‹ La Venus d'ArlesChapitre 8 sur 41 · SALMIGONDIS · texte numérisé non relu

SALMIGONDIS

A VIRIfiVS BT AOBORB.

tvEZ-vavs vu, par hasard^ sur la place du

Châtelet^ de ces intrépides mangeurs de serpens ea Vàe> qui croquent des couleuvres, des crapauds, et autres animaux immondes ^ qui avalent des éloupes enflammées , et vous offrent de vous arracher une dent malade avec

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une épée , tout cela pour arriver à vous vendre^ moyennant dix sous , un pot de baume

ou un flacon d'eau merveilleuse ? Ainsi

mon livre; il vous iait passer par des eryptes »

des lieux soutei ralns , des ruines , de la belle nature, du moderne , deTantique, des descriptions de toute espèce , et tout cela pour vous conter, à la fin , une nouvelle qui aura le mérite d'être courte et Tambition d'être agréable.

Cbacun son rêve ici-bas. Les alchimistes songeaient à la pierre philosophale, M. de la Fayette pensait aux Etats-Unis d'Amérique , M. de Dombasle aux charrues, certains députés ont la pairie pour idée fixe ; moi j'ai toujours rêvé la femme-modèle, je l'ai rêvée sous les tilleuls, je l'ai rêvée dans les jardins frais de la Be][p(}ue, je l'ai rêvée sous les orangers du midi cl 5ur les ilôts étincelans de la Méditerranée ; je l'ai rêvée en des rêves désintéressés, élégiaques, délicieux; je l'ai rêvée non pour moi-même (je suis trop loin de Thommemodèle, pour me croire digne d'une telle femme) , mais afin d'être certain que le bien et le complet existent quelque part, et que la perfection relative n'est pas une chimère et

Diyuizeo by

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une affaire de contrention comme les gouver*

nemeus représentatifs. J'ai cherché longtemps la fille à Tceil vif^ amoureux^ brûlant» et pourtant tendre, mélancolique et suave; à la pensée sûre, aux expressions transparentes^ au instincts ingénus» aux harmonies profondes, et pourtant à l'imagination tiède , aux lèvres fraîches, pures» parfumées» à l'âme douce» vaste» noble» au caractère malléable» aux cheveux bien uoirii, aux traits magnifiques, à la gorge palpitante» à la taille plus élégante que haute» à Tesprit cultivé sans queTamourpropi e le sache^ aux sens impressionnables et pourtant soumis ; aux manières simples » polies» communicatives sans familiarité, décentes sansaiiectation^ réservées sans sauvagerie. J'ai dber<^ la fille pieuse sans bigoterie» qui comprit tout le spiritualisme de ces trois mots: PRifiRE^ PLËUAS» AMou^i j la vierf^e qui serait Corinne pai^ Fintelligence et Delphine par le cœur; mais Corinue ne montant pas au Gapitole , et Delphine un peu plus sobre de lettres que Fhéroïnede Madame de Staël. J*ai cherché cette vierge qui peut-être n'existe pas, i\\n unirait les.formes ^ le f^u des femmes d'Uespérie» à la peau. blanche et aux idées mysti-

ville de garnison d'artillerie, qu'elle possède

une fonderie de canons , que j'y fus fort bien reçu et traité par M« Delacroix , que je causai beaucoup avec madame son épouse» qui ne manque ni d amabilité ni d'esprit, comme presque toutes les filles d'imprimeurs que j ai oonnuesy et que sur la rive droite du Rhône onyvoit^ de la promenade^ une montagne d'un effet bizarre et gigantesque.

J*ai pourtant visité Valence avec quelque soin y et il faut bien vous conter ce que j'^ ai observé. J'avais entendu parler d'un pendentif curieux, et je voulus le voir. M. Delacroix m'y accompagna. C'est tout uniment une voûte pendentive qui n'a rien que de très-vulgaire, et que, d'après sa forme, la bande noue armoriée qui l'entoure à l'intérieur, et sa situation dans l'ancien cimetière de Saint-Apollinaire, je pense n avoir été autre chose qu'un oratoire de sépulture de la maison de Mistral. Il y a une maison particulière plus remarquable et moins connue que ce misérable pendentif, elle touche à la maison au Lion , et se nomme la maison des Têtes; on ne peut errer sur sa date y puisque le millésime 1533 est gravé sur la porte. C'est une des habitations

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les plus curieuses que j'aie vues dans ce style,

charfjé de figures, de bas-reliefs , de sculptures de la fin du xv*" siècle et du commencemeut du xYi*. Bien que nulle part , dans les commentaires de César, aient ia (à viribus et robore) ne soit citée comme une place de hante importance , Fenceinte franque de cette ville n'en est pas moins bâtie sur des substructions latines. La maçonnerie des Ro-> mains porte des caractères si prononcés, qu'il est impossible de jamais la confondre avec celle du moyen-àge. J'ai remarqué ces restes de remparts romains, surtout dans la partie des murs qui avoisinent la iameuse tour de Saint-Félix.

Croiriez-vous que cette tour est une merveille, une seconde tour de Fisc ? Son inclinaison est tpè^marquée , cependant rien n^annonce qu'elle nuise à la solidité des murailles, qui ne sont tourmentées en aucun endroit. Le peuple raconte que cette tour s* est courbée de la sorte, lorsque Saint-Félix et deux autres martyrs entrèrent dans la ville , comme pour se pro6-> terner devant eux. Je me garderai bien d'analyser froidement cette naïve tradition qui vient du cœur et de la foi. Pourquoi permet-

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tre à la triste philosophie de glacer de son

souille la vieille et touchante poésie qui embaume ce monument de ses douces émana-»

lions? Pourquoi la tour de Saint-Félix n'aurait-elle pas lléclii devant un saint ^ lorsque les paliotiiers de la Thébaide tremblaient devant les anachorètes, lorsque les rochers du désert s'ouvraient pour les abriter ou les

nourrir?

Je voulus faire coiuiaissance av ec les édifices religieux du moyen-âge; ce sont eux que j'ai* me surtout. On ne saurait croire quel effet ils produisent sur mon être; quelles pulsations de spiritualisme ils lui communiquent; quelle extension ils donnent à ces permanentes idéalités qui sont Fâme démon unie; quelle région de mystère^ d'amour et de foi ils lui font embrasser. Aussi, un pèlerinage à Saiut-Remy de Reims ^ ce temple de Diane d'Ëphèse de notre France architecturale, est pour moi un besoin de chaque année ; aussi le bras monumenticide qui menace ou détruit Téglise , me tire des pleurs de sang. Toutes ces ruines chrétiennes, mêlées aux plantes de notre terre salique , prennent feu aux yeux du poète , et sont toute une immense mélancolie pour les

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cœurs souffrans. Ah ! que les gens qui n*ont

pas de poésie dans la tête sont lieureux, en temps de révolutions I on annihile leur passé, et leurs os ne craquent pas; on élève devant leur avenir un mur de cadavres et de lambeaux, et ils ne gémissent pas; on outrage cette religion qu'ils ont sucée avec le lait maternel, on brise le temple où Thomine épure sa nature , s'anéantit, sous le poids de sa faiblesse^ en présence de l'éternité, et ils ne sentent pas de déchiremens au Ibnd de leurs entrailles. A ceux qui ne portent pas un ccbur habituellement malade, nulle souOiaiice i( ibas que la douleur physique, rien de touchant, rien d'élégiaque^ rien de tendre dans les naïvetés du hameau, car le sentiment religieux seul donne du lointain à toutes choses terrestres, et enveloppe ce que nous voyons par nos sens d'une auréole mystérieuse que nous comprenons par notre âme. Ce que je demande^ avant tout à la cité , c'est sa cathédiale , ce sont ces tours antiques qui font son aspect si moral et si pittoresque, et se traduisent, pour la pensée catholique ^ en autant de mystiques inspirations. La cathédrale chrétienne, ehl oui, c'est le symbole matériel de la société;

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elle fut le centre des relations sociales au* moyen-â{;e , le foyer domestique de la commune I Le temple chrétien exprime 1 existence du chrétien. Les portes tnnitaires et Teau bénite, c'est le baptême ; les chapelles latérales, ce sont les stations de la vie; les tombes ^ sa leçon ; la nef, c'est le voyage ; et le sanctuaire, c'est l'éternité mystérieuse, lointaine, infinie, vêtue de reflets indécis et d'un sublime demi* jour, réternité telle que nous la devinons dans les besoins et les extases de notre cœur:

Plus loin, la basilique aux sublimes arceaux, Reflëtaul le soh il îatis ses rouges vitraux , Brille comme uu ianal des rives éierucUes.

Il n'y a pas jusqu a ces larves, à ces animaux et ligures fantastiques du temple, qui ne soient autant de symboles de la triste dua* lité du bien et du mal ^ quand ils grimacent aux pieds des saints et des confesseurs de pierre. Ces grandioses monumens, c'est toute une nationalité catholique. Ces tableaux transparens de nos basiliques, ces figures^ ces basreliefs , ces symboles matériels de la plus allégorique des religions, tout cela, c'était un cours de morale pour le peuple^ avant Tim*

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primerie, Gâtait les livres populaires, la bible^ le catéchisme. Une haute pensée anime tout cet organisme muet de cloîtres et de basiHques ( car l'architecture ne consiste pas dans les formes physiques qui la servent), et cette pensée rattache la question d'art à la grande unité intellectuelle et sociale qui est le eatholicisme. Malheureusement je fus bien déçu dans les espérances de ravissemens qu avait fait nailre en moi l'aspect extérieur de la cité, vue de loin dans une aurore flamboyante. Rien d*anti-monumental comme les églises de Valence. Saint- Jean, autrefois cathédrale, n'est. qu'un vas-te hangar qui a succédé à un monument assez remarquable, si l'on en juge par les deux travées, seuls restes de l'édifice primilif qui aient survécu au violent incendie qui le consuma, et dont J'ai retrouvé des traces non équivoques. Pour la cathédrale actuelle, Saint-Apollinaire, c'est une vieille masure basse, étroite, petite jusqu'à Texiguité, dont rarchitecture n'est qu*tin galimathias. Il n'est pas un village de Normandie qui ne possède une église infiniment plus vaste et plus belle que la cathédrale de Valence. J'ajouterai

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qu'elle est absolument dénuée d'ornemens^

et que la seule chose extérieure qui n annonce pas r humble paroisse du hameau , c'est la haute tour carrée , à ouvertures plein-cintre, qui lui sert de cioclier, et flanque le grand portail à l'occident. A Valence ^ t'évéque est incomparablement mieux logé que le bon Dieu. 11 existe en France peu de villes où ToÉfice catholique se célèbre d'une fiiçon plus maigre qu'en celle-ci ; quelc jucb chanoines bien décrépits y eu camails déchirés et en surplis sales^ composent le hant-chceur. Gomme dans tout le midi, à partir de Vienne^ on suit, dans cette église ^ la liturgie de Kome^ ce qui ne me plaît guère. Le chant romain* n'est beau que dans la cité éternelle, avec les voix sonores de l'Italie et les pompes de Saint- Pierre ou de Sainte^Marie-Majeure. Le chant de la liturgie parisienne, moins grave dans les psaumes, et plus sérieux dans les hymnes et les proses, convient mieux à nos chantres gaf];ës. La sonnerie lombarde, qui commence à Mâcon^ qu'on entend si imposante à Lyon, est en vigueur à Valence , ainsi que dans tout le reste de nos départemens méridionaux. Mais ce n*est pas là qu il faut aller chercher

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les majestés de Toffice divin de la primaliale de Saint-Jean; vous n'y trouverez pas les lévites au front recueilli , le célébrant à la démarche calme et mesurée, les eniaiis d< chœur aux harmonieux accens, les cérémonies pleines de dignité, les deux autels adossés^ le calice recouvert du voile sans tache, et tous ces magniliques usages qui ne se pratiquent qu'à Lyon et à Milan. Cependant le sîége de Valence est ancien, et il s'est tenu en cette ville plusieurs conciles, entre autres celui qui prononça , à l'exemple du concile de Mantaille , une véritable investiture en faveur de Louis TAveugle, fils de Bozon, comme roi d'Arles.

Ne savez-Vous pas qu'il y avait autrefois une université à Valence ? Une université. . . il y en avait bien une à Pont-4.-Mousson. Elles étaient bien innoceutes, bien réservées et bieu sages, comme eût dit Voltaire^ ces pauvres universités de Valence et de Pont-à-Mousson. J ai voulu voii 1 ancien asile des hautes études , le lieu où siégeaient le pédantisme et la science un bonnet carré sur la tête , une robe sur le dos et du latin dans la bouche. C'est un monument qui ne ressemble à rien, et qu'on a peine à trouver dans le fond d'un

cal-de-sac. Je connais à Lyon, dans la cour

fangeuse des Arcliers, une écurie de cabaret qui a beaucoup d analogie avec lui. 11 y a de quoi devenir ëpileptique d'étonnement , quand on apprend que ces deux ou trois baraques jetées sans suite et sans juxta-position dans une cour étroite et sordide, formaient le palais universitaire. Mais où était donc, Vil vous plait, l'amphithéâtre pour les dissections des chinir^ens? où étaient la salle pour les leçons de jurisprudence, la salle pour les cours de droit canon, la salie des conférences, des examens et du burean ? M. Delacroix, qui m'accompagnait dans cette visite, m'a assuréf qu'à sa destination près, qui a singulièrement changé, runiversiiej de Valence était encore telle qu au temps des écoliers et des régens.

Il ne faut pas rompre brusquement en visière avec la ville de Valence , chef^lieu du département de la Drôme, sans dire qu'elle fut le berceau et contient la tombe d'un malheureux versificateur qui se crut poète de son vivant, qui a écrit une longue, diffuse et fade homélie sur la Grande Chartreuse , et publié un poème épique en douze chants ,

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