FL. VAL
CONSTANTIIfO P. F.
AVG« DIVI. VAL.
CONSTAMTI
AVG PII. FILIO.
Parmi les curiosités de ce lieu , il en est une qu'il faut consulter , c'est le registre où
LA TINVB D'AELSa
les étrangers couchent leur nom ^ si cela leur plaît. Vous y verrez les autographes et les réflexions fantasques ou lacétieuses d'une loulc d imbécilles qui, sans doute ^ ont cru s'adjuger un brevet dHmmortalilé , à peu près comme quelques caibonari pensent encore se rendre aussi redoutables que Milon de Crotone, en se décomposant les traits , et en se barbouillant de noir à laii e peur aux enfans. On dirait que tous les épiciers du monde se sont donné rendez-vous sur ce registre , pour faire assaut d'inepties. Nous ne quitterons pas le musée , sans parler .du monument qui lui sert d'asile.- Ici je m'écrierai encore , qui ne
connaît pas Notre-Danie-de-la-Vie?
Motre-Dame-de-la^Vie y c'est Tun des deux ou trois édifices tout romains qui restent debouty presque intacts, sur le sol gaulois. Les uns disent que c'était le temple d'Auguste et de Livie , et quelques présomptions donnent à le penser (a); d'autres , vu que
(a) Schneider a cru découvrir sur rarcliitrave de ce monument les traces des lettres : Divo Avgvsto et divab Atqvstab , par le procédé ingénieux que Scfguier appliqua aux édifices de Nîmes , c'est-à-dire en rechercliant la foniK des lettres, d'après la disposition des trous où elles étaient attachées. Je n'ai rien vérifié à cet égard.
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LA ?£NVS d'AAIjëS
ce monument est privé de cellaf soutien*nent qu'il était destiné aux juges des jeux qui se célébraient tout près de là (a). Je ne mettrai pas mon grain de terre glaise dans la balance ; mais je me renfermerai dans l'axiome du doute ^i bien exprimé par le bon Horace : adhvc svb iydige lis bst. Si , cependant^ j'étais harcelé de questions^ et qu'on me menaçât d'être aimé d'une femme athée^ laide et béte , d'entendre Touyerture de la Gazza ladra, arran(jëe pour deux 1 lûtes , ou le Barbier de Païsiello ^ après celui du maéstro Rossini^ si je demeurais muet comme M. S. . . . quand on lui parle de ses tableaux espagnols y je répondrais que je ne voia dans Notre-Dame-de-la-Vie que le prétoire [IX]. Supposons, avec M. Yietty^ que cet édifice est le temple d'Auguste> ce n'en est pas moins un monument à peu près parfait sous le rapport de Fart; orné d'un fronton simple et d*un goût exquis > entouré de colonnes corinthiennes cannelées^ d'un elTet noble et
(a) Cette objeetion a peu de valeur : qui ne voit que le nioijument en question eût ëtë la c^la elle-même, c'est-4i* 4ire le sanctuaire?
76 LA YEWVÛ D*ABLBt
imposant. Autrefois » le christianisme s'empara de ce lieu profane et en chassa la mythologie^ pour y placer Timage de N.-D.-dela-Vie; mais malheureusementi en épurant cette construclion romaine, en la parfumant de foi et d'espérances ultra-terrestres, en la peuplant de tendresses et de mystères , le clergé y a commis d'irréparables dégâts, effet d'un zèle maladroit et aveugle. La révolution sanglante de 1793 ehassa à son tour de ce temple le catholicisme^ comme luimême, dans ses jours de puissance, en avait chassé les idoles, et une pensée utile et vraie naquit de cette spoliation , car la seule destination convenable de l'édifice était celle duii m usée , et le patriotisme en a fiiit un monument national placé sous la sauve-garde des citoyens et des savans.
La chose la plus complètement vierge qui existe à Vienne, est ï obélisque^ communément nommé, par un pléonasme populaire , Pyramide de laigudle, CoriHiic tous les monumens de commémoration funèbre, il est situé près de la grande route de Marseille, qui alors, ainsi que je l'ai déjà dit, poi lait le nom de via Domitia, Ce qu'il y a de certain,
LA TBHTS D'ABLBft
Tt
c'est que cet obélisque est un cénotaphe ou tombeau vide. On a prétendu que c'était celui d'Alexandre Sévère; Chorier^ historiographe du Dauphiné, a écrit grayeroent qu'il avait été érigé en mémoire de Tempère ur Auguste. Kieu de tout cela uc me parait probable : ce cénotaphe , qui ne fîit jamais achevé, était trop simple pour un empereur et n'a pu convenir qu'à un sénateur viennois. L'auteur de la statistique qui se publiait » piii ieuilles détacliées, à Vienne, semble prouver victorieusement qu'il fut destiné à honorer la mémoire de Valerivs Asiaticvs, natif de Vienne, qui fut deux fois consul de Kome^ y possédait les célèbres jardins de Lucullusy et y avait pour maîtresse la belle Sabina Poppaîa, à laquelle Messaline^ femme de l'empereur Claude, avait voué une haine inextinguible (à). Ici encore, je ne puis m'établir juge : j'ai assisté aux assises^ j'ai entendu le plaidoyer des avocats , et je rends compte des débats.
(a) Voyez la 12»* limison de la slatisUqite de Vienne , qu'on doit TWement regretter de ne plus ▼oir paraître. (Timon père et fiU* imprimeurs à Vienne.)
LA D*AALB8
Ce qui reste eDCore de laùQ à Vienne, c'est une pile du [Mint romain^ au milieu du Rhô* ne^ vieux téuioiii d un âge de force et de puissance; ce sont quelques lambeaux des murailles qui soutenaient le jardin du palais des empereurs^ des débris iiiiposans de ces remparts qui ceignaient la métropole allobro- • gienne, des aqueducs ruineux, des parties de voies romaines^ quel(|ucs murs de soutènement» et des substructions latines sur lesquelles le moyen-âge a édifié. Ce qu'on retrouve^ eu ce pays, de ses splendeurs éteintes et de sa force anéantie^ ce sont quelques fondations pulvérulentes du temple de Jupiter^ du iliéàtre, du paiesUe ou gymnase, du temple de Mars.
Près du théâtre moderne de Vienne, sotte et puérile caiicature qui fait hurler les ruines sur lesquelles elle est placée comme une araignée sur un cadavre de lion, on peut voir trois ou quatre assises de la rampe du grand escalier qui conduisait au temple de Jupiter. Prés de Là était ramphithéâtre, près de là le Forum avec ses portiques de marbre, magnifiques promenoirs dont les cloîtres de nos monastères avaient voulu conserver Tirnage. Oui, allez
La VENVS d' A UL ES td
au théâtre actuel de Vienne , non pour y visiter ce monument (bâti en partie sur les ruines des thermes et en partie sur celles de Tancien palais des rois de Bourgogne , nommé plus tard maison forte des canaux) j mais pour admirer l'arc ou portique romain qui lui sert d'entrée, et dont la moitié malheureusement est enfouie dans le sol. MM. Rey et Vietty, dans leur grand ouvrage surVienne^ déjàcité^ ont réédifié cette ville, d'après ses ruines. Voilà une idée sublime. Regardez ^ regardez long-temps la cité latine, ces étuves, ce forum, CCS temples, ce cirque et tout ce monde animé , vetu à la romaine qui tourbiliouaait dans des rues si monumentales et si pittoresques ! . . .
La Vienne du moyen-âge n'offre pas moins que la Vienne latine , un champ immense à robservaLioii. iSous trouvons ici deux monumens religieux de rarchitecture clirisioromane (byzantine) , monumens si rares aujourd'hui , surtout dans le nord de la France. Les églises dont je veux parler sont flanquées d'une campanille où règne exclusivement le plein-cintre; et en les voyant , on se croirait dans la campagne de Ravenne.
LA YBIITS D*Aai*B8
Ces édifices qui» probablement» étaient jadis environnés de fossés et de fortei'esses, comme toutes les églises et les monastères érigés du viii*^* au iC^^ siècle^ et qui me paraissent dater de la fin du xi"^ , c'est-à-dire antérieurs de cent ans à Togive» sont Saint-André-le-bas et Saint-Pierre. ^11 ne demeure de cette aniiijue et illustre abbaye de Saint- Pierre que l'église; encore n est-elle conservée que parce qu'elle appartient à la iabrique de Saint-Maurice, qui la loue comme magasin ; mais les cloîtres» les admirables cloîtres» ils ont disparu comme toute notre vieille Françe, comme tous nos souvenirs de pierre, comme toutes nos merveilleuses et mystiques traditions. On ne voit nulle part, comme à Ainay de Lyon, qui est à peu près du même âge, la large brique romaine » dans ce monument exclusivement construit en pierre. Ici, plus qu a St.-André-le-bas» on remarquera le mélange d'un reste de pureté impériale et de sentiment ionique avec quelques traces du mau^ vais f^oùt des temps. De charmantes colonnettes flanquent les ouvertures» surmontées de petits hémicycles d'un effet bizarre surajoutés au plein-cintre; il y a dans le ton général de cette
Digilizeci
LA TBIITB D'ARLBS
église (et cette observation s'applique aussi bien à Sl.-André) une influence climatérique propre au midi , très-facile à distinguer et à reconnaître. Au reste, aucune église de Yien^ ne ne renfermait un plus grand nombre de tombeaux et d'épitaphes chrétiens et païens.
L'église de St.-André-le-bas n'a jamais été achevée. On ne sait vraiment où en découvrir les entrées, toutes les deux latérales et perdues dans d'inconcevables impasses. 11 faut deviner ce monument , où la place du chœur a été choisie d'une manière arbitraire, puisque rien d'arcbitectonique ne la désigne. Une partie des cloîtres de cette église subsiste encore; on y voit des frises, des modi lions, des boudins, des tores, des corniches d'un admirable travail, avec des ciselures, des entrelacemens, des découpures et des encorbeiiemens d'une délicatesse et d'un fini incroyables. Il est impossible de ne pas reconnaître là le ciseau byzantin. La campanilie qui ressemble beaucoup à celle de St.-Pierre, flanque la portion orientale de réf;lise, ce qui a fait croire à M. Yietty qu'elle a dû former la foçade principale. Je ne suis pas de cet avis, d'aboi d parce que la Ikçade occidentale
8f LA VENV6 D ARLES
n'ayant jamais été achevée, on ne peut rien établir de certain sur Fin teiiLion de rarchiCecte; ensuite parce que c'était un ordre établi dans la construction des basiliques, que toutes devaient iaire face au soleil couchant. A ma première visite à Vienne^ une troupe de barbouiiieurs était occupée à couvrir les murs de cette église de véritables décorations sce-^ niques , d'un burlesque , d'une bouffonnerie et d une grossièreté sans exemple, et j'inscrivais ces lignes sur les ailes d'églantine du Papillon : n Qui a donc donné des ordres « pour un semblabie travestissement?,., qu'on «me nomme ce furieux apôtre du mauvais ff [joût, je veux, au uorn de l'art outragé, lui (( faire une leçon qu'il n a que U op méritée. » Aujourd'hui^ l'œuvre de barbarie est consommée. J'ai vu It s sublimes fresques, j'ai vu les colonnes de marbre et de granit, enlevées à des palais romains , peintes en grisaille, l épitaphe du duc Ancemond [X] mutilée et badigeonnée , les chapiteaux bronzés, les inscriptions contemporaines des premières cryptes chrétiennes brisées à coups de marteau ; j'ai vu l'admirable choeur où l'on a simulé des pilastres et des fenêtres qui,
LA TSHYS d'ABLBS
pour le plaisir des yeux, se courbent comme la voûte et en suivent la fl^ion. J'ai vu tout ce gâchis^ tout ce cataclysme de facéties et de choses dignes des tréteaux de Bobèche et du boulevard du Temple ^ moins pourtant le soldat vêtu en fantassin de la lifjne , décore de la Légiou-d Honneur^ qu on avait ingénieusement placé sur les riveis du Jourdain^ entre des pharisiens et des gentils : je me trompe, on l'avait campé, je crois, comme un fourrier d'Abraham, à coté du buisson ardent. Je regrette, plus que je ne le saurais dire, qu'on n'ait pas laissé subsister ce voltigeur aussi fraià que s'il était depuis deux mois en garnison, et qu'il vînt de passer la revue du général divisionnaire. Je n'aime pas qu'on soit féroce à demi, et qu'on recule devant le quatre-vingt-dix-neuvième anachronisme. Oui, j'ai vu tout cela, et plus que jamais j'ai déploré qu'il se soit rencontré non pas un cliarlatan italien pour abuser un conseil de fabrique, et jeter de la poudre aux yeux d'un curé, non pas un homme d'éghse pour ordonnancer la dépense , non pas un marguiller ou un bedeau pour crier que la métamorphose est sublime; mais un fidèle pour
64 LA YENV8 D'ARLES
]a souffrir. J'ai appris aussi que ma première sortie, si innocente pourtant, avait déplu au respectable pasteur qui dirige la paroisse de St.-André-le-bas, et (jii'en deux proues, il m'avait signalé à ses ouaiiics comme un sans^uhiie , un bonnei rouge et un buifeur de sang. Je n'impute qu'à son zèle ces expressions injurieuses y que je ne mérite certainement pas. Je n'ai point outragé le sanctuaire, Dieu m'en garde! j'ai sifflé les pantalonnades muettes et immobiles qui se jouent en permanence dans un lieu où tout devrait être Pfrave, solennel et noble comme la pensée catliolique^ et je les sifHe de nou* veau. Je finirai cette sotte matière par un conseil au curé; c'est celui de ne plus songer aux sommes exorbitantes qu'il a mises dans la besace d'un misérable artiste, et de demander encore un faible secours à Tinépuisable générosité de ses paroissiens, pour effacer jusqu'aux dernières traces du travestissement.
Les é[>lises de St.-Pierre et de St.-Ândré en remplacèrent d'autres plus anciennes^ qui portaient déjà les mêmes noms. On y trouve des inscriptions antérieures à leur réédification. L'église de St.-Ândré-le-haut^ aujour-
LA VEMVS D ARLES 8j
d'hui convertie en magasin ; celle de Notre- Dame-de-Lisle qui fut cédée aux lios|>ice$ de Vienne; et celle des Templiers, dont quelques vieux murs délabrés existent encore^ sont d'une construction plps récente. 11 y a aussi à Vienne trois temples, souterrains fondés par les Juifs, qui servent maintenant de caves à des particuliers. L'un est situé rue Marchan* de 9 dans la maison Fayard f l'autre, rue de TEperon , maison alentin; le dernier enfin^ rue des Clercs^ maison Bonnier*
On ne peut croire de combien de monumens de l'architecture relifneuse et civile du moyenâge^ les révolutions onl dépouillé cette cité. D'abord y le fort chrisfo-frank d'EvMEDivM {^Pipet); puis la forteresse redoutable qu on nomme la Bastie, jetée sur la crête d'un rocher^ et dont les murs actuellement existans, ces murs qui dominent la ville de leurs dents noires et chagrinées , sont les ruines d'un castel qui servit aux arche vê(jues-com tes de Vienne, à peu près comme le château de Pierre-Scise aux archevêques-primats de Lyoii. C était ré[jlise et le eouvciiL des Dominicains^ fondés par les Viennois en 1383, sur les restes d*une ancienne église dédiée à Motre-^
LA TBlfVS b^ARLBS
Pame-d'ûutre-Gère ; ç*é(aît le monastère des
Carmes, ctabli oiizc ans plii8 tard par Pierre du Rivail, seigneur du Lieu-^Uieu ; c était la basilique qu'on vit jusqu'en 1568 sur la place ModènCy et qui portait le nom Saint-Pie rr eenire- Juifs. Les guerres de religion et les Sar* rasins avaient , long-temps ayant la terreur, ruiné 1 église de St.-Georfjes. Pour celle de St.-Sevère, elle n'a été détruite que depuis trente ans. On n'a pas même pris le soin de conserver des dessins de cet édifice^ dont la perte est vivement regrettable > car il avait été bâti thaïs le v" siècle.
Vienne parta^je avec Lyon et Arles F honneur d'avoir été le berceau du christianisme dans les Gaules [X.1]. Elle est cëleljre par ses prélats, dont plusieurs ont été des écrivains distingués , tels que saint Adon , saint Avîte , saint Marner t. Saint Villicaire^ élu évècpie de Vienne en 739 , est le premier à qui Grégoire m permit de se qualifier archevêque. Rien de plus connu que les querelles des archevêques de Vienne avec ceux d'Arles , au sujet de la primatie. Un des évéques viennois^ Guy de Bourgogne , ])arvHit à la papauté ; un autre^ Agilmar, fut élevé à la dignité d'archi-
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LA VEITTS D*A1ILK8 tt
chancelier de Tempire; un autre encore,
Beniuio, qui présida le concile tenu en 892 , dans réglise de Saint-Maurice, conjointe* ment avec Farchevéque de Lyon , était vicaire du pape dans toute la Gaule (a). Dans cette métropole se tinrent plusieurs assemblées de ce genre: les Pères du concile oecuménique viennois^ sous le pontiiicatde Clément V, prononcèrent, par une suite de canons^ Fabolition de Tordre des Templiers.
Arrivons au plus i m portant monument religieux de Vienne. L'église ci-devant primatiale et métropolitaine de Saint- Maurice peut être regardée comme le dernier aimeau de la chaîne des monumens religieux du moyen-à[}e, en France, du nord an midi, et clôt noblement la {];rande facture catholique, de ce coté, des Gaules. Cette basilique, où Ton trouve exprimés par qualie soudures précises et à date certaine, d'abord la facture christo -romane ^ puis le type christo-frank sévère du xiii*' siècle , puis le système christofrank dans sa période riche , puis encore le
(a) Erat qmppè vicanus donnm pufxv par lotain GaLUain. Les pèies ilu coucile préside par DÊi iioiii arrêtèrent ïjualre canons.
88 LA TBITTS D'ARLBS
même style dans son époque de dégradation ^
commencée dans le xr siècle, ne fut entièrement terminée qu'en 1533. Aussi la façade^ dernière partie de Fœuvre , offre des zones de liibiique pauvre, des zones de fal>ii([uc ornée ^ des traces de bon et de mauvais goût. De cet' alliage de différentes méthodes ^ résulte un cachet bizarre qui expunie pardessus toutes choses Thésitation et le défaïut d'harmonie. Ce monument offre 288 pieds de longueur dans œuvre, et 107 pieds 6 pouces de largeur.
Il est situé près du Ghamp-de-Mars moderne , le long de la voie Domilicniic , en regard du pont en fil de fer qui mène à Sainte* Colombe, dont la tour carrée forme un agréable poitit de vue^ et il est élevé sur un soubassement en perron d'un effet majestueux. Le ton [jcnéral de rarehitectnre catboliqne ogive domine dans cet édiiice , mais avec ce mélange d'omemens hétérogénessemi-christoromans et semi-cbristo-iianks ; avec celte incertitude y ce tâtonnement > cette timidité , ces traces de style mixte ou de transition qui viennent à la fois des diverses dates de sa construction , de Tinfluence climatérique et
Digiii^uG
LA YBNVS D'âRLES
de la forme aplatie des combles. Il faut bien
se rappeler que le style christo-frank , qui a fait des choses si sublimes en Normandie ^ en Picardie ^ en Champa(^ne , sur les bords de FEscaut et du Khin , va toujours s'amoindrissanty se rétrécissant dans ses intentions ^ s*atténuant dans ses effets ^ ses proportions , à mesure qu'on s avance vers la partie méridionale de la France. Toutes les églises du midi sont basses ^ mesquines y dénuées com* plètement de cet aspect de grandeur qui fatigue presque Vadmiration ^ tant il lui demande d'émotions à la fois; de cette profon* deur mystique y inconcevable, si bien adap^ tée aux mœurs rêveuses » mélancoliques , aux seiilimens plus concentrés et plus méditatifs des septentrionaux; de ces ellëts hardis^ incroyables de solitude et d'éternité , qui pion-» gent toute l'âme dans d'indicibles ravissemens, de religieuses extases , de vagues saisissemens y et dans un anéantissement infini qiit lui fait coaicsscr toute la puissance de Dieu. L'homme du nord porte un cœur plus souffrant y il a d'incompréhensibles initiations et d'immenses idéalités. Parce que son horizon çst borné , il aspire à l'infinie région , il de-
hA TBVVS 0*AiL18
vine , il prévoit cet au-^elà, terme des ter^
restres espérances; rhomme du midi, content de sa nature , éparpille ses passions sur ce qui Tentoure^ cherche des impressions pour ses sens, bien [Ans (|ue des svinl)oles pour son âme; il n'a ni le temps ni la palience d édiiicr de grandes choses. Ainsi, il ne faut rien chercher à Vienne de comparable aux églises de Trêves^ Cologne^ Salisbury, Canterbury, à St.-Bavon de Gand , à Ste-Gudule de Bruxelles, et à Piotre-Dame de liouen. La cathédrale de Vienne parait assez spacieuse, parce qu*on la compare à St.-Jean de Lyon ; mais qu estce que cette étendue, si on la met en parallèle avec l'immense échelle de St.*Remi de Rheims (a)? 11 y a bien à St.-Maurice, selon la facture de toutes les églises, à partir de la fin du XII* siècle, deux tours carrées, percées d'une seule ouverture lar/je , uu lieu des deux fenêtres longues , à voussures profondes , fermées de baies d'abat-vents, qu'on voit dans les basiliques du nord. Ces tours, placées au por-
(a) Noire-Dainc d Amiens a 495 pieds dans cenvrc de longueur; Saint-Remi de Rlieims, 540; Nolre-Daine de Paris, 390. La cathédrale d'Anvers en a 500; Notre-Dame de Rouen, 40S, et St.-Etienne de Bourges, 400 ; St.* Jean de Lyon , $60 seulement.
LA TBlfVS D'ARLBS
tail , sont chargées de deux clochetons oo tou-
rillons toiit-à-fait démiés de grâce. Cette grande façade occidentale ne manque pas d'intérêt ; elle est percée des trois portes trinitaires de rigueur (a), ornées en archivolte de trois rangs de culs-de-lampe , dont les figures ronde-bosse sont d*nne composition ingénue. Mais les architectes se sont privés ici d'une immense ressource, en négligeant la rosace^ pour mettre au-dessus de la porte du milieu un large vitrail ogive sans dignité et sans noblesse. Les belles verrières de cette église ont disparu depuis lonjj-temps, elles furent brisées par les troupes du baron des Adrets, durant les guerres de religion (b)* Les détails, les stéréobates, les saillies de cette làgade^ du reste, sont souvent d'un travail
(a) Otiprès cet usage , Irr porte du milieu ctait rc'sorvre au clcrg(>; celle de druile aux homuies, et ceiie de gauche aux femmes.
(b) a propos de verrières , je dirai rjne c'est une erreur de croire que le secret de 1j pcinttiie sur verre csl perdu. La restauration avuil loiuie uu atelier de peinture sui verre à Sèvres. J'ai vu d'admirables tableaux , peints d'après les anciens proc^dës ; qui sont sortis de cet atelier. Les plus belles verrières que je connaisse sont celles de St.-Etienne de Bourges» de St.-Remy de Rlieims, ei.de la transsept de Notre-Dame d*Aniiens.
IiA TBirVS D^ABLBS
très-délicat. Je vous signalerai les entrelacemens de pampre et de lierre, le chou, lalaitue, le chardon^ employés comme oruemens sur les nervures et les profils; plusieurs figures bien (groupées ^ et l'arrangement bizarre de quatre lièvres placés de telle mauicrey qu'il n'y a que quatre oreilles pour ces quatre animaux, et que cependant cbacua d eux oHVe son couple de pavillons auditifs quand on le regarde isolément. L'aspect intérieur de réglise, conbU uite en majeuie partie de débris romains^ est à la fois grave et solennel; la voûte ogive a de la légèreté et delà grâce; et, bien que cet édilicc manque de croisée ou transsept , bien que les fenêtres du chœur y soient stériles et pauvres , bien que ce chœur soit plein» et qu on ne puisse en faire le tour sous la prolongation des collatéraux ou bas-côtés» le ton et Tintent ion généraux du monument n en sont pas moins d'un ensemble attachant. Il y a loin, bien loin de cela à ce jet hardi des voûtes, à cet art dans le développement des li(jnes arcliitecturaies de nos gi^andes basiliques» qui créent tant de lointains, tant d'illusions sul>limes, tant d'horizoâs sans bornes » tant d etonnans
Diyuizeo by
LA tbuvs d ahles
profils. Un immense défaut de St. -Maurice, à
mon avis, c'est que les retombées des arcs de la nef s'appuient y pour la plupart^ sur des faisceaux de pilastres cannelés (a), ce qui est sans majesté^ au lieu d'être supportées soit par la grosse colonne simplement cylindrique de cette N.-D. de Paris, si fiére de ses quatre bascùtés, soit par le pilier servant de noyau cantonné de colonnettes de la Notre-Dame d' Amiens. Comme à Saint-Nizier et à Saint-Jean de Lyon, on ne voit pas de cage d'orgues à Saint-Maurice. Plus vaste que la primatiale de Lyon , cette église offre aussi plus d'unité intérieure, son chœur étant de niveau avec la nef, et Tapside ou chevet of-
liant un dessin agréable à 1 œil. Tour la caractériser convenablement , ajoutons que ' rien n'étonne dans la fabrique de cet édifice» par renlaeement des voûtes, 1 liarmouic des lignes^ la perspective majestueuse de larges percées, la hardiesse et l'élévation des piliers; mais qu'il est d'un eilèt calme qui plait à Fattention^ et semble la reposer doucement.
(aj Les bases des piliers les plus ra]>jM ochés du chœur sont eu marbre aulique, cl ont été extraites d&monumens romains*
On cherche en vain autour de St.-Maurîce
ces forets d'arcs-boutans , ces admirables charpentes de pierre découpées et ciselées, reposant sur ces culées à pyramides et à clochetons qui paraissent elles-mêmes au* tant de magnifiques monumens^ et sont d'un si majestueux elTel, en étayant, pour ainsi dire, la grande arche où se cache le Verbe. La porte extérieure septentrionale est très-remarquable, c'est comme une macédoine et un pot-pourri de fragmens antiques. On y voit deux colonnes du moyen-âge en marbre blaiic , cannelées en spirale, couronnées de chapiteaux singuliers » dont F un est recouvert de tiges de roses d'une prodipjieuse perfection. Plusieurs cliapcUes de Saint- Maurice furent Jadis ornées de fresques; il en subsiste encore quelques teintes dans Tune d'elles, à droite, à côté de la chapelle funéraire. On sait que nos pères ^ dans le moyenâ/;e, peifjnaient leurs églises à l'intérieur, à l'imitation des Grecs qui paraissent avoir colorié jusqu'à la partie extérieure de leurs tem* pies (a). N oublions pas de dire que cette église
(a) Yoyez le rapport adresse au ministre des travaux pa-
LA VENYS D'ARLES
renferme un grand nombre d'épîtaphes, les
sarcophages du roi Bosou, en faveur de qui le concile de Mantaille exerça un si singulier droit d'investiture^ dUermengarde, épouse de Rodolphe^ de la reine Matliilde^ et le mausolée en marbre blanc de M. de Montmorin, archevêque de Vienne, qui tend sa mitre au cardinal de la Tour d Auvergne, son successeur au siège métropolitain. Ce monument^ exécuté à Rome par Michel-Ange Slodtz, est d'une bonne sculpture; mais l'artiste a nc^^ligé de copier Fantique , quant aux yeux qu'il a percés à la manière du moyen-âge. Vous verrez encore à Saint-Maurice un maître-autel en marbre ^ d'Italie d'un fort bon goût , et une nouvelle chaire en marl)re blanc qui est un véritable monument, peu compris par les Viennois; cette chaire, accolée à un pilier byzantin , et christo-romane elle-même, est Toeuvre de Jean Follet de Lyon, qui s'est fait une si juste renommée dans les arts* On a eu l'excellent esprit de rétablir à la voûte de Saint-Maurice
blics »ar les monumens, les archives et les bibliothèques de TAisne» du Nord, du Pas-de-Calais, etc.» par Ludovic Yilet» inspecteur-gënëra) des monumens historiques. J*ai reconnu moi-même sur le grand frontail de Notre-Dame d* Amiens des restes bien m8rqu<îs de peintures et de dorures.
LA TBITTS D*Ani.BS
l'idée antique, en y peignant un ciel d'un bel
azur, semé d'étoiles d'or. On suit clans I ci^lise de Vienne la liturgie de Rome^ à laquelle on a adapté quelques modifications qui apparlieiiiient au rituel viennois.
il m'a paru que les églises ne regorgaient pas de fidèles à Vienne, et ({ue la piété y était moins générale qu'à Suint-Étîeinie et à Lyon. Serait-ce parce que la mythologie latine est encore vivante dans toutes les têtes de ces Vienuois-Allobroees devenus successivement Gallo-Romains, Bourguignons et Francs? Je sais. ... ; mais je me suis probablement trompé^ j'aime à le croire, car les mœurs anti-religieuses prouvent des mœurs anti-poétiques : et le cœur est toujours incomplet là où il n'y a pas de place pour les inelTables tendresses catlioliques. 11 n'y a plus que quelques boutiquiers et néf]^ocians, ea France, qui croient qu'il est encore de mode d'insulter à la religion » et de bon goût de la mépriser. J'ai remarqué aussi que le curé de Saint-Maurice disait vêpres en chape^ assisté de ses vicaires en dalmatique (ce que je n'ai observé dans aucunfe église), et qu il cixantait lui-même à gorge déployée, de manière à ce que sa voix dominât
LA VëMVS U AKL£S 97
le lutrin ^ ce qui manque un peu de dignité.
Que de nobles souvenirs^ pourtant, se ratta*chent à Téglise de Vienne! C'est dans cette capitale de Gondioc (a) que fut confirmée y concile tenant, l'institution de la Fête-Dieu [Xll], &it historique que peu de personnes savent et que je suis bien aise de leur apprendre. V C'est encore là que Saint-Mamert établit les rogations , bientôt adoptées^ dans les trois jours qui précèdeiU l'Ascension, par toutes les églises des Gaules. . Le même Saint-Mamert chanta le premier, en France, le Trisagium de Constantinople, CAoriaPatri eiFilioet Spiriiui Sancio (bannière d'orthodoxie, opposée à Tarianisme) ; et son frère, qui était son vicaire-général , inventa l'hymne sublime Pange lingua* Du reste ^ malgré ces traditions, Toffiee divin se célèbre d'une manière fort triviale et fort pauvre à Vienne ^ et il y a peu de bas-chœurs qui rapetissent autant que celui de Sailli-Maurice la majesté du plain-chant. Je sais bien que le personnel [XJll] de cette église a singulièrement diminué depuis qu'elle
(a) Gondioc . roi des Bourguignons (premier royaume) , fut élevé par l'empereur d'Occident à la di^uiU de Patrice, créée par Coostaotio.
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n'est plus qu'une simple paroisse; maison pouvait simplifier les cérémonies^ sans cesser de les rendre nobles et imposantes; on avait là les souvenirs d'une métropole ^ on avait presque sous les yeux Saint«Jean de Lyon^ cette église-type en tout ce qui concerne les pompes de notre culte. Vous le voyez, j'observe tout et je dis tout; je ne suis ni exclusivement antiquaire^ ni exclusivement poète: je décris, je raconte, je fais une manière de mixture^ comme je l'avais indiqué dans le petit avis qui précède ce livre. Les personnes que tout cela ennuiera peuvent jeter le volume de dépit» et se dispenser de lire mes ouvrages à Favenir, car ils seront toujours vagabonds y bavards et heurtés comme ma pensée.
La ba^lique de Saint-Maurice réclame une
haute surveillance de la part des édiles; et si Ton continue à la lui refuser, sa dégFada<tion devant aller toujours croissant , il est à craindre que notre patrie y déjà si appauvrie par les Maures, les hngn^ots et les révolutions monumenticides , ne perde encore un de ses édifices les plus intéressans, et l'un de ceux qui recèlent le plus de souvenirs.
J'ai fait le tour ths combles, à rextéiicur, sur une terrasse aérienne d'un fort bon effet, qui les environii6 ; j'ai pu apprécier ce déla*brament presque général de la basilique, et. j'insiste hautemœt pour que des secours efit« caces viennent^ pendant qu il en est temps encore^ la préserver d*une ruine totale.
Je ne vous parlerai ni des cloîtres de Saint- Maurice ^ malheureusement démolis, ni du palais archiépiscopal cpii, en 1824 , subit le mémesortque le cloître. Bien que le palais détruit fût une réédification toute moderne , je regretterai toute ma vie de n'en avoir pas vu les débriSycaril neposait en partie sur des sob* structions romaines. Que de richesses devaient être cachées dans les fondations et les décombres! Lorsque le palais qui avait été restauré par le cardinal de la Tour d'Auvergne eut été rasé, et qu'on voulut creuser dans le sol pour y établir les bases des maisons qui Vont remplacé , on trouva une quantité considérable de pierres seulptées et deux inscriptions en l'honneur de Caivs Caligvla.
Les environs de Vienne regorgent de murailles et de châteaux du moyen-âge ^ la plupart bâtis avec des moellons tirés d'édifices ro-
LA VBNVS O'ABLBS
mains^ et des tuiles de la febrique latine des
CLA.RiANVsetdes Yiriorvs. L'enceinte iraiique qui remplaça la ciroonvallation coloniale est très-reconnaissable , d'abord parce qu elle ne renferme dans son sein que le yersant méri<dional de Mont^alomon^ ensuite parce que ses murs n'ont qu'une épaisseur de trois ou quatre pieds, qu'ils sont construits en petites pierres jetées sans ordre, chaux et sable^ et que sesparemens n'oilrent aucune métliode, aucune symétrie ; enfin, parce qu'on n'y trouve jamais ce piment de couleur rose tendre des Romains, qui acquérait la solidité du marbre^ non plus que ces revétemens intérieur et extérieur, formés de moellons de granit taillés avec soin , en carrés longs, de douze à seize centimètres de hauteur, sur seize à vingt de longueur , qui caractcnsaieDt la maçonnerie des conquérans des Gaules. A ce propos, je dois dire que cette régie de maçonnerie romaine n'est pas absolue. Le docteur Bard, mon père, possède dans le jardin de sa maison de ville, à Beaune, un fragment de l'enceinte romaine de Miner VIA. Le mastic a bien la couleur rose observée à Vienne, mais il n'y a qu'un parement extérieur, et le gros. de la muraille se
LA VEMTS D'ARLES
compose de pierres jelées péleHonêle dans le ciment.
M. Afermet m'a montré une partie de voie romaine très-bien conservée ^ dans ia vallée
de Saint-Marcel j cette voie allait joindre une route qui tendait en Italie par les Alpes coU tiennes^ et traversait Cvlaro (Grenoble). La plus belle de toutes les routes viennoises était la via domitia ^ ainsi nommée , comme je Tai déjà marqué, de Domitivs AHENOBARiîvs (a)^ qui la commença d'Arles à la Durance^ et qui fut ensuite continuée jusqu'à Vienne, puis enfin jusqu'à Lyon. Cette route aboutissait à la grande voie auréiienne, la première de celles que les Romains tracèrent pour arriver* dans les Gaules ; et qui tendait de Rome à Arles. Plusieurs villages des environs de Vienne tirent leur nom de la distance qui les séparait de la métropole, ainsi Septêtne (b) (à septem miL); Ojrtier (ab octomil.) ; Diémoz (à decem mil.).
Je vous citerai aussi , comme restes curieux du moyen-âge^ dans la banlieue de cette ville,
(a) Après sa victoire remportée sur Us Allobroges-G essaies.
(b) Il y a près de Marseille ua village du même nom.
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le château de Falavier^ ceux de Maubec, Seys-
suel, Colombier, d'Auberives, de PineL, de Ghandieu, de la Gôte-Saini-Ândré, les tours de Mont-Léans (Mons Leonis) et de Sainte-Go* lombe. C'est encore dans Farrondissement de Vienne ; au canton de la Verpillière, que se trouve une Térilable crypte^ que les paysans du voisinage appellent la Sarrasimere (^a). Les véritables cryptes,ou églises enfouies dans les entrailles de la terre par les premiers néophyte ebrt liens, qui y cherchaient un abri contre les persécutions ; les <»j/7/^^ primitives^ dis-je^ ne sont pas communes, bien que beaucoup de charniers et d'églises souterraines en portent le nom. L'arrondissement de Vienne a le bonheur d en posséder une avec six ou sept TVMVLt romains*
Vous rencontrerez dans cette ville un grand nombre de maisons particulières avec des voûtes, des croisées , des rampes, des es^ caliers, des inscriptions, des incrustations
(a) La Sarrasinièi e appartient à M. le comte de MonUuibau. L'orij^liie de ce uoin se conroil trop bien pour qu il soit besoin de la delci uuuei ici. Uq auliquaire d'uu grand mérite croit que celte crypte pourrait bîco avoir é\é une conserve d'eau. M. Mermet opine pour la crypte.
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fort remarquables qu'il &ul absolument visiter. Je recom manderai à Tobservateur une habitation de la fin du xy^ siècle» devant laquelle les Anglais ne manquent jamais de
s'asseoir y comme M. G -P. . . . devant
un banquet patriotique; elle est située dans la rue marchande. Si^ par hasard, le visiteur à qui je désigne tant de belles choses , avait un manuscrit dans sa poche, et voulût le faire imprimer à Vienne, il pourrait le confier à M. Timon» habile typographe, et puis il irait corriger ses épreuves dans le salon littéraire de la spHiluclle demoiselle Chi/e, où il trouverait autour de lui toutes les nouveautés de Paris et des provinces.
Quant à la Vienne moderne , à Texception de la halle au blé » de la caserne» de la place qui Tavoisine , et de Tabattoir , genre de monument peu attrayant pour un voyaf^eur qui n'est ni voyer ni boucher, ce n'est plus la PVLCHRA ViENNA. dcs aucicus. Le bourgeois y est mal logé , en général ; il y a dans cette ville négation absolue pour tout ce qui tient à la propreté extérieure , au confoi Lablc , à l'agrément des habitations. JNulle maison badigeonnée , pas de persiennes , de oorri-
LA VENVS DARLES
dors y de volets peinte; et pois des raes étroites^ âpres, moniueuses^ avec des égouts et des fumiers. Mais on oublie aisément ces misères locales ^ en songeant que cette cité
renferme tant de souvenirs et de monumens ; une société si aimable , si pleine d'aménité ^ tant de doctes et bons esprits , et qu'elle est assise au sein d'une suave et délicieuse campagne.
En voilà beaucoup sur Vienne; mais ce n est pas assez. Une grande déception m'y attendait , et je vais vous la conter. J*y étais venu principalement pour voir de belles femmes; et après de nombreuses recherehes en ce genre , après avoir traversé dans tous le» sens les places et les quais; à T heure que les dames vont à la messe ^ à Theure quelles en reviennent , après avoir été m'asseoîr au Ghamp-de-Mars ^ au soleil couchant , sous un ciel de pourpre et d'azur ^ je me suis aperçu que les Icnimes à la noble et douce figure, y étaient, comme partout, clair-semëes. J'avais déjà éprouvé la même déception à Tournai, à Coluiar ; j'ai toujours été dupe des renommées, excepté de celle de M. Vil. à Arles, seulement; je devais rencontrer les types
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de la beau lé , et voir les têtes de vierges idéales aussi communes dans les rues que le sont en Bresse les traits lon^ ^ les joues creuses et les teiuis jaunes. Les femmes aimables ne manquent pas à Vienne , c'est une compensation. J*y ai cependant vu à des fenêtres quelques yeux bien tendres^ des fronts bien blancs^ et je ne sais plus en quel lieu de la ville ^ une jeune blonde, au regard amoureux et mélancolique ^ dont r image s est plusieurs fois réfléchie dans mon âme.
Finissons celle boutade arcbéologique , à propos de ruines , Laquelle a Timmense défaut de n*étre pas assez succincte, en disant que Vienne, patrie deChorier, est aussi le berceau de QviNTys Cvrtivs (Quinte-Gurce) »
auteur de la vie d'Alexandre-le-Grand, écrite en latin si pur, si limpide et si facile, véritable latin doré , suivant l'expression fitvorite de M. Tissot. N'oublions pas d'ajouter que ce furent des Viennois- Allobroges, députés à Rome, au nom de r AUobrogie , pour réclamer contre les charges qui pesaient sur elle, qui dévoilèrent à Fabius Sanga la conspiration de Gatilina ; ce qui prouve que le bon sens et la loyauté habitent depuis long-temps dans le
LA VENVS D'AHLES
cœur des Dauphinois. Cicéron, Tadroit Cicéron âe fit donner par les Allobroges , que le conspirateur avait cherché a englober dans sa conjuration (parce qu'il recrutait tous les mécontens);^ des pièces authentiques de la main du chef de complot ^ et alla vanter au sénats en présence des Pères Conscripts, son habileté et sa prudence^ leur disant qu'il tenait tous les fils de la trame. Il y a à Vienne plusieurs savans d'un mérite tort élevé , et un autre Mécène qui aime leè livres ^ les arts y les poètes et les antiquaires , dans la personne de M. Alexandre Boissat, dont j'invite lès voyageurs de qualité à Êiire la connaissance et à visilei l'hôtel et la bibliothèque. Ils devront aussi un salut à M. Mermet^ histoire vivante de Vienne y qui a réuni dans son cabinet la collection presque complète des médailles des tyrans des Gaules > tels que Magnence^ Sylvanus^ Posthumus (a), Decentius» Proculus , Lœlien , Tetricus (b) ^ et quelques
(a) Voy6z , sur ce tyran , la notice de M. Mermet. (Lyon, impr. de Barret , 1827.)
(b) Les me'dailles de Teincus sont très-coiuraunes en Bourgogne ; j'en possède « dans ma coUecltoUf une trouvée aux environs d'Aulun , qu'il saccagea.
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monnaies de différens modales des rois et archevêques de Vienne.
En quittant cette vieille cité, j'étais tout saturé d'idées latines, jV tais presque un quasilatin ; je comparais les splendeurs antiques aux. splendeurs du moyen-âge , c'est-à-dire rhéroïsme païeii à Théroïsme catholique; mais je n'avais plus, dans le xix* siècle , que mon air et ma place au soleil. Vous tous, voyageurs sans nom et sans liiste , voyageurs tout semblables à moi , qui allez à la Grande-Gbartreuse prendre la poésie sur le fait , n'oubliez pas , en revenant de Grenoble, de passer par Vienne en Dauphiné. Pour remonter à Lyon, vous vous ferez conduire en nacelle jusqu'à Givors , où vous trouverez les wagons et le chemin de fer sur lequel Jules Janin a écrit dans le Journal des Débats tant de. choses de son invention et de son crû scgusien.
Je partis par la voie domitienne. . je des» cendis de voiture , pour regarder encore de près l'obélisque, que le peuple appelle aussi le tombeau de Pilate (Pontii Pilati) [XIV] ; en entrant dans le pré qui sépare ce monument de la route de Provence , je heurtai un petit morceau de marbre poli , sur lequel on avait
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écrit au charbon cette phrase de l'EvaDgite: Qv^RiTE ET iNVENifiTis. Je famassaî involontairement ce fragment^ et plus involontairement encore je le mis dans ma poche.