‹ La Venus d'ArlesChapitre 34 sur 41 · BOURGOGNE · texte numérisé non relu

BOURGOGNE

JiaV^£CH£VL FVST lADlS ROTKE FaAHCI.

MATHILDA. SYCMSA.

BVAOViroiK

AR un de ces jours de soleil qui deviennent si rares en France^ quand on a dé[)assé^ vers le nord, Tancienne province de Bourgogne , nous arrivâmes dans Fimmense et populeuse cité de Lyon* Réduite en cendres, au temps de Sénèque, saccagée par l'empe-*

&A rEWB D'ABLBt

reur Sévère ^ ruinée par tant de sièges et de pillages^ que de fois elle a relevé plus haute et plus fiére sa téte courbée par les orages ! que de magnifiques choses dédommagent ses habitans de leurs rues de fange et de leurs épouvantables carrefours, sans oublier les bains asiatiques (juc M. Sorbier vient de créer sur la place de la Miséricorde !

Dès qu'Isabelle* Marie de Nalia et Ludovie d'Orellane, dont toutes les pensées s'élevaient déjà calmes , poétiques , sublimes , vers le céleste rivage ^ eurent suffisamment vu les monumens civils , les églises de Lyon , et particulièi enient la chapelle de Fourvières, je m'empressai de les conduire à Bourg-en- Bresse , par Montluel , Mesimieux et Pontd'Ain. Bourg, c'est une petite ville où le moyen- âge vit encore , pleine de vieilles maisons de bois , perdue dans les pâturages ^ les vergers et les marais de Tancienne Séquanie. Elle renferme une a^scz bouue église du xvu* siècle^ sous le titre de Notre-Dame; mais ce monument est effacé par la basilique de Brou, silucc daiis un faubourg de la ville. Cet édifice est aux monumens christo-franks de la belle époque , ce qu'était l'art conlem*

hk TBirrs d'ahlis

porain de la Pompadour et de la Dubarry à ce système romano - français qu'on nomme

architecture de Louis XIV. C'est la ( ot ruption du type, exprimée d'une manière iautasque^ capricieuse , avec des intentions molles^ indécises, qui marquent Tabsence d'idéemère , et le passa^^e du grand style catholique aux profils monotones de la renaissance. Il faisait partie d*un monastère d'Âugustîns réformés , dont les bâti mens sont occupés aujourd'hui par le séminaire diocésain de l'évê^ que de Belley* Commencé en 1511 par Mar* guérite d'Autriche , veuve de Philibert II , duc de Savoie , il iùt achevé par elle en 1528.

L'église de Brou, d'une médiocre étendue^ n'est remarquable que par des beautés de détail. Elle renferme trois mausolées, celui de la pieuse fondatrice que décorent deux pleureuses d'une admirable exécution^ le tombeau de Philibert , duc de Savoie , son époux , placé au milieu du chœur, monument funéraire dun grand mérite (a)^ et le sarcophage de Mai^erite de Bourbon, mère du prince. Le

(a) La slaluc du prxucc et celles des geulilshoJiHaes qui portent ses armes sont d'un Irartil exquis.

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bedeau de 1 église de B/ (jti ne manque jamais de faire remarquer aux étrangers la chapelle de la duchesse. On y voit une cheminée à sculptures ingénieuses, de l angle de laquelle Marguerite d'Autriche apercevait le prêtre célébrant au maître -autel le sacrifice de la messe. 11 n'oublie pas aus^i d a])|)cler leur at-* tion sur les stalles du chœur ; elles sont en bois de chêne ^ et ciselées comme celles de la cathédrale d* Amiens , avec une prodif^ieuse délicatesse. Cette basilique qu on tienl habituellement fermée^ et qui ne sert au culte que comme chapelle du séminaire^ avait de précieuses verrières détruites par un orag^e, bien avant la révolution de 1793^ cette horrible tempête qui gronda dévastatrice et furieuse sur notre France monumentale.

Eu quittant Bourg-en-Bresse, nous traversâmes trop rapidement Màcon (Mastico)i ville ancienne, patrie de M. Alphonse de Lamartine, où la famille desMontrevel avait un palais qui sert maintenant de logis à la mairie^ à la société académique, à la bibliothèque et au théà* tre, ville d'élégance sociale, dont la vieille cathédrale est en partie ruinée^ et qui a le malheurde posséder un de ces temples modernes^

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aux lignes grecques, où le recueillement est impossible. Il en fut de même à Tournus (Tonnvtivm)^ dont quelques mauvais plaisans à calembourgs historiques, attribuent gravement la iondation à Tiirmu, que d autre part revendiquent Toumon et Tours ; lieu remar^ quablepar ses maisons à arcades, sa délicieuse position, et ses deux c[;lises de style christoroman ^ dont Tune appartint jadis à une vaste abbaye. Âu nord^ et assez près de cette petite ville, est une nionlagnc du haut de laquelle on peut embrasser un des plus beaux points de vue qui soient en France*

Nous nous arrêtâmes un jourà Châlons-sur^ Saône (Cabillo), si célèbre dans les anciens romans sous le . nom ôlOrbandale^ autrefois Tune des plus fortes places de la puissante république des jEduenSj et aujouid hui jolie cite, placée dans un pays charmant, ayant dês quais frais, propres, bâtis avec luxe, et une église du moyen-âge qui n'est pas sans valeur (rancienne cathédrale de Saint-Vincent). Je rappelai à mes compagnes que s^int Marcel avait porté le flambeau de la foi chrétienne en cette ville; qu'elle avait eu des conciles et des prélats illustres ; que , près de ses murs ,

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rempercul Constantin, allant attaquer le tyran Mas^ence, avait vu dans le ciel une croix lumineuse dont il fit reproduire Timage sur le laharum, et que GÔntran(A) ou Guntchramm y fixa le siège de son empire ^b), attiré, sans doute, par la douceur du climat et les mœurs hospitalières de ses habitans, si remarquables, de nos jours encore, par leur politesse, leur franchise et leur invariable aménité. 11 me prit, à Ghâlons-sur-Saône, une violente envie défaire faire à mes tendres voyageuses un assez long détour pour gagner l'antique métropole des ^duens. J'aurais vivement désiré qu elles péuctrasseuL au cojui uiéme de notre Bourgo-

(a) Le roi de T^nnrgogne Contran fonda au vr siècle le célèbre monaslèro de St.-Marcel, dans le lieu même où fut inartvrisé ce confesseur qui était venu prêcher rËvangile k Chàlons, sous Commode.

(b) Le palais des rois bourguignons éuit situtf sur remplacement du Châlelet. Thierri II tenait exclusÏTement sa cour à Ghâlons, et y faisait battre monnaie.

En général on s'entend mal sur le royaume de Bourgogne, li y en a trois : le premier c5labli par Gondicaire , qui passa successivement à Gondioc, Godomar Gondeband, Sigismond et Godomar TI; le second, partage entre les princes enfans di C Invis, par conséquent Franc (c'est celui-là qui eut Chalous pour capitale) ; et le troisième enfin dont fui investi le duc bénéficiaire de Bourgogne cis-jurane et de ProTence* Boion » par le concile de Mantaille.

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giic, cette magnifique province qui touchait à la fois aux portes de Lyon et aux barrièrea de Paris , et qu'elles connussent ses deux principales cités , c'est-à-dire Beaune et Dijon.

Ces deux villes ne furent d abord que des lieux de station pour les légions romaines. Ces stations légionnaires se nommaient, dans la langue de Jules-César^ castra statiça. Je veux bien croire que le premier MinerviAB Gastruh [le nom primitif de Beaune est MiNRRViA (a)] remonte aux commenccmens du haut-empire ; mais ce qu'il y a d'assez bien constaté^ c'est qu'Âurélien fit construire j Fan de J. C. 273 , la ceinture romaine dont quelques restes subsistent encore* 11 ne me faut rien moins que l'autorité de tous les écrivains qui affirment ce fait, pour Tadopter ; car il me semble bien étrange qu'Aurélien, qui régna à peine cinq ans^ ait pu bâtir tant de villes et de remparts dans les Gaules.

Les Latins étaient bien forcés d'échelonner ainsi des camps dans les provinces qu'ils avaient subjuguées , pour contenir les peuples

(a) Ce nom Tient de la première légion qui y campa, legio prima mUmvia,

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eL arrêter les incursioiis si communes dans ces siècles de guerres et de conquêtes. Il ne se trouvait aucune place forte entre Chàlons et Laiif^res, on jugea donc utile de placer deux castra métatious interoiédiaireâ^ et voilà toute l'origine de Beaune et de Dijon.

A Beaune, les Romains jetèrent les yeux sur cette petite éminence que couronne mainte-* nant l'église-mère de N.-D, , pour y établir un casirum, La salle^du^roi (a) , les rues Paradis, des Prêtres, Petit-Maizicres et de la Fontaine en désignent le circuit, et en for-

matent les fosses. Cette enceinte exiguë , de

forme presque ovale , couvrant en superficie environ 4,500 toises carrées^ avait deux issues, la porte décumane et la porte prétorienne. Elle ne pouvait guère contenir qu'une demilégion, c'est-à-dire 2,5U0 Uonunes et 300 chevaux \ Tautre moitié du corps stationnait dans le camp de Dijon.

Il paraîtrait que le Mi n er v i a.e Castrvm avait déjà quelque importance sous la tin du règne d'Auguste ou au commencement de celui de Tibère [Ij ; uiais il ne fut vraiment une forte-

(a) Le palais-de-justice actuel.

léA TBlfTS D'ABLB8

resse respectable qu'à l'époque où Aurélien , comme je Tai indiqué plus haut , fit élever ces

murailles de 16 pieds d'épaisseur [II], dont plusieurs portions considérables attestent encore la vigoureuse solidité.

Tout me porte à croire qu'un temple païen exista à Minervib ; et les groupes de figures grotesques qu'on voyait servir de chapiteaux à plusieurs piliers de l'église paroissiale de Saial-Pierre avaient été enlevés, sans doute, à ce monument placé non loin du lieu qu'occupe aujourd'hui Notre-Dame (a).

Une situation aussi avantageuse que celle de notre ville , une belle et salubre contrée , des eaux vives , le voisinage d'une voie romaine , y attirèrent vraisemblablement un grand nombre d'habitans. L'enceinte fortifiée ne put suffire ; les maisons sautèrent pardessus cette enceinte, s'éparpillcrent^, entamèrent la campagne , comme il arriva a la chère Luièce de Julien, et peu-à-peu Ton vit

(a) Il est très*probable que ce temple fut consacré Minerve. Les figures ^uliHses trouvées à Beaune^ viennent du temple des Druides ^ situe à Mavilly. Celles trouv(fes à Dijon provenaient jégaiemcnt d*un ancien coUége de prêtres celles étMbU$ près ije cette ville.

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se couvrir de demeures presque tonte la plaine qui précède Beaune, au nord^ jusqu à la route qui tendait d'Autun à Besançon par Crusi^ nium (a). Sans doute , ces habitations n'étaient serrées que vers le château qui les protégeait ; mais, en-dehors de la ville compacte^ était la ville clair-semée, éparse , dont les bastides des environs de Marseille , à la couleur de Tépoque près^ peuvent nous donner une idée [111].

Les ducs bénéficiaires ou révocables et concessionnaires gouvernèrent la Bourgogne de l au 880 à l'année 1032. Rlcluu d-le-Justicier, comte d'Autun , parait avoir été le premier de ces lieutenanfr>généraux de la couronne franque , nommés aussi patrices ou recteurs.

Dès le X* siècle, Beaune (s) eut ses comtes et ses vicomtes. Ces seigneurs y tenaient cha-

(a) Cvissey, à uoe demi-lieue sud de Dole. Ce lieu, jadis considérable, n'est plus qu'un hameau.

(b) Lorsque Beauae fut drigé en commune, en 1203, par le duc Eudes m, le sceau de la ville portait encore nne BeUone» On substitua plus tard à cette déesse TinDage de la sainte Vierge, patronne de la citë, avec cette légende :

ORBIS. ET. VaBIS. H0N08

Le GhrisUanisme, ainsi, conservait une partie des choses piâennes en les épurant; Tcaa lustrale, les nymphées, les

LA TBlTTt D*ABLBS

que année deux assemblées générales dans une salle qu*on appelait Mallvh pvblicvm^ et plusieurs audiences subalternes, connues sous le nom de petits plaids ^ assistés de quelques scabinion conseillers des missi domtnicL

Sous Gontran , Childebert et Thîerri , rois de Bourgogne , de la lignée franque, Cbàlonssur-Saône avait été capitale d'un état ; mais quand notre ()ays fut réduit en province , les gouverneurs, les comtes et les ducs iirent leur résidence ordinaire à Beaune«

Les ducs amovibles ou viagers avaient fini par se rundre béréditaires , parce qu'il est dans le caractère des hommes de perpétuer leur pouvoir. Gisleberty Hugues-le-BlanCy Othon, Henri-le-Giaiid ^ Otbe-Guillaume , habitèicut notre ville. Lorsque Robert 1" eut acquis celle de Dijon de Lambert « évéque de Langres, et donné le duché de Bourgogne à son fils , pour

images « parce qu'il n*y a qu^ime manière d'agir sur le$ hommes*

Dès le T* siècle, Beaane se notamait d^jk6Bt<iiA. Je ne vois guère pourquoi quelques historiens ont touimeiité Torigine

de ce nom, en le faisant dériver de Belisarta, surnom qu'on donnait à Minerve en quelques parties des Gaules. II est bien plus naturel, à mon avis, de le trouver dans Bellona, par contraction ou syncope, Belna»

LA TBIlTt D'ABLI»

en jouir en pleine propriété et passer à ses héritiers, succeueurs etayaoB^Ganse, la plupart

des ducs propriétaires de la première race, ^ont la ligne commence à Koberti"^ et finit avec PhilippB'-de-Rimvre^ firent leur séjour

à Dijon.

tiependant , plusieurs de ces princes , entre autres Eudes 111^ tinrent leur cour à fieaune, qu'ils créèrent le centre de toutes leurs grandes juridictions^ et rendirent comme la capitale de toute la duché

Dès que cette ville eut été cédée aux premiers ducs propriétaires de la race royaïe , ils y établirent un prévôt qui rendait la justice en leur nom et recevait les droits de leurs domaines. Ils respectèrent l'enceinte romaine qu'ils avaient trouvée toute bâtie. Leur palais occupait l'angle sud-est de la forteresse latine [V]. La chapelle ducale était celle de Saint-Baudel , seconde église chrétienne de 9eaune. Le parlement^ qui siégea [Vi] dans cette cité jusqu'à l'époque où Louis XI le rendit sédentaire à Dijon , tenait ses audiences dans la saUe du roi, reconstruite sous la deuxième race de nos souverains grands-feudataires. Ainsi ^ le château, la chapelle, la

cliancellerie et la salie des Étais ou Jours Gé^ nératM^f étaient contenus dans leSTieiUes foi> tifications d* Aurélien , recrépies et percées de créneaux suivant les usages du moyen-âge* Tout cela ne tomba qu'après la réunion du duché; on autorisa les éhanoines a puiser dans les décombres des mui s latins.

Beaune était alors une ville fort iniportan* te : la cour des princes qui Thabitaiént souvent , le tribunal des jufjes d'appeaulx j VU] , le parlement ducal, y attiraient lalbule de tous les points de la province. Sous nos ducs de la première race, une nouvelle li^jne de murs vint clore la cité dont le château occupait la portion la plus occidentale (▲)• A celle-ci siic^ céda, dans le xnr' siècle, la circonvallation qui existe encore aujourd'hui, et dont les beaux remparts forment une agréable promenade du haut de laquelle on apei^oit notre plaine fertile, notre campagne reposée, et nos renommés coteaux.

Mais il faut distinguer trois âges de construction dans les murailles qui ceignent la

(a) On voyait eocore , il y a peu Ue temps ^ quelques tours j restes de cette eoceinte.

tÈ% LA TBVTS ]|*ABLBft

ville actuelle. Le premier est empreinl sur les o6n€9 aigus des petites tours du xiv' siècle ; le second sur les quatre boulevarts revêtus de

moellons taillés eu pointes dediamans, bàtis en même temps que le château [Vlll]^ par Louis XII ; le troisième et dernier sur les cinq gros bastions de 1569 ^ eon temporal nt. de Char-^ les IX , connus sous les noms de Saint-Nicolas^ de Notre-Dame^ Saint-Martin , Sainte-

Agathe Lt de Condc.

Les ducs héréditaires et souverains de la seconde race ^ Philippe-le-Hardî , Jèan«sana- Peur,Philippe-le-BonetCharles-le-Téméraire, firent de Dijon la capitale de leurs vastes états; mais le parlement ducal n'en continua pas moins de siéger à Beaune , jusqu'au temps où^ comme je l'ai dit, il en fut créé un à Dijon, en 1476» à l'instar du parlement de Paris, alors que noire province fut définitivement réunie à la couronne de France^ au mépris des droits de Marie de Bourgogne.

Tons les grands sagneurs» les évêques et les abbés de la province qui avaient le ui liolel à Beaune, allèrent se lixer dans la nouvelle capitale y près de la cour hrillante de la maison de Bourgogne, et liolie Cité perdit beau-.

Digiii^ua by CiOOgie

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coup de son rang et de son éclat. Cependant , nos ducs de la seconde race la regardèrent toujours comme une des places les plus importantes de leurs vastes domaines, et Ton voit Fhilippe-le-Hardi lui concéder^ en 1390^ un octroi pour la construction de ses murs (a), et Philippe-le-Bon lui accorder un subside pour élever Thôtel-de- ville. Ces princes^ si souvent occupés dans leurs provinces de Flandre et d'Artois; ces princes, que les pères du concile de Baie investirent du titre de premiers ducs de la chrétienté, négli[>èrent , il est vrai , le palais ducal de Beaunc cL les châteaux de Pomard, de Voilenay [IX], de Pouilly-sur- Saône et de Saint-Romain ; mais ils se plaisaient à embellir notre ville , et ils se montrèrent toujours Irès-genéreux envers l'ancienne capitale de la duché,

La translation du parlement à Dijon acheva de faire déchoir la noble Mine/vie de son ancienne splendeur dans cette Bourgogne gouvernée^ durant trois générations, par Rohertle-Fort et sa postérité jusqu'à Hugues-Capet.

(a) Les tours surinotilees d'au côae aigu de tuf appât* tiennent à cette époque.

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Elle ne conserva dii an capitalité perdue qu un seul privilège, celui d'être la seconde ciié de la province qui nommait le député du tier»* état aux états-généraux. Maiulenant, c est le simple chef-lieu d'un des plus vastes , des plus peuplés^ des plus riches et des plus beaux ai rondissemens de France , avec douze mille âmes de population , un tribunal de première instance y un tribunal de commerce, deux justices de paix, un collège iinporlant, un théâtre, une vaste salie de concerts , deux hospices trés-remarquables , une bibliothèque publique des plus opuleiiles tju un puisse trouver en province, et plusieurs monumens. £Ue s'honore d'être la patrie de Gaspard Monge , fondateur de récole polytechnique , et d'un bon nombre de savans plus obscurs du xvi* et du xvii* siècle , dont le registre obituaire nous a conservé les noms , mais dont les écrits sont parfaitement ignorés.

Ajoutons que Beaune se distingua par sa fidélité à Marie de Bourgogne , après la mort de Charles-le-Téméraire , et à Henri IV durant la ligue. Nous avons dit deux mots de son histoire civile ^ jetons un coup d'ceii rapide sur celle de son Eglise. Cette ville n'eut

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un oratoire chrétien que dans le v'"* siècle.

On construisit y à l'orient , hors des murs du château , au miUeu du Polfandrium ( noXûsv- <fji»4ov), l ë(jtise de Saint-Etienne, qui fut ruinée en 732 par ces Maures ou Sarrasins sur le compte de qui on met tous les pillages et incendies de villes en-decà de la Loire (a). En vertu de la loi des douze tables ^ on ne pouvait pas inhumer dans Tintérieur des villes. Cependant, saint Romule et ses compafjnons, fuyant devant ces Sarrasins qui ravageaient la Narbonnaise et avaient saccagé, à Nimes^ le iiujiiasteie de Saint-Baiidel (b)^ apportèrent a Beaune le cuite de ce saint; et une chapelle qui subsiste encore^ fut construite y sous sou vocable , dans l'enceinte des murs. Telle lut la première église chrétienne bâtie dans l'intérieur de la ville ou du château. Après Tincendie de celle de Saint-Etienne^ on s'en servit pour les fonctions ecclésiastiques, et plus tard elle devint la chapelle ducale. Mais on s aperçut bientôt que Saint-Baudel ne suffisait

(a) Le célèbre prieuré de St. -Etienne , food^ ])ar le vicomte Odou , en 1004, succe'da à cette église primitive; et à ccliïi-ci, le tnonaslcre des ('arraélites, en 1620.

(b) Saiul-fiaudel ou Bausile.

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plus aux .saints oifices; et dès le x* siècle^ le duc bénéficiaire^ Henri-le-Grand, commença réglise collégiale de Notre-Dame , que nous voyons aujourd'hui. Cette basilique^ l une des plus belles et des plus vastes de la province , qui devint Féglise-mére et patronale de la cité, ne fut continuée qu'en 1080 par la duclicsse Mathilde, femme du duc propriétaire £udesP% Les églises paroissiales de Saint-Pierre ^ de Sainte-Magdeleine , de Saiiit-Martin et de Saint-Nicolas ne furent construites qu'un peu plus tard (a).

L'église-mére , si connue dans la catholicité sous le titre à! Insigne collégiale de Notre-- Dame de Beaune (b) y est un monument d'une intéressante labnque, et qui mériterait bien qu'une belle veuve et une vierge qui vont au couvent, se détournassent de leur route pour le visiter. Cette c^jlise , longue de 240 pieds , dans œuvre, et large de 87, exprime la transition avec ua calme sévère et de la grâce mé-

(a) Les églises de Samt-MarLin cl de Saiule-Magdeleine, détruites eo 1585, lors des guerres de religion , furent rebâties aux frais des paroissiens.

(b) Yoyex Notice sur V Insigne eçUégiale de Notre-Dame de Beaune, par Joseph Bard (France cathoUque , 1S«« /ivraison).

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lée de fermeté, fille appartient au style lonian; l'ogive 8*y montre pourtant fraternisant avec le plein-cintre y le coudoyant, l'entrelaçant^ non l'ogive arrivée à sa maturité^ c'est-àdire à Tare pur du fer de lance ^ mais l'ogive encore indécise, à peine sentie ^ douée d'une intention robuste, d'un motif solide, saiis iilets et sans moulure aucune. C'est le passage du système lombard au grand type arcbitectural catlioliquL' du xiu'' siècle.

Il y a, dans cette basilique^ quelques détails délicats^ et un ensemble attachant ^ malgré les diverses soudures de trois époques, à cause de l'harmonie des lignes, de Theureuse disposition des profils y de la hardiesse de la maîtresse-voûte , de la perspective imposante des pt 1 1 1 es. Les croisillons, Tapside, le rond-point de cette église, font honneur aux idées artistiques du maître de t œuvre. Il faut y admirer le eofire du maître-autel tout en iiiaibres variés , et plusieurs chapelles dépouillées par la révolution d'une partie de leurs splendeurs.

Il y avait, avant 1789 , à Beaune, une riche commanderie de Tordre militaire et hospitalier de Saint-Jean-de^érusalem > cinq paroisses^ un très-grand nombre de chapelles , un

collège régenté par les pères de i Oratoire , dix. ooovens d'hommes et de femmes i parmi lesquels la magnifique Chartreuse, fondée en

1332 par Eudes IV et Jeanne de France son épouse, un hôtel-de-ville d'une forme christo* franke, commencé en 1427 et décoré sous Louis XII d'une façade avec créneaux, tourelles^ écus , porcs-épics et tleurs-de-lis. Cet hôtel-de*viUe , placé au centre de la cité , méri* tait bien qu 011 le respect iit comme une tiadition ou une iégeude populaire,

Ge qu'il y a encore d'important à visiter à Beaune, c'est l'hôpital généraldu Saint-Esprit ou Hôtel-Dieu , hâti avec une recherche dont il y a peu d'exemples , en 1443^ par Nicolas Rollîn , chancelier de Bourgogne, dont on disait qu'ayant fait tant de pauvres en sa vie, il était bien juste qu'il leur construisît un asile après sa mort. Cet hospice, desservi par des hospitalières de l'institut de Malmcs, qui fournissent elles-mêmes des colonies à une foule d'hôpitaux, est un des plus beaux ^ des plus célèbres , des plus opulens et des plus vastes de TEurope. Il faut y remarquer la cour principale toute fermée de façades d'un pittoresque elFet^ la ilèche dont les proportions sont

admirables , le grand comble couronné d'une espèce de frise d'un goût délicieux, la salle du bureau, qui renferme les portraits de nos ducs de la deuxième race , l'immense salle qui sert de chapelle, la salle militaire, celle des incurables, celle de Saint'Hugues ornée de peintures italiennes fort estimées , les Jardins, et partoutcetteextréme propreté qu'on ne trouve peut-être poussée si loin nulle part. Tons les genres de services sont remplis avec un soin, une régularité et une sollicitude incroyables dans cette maison-modèle.

En (|iilttantrHot( 1-Dieu, allez voir l'hôpital de la Trinité (la Charité) , dont l'église bien bâtie est pleine d'inscriptions sur cuivre* Vous remarquerez sur la porte extérieure de cet important édiiice, la touchante inscription :

HOSPITA. PVPILLIS. DOMVS. HASC. FVJNDATVR.

EGENIS

PROVIDA. QVAM. PIETAS. ERIGIT. IPSA. REGIT

Il faut ensuite examiner le beffroi de la ville, ouvrage curieux du xv°^ siècle. C'est une flèche couverte de plomb, entourée d*une énorme quantité de giroucites^ avec têtes d'ani-

maux, dentelles ; oriiemens ë vidés à jour ^ et surmontée de la couronne ducale* On y remarque un très-beau cadran qui indique les

phases de la lune. Le gros timbre fut envoyé de Binant par Philippe-le-£on^ après le sac de cette place.

Visitez encore la bibliothèque publique, immense collection de livres et de manuscrits précieux, qui n* aguère qu'un défaut^ celui de manquer de littérature conteniporaine et d'un catalogue raisonné (a). Cette bibliothèque, composée de celles des abbayes voisines de Beaune et des archives de l'insigne collégiale^ occupe le bâtiment du chapitre attenant à leglise-mère de Notre-Dame. De là, vous irez à rhôtel-de-ville actuel (autrefois les Ursulinés) , curieux par la grotesque laeade qu'on y a ajoutée, et surtout par les statues raides , ridicules et efflanquées, en demi-relief, qui la décorent; puis le collège et sa belle église moderne ; puis la porte Saint-Nicolas ou du Bourg-Neuf, en forme d*aro-de-triomphe; puis encore Tef^^bse paroissiale de Saint-Nicolas, d'une fabrique ancienne, d'une couleur re-

(à) Elle coulicnt environ 30,000 volumes.

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marquable, ornée d*un tableau du xii* siècle; puis enfin des rues élégantes, fraîches , prop f'cs, de somptueuses maisons particulières, et de délicieuses pjromenades.

Peu de villes renfermaient un aussi grand nombre de vastes et beaux monastères que celle de Beaune. Pas un de ces mouuiuens n'a été utilisé, excepté celui des Carmélites, où Ton a mis les prisons et dont on eut dû rendre au culte la belle église , au lieu d'en faire une cuisine de soldats; et celui des dames Ursulines , où s'est logée la municipalité avec ses sergens-de-ville et sa bureaucratie. On aurait pu créer dans ces couvens des établissemeus d'instruction publique et d'utilité publique , de belles casernes; tout a été vendu , pour quelques assignats^ à des particuliers , et démembre par eux (a). Avec un budget de plus de cent mille francs y Beaune ne possède aucun établissement d instruction municipale. On parle beaucoup, en ce pays, de l'amélioration du peuple , et on ne lui a pas même

(a) Remarquons ici que peu de provinces posse'daient un aussi grand nomhre dVglises et de couvens que la nôtre : il y avait à Diion |)!us de trente églises. Auxerre, Autun, Beaune, en possédaieut un nombre considérable.

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donné une école d'architecture, de dessin linéaire et de géoméirie pratique.

Le génie de la destruction semble malheureusement s'être emparé de nos concitoyens, si généreux et si loyaux du reste, li tient a la vivacité de leurs opinions, à leur enthousiasme pour accepter, sans exumen et sans restriction , toutes les idées nouvelles et quelquefois des principes qui brûlent la société, cornme les icnai ilsalaquciieenilainmée brûlaient les moissons des Philistins, et à Tiulluence exercée par le commerce local.

Je n'irai pas reproduire ce que j'entends chaque Jour répéter: je ne dirai pas que cette influence est désorganisatrioe , qu'elle a déplacé toutes ses idées , désenchanté toutes les ailections, démoralisé la classe ouvrière; que le commerce , après avoir conquis > joué et perdu sa popularité, n*a montre avant, pendant et après, que de l'égoïsme né d'un cœur sec et dur; Dieu me garde même de penser tout cela ; mais j*avouerai que cette influence a été sur nos classes laborieuses une œuvre de mobilisation.

Qu*il est fâcheux aussi qu'on n*ait jamais sou^ê à ioruier, en cette cité, un musée public

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OÙ Ton aurait recueilli les tableaux, les marbres^ les inscriptions des abbayes et des monastères supprimés^ les débris, statues et basrelieis gaulois ou romains ^ trouvés en difTérens lieux de la ville , les armures du moyenâge, ces draprLiux de la ligue jadis mis en leur véritable place, prés du Dieu des armées, à Notre-Dame, et ces tables de bronze jetées à la bibliothèque comme dans des oubliettes.

La portion élevée de la société, àBeaune^ a résisté à la pente dangereuse du philosopbisme ; il y a encore dans ce pays , et c'est consolant à dire, uijc haute piété, et de nombreuses familles chrétiennes qui donnent au cierge et aux admirables frères de la doctrine chrétienne, les secours que leur refuse la commune.

Ceux qui ne comprennent pas les cantiques chantés vers la Noël par des familles de choix au coin de l àtre, et tous les touchans usages de vie domestique sanctifiés par le catholicisme ; ceux qui ne comprennent pas cette poésie de sentimens , de cœur et d'amour , sont peut-être plus a plaindre qu'à blâmer.

Combien j'ai regretté que les douces compagnes que le ciel me donna, n aient pas vi-

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site avec moi laucieiine et la nouvelle capÂlale de Bour^gogne I oombien j*ai regretté qu'elles ne (Usent pas connaissance avec Dijon!

Dijon ^ aiicieune ville d'états^ cité fashionnabl6> toute belle, toute fraicbe, avec ses moeurs faciles y élégantes^ ses habitudes d'étiquette » son exquise urbanité , son bon goût en toutes choses , sa passion pour les arts et pour le canfortcd^ie. de la vie, ses souvenirs de pompe Uucale, ses rues brillantes, ses hôtels, ses grav^ monumens, sa population de savans Qt de grands seigneurs, son ^lise de Sainte- Bénigne , élevée sur les ruines d'une magnifique basilique du x"" siècle (a)^ surmontée d'une Qècbe aérienne > monument si simple au-dehors , et si remarquable par son barinonie et son homogénéité au-dedans.

Ah! que j'aurais aimé qu'Isabelle-Marie, la sublime Vénus d'Arles , visitât i Dijon 1 ancienne grand'chambic du parlement de Bourgogne , bàtie par Louis Xll , le logis du

(a) Il fàut regreUer la fameuse rotonde qui était eontiguë au chevet de TégUse * élevée sur le tombeau et à la mémoire de saint Bénigne, détruite en 1793. Cétait un monument d^une haute antiquité. Don Plancher nous en a conservé le dessin avec celui de la basilique du x« siècle, de style ro* man» dans le genre d'Ainay de Lyon.

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roi , le musée , la salle des gardes , dans le vieux château de nos ducs , avec ses mausolées de Piiilippe-le-llardi , de Jean-sans-Peur et de Marguerite de Bavière son épouse , tous nos restes chancelans du moyen-âge , tous les manoirs des sei{jneurs, cette éfjlise de ÎSoU e- Dame (dont Souillot fit exéciUer un modèle en bois)y avec ses colonnes fuselées , reposant sur rextrémité des tailloirs des maîtres^piliers, et son portail unique dans son genre , où travaillèrent d'ingénieux tailleurs cCf maiges, le portail de Saint -Michel , dHugues Sambin y qui se qualifiait (a), au xyi^ siècle ^ architecteur de la ville de Dijon*.

Pourquoi donc n^ont-^elles pas parcouru en tout sens, Isabelle-Marie et Ludovic ^ ce Dijon si célèbre par son académie , Dijon > le Paris de la province, la cité de France qui a produit et allaité le plus grand nombre d lioiiiines de génie et la plus colossale de toutes les intelligences, Bossuet; celle qui ^ durant nos troubles, a tant perdu de magnifiques monumens, un cheval de bronze ^ une Chartreuse , une Sainte-Chapelle , où trois de nos ducs furent

(a) En soQ livre de la Diversité desUmps,

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baptisés, et où se tinrent plusieurs chapitres

de Tordre de la Toison-d'Or, q\i on ferait une énorme histoire de ce qu'elle n'a plus.

Pour aller à Dijon , nous entions pourtant passé par Nuits (Nvcivm, à Nvcibvs), ancien bourg du domaine des comtes de Vergy, et qui servit de dot à la belle Alix, épouse du duc Eudes III, maintenant agréable et élégante petite cité^ la ville de France de 3,500 habitans la plus civilisée peut-être , ville de luxe, de plaisirs et d'urbanité sociale, jetée dans une position riante^ au pied des plus célèbres vignobles de Bourgogne.

Nuits possède une église paroissiale de Saint-Sympliorien, d'un style robuste un joli beffroi, un charmant hôpital, et une autre église (autrefois collégiale) , Saint- Denis, qui avait une voûte de bois sculptée en parquet, d'une admirable exécution. On a eu la férocité de démanteler cette église^ avant de savoir comment on la réparerait , sur le sim* pie soupçon d'un architecte qui la disait peu solide, et la fabrique vient de la rendre au culte, moitié étranglée, moitié béante, moitié rhabillée, privée de ce clocher, que dans mon enfance je croyais le plus beau de 1: rance.

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