a ?(imes y l'académie est un corps constitué et. une sorte d'autorité littéraire officielle comme l'académie française à Paris. M. Nicot eut la bonté de me présenter à plusieurs antiquaires, et à deux de no^ oollèguçs qui méritent une mention individuelle.

J'avais bien une lettre pour le fi^énéral comte de Coibert, commandant le département, et pour deux ou trois académiciens de distino* tion ; mais Tun était en congé et les autres dai^s leurs terres , ce qui n'est pas surprenant^ car c'était à une époque de l'année ou il ne reste guère dans les villes que des gens d'a^ faires ou dç petits bourgeois à par lion congrue. Nous allâmes aussi visiter les églises : elles se ressentent singulièrement des guerres

civiles : rien de précis, rien d'intact, rien d'achevé. En ce pays de passions inflammables» de têtes brûlantes et d'émotions rapides, les

partis politiqueset de conscience sont toujours en présence ; c'est à qui abusera de la vic^ toire, c'est à qui l'obtiendra pour exercer des *venf5feances souvent cruelles sur les hommes et sur les clioscs. Cet esprit de collision régne à Nimes depuis les Albigeois.

Les catholiques ont-ils le pouvoir^ ils ferment les prêches, dissipent l'auditoire^, et tuent les huguenots comme des mouches et des animalcules : ceux-ci arrivent-ils aux aflaires , ils démolissent les églises catholiques, tirent des coups de fusil sur les prêtres et les évéques , et pourfendent les orthodoxes dans des guet-apens. Il est juste de dire que les religionn aires sont ici plus habiles à faire le mal que les catholiques. N*ont-ils pas , ces hommes de libre examen , fait arracher par des ouvriers étrangers , les croix placées sur la voie publique , et cela au milieu des larmes et du sang d'une popu!ation aigrie et désolée.

Les huguenots de ISlmes ont fait leur affaire propre de la révolution de juillet ; ils ont vexé, tourmenté, torturé de mille ma-

LA VBNVB DIABLES lOi

nïères cette, excellente population calomniée par ceux qui ne la,»connais8ent pas, population si chrétienne^ animée d'une foi si ardente et

si sincère.

Oui 9 œ sont principalement les sectaires de la religion prétendue réformée qui troublent

dans sa paix cette grande cité éminemment travailleuse. On voit aisément que les partis ont traversé la cathédrale , et qu'il est arrivé quelques défaites aux catholiques pendant ses diirérentes reconstructions. Je défie que les protestans ou les catholiques puissent jamais édifier à Nîmes un temple , sans qu'ils soient arrêtés dans .leur œuvre par une vengeance* Rien de suivît rien de complet dans cette cathédrale.

Je ne pus me défendre d'un sentiment profond de recueillement en voyant la chaire où prêcha Esprit Fléchier , Tun des plus toléraiis et des plus éloqnens prélats de Féglise gallicane^ Esprit Fléchier, dans lequel les hommes superficiels et prévenus seuls s'ohstinent à ne voir qu'un rhéteur. La nef (il n'y en a qu'une ) de la cathédrale de Mmes est vaste, mais c'est une réédiiication sans valeur aucune. Il n'y a d'antiques que le portail in-

lot hk YBHTS D'ABLBS

achevé^ et la toui-clocijer qui a l'air d'une forteresse et porte la trace du feu des huguenots. Cette tour ohristxJ-rotnatie placée sur le flanc gauche du frontail, devait avoir une sœur qui n'a pas été continuée. Un a eu le tort de jeter une porte du xix* siècle surla fa-^ çaUe anù([ue de celle basilique.

L'office divin se célèbre avec pompe dans l'église de JNimes» selon la liturgie romaine» et elle s^applaudit d*avoîr àsatéte un prélat respectable , plein de vertus et de lumières.

Parmi les autres monumens de cette ville» je signalerai le palais-de-justice , masse lour* de, grossière, groLcsquc imitation de la grotesque façade du corps législatif^ Tliôtel-deville du moyen-âge^ la préfecture Je collège» et plusieurs éf^lises modernes converties en temples. Ajoutons qu à Aimes , la plupart des rues» surtout près des édifices latins> portent encore des noms romains , comme rue VespasiEN, rue Aktowiw.

I4imes , c*est uné cité de haute poésie ; Tart et l'instinct de Tart y sont tout-â-fait populaires. Sans doute, comme à Aix» à Toulouse 9 la poésie du peuple est extérieure et sensuelle; maiè il existe à Nîmes beaucoup

LA VBIfVS 0*ARLBS

d'âmes de chuix qui comprennent très-bien la poésie intime ; et puia il y a ^ en ce pays, une passion générale pour la mnaîque etreuphonie*

Les Nîiïîois sont presque tous poètes par organisation^ et partant ils sont inflexibles pour le vers dur ^ la strophe boiteuse , la rime équi" voque , et le rhythme flasque.

On parle de la brutalité du peupie de iSitnes : sans doute, il n'a pas cette politesse intéressée des babttans de Paris et de Normandie ; mais il est généreux , hospitalier, franc, et surtout dépourvu d egoïsme. il faut ne pas connaître rAllemagne , pour trouver de la férocité dans les mœui8 uîmoises. Pour moi, qui ai vu dans les villes de la Germanie ces bandes de garçons brasseurs et bouchers qui encombrant les rues de leur masse tumultueuse , insultent les passans, les menacent , les enveloppent et souvent les assomment , j'appelle la popn^ lace de Nîmes infiniment plus civilisée que la populace de Manheim ou de Stuttgard. Et cependant on dit partout, les Nimois sont atroces , les Allemands sont pleini de douceur et de mansuétude.

Nîmes, c'est la ville que j'aime le mieux en France, car il y a là des âmes chaudes avec

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lesquelles sympathise mon âme, pour les arts et la pensée. Mais ce que j'ai vu de plus étoaoaDt dans cette antique cité, ce sont deux hommes. Sans doute , on pourrait être polype par la tête , et avoir beaucoup d esprit au bout des doigts ; mais il n'en est pas ainsi du vice* président de Tacadémie royale du Gard , séant à Nîmes , M. Auguste Pelet , chez qui je fus conduit par M. Nieot. ÏM. Pelet l'ait avec ses mains ce que M. Reboul lait avec son âme. 11 a exécuté en liège tous les monumens romains d'Arles, Nîmes, Orange, Saint-Kemy; il en a reproduit fidèlement les proportions dans son échelle de réduction ; il n*a omis aucun des bas-reliefs qui les décorent, il a poussé la patience à ses dernières limites. Autant de cordons de moellons dans les édifices romains, aulantde brèches, autant de petits moellons de liège et de déchirures dans les ouvrages de notre collègue. C'est un travail prodigieux. Aussi recoil-il la visite de Loutcs les sommités d'art et de science qui viennent à Nîmes. M. Pelet est Fantiquaire le plus consommé que j'aie connu; il n*y a pas une médaille grecque ou latine qu'il n'ait lue, pas une mosaïque qu'il n'ait analysée.

LA yBKTS O'ARLBS

La seconde découverte importante que je dois à M. Nicot , c'est celle de M. Reboul , simple boulanger , demeurant rue de la Car' réterie (à candis) près de la porte romaine. Voilà un poète de génie et de cœur qui a Tàme plus haute que la Tour Magne , et se trouve lié de ra[)porls amicaux avec Lamartine, Nodier, Victor Hugo. Le menuisier deNevers et le serrurier d'Arbois ont conquis une renommée avec de mauvais vers, le boulanger de Psimes a obtenu sa réputation, malgré son génie. C'est un homme de quarante-cinq ans , doué d'un air de 1)^onté , de force et de générosité fait pour raksurer la médiocrité qui l'aborde, à Tœil noir, à la téte espagnole, à la figure douce et passionnée en même ituips.

11 faut Tenlendre avec sou accent méridional^ sa voix cadencée et euphonique, son débit scandé, réciter les vers si harmonieux qu'il a composés, si admirables par le choix du rhythme et la souplesse de la strophe, ou les ver» de ses jeunes amis. Il a eu la bonté de me lire son poème iï J igues-Motles , empreint d^une si vive et si touchante mélancolie; sa pièce sur le départ d'un artiste nimois en-

hA TtlTTS D*ABLBt

Yoyé par le gouvernemenl à l'académie de France» à Rome; sa Somnambule, élégie délicieuse et suave» Qui ne connaît son adminn

ble ode à Lauiarline?

Mon nom qu'a proininre ton g^n^reiix di'lire , Dans la tombe avec moi ne peut être emporte; . Car toute chose obscure , en passant par ta lyre, Se revél d'immortaliU.

S'il est vrai qae ma muse , en plus d'une mémoire , A laissé lies Accords et des pensers touchans, Chantre ami , qu'à toi seul en retourne la glmrt , Mes chants naquirent de tes chants.

Tu t'abalùs vers moi : des sphères immortelles Tit me ▼entas Vdclat , les chœurs myslérieus , Et sotidain , comme loi » ]e Mcooei mes elles, Et nous perlîmes pour les cieox.

Et ce sont de pareils vers qu'un homme ëeri*

vit sur des sacs defaritie, un bonnet de mitron sur la tétCi les mains pleines de pâte, entre le pétrin et le four! Eh oui ! ce boulanger, c'est un hon m le immense, c'est un des trois ou quatre grands poètes de l'Europe. H y a plus d'à* me dans les trois strophes que je viens de rappeler que dans totit Jean-Baptiste Rousseau et

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tiA vBirvs d'arlbs

dans les œuvres lyriques au grand complet de Ponce -Ecôuchard Lebrun. Un tel homme

que peut-il être?. . . . Répondez, intelli[];ences tendres qui comprenez la vie des cœurs ; répondez^ imaginations fraîches qui sympathisez avec tous les nobles penehans. Il est catholique Oh ! oui, il est catholique jusqu'à

la moelle des os. M. Reboul est membre du conseil municipal de Nîmes et de l'académie du Gard , dont il forme la cime. Honneur à ces deux corps qui se sont illustrés par son adoption. Je connais une petite ville où Ton a beaucoup moins de déférence pour les lumiè* res, et où Ton ne se pique pas de mettre ie mérite à sa place. Il y a bien des boulangers dans son conseil municipal , mais ce ne sont pas des Reboni , et Ton en a chassé les hommes instruits. Sous la restauration^ les nobles ignares pullulaient ; maintenant les ouvriers i^no" rans fourmillent.

Que je m'estime heureux d'avoir gagné Tamitié du boulanger de Nîmes, en causant art, intimités et catholicisme avec lui! Je mêles rappellerai toujours ces promenades que nous fîmes ensemble aux environs de la cité , Taffabili té qu'il mit dans ses visites auprès de moi,

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LA TBITTS D'ABLBS

raccueil que je reçus chez lui, la grâce avec laquelle il me donna ses poésies imprimées, l'abnégation constante de sa supériorité à la^ quelle il se coïKlamna devant un voyageur bien obscur et bien faiblement organisé. M. Reboul a trop de génie pour ne pas comprendre sa force^ et trop de tact pour ne pas prolonger le contraste de la pelle à enfourner et de la lyre, en demeurant boulanger malgré les conseils de ses amis.

En frénéral , ce [ijrand poète aime peu les habits noirs ; soit qu'il se repose, soit qu'il travaille, il ne se dérange pas facilement. . • il y a tant d'imbéciles en habit fin, tant d'inepties sous un feutre luisant, tant de nullités vêtues par Rambaud et chaussées par Sakoski I Une foule déjeunes luths se groupent autour de la harpe de M. Reboul : il m'a montré des vers admirables composés par des jeunes gens qui vivent dans son intimité , vers où la plénitude du mètre s'allie à ropulenee de la rime, et que publie souvent le feuilleton de la Gazette du Bas-Languedoc. Ajouterai-je que Reboul est esseulieileiiierit niniois? il aime le soleil de sa patrie, il en aime les souvenirs, il en aime les mœurs , il en aime les tiédes et vigoureuses

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LA TBIITS D'ABLBf

imaginations. Sa boutique est simple; à travers un grenier, en heurtant le blutoir, on arrive à la chambre du poète, et qu'y voit-on? des livres envoyés au boulanger par toutes les sommités poétiques de l'Europe, des dessins d^artistes célèbres , des cartes de visite de tout ce que le Gard et l'Hérault renferment de personnages, des billets d ëvèques, de généraux et de premiers pi^dens. — £t voilà Nimes.

Je vécus là , à Nîmes ^ pendant sept ou huit jours, d'émotions et de poésie, car je passais de mes douces compagnes à Reboul et de la so« ciété de Reboul à celle de Ludovic d Oi eilane et d Isabelle-Marie de Nalia. Cependant iiiaiiut quitter la vieille cité de TOccitanie» Nous prî* mes, dans une excellente calèche, la route de Beaucaire.

£n iàisant le trajet de Nîmes à Beaucaire , le temps me parut court. Une vive confiance s'était progressivement établie entre la Vénus d'Arles et moi; elle m'abandonnait souvent son cœur avec toute sa naïveté et sa puissance, cette fdle idéale et vraie. Eiilre nous trois il y avait réciprocité et presque fusion d'intérêt et d'amitié.

LA YBJiVft p'ÀALKf

Olil divine Aurélia, quel cœur que le tien: comme le cœur de Déoius s'y fût abîmé avec joie! oui, il eût été la comme dans les limbes où làme des patriarches attendait le Messie qui devait leur ouvrir Tentrée du ciel. Quelles fraîches et transparentes paroles naissaient sur les lèvres d'Isabelle-Marie, au branle des poU salions de ce cœur choisi ; oh ! combien il renfermait de pressentimens célestes et de sublimes initiations! Nous parlions religion , arts , politique mênjc , car toutes ces choses se touchent et s'appartiennent. Son âme suppléait

aux études eathoUeisme^ comme cette

corde vibrait profondément en elle, comme elle comprenait ceUe poésie, cette religion de Jourdain, de baptême par immersion (a), d a-.nachorétes et de cénobites, de saint-chrême, de la iNoEL, de la Faque, de Septuagésime et d*£piphanie !

La foi, me disait-elle, c'est la raison épu^ rée. . . . Dieu , c est T emblème de la paternité; Marie, c'est le symbole de Vamour maternel ;

(k) Je parle ici d uu souvenir, de celle pérkïde de la dis^ cipline ecclésiastique où le baptême «e pratiquait par immersion dan» uue cuve pleine d'eau bcuile, placée à la porte de la paroisse.

LA TBVTS D*ABLBS 111

J'Espril-Saint ^ cest l'image des spiritualités parlesquelles le catholicisme a remplacé le sys» téme sensualiste des païens^ et qui nous font préjuf^er réternité. . . . Ici-has toiii est fini , nous aspirons à l'infini ^ notre corps meurt comme les choses créées^ notre âme est d'essence extrà-terrestre. ... il nous manque un sens; si nous l'avions ce sens , nous compren*» drions Dieu dès à présent. Ët puis elle ajou-* (ait : Quoi de plus identique à notre nature que les sacreniens de l'Eglise ? La eoniession, par exemple : Il semble que quand on a confessé ses péchés/ ils sont effacés. ^ Un enfant ne

cesse-L-il pas de se croire coupable quand il a avoué sa faute? D autres fois nous cau-^ sions du moyen-râge. Elle sentait très - bien que la poésie française avait retrouvé le type français y en puisant à ces sources ; car c'était le temps du patriotisme et de la nationalité. MonumenSy combats, poésie, langue, tout alors était fortement indigène et individuel.

La civilisation nous a ravi cette nationalité; mais la littérature romantique s'est chargée de nous la rendre. Je n'appelle poésie , disait la Vénus d'Arles , ni les vers de l'abbé Delille , ni ceux qui naissaient sous Tempire , ni ceux de

ti% làA VSHVS O'AaJUBS

Rousseau. Je ne vois que des versificateurs entre les troubadours et Lamartine.

La poésie dramatique, si belle commelangue d'une action , est elle-même positive : la seule poésie réelle, c'est la poésie lyrique; elle doit agrandir mon être et me donner ici-bas l'image de tout ce que je prévois , de tout ce que je devine dans un monde plusélevéque le nôtre.

Aurélia, la iille aux fraîches idées ^ n'avait aucun des préjugés de sa naissance, car elle était de sang noble.

— J'estime chacun à sa valeur, mais choisir ses fréquentations, ce n*e$t pas morgue, c'est . tout simplement chercher des sympathies de principes , des analogies d'éducation , de goûts, de considération, de fortune, de loisirs et d'habitudes sociales.

J'aimais^ ajoutait Aurélia, l'hérédité comme base d'une monarchie , parce qu'elle me paraissait une sauve-garde contre les révolutions qui, quel([ucjustes qu'elles soient, sont toujours la plus grande calamité qui puisse peser sur un peuple. Ce principe a péri par la stupidité des conseillers de ceux qui le représentaient La question gouvernementale, depuis , s* est compliquée de la question

i»A TBirrs D*AaLBS

lis

80ciale«.. les pensées républicaines ont surgi. Pourquoi les blâmer? qui sait si des généreux élans du républicanisme, si de cette immense préoccupation de libertés générales , ne jaillira pas une idée nouvelle ^ analogue à notre civilisation , à nos besoins ; une impulsion inconnue, fécondante et émancipaLrice de l'espèce humaine? Farce que 1793 a été un essai féroce, est-ce à dire que nous aurions encore une république féroce ?

Ab ! Monsieur, la Providence qui a sur la terre les instrumens de ses desseins éternels, nous pousse peut-être à la république comme

dans une régénération sociale peut-être

aussi comme dans un tombeau. Dans la première supposition , croyez-le bien , nous Terrons la paix générale , la réunion de Téijlise grecque à réf^lise latine, le protestantisme, cette négation des croyances, foulé aqx pieds, l'islamisme anéanti, et le signe de la rédemption implanté sur la coupole de Sainte-Sophie.

N'allez pas croire que je suis républicaine ; je ne suis rien qu'une pauvre fille qui se rend compte de ses pensées, et les compare. Dieu a la

main pleine de secrets ou nous aurons

une république catholique, et elle vivra, ou

114 uA rmnrs d'aklis

nous aurons une république athée, el c'en est •iait de l'Ëurope.

Durant (\i\c. nous devisions ainsi, la roule finissait, et nous apercevions une ville devant nous.

LÂ FOIKË D£ B£AUGAIRE.

LA

FOIRE DE BEAUCAIRË.

A MON VIGVIBR DR TARASCOn

six lieuies du matin, après une deminuit passée en voiture (nous avions mar^ ché on ne peut plus lentement )> nous étions à Ikaucaire. Nous ne savions vraiment où loger, cl nous payâmes un peu chèrement notre curiosité ; car il nous fallut aller à Tarascon,

liA T£NVS n'ABLSS

OÙ nous fûmes hoi i iblement crorcliés pour trois minces repas et une couchée.

Aurélia n'avait jamais vu la célèbre foire de Beaucaire, et je me trouvais dans la même position qu'elle, four Ludovic d'Orellane, elle était fiainilière avec cette grande solennité du trafic.

L'auberge où nous obtînmes gîte regorgeait de comédiens, détestables personnages, de commis-voyageurs , sorte de députés babillards envoyés de toutes les [lai lits du monde, et de chefs de maison qu'on reconnaissait aisément à leur orfèvrerie à la montre et sur les doigts , à leur pose de capilaii-paclia , à leur assurance d'hospodar , à la gravité de leur démarche, et à je ne sais quoi de caractéristique qui sent de dix lieues le négociant établi.

Ils étaient là, ces commerçans, toujours ignorans d'arts, toujours irréligieux, toujours pleins de Tidée qu'ils font de l'cspnt fort en calomniant la piété, et en faisant parade de leur plat philosophisme, ne se doutant pas que tout cela est passé de mode , tué dans Topinion comme les vers de circonstance, lis étaient là, toujours exigeans, appelant les

gens de service avec arrogance, et les rudoyant. Aurélia déairaît vivement regagner Beaucaire , à cause de la fête annuelle qui y attire tant d'étrangers. 11 semblait qu'avant de quitter le monde , mon incroyable compagne voulait le mépriser davantage.

La foire de Beaucaire, c'est une cohue , un panda^mouium. Cliaque ville de commerce y est représentée. Il y a des Lyonnais en cohortes, des Espagnols, des Marseillais, des INimois^ deshabitansdeLivourne, d'Amiens, de Chàlons-sur-Saône, de Paris , de Lille, de Rouen, de toutes les places de commerce enfin. Qui connaît une foire en connaît cent. Les rues tortueuses de Beaucaire se convertissent en autant de galeries marchandes où chacun se coudoie : à pciue y vi>it-oii le soleil à travers les tentures élevées au-dessus des magasins , les toiles, enseignes volantes , affiches et écriteaux de tous (genres.

Il y a là des échoppes qui se louent jusqu'à trois et quatre mille francs pour la huitaine ; aussi dit-on avec raison que les habitans de Beaucaire spéculent sur leur foire, et y gagnent de quoi vivre le reste de l'année^ les braB croisés. Mais ce qu il y a de plus curieux

120 LA TEMTS D'AaXifiS

à visiter, c'est le bazar en plein vent illuminé par un beau soleil. 11 8e tient en un lieu planté d*arbre$^ nommé le pré^ sur les bords du Rhône. C'est une immense rue , une seconde ville de boutiques en bois^ peuplée de charlatans, de mimes» demardiandsde toutes, choses, avec jeuK , loteries, bals , cafés et resta urans. Là se réunit, le soir, la bonne compagnie des environs.

Quand vient la nuit , et que des milliers de îuii)ir)'c^> suspeaduL'b aux arbres ont remplacé la clarté du jour , le pré de Beaucaire ofi're un spectacle magique ; mais à travers ces flots d'étrangers qui vous pressent ^ passez rapide^ la main dans la pocbc , car c'est aussi le rendez-vous des filous et des escrocs.

Cependant on a bientôt assez de ce tableau Si varié, on est bientôt asbourdi du Luniulte d une foire pareille, et Aurélia s'en lassa avant moi. Nous étions arrivés à Beaucaire peu d'inisLaus après le prélci du Gard^ qui venait ouvrir la grande bourse du midi.

Cette foire^ instituée par Raymond Vf, comte de Toulouse , s'annonçait autrefois dans tous les pays adjacens , au son des trompes, des cornets, des tambourins et des fifres.

Digitizod

LA VENva d'ahles 121

|)ui tlo brillantes cavalcades. Nous assistâmes, eu 1833, le jour de la Sainte-Magdeleine^ 22 juillet, à sa froide et officielle oaverture.

il n'y a guère , à mon avis, que deu\ villes dans tout le midi de la France , qui justifient le renom de brutalité qu'ont acquis les limites méridionales des Gaules, c'tst lîeaucaire et Tarascon. ilien de plus grossier^ de |)lns fanatique que le peuple de ces deux villes si voisines l'une de l'autre. A Tarascon surtout, le prolétaire est affreux, et il faut redouter d'avoir le plus léger démêlé avec la camarilla des crocheteurs^ qui se jettent sur les voitures qui arrivent et les bateaux i\u\ débarquent, comme des oiseaux de proie sur leurs victimes. Les plus pauvres canuts de Lyon , après buit jours passés au cabaret, les plus déterminés fauhourieiu de Pans et de Londres, n'ont pas la mine crochue et Tœil hagard de ces hommes qui heureusement ne volent jamais, mais rançonnent avec une indomptable insolence, et vous feront donner cent sous pour avoir porté la cravache qu'ils vous ont arracbée des mains, dix irancs pour la malle, autant pour la valise, autant pour le sac de

122 LA YBXIVS DIABLES

nuit, et 5 fr. pour la boite à chapeau , total 4o fr. Les figures, en ces deux villes, soni; assez généralement laides, maussades et hargneuses.

Rien de monumental à Beaucaire que le château en ruine des comtes de Toulouse, avec donjon, toins et créneaux, bAti siu un rocher qui domine le pré et le Khôue. Admirez dans ce château la helle maçonnerie du rooyen^ge, ces moellons symétriques , artistenient disposés , qui indiquent assez que le système des constructions romaines avait survécu sur cette terre la plus latine des Gaules.

Il faut remarquer les rues de Beaucaire qui rappellent ce qu'étaient nos villes du midi il y a 300 ans , ses deux églises fort médiocres, et surtout ses magnifiques environs. Je ne vous dirai pas si Beaucaire (belloqvadra) est FvGERN VH des anciens (à) ; mais il parait que dés le X* siècle c'était un Heu fort important.

Le pont suspendu qui unit Beaucaire à Tarascon est le plus beau, le plus long et le plus large que j'aie vu ; il a deux têtes admirables du moyen-âge, Fime sui la rive droite, et

(a) Camp romain depeRdant de la colonie de Nîmes.

LA TBNVS D'AIII.F.8 123

l'autre sur le bord .gauche du llhône; c'est le château de Beaucau c et celui de J'arascon qui semblent battre le fleuve, en ruine et projettent leurs fjrandes ombres dans ses eaux. Comme vers Ainay, à Lyon^ il y eut du temps des Romains un tunnel ou passage sous le Rhône entre Tarascon et Beaucaire.

Tarascon (Tarasco) n'a rien de curieux que le fameux castel des comtes de Provence , situé y comme je viens de le dire, en regard de celui des comtes de Toulouse, et bâti par Louis II. Cet édifice a quelque analogie avec le château de Villeneuve-lez-Âvignon et avec le palais pontifical d'Avig^non. Ses murs offrent une couleur de terre glaise bien tranchée, parce que le soleil les brûle^ et que les pluies ne les noircissent pas , comme il arrive dans le nord ; cette observation s applique à tous les monumens du midi.

Si le château de Tarascon rappelle les plaisirs et csbaitcnietis de la cour de René d'Anjou ; si Ton se souvient que de là partit Tordre du pas d'armes de la Bergère^ maintenu au tournoi de Tarascon, que là habitait ce prince populaire et paternel qui aimait tant à rendre ses peuples heureux , à distribuer des

s()ls (for aux vainqueurs de ses jeux , et finit par perdre tous ses états ; on ne peut ignorer aussi que la révolution sanglante de 1793 entassa ses yictimes dans ce lieu, d'où elle les jetait dans le Rhône comme des immondices. C'est maintenant une prison.

Tarascon ^ ancien siège d*une viguerie, est aujourd hui celui du tribunal civil de l'arrondissement d'Arles. Il y a en ce pays quelques rues passables^ de belles promenades, un terroir fertile, une belle caserne ; mais les tètes y sont disposées à la violence et à i emportement.

Nous yisitâmes, Ludovie^ Isabelle-Marie et moi, l'ancienne collégiale de Sainte-Marthe. C'est une é(»lise médiocre, couronnée d'une assez belle tlèche, dont le savant Expilly, auteur du Dictionnaire des Gaules ^ fut jadis chanoine. Savez-vous qu'il y a dans cette église une singulière relique^ la Tarasque? Voici le fait : On prétend qu'autrefois un animal nuilliloi me , terrible, désolait les rives du Khone, et que sainte Marthe parvint à l'exterminer. Pour rappeler ce miracle, on conserve avec un soin religieux une sorte d*énorme dragon de bois qui représente le monstre, et chaque année il est promené en processioa

LA VENV3 D^ABLBS

par les confréries. Si quelque curieux^ un

étranger par exemple, s'approche de trop près pour Texaminer^ rauimal^ mu par un homme caché dans son ventre^ le frappe de sa queue^ le renverse, et quelquefois le tue. Quand le sang du curieux imprudent jaillit sur le pavé; alors ils rient aux éclats , les Tarasconaisy caractères méridionaux s'il en fut, portant au plus haii( déparé les vices et les qualités inséparables du climat, et avec cela ayant une manière de bonne foi rude et peu précautionneuse. Voilà tout ce que je peux vous dire de TarascoU; n'y ayant passé que fort peu de temps.

Le 34 juillet, mes douces compagnes parlèrent de me quitter : je fus d'abord gravement surpris, mais elles s'expliquèrent. Je les conduisis à leur voiture > et moi je me dirigeai vers le pont du Gard.

Ce fut donc à Tarascon que les aimables voyageuses me privèrent^ pour trois semaines, de leur attachante société. Elles se rendirent à Orange, afni de prendre tous les arrangemens nécessaires à la nouvelle existence qu'elles allaient embrasser. — Gela est sérieux, me disait la belle veuve, durant que je la menais

1^ I*A TBHTS D'Atlilfltr

à son carrosse; dans un moU Je serai morte civilement» j*aurai échangé Thabit de deuil conlicie linceul du cloître; je veux résumer la vie : amour, prière, plaisir et mort, il y aura tout cela dans la mienne.

Ce fut d'Orange que mes suaves amieè écrivirent à la supérieure du monastère des Dames-de-la-Visitation^ ^ la Charité-sur-Loire, et qu'elles réglèrent tout ce qui concernait les intérêts réciproques. Nous nous étions donné rendez-vous à Yieime en Dauphiué, dans la modeste et excellente aubergi^ du sieur Roubière, successeur de Bouchu, bien préférable à la Table -Ronde, parce qu'on n'y voit pas de faquins; pour le 16 août. Je profitai de cette abftence, qui me parut longue etamère, pour aller à Uzès. Assez près de cette ville, se trouve le célèbre pont d' Agrippa ou du Gard.

J'avàis une lettre pour M. Lamac et une autre pour un aiuicjuaire de ce pays. M. Larnac était absent, je me repliai sur l'antiquaire. C'était un vieillard que ce savant, et je ne pus m empêclicr en le voyant de me dire : Oh ! la bonne téle d épicicr-droguisie ! comme on l'a écrit à propos de M. Kaynouard. Nonobstant cette téte^ le vieux archéologue me

parut un homme instruit , complaisant et débonnaire. Il voulut m'accompagner au pont

du Gard , mafjnificence romaine qui conduisait les eaux d'Uzès à JNîmes.

Ce serait me moquer de vous que de vous décrire ici ce qui a été décrit en cent eadi oits divers (lîoileau). Je me bornerai à vous dire que le Gardon coule sous ce majestueux édifice, n y a , vous le savez^ trois rangs d^arches superposés, bâtis de pierres de taille d'une grosseur et d'une longueur prodigieuses. Le premier étage offre six arches, le second en a douze (le même hauteur que les premières; mais le troisième étage, qui a trente-cinq arches^ parce qu'il se lie à la partie la plus évasée des deux versans de raontajjnes, est plus petit que les autres. C'est le plus majestueux ouvrage des Romains^ qui existe dans les Gaulesl Le pont supérieur a trois cents pas de long. Au haut d'un pied-droit de la troisième arche du second pont^ est la figure d'un lièvre presque entièrement mutilée.

J'ai eu la sodisc d'inscrire mon nom sur le monument créé par le gendre d' Auguste, pour corroborer le proverbe : Nomina stuhorum semper peu iellhas insan l ,

128 LA TSMT8 D^ABtiBS

£n quitUnt Uzè», je voulais aller m envelopper d'ane large et paissante poésie , durant

cinq jours, à la G rande- Chartreuse , par Valence ^ Romans, Beauvoir et Grenoble

Je ne sais quel caprice me mena , à travers

les affi euses et tristes montagnes de Briançon , par Chambéry, Aix-les-Bains et Aiiuccy, à Genève , cette ville antique qui conlinait l Allobrogieà l'est, et qui, au xvi' siècle, souffla la 1 éfoi malion sur quelques provinces méridionales des Gaules, mais ne put ku laire enjamber le cône sublime de ce Mont-Blanc queNapulcoa, qui aimait à se mesurer avec les grandes choses , fut si enchanté d'inscrire un jour sur la carte de l'empire français.

C'est une belle, opulente et hospitalière cité que la moderne Geneva. Administrée à fort bon marché par une aristocratie quelquefois jalouse de ses prérogatives, maïs lonjoai s sage , paternelle et éminemment intègre (a).

(A) Admirable conscience, probité rare et exemplaii'e Jamais à Genève un mag.slrat , uu membre du pouYOïr exécutif, n'a détourné UQ seul lloria à son profil, parmi les deniers publics.

tiA YBZtTft D'ARLBS

peuplée de riches étrang;ers qui y apportent Ïeur8 goûts y leurs habitudes , et y échangent leur or contre une vie commode^ élégante, facile, contre l'aspect de délicieux paysages : Genève est, sans doute , un des plus agréables séjours qui soient sur cette terre.

Rivale de Bruxelles (cité catholique que j'aime tant avec Lyon), comme centre actif de publications, de réimpressions, de contrefaçons de tout ce que la presse livre d'important dans les diverses langues européennes (a), comme ville de civilisation , d'actualité littéraire, scientifique et fashionnable , comme rendez-vous des opulences voyageuses et des infortunes qui s'exilent, Genève peut être considérée à la fois , moralement parlant , comme un loyer de réilexujn, et sous le rapport social, comme un sol'neutre placé au cœur de FEurope , où toutes les nationalités fraternisent, où toutes les sommités d'art , d'intelligence, de naissance et d'argent des divers pays, viennent, un instant, se serrer la main dans le salon de M. de Sismondi, au concert^ au Casino, ou à la société de lecture.

(i) Prmcipalcment le français, l^anglais, ritalien el Talleuiand.

IiA TllfVfl D'AHLBS

Ici, des iiiibiiuclt's légu litres, sérieuses, qui limitent le luxe sans TesLclure; ici une autorité prévoyante et sobre» qui témoigne de son respect pour le public , et pourvoit minutieusement à ses besoins , à ses plaisirs , à sa commodité (a). Ici , de la philanthropie sans jactance f du patriotisme sans rouerie , sans jargon , sans phraséolo,<^ie de clubs , de la fierté sans orgueil, et un immense entraînement vers tout ce qui est économie publique, progrès^ utilité , bien-être et amélioration de la corn-

(a) Partout des promenades publiques admirablement disposées pour que le promeneur y soit à l'aise, ombragë et

ravi : partout, sîir ces promenade»; , flec bancs on pUilôt des canapés de bois proprement verni , avec dossiers mobiles que le rêveur ou l'oisif peut tourner, à son gre', vers le côté qui lui sourit. Sur les bords du Kliùne et du lac , des boites de secours pour les noye's ; daiis la plupart des porteries et dans tous les édifices publics, des seaux destinés aux incendies. Sur les routes et cbemins vicinaux (entretenus arec un soin étonnant) , des bancs étagés pour les laitières et autres habilans des campagnes qui portent des fardeaux sur la tête , cl peuvent, sans peine, se délasser en de'posant momentantMneat leur charge sur un gradin placé à bauleur de tête, et s'asseoir sur l'autre.

A Genève, il est d'usage que les lettres jete'es a la poste avec des adresses défectueuses ou restées au rebut, faute d*affirancbisseroent pour les pays étrangers o4 U est de ri«gueur, soient exposées derrière les vitrages extérieurs des bureaux de VofUce de la poste , méthode parfaite qu'on devrait bien imiter en France.

LÀ TBIfVS B'AaLBS 151

munauté. Ici encore, une charité prodigue^ une philosophie pratique indulgente, raisonnant assez l'existence liumaine pour la régler, et ne la pressurant pas au point de flétrir la dernière fleur de poésie qui la caresse. A Genève, tous les hommes sont citoyens par caractère et presque tous par droit (a) , tous les monumens sont des promenades, des sites et des montagnes toutes les églises (b) des temples nus^ et comme des corps sans âme. A Genève , pas un seul pauvre qui voua montre les trous de sa casaque, qui vous tende, sur la voie publique , sa main décharnée et livide^ pas un bandit imberbe qui crayonne des invectives sur les murs et insulte aux passans; pas un cj uclicleur qui vous jette d'insolentes

(a) Lelcens électoral est de 15 florins.

T^es barbiers sont des csp*'TPs <1p personmcfos à Ocîicve : leur ininislèrc se pale plus chci emcut qu'eu aucun lieu de l'Europe. — Serait-ce parce que plusieurs d'entre eux exercent e-ncore la chirurgie ministraute, f^ui est à lu me'decinc ce que le goujat est à Tarcbitecte ? — Avis aui barbiers sans barbe à raser de ia France et du Piémont. J'ai remarqué aussi qu'il nV a |ifls de ville o& la manie de se faire traîner en voilure et en char soit ansrî populaire et aussi gene'rale qu'à Genève , et où Po'n voie autant de télescopes et de longues vues braquf^s aux fenêtres.

(b) a rexceptiou de la ])<îlilc oglise paroissiale de Saint- Oeriuaiu , où le culte est toul-à-fait de'iiue' de majesté'.

hk TBVTS DUnLBt

et grossières paroles; mais un nombre prodigieux d*auberges et de maisons meublées attendant les visiteurs et les curieux^ pour lever de gros impots sur leur bourse.

Cette population exotique mêlée aux races indigènes, cesfluls de (grands seif^neurs français, russes y allemands, italiens, anglais, répandus dans la cité et dans les villages enchantés qui la ceignent de leur réseau d'ombrages, ont neutralisé les mœurs locales du chef-lieu de la petite république et du canton de Genèye, sans toutefois leur ravir un genre d'individualité très-précis. Cette individualité, elle consiste à s approprier tout ce qu'il y a de bien chez les nations voisines. Ainsi, Genève a imité de la France son exquise uibaiuLé, son bon goût en toutes choses, son amour des convenances, sa délicatesse et son aménité sociales ; de la Grande-Bretagne , ses principes de gymnastique et d'éducation, ses habitudes graves, réservées, ses idées rationnelles appliquées à la vie privée , ses raout , ses ikés , ses recherclies du confortable ^ son luxe de chevaux et de voitures; de l'Italie , ses traditions d*arts ; de la Germanie enfin, sa passion pour les livres, l histoire philosophique et les sa-

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LA VENVS d'AAUE»

vantes études. Et n allez pas croire (jiin de toutes ces importations résulte une pliysiouomie pftle et difHuente ; non » civilement parlant , surtout, il est encore facile , en ce pays, de distinguer Tindigène du coion et l'hôte du citoyen. Sa constitution politique elle-même semble être Texpression d'un choix fait parmi tous les systèmes de gouvernemens représentatifs, réduits à des termes simples mais précis. Ces élémens , l'esprit public de la repu-* blique s'est chargé de les unir, de les cooi do>iner^ de les adapter aux mœurs et aux besoins^ de les rendre homogènes; il les serre dans ses bras, comme Fëtat genevois est serre par d'étroites limites dans son magnifique territoire (ik). Sage dans son administration cantonale , toutes les fois que Genève a été consultée j)ar le directoire exécutif de la confédération (i)0xwA^/orori) , elle a témoigné hautement de son patriotisme; et dans son concours près de la diète helvétique, Genève s'est toujours mon trée éminem ment fédérale.

Je ferai un faible reproche aux administrations qui dirig^ent ces divers établissemens pu-

(a) Le cautou de Genève , ville comprise, renferme environ 95,S0O âmes.

154 I.A YKHTS D'ABIifiS

blics, c'est qu'elles tiennent trop liahituelle-iijent f er ï i l es ceux que i éU'au^er reche relie avec le plus d'empreMcment, comme la bibliothèque et les deux musées, et qu'elles forcent ainsi le voyageur intelligent à se livrer à la merci d^un concierge toujours prêta recevoir une offrande, mais rarement à la gagner par une coiuplaisance patiente et éclairée (a).

Quelques-uns, sans doute, m'accuseront d'avoir jugé Taristocratie dirigeante de Genève avec des préventions favorables. On me dira que le syndicat se perpétue dans certaines familles (b) ; qu'une pensée d'égoîsme qui parfois vent gouverner la communauté comme une boutique, est au fond de cette aristocratie commerçante et vaniteuse ; qu elle exclut le pauvre du canton, et ne souflre pas que l'étranger sans ressources vienne s'établir dans

son sein ponr y gagner du pain Je

répondrai que je n'ai d'inclination ponr au-

(a) Je sais Lieu ({ue dans une ville où les premiers magistrats (les syndics) reçoivent 1,500 francs de salaire, et rendent des comptes fidèles de leur gestion, où. les foncticos de bibliothéciûre, de conserrateur de musée sont gratoiles, il a fallu borner la peine ; mais les limites sont trop étroites.

(b) Gomme c*est l'fSecUon qui le perpétuelle reproche est sans valeur*

cune aristocratie, et encore moins pour celle de l'agiotage^ deréchéanee, du report, que pour tonte autre : je demanderai où se trouve ici-bas ie gouvernement parfait , je demanderai si je n'ai pas eu raison de louer celui qui a réalisé beaucoup de bien*étre et d'incontestables iuncliorations.

Chacun a sa mission sur cette terre : ma mission^ à moi, c est d appeler les peuples au catholicisme et à la véritable liberté par la poésie, par rhisLoire, par les impressions de voyages, par Tarchéologie, par le roman. Je la poursuivrai; mais je neveux jamais démoraliser les nations et leur donner des haines. Si j'ai été juste pour uu pays protestant, c'est que j'ai vu beaucoup d'excellentes choses en ce pays. Quand le bien vous frappe aux yeux, pouiquoi déterrer le mal? Pourquoi aller chercher la cupidité dans T arrière-boutique du marchand genevois , quand sa sévérité en matière de obilé et de fidélité à remplir ses eiàgagemens s'ofire à vous dans le magasin ? Pourquoi examiner les rouages d'un gouvernement à la loupe, quand l'intégrité et la sagesse du magistrat se révèlent par des actes journaliers?

On lait;, communément y une trop grande pari à la reformations dans les avantages que présente la constitution de la répnblîque de

Genève. Calvin a du son iniluence à ses qualités d'homme detat et non pas à son zèle de prédicant. Ce sont ses lois , son génie, le pouvoir 411 il y organisa, qui Tont naliorj;ilisr à Genève où il fut appelé , après en avoir été banni d'abord. 11 ne faut pas croire que ces prog^rès eussent été incompatibles avec le maintien du culte orthodoxe. D'ailleurs la plupart des peuples qni ont accueilli la réformation, étaient prédisposés par caractère et par tempérament à recevoir les idées de liberté civile qu'elle entraînait^ sans en abuser. Genève, où Ton examine toutes choses à froid , se trouvait surtout dans ces conditions. Calvin a résumé les mœurs genevoises, formulé leurs besoins , et ne les a pas formées.

11 n'y a guère qu'un seul édifice christofrank de quelque valeur, en cette cité, et encore, ainsi que je l'ai indiqué ailleurs (a)» on a commis la faute d'y incruster un flagrant anachronisme ; dans une layade grecque qui

(a) Voyez la lettre arc hc^ologique à MM. de l'académie royale des inscriptions et belIes-leUres.

Digitizod

gëinit de se trouver adossée aux lignes du moyen^âge, bien que ce péristyle d'un travail estimé, soit une imitation de celui du Panthéon de Rome, et que le jjlau en ait été trace |>ar le comte Aliieri , oneie du fameux tragique de ce nom. N'eût-il pas beaucoup mieux valu, au lieu de plaquer là ce portique (commencé en 1749), respecter le vieux pignon couronné d'un clocher , dont la gravure de Diodati (de la fin du XV I i*siècle) nousa conservé l'image. Cette é(jlise christo-franke, ou régnent à la lois la transition^ le xiii* et le xv'' siècle^ c'est l'ancienne cathédrale de St.-Pierre, où furent les chanoines et les évêques. . . quand Genève avait des Adhémar et des Jean de Brogny (a). Il y a aussi à Saint-Pierre des stalles admirablement sculptées; mais elles pleurent le clergé catholique qui, à l'aurore^ y psalmodiait les matines, et l'enfant de chœur qui y promenait l'encensoir durant les solennités de la messe. Maintenant qu'il n'y a pa^ même d'évêques in partihus à Genève [comme le fut fillustre saint Fran-

(a) On n'est pas bien certain que ce prélat, dont le nom

est si populaire à Genève, y ait jamais réside'. La tradition vent que ce soit à Jean de Brogny, achetant une paire de souliers à crédit, qu'un cordonnier répondit : « Vous nie «r tes paierez qiiaud vous serez cardinal. »

hà TS1IT8 D^ABLBt

çois de Salesj (a) , cet édifice n est plus qu im temple tombé aux mains arides et sèches de ce protestantisme rongé par les sectes^ les mo-

miers, les aiiaba[>iistes, les illuminés^ etc. En vain r on cherche au &îte des tours de St.-Pierre la croix ^ emblème de la rédemption; on n'y voit que la prosaïque (jirouetle , symbole àcs variations de 1 hérésie. Comme dans la catiiédrale de Lausanne^ on sent^ en entrant dans ce monument, que la pensée qui l'érigea Ta quitté aujourd'hui (b). « L Evangile a soujflé tout ùas, » (Bonnivard.)

Disons-le avec plaisir , tous les cultes reçoivent à Genève la même proteciion. Bien que

(a) Il y a ponrlant tm prëlal qui tieol le jusle milieu enire l'ëvêqtie in parlibus et I t'vcfjuc en office. Ce prélat, (îont radiiiiuislration spinltielle et temporelle s'élcnd surles caillons de Vaud, de Genève et de Fribourg, se qualifie dVvéque de Lausanne el de Genève. Il réside à Fribourg, luais D'est pas évéque de Fribourg, et n'y exerce les fonctions épiscopales que comme dans une difpendance de sa juridiction diocésaine. Les cathédrales sont li Lausanne et à Genève ^ mais ce sont vraiment des cathédrales in partihus. Ce titre ùkévêque de Lausmme et de Genève est une proleslation.

(b) line faut pas oublier In rlmpclle des Macchabccs fondée par Jean de Brogny, cardinal d Oslie. — Le tenijile de Saint-Pierre a 204 pied? dn longueur, dans œuvre, et 70 de largeur. — La tour du uiidi est une reconstruction radicale de 1510. Le vaste cloître qui ét£Ùt contigu à la basilique» fui brûlé en 1334.

LA VBNV8 D'ABLB8 139

le calvinisme soil la religion de la majorité ^ une louable tolérance s'étend sur les luthériens, les juifs ; et le (gendarme qui fait ronde autour du temple pour que le préciie ne soit pas troublé» ira s'installer vers Téglise catholique de Saint-Germain , pour ordonner aux cochers de ralentir le pas de leurs chevaux, dans tout le trajet de la rue qui avoisine la paroisse.

Fraueheuient ^ il n'y a pas à Genève un sentiment bien général de l'art antique» ^^j Y ai vu avec horreur» TU ridicule et rococo dans presque toutes les légendes latines inscrites sur la pierre. — Ce u est pas à Lyon qu'on outragerait ainsi Talphabet lapidaire. — ^Gette petite capitale du Faucigny (duché de Savoie) » bâtie à l'ombre du Mole et sur la routtj dtb (places éternelles» Bonneviile, que Genève peutêtre regarde en pitié » pourrait faire la leçon à cette dernière , en ce qui touche à l'orthographe des inscriptions.

Sur la colonne élevée à Bonneviile» par les habitans du Faucigny , à Charles-Félix» roi de Sai'dai(jne, et sui inontée de la statue de ce prince» en mémoire des travaux qu'il fit exécuter à la rivière d'Arve » on lit les inscrip-

lions 8ui vailles. A propos du sens moral de ces inacriptionSy où la phraséologie laudattve est extrêmement tempérée , je n'irai pas répéter ces éternels lieux, communs de tributs adulateurs à t usage des rois et payés par les peur pies; s*il y a des municipalités servîtes , il faut bieu convenir ausbi qu'il se rencontre des monarques paternels , justes , généreux et patriotes. Je me bornerai à citer ces inscriptions comme des modèles de bonne latinité et d'ortbo(]^raphe lapidaire. Une des faces du piédestal de la colonne (celle de nord), renfermant un bas-relief allégorique , il n'y a que trois légendes y elles voici exactement relevées:

(l-ace d'ouesl.) ARVAM

AGROS. SFFVSB. VASTÀKTBM RBX. KAROLVS. FEUX DBSGRIPTO. ALVEO. OPPOSITIS. AGGEBIBVS.

COERCVIT ANNO. M DCCC XXIIlï.

OPTVMO. £T. PROVIDENTISSIMO. PKlMClPi

FOCVNATBS

Digitizod by G<.jv.' .ic

LA VBHVS 0*ARL1S

(Face d'est.)

QVAB. AD. PROVIffCUB.

TVTAMEN ET. AD. POPVLORVM.

COM3IOD\ PROVIDENTIA.

OPTVMI. P&IACIPIS DECRETA.

8VNT. US. GVRA. ET. SOLERTIA

GASPARIS. BIBRONIMl.

lOANPTIS. F. ROGETI. GROLLEAI.

BONOPOLI COMITIS. EQVITIS MAVRIT. MAGNA. CIIVCE SVMMI.

MAG. AEG. MEGOTUS. IPiTERMlS DIRIGVNDIS. CIVIS. 8YI. AVCTORIS.

GONSILIOR. OPTVHOR.

PfiRFBCTIS. PROBATTS LAETANTYR.

FOCViNATES

(Face de sud.)

REGI. KAROLO. FELICI R. VICTORI. AMED. F. R. KAROL. BMMAN. N. COIfSERVATORI. FIIflVH. ET. ARVORVM

CIVITATES. FOCVNATIVM AD. MEMORIAM. A VSPIC ATISSIMI . QVI. FVIT ml. IDVb. AVGV8. A. M DCCC XXllll. QVO. DIE. PROVINCIAM AB. AMNIS REGYM. ADSPECTV. GARENTEM PRAESENTIA. SVA. BXBILARAVIT.

BRBXtT

142 LA YtfVYS D*ABLB8

Si mieux n uunez aller à Lyon , apprenez donc à iionoeviLle j sérieux Genevois , avec quelles lettres et quelle ponctuation on doit mettre sur le marbre la kui^^uc des savans^ et ne brisez plus , dorénavant , le cœur de Tarchéologue^ en écrivant^ comme vous le Êiites, la légende de votre cité : Post tenehras lux, lorsqu il est de rigueur qu elle soit gravée ainsi :

FOST. TËNEBRAS. LVX

Civilisés eu toutes cboscs, ne demeurez pas épieiers et marchands d'huile de poisson en celle-ci.

Saurez^ lecteurs et lectrices^ à propos de cette

devise (a), que les armes de Genève sont un

(a) Avant la r^fomution, ceUe devise adoptée par un évéque de Genève, éXaÀX ainsi conçue :

POST. TBNCBRAS. amO* VftXM

On trouve qudquefois le snuao sous-enteodu dans les devises tin moven-âi^e.

A la face ouest de la porte de Rive , on voit la légende écrite avec le V. L éciisson porte le millésime 1695.

A l angle de la rue Ferdmne y on remarque un fort joli ëcnssoD encadré dans un trèfle à quatre lobes> avec le miU lésime 1554.

Gel écusson du IG»* siècle porte les armes de Genève.

LA YEUYB D*ARLBg

écu représentant^ sur champ d or, un aigle écarteléy et une clé (k) sur champ de pourpre, avec la devise précitée , le tout surmonté

d'un soleil rayonnant, et portant dans son centre le monogramme :

IHS

c'est-à-dire: iesvs. hominv.m. salvator

(a) Cette clé, c'est celle de saint Pierre. Qui ne verra pas avec surprise la ville calviniste par excellence, la Rome PROTESTANTE , avoîr coQservc dans ses armes la clé du prince des apolres ?

GeUe clé était le sceau du chapitre de Téglise cathédrale de Saint-Pierre.

L'aif^leestiine tradiiiuii du temps où Genève fut ville impériale. Coorad-le-^alique^ empe* reor , roi de Bourgogne , le fit pour la première fois placer sur le portail de Saint- Pierre.

Mais, ce qu il y a de UKigique , de véritablement inconcevable pour celui qui ne Tapas vu, c'est ce territoire genevois, ce bassin éclairé par un beau soleil^ rafraîclii par de belles eaux, et encadré par la chaîne du Jura et les montagnes du Faueigny et duChâblais, ce lac immobile à l'étincelant azur, ce lac chargé de nacelles aux flottantes banderoles, qui rident amoureusement sa surface, ces suaves tnlle dont il baigne les jardins, ce sol encore moins fertile qu il n est admirablement cultivé, ces arbres plus ombreux et plus verts , ces fleurs plus caressantes qu'ailleurs^ cette végétation vigoureuse se détachant dans les teintes décroissantes d'une vive lumière, ces chênes, ces pins, ces prairies, ces coteaux chargés de pommiers, de vignes, de cerisiers, tous ces villages couchés dans les touffes de feuillage, sur le flanc de la colline , dans la voluptueuse vallée , entre le pays de Gcx et leLémau^ entre le Léman et les monts cliauves de la Savoie; tout cela ne peut être dessiné dans un H vi'e , il faut aller sur pla-

LA VfiNVS D'ARLES 145

ce pour le comprendre. Ilcrmance au nom pleiu de tendresse et d'euphonie, Pregny, Collonge, Vézenaz, Ghambésy, Mornex (a), hameau charmant adossé aux dernières racines du mont Salève, Mornex où ies maiades viennent endormir leurs douleurs, Mornex le Nice et rHyères de ces parages; Cologny (àColoniâ) où lialiita lord Byron (b) , tous ces lieux ravissans desservis par des roules ou des chemins vicinaux entretenus avec un soin prodigieux, tous ces lieux de plaisirs et de rêves , une f)oéti(pie et tiède mélancolie les parfume, et pourtant , comme dans les environs de Baden-Baden . une grande poésie manque à quelquesuns d'entre eux (c), . . . la foi catholique, qui

(à) Geliameaa, silnd à deux petites lieues de Geuève, appartient au Faucigoy (duch^ de Savoie).

(b) Lord Byrou habita pendant six mois la maison Diodati,kCologny.

(c) Dans presque toutes ces communes , Thomine des champs est demeure? calliolîqno; maîsc'est un pcaible spectacle qtjc celui de celle liilte peniiaoente eulre- le cultivaleor ({ul a garde- sa loi, et les opulences financières protestaiiles (jui joiiisseal de ses labeurs et piaulent leur leule fastueuse k côt^ de la cabane du paysan. — Voici un lait dccîsif. Une demoiselle protestante habitant la commune de près de Genève, était agonisante» La famille envoie chercher le pasteur ; il ue vient pas ; elle renvoie de nouveau une, deux, trois fois ; M. le pasteur s'abstient ton-

IiA VfiNVS D'AaLES

met sur toutes choses je ne sais quels nimbes rayonnanS) je ne sais quoi d'élégiaque, d'amoureuXy de touchant, parce qu'elle estle terme de comparaison suprême auquel Thomme rapporte tous ses senti mens.

Socialement et philosophiquement parlant, je respecte toutes les croyances (a); mais à moi catholiciiie , il sera bien permis de dire que je regrette que le schisme ait soufilé sur de tels sites, et désenchanté plusieurs coins de ce petit territoire serré, comme dans une gatne, entre la religion éclairée de la France et la religion timorée de la Savoie. . • Il me semble que sur cette nature si riche par elle-même et si riche par Tart qui l'a façonnée, le protestantisme a produit TeUet de la glace sur une eau murmu-

jotirs ; enfin, Talign^e de cette inconcevable négligence, la malheureuse famille allait faire demander h M. le ciir»' rathoUque de Vorsoix les secours de k religion de vt-rilé, et ses sublimes consolations, lorsque la demoiselle expira.

(a) L'absence de la foi catholique, qui assouplit 1 ame et parrume le cœur, ae fait sentir dans r^ducatioii des enfans geoevois des classes inférieures. Leur parole est aigre, acer» Le, dure, leur ton raisonneur, leurs manières sèches et hardies. Tout cela est le résultat immédiat de Tinflaence du proteslanlisme, qui ij»nnrc que Vcnfancc ne doit pas argumenter, niais seuJir. Plus lard, il est vrai, lage rectifie le caractère de ces enfans e'garés par une rafsoa anticipée*

Digitizod by G<.jv.' v-c

LA TBIIVS p'ARIiBS 147

rante et limpide. — A chacun sa foi. — Moî , je ne renierai jamais la mienne^ parce qu'elle chante dans mon âme , parce que je préfère le cœur à Tesprit, et le sentimentà la raison.

Ajoutons que les levers et surtout les cou* chers de soleil sont sublimes en ce pays. Qu'il lait beau voir les moats aux crêtes déchirées rayonner dans ces teintes chaudes et vives qui donnent tant de reflets aux glaciei^s^ tant de relief aux roches^ tant de couleur aux gazons ! Au déclin d'un jour dazur, couché sur le coteau de Pregny^ je regardais le Mont-Blanc : il m'en sou vient^ déjà le roi de la lumière s'était depuis lou(^-tcmps enseveli dans les profondeurs du Jura, déjà le pays de Gex était noyé dans une humide et grisâtre vapear, que le roi des Alpes étincelait encore. Seulement un lé/jer flocon de nua(je baisait amoureusement son front, et semblait une sylphide voltigeant sur la joue d'un héros

Je regardais, je regardais toujours; FelTet

148 LA VfiOiVS d'aalka

était enivrant : je ne pus résister au besoin de crayonner celte courte et rapide improvisation :

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