‹ La Vénus d'ArlesChapitre 2 sur 9 · vllfUS I»UbLB · texte numérisé non relu

vllfUS I»UbLB

— Mon père, laissez-moi finir, dit Marlhe...

Arles, Beaucaire, Tarascon allaient périr sous les grilles et les dents de la Tarasquo, quand tainlo Maiilie raiiùta en lui présentant la croix, et l'étrangla avec sa jarretière... Gela vous fait rire oneore l

— Oh! dit le père d'un ton sérieux, c'est un article de foi; le cantique dit :

• Un monstre furieux, d'une figure horrible, Afflige Tarascon; on craint de tout c^té; Marthe abat, par la foi, ce colosse terrible^ Etj la croîs à la main, Tamène garrotté

— * Làl s écria Marthe triomphante; croyez* vous à la Tarasquo, à présent?

■-Comme à mon amour, dit LéopulJ»

^ Youlez-'vous voir le portrait de h T^^wqnol reprit Marthe en se levant*

' Les eaMiguei de i^abbé Laurent de Toulon Jouls^ ssot d^une grande réputation en Provewseï celui dé sainte Marthe a trente*nruf couplets. (Edition de Paris^

de Victor Sarlit, rue Saint-Sulpice, 23i)

Digitjzed

76 LA YBNUS D'aRLBS.

— C'est inutile, fit le jeune homme, restes as* sise; vous ressemblez ainsi à la Vierge h la Chaise

de i\apUaëL

— Vous voyez donc que ma palroiiiie est la plus grande sainte du paradis?

—C'est incontestable, dit Léopoid; elle a étran«* glé la Tarasquo.

<— Eh bien, reprit la jeune fille en baissant les yeux, ce soir, à VAngeluSy nous irons nous flan* cer à notre paroisse, nous nous agenouillerons devant l'autel de sainte Marthe, et je vous donnerai celte bague d'argent, achetée à l*église de Tarascon,

— Ma belle Marthe, dit Léopoid, comme s'il allait annoncer la chose la moiiib alaiiuanlc et la plus naturelle du monde, cela est impossible... Je suis protestant.

Deux cris d'effroi releulirent dans le petit salon. Marthe frissonna, fit un signe de croix et s*évanouiL

Digiiizeo by

LA v£nus d'arles.

vu

LA DÊPÉGIIR

Le Rhône, ce Rhin irançais, garde encore sur ses deux rives les vestiges des luttes religieuses d'un autre siècle; le Rhône a eu son Gustave- Adolphe. Heureusement, l'esprit de tolérance a prévalu contre Icijpnt de discorde. On ne prendrait plus les armes aujourd'hui sur les deux rives du fleuve pour défendre ou pour attaquer la huile Unigenilus; mais, chez un Irës-petit nombre de familles patriarcales établies loin des grands centres, le levain, quoique inoffensif, fer*

Diyiliz

78 LA VÉNUS D'aHLëS.

mente eucore, et, dans uu cas de mariage, le mot de protestant est toujours un épouvantail.

Le père de Marthe, en donnant ses soins à sa fille, montra la porte à Léopold avec un geste impérieux.

Résister et désobéir, c'était 8*exposer à subir le sort de Lycas, avec cet Hercule du Rhône. Léopold sortit doue, et, s'il y avait eu des passants, il leur aurait fait voir le visage d'un désesypéré.

Une sorte de consolation vint un peu plus tard le secourir. Si son bonheur était à jamais perdu par un anachronisme religieux, du moins son honneur était sauf. Délié de sa promesse, il pouvait aller au rendez-vous de Saint-Trophime, et rencontrer là une victime toute prête pour assouvir la rage qui l'animait.

— Quel bonheur 1 pensait-il, si je trouve un homme et non un antiquaire 1

Le cloître Saiut-Trophime est la merveille du genre; on dirait que 1 orchitecte Ta bâti pour

Digitjzed

donner à i amphilhéàlre de tialiu» ia piusi beiia et la plus eaiouvaate des autiihcâcs pélriUées, Cette galeriei bordoo de statueSt éclairée par un jpur myatérieuXf Invite oa silence du reeucUlo*

meuL

Âujourd iiui, une inuaicipalilé iatelligcnte conserve avec respect cet admirable édlfloe ; mais il a longtemps souffert les insultes des vàndales ei des euianls rava|j;eurs qui jouent au Sarrasin,

Le décor do l'opéra do Robert le Diable a été ciipié sur Saint-Trophime d*Arles : Une licence poétique du livret, dont la scène se passe sous la première croisade, appelle ce chef-d'œuvre d'architeclure religieuse un â^iiiu monoêUrê anti- OOfi) voué par Rosalie an cuHe iu Sei^neHr*

Un peu avant io coucher du soleil, ranliquairc Pfeiffer se proiaeaail cuaime Robert daas le cluitre, en attendant Lcopold. L'altitude calme que le jeune homme avait gardée dans la maison de Marthe pouvant être attribuée à la peur, l'anli-

80 LA YÉiNUS b'AELES,

quûire pensait que son rival ne viendrait pas au rendez-vous d honneur, ce qui le meltait fort à son aise ; car, dans un moment dlrritation, il s'était beaucoup trop avancé, pour un savant, et il regrettait sa provocation.

Suiis èlrc annonce par une de ces suuibrcs ritournëtles qui abondent au troisième acte de l'opéra de Robert^ Léopold, semblable à un démon vomi par Teafer, tomba devant le paie antiquaire, ctj récumc aux lèvres, il lui dit:

— Il faut que le soleil se couche sur votre ca« davrc, venez!

'«^ Un instant!... un instant !... dit l'antiquaire, au comble de Teffroi. Le soleil n'a pas besoin de moi pour se couclier , et il nous faudra au moins attendre jusqu'à demain pour nos emplettes...

— J'ai tout ce qu'il nous faut pour nous exterminer i interrompit Lcopold,

DiyilizQO

LA TjSnCS S^AaLES. 84

— Avez-T0U8 trouvé ici des cuirasses? demanda Pfeiffer ».

— Des cuirabses î s'écria Leupoiii ; sommesnous des étudiants? sommes-nous à Heidelbcrir? Nous sommes en France^ la patrie du duei, et du duel à mort. Un ne se bût point ici pour se rendre borgae d un coup d'épéc ou camard d'un coup de sabre, mais pour se percer la poitrine à jour... Venez, perturbateur de mon repos, venez 1

— Mais permettez, monsieur, dit l'antiquairo; c'est vous qui avez trouble mon repos; c'est vous qui avez dérangé ma vie, en abusant d'une confldence. J'aimais une jeune iilie, je devais i'épouser.

— Et comment l'auriez-vous épousée? interrompit Léopold.

• A Heldelborg, les dnels ne sont tolérés qu'à la

condiiion que les deux advcisuircs seront cuirassés et ne montreront à découvert que le visage. Tous les étrangers qui ont, conimc moi, habité Ileidelberg, con- ^ naissent cet usage. Lu police permet de se blesser et d^fi^4 de »c tuer,

SI LA ViNUS D'ARLES.

— Mais comme on épouse. Y a-t-il deux maniéres d'épouser ?

Oui, monsieur... Vous êtes protestant comme moi, n'est-ce pas ?

— Oui.

Eh bien, vous ignorez donc ce que nous vaut

le succès universel de l'opéra die HugenoUenj de notre compaUiuleM.Meyerbeei 'l II nous empêche d'épouser une catholique! Les pères arlésiens nous envoient au diable, parce que nous chantons : A noiis les filles des papistes I dans cet opéra.

L'antiquaire, ravi de voir que Tentretien s'écar* tait du duel, et convaincu qu'il ne pouvait lutter, dans une affaire de mariage, avec un jeune homme riche et charmant, résolut de s'en faire un ami, et au besoin un banquier; idée de savant et d'antiquaire.

— Je savais tout cela, dit-ii avec un sourire qui élait un préliminaire de paix, et j'avais pus . mes informations à bonne sourcei

DiyilizQO

*-Qaelle source? Uemanda vivement Léopold« Je m'étûiâ adressé au curé do la pui uiâàc <id mademoiselle Marlhe.

— Et que vous a-t*il dit ?

Je vais, dit Pfeiffer, vous rapporter ses pro-* près paroles... Les mariages entre prolesiaiil et catholique fie sont pas Interdits, l'Église les ad« met. Voici à quelle condition : La cérémonie est célébrée dans la sacristie ; la femme s'ageuouiile, le mari reste debout et se borne à dire qu'il élèvera ses enfants dans la religion de sa femme* Est*ee positif? dit Léopold.

*— Je vais vous conduire de ce pas cliez le curé, ii vous...

Léopold interrompit l'antiquaire eti poussant un cri de Joie, et Tembrassa.

— Mou ciier compatriote, lui dit-il, dans trois jours je vous dédommageiai de loul ce que vous avez perdu , sans blesser votre délicatesse ; je vous ferai un cadeau ducal, la médaille d'Auguste

fermant le temple de Janub, ^^laud module d argent; c'est le symbole de la paix que nous signons aujourd'hui... Alious chez le curé, et fermons ausâi noire temple domestique de Jauus.

Pfeiffer éprouva la joie que ressentit l'antiquaire qui vit sortir d'une fouille le LaoeooUf dans la villa d'Adrien, sous le règne de Léon X.

Le curé Ht la même réponse au sujet des mariages entre catholique et chrétien, et montra la sacristie où ces unions étaient à moitié bénies par tolérance.

Léopold promit de donner trois mille Iraocs aux pauvres, en déposant dix louis dans un tronc ; ensuite, il pria le bon prêtre de vouloir bien faire connaître celte tolérante concession de l'Église calliolique à son paroissicii llilaiion Fuurmiguier; ce que le curé promit, en engageant, par devoir, Léopold à rentrer dans le giron de l'orthoioxie. Le jeune homme iil le geste qui signilie nj oiji i\i uQu, I^a conscience du curé fut eq repos

DiyilizQO

Depuis ce moment, nos deux amis d 'outre-Rhin ne se séparèrent plus et consacrèrent deux jours à explorer les Ghamps-Éiyséens d'Arles, ce jardin funèbre qui renferme sans doute tant de magnificences enfouies. Léopold avait un ^rand besoin de distractions, et il voulait laisser écouler un espace de temps convenable avant de connaître le résultat de la mission dont le prêtre s'était chargé, dans l'intérêt des pauvres.

Trois jours s'étaient écoulés, et Léopold recom* mençait à ressentir ces poignantes inquiétudes qui précèdent le désespoir, lorsqu'un bruit de pas cyclopéens ébranla le corridor qui conduit à sa chambre d'auberge. Une main de bronze ût trembler la porte en voulant frapper doucement. Léo* puld ouvrit et reconnut le père de Marthe.

La iiQu re épanouie de TArlésien annonçait une bonne nouvelle avant la parole. Quatj^e mains se serrèrent. Le curé avait compieteinent réussi* [^es Dauyrt's avuitnit ga^^nc leur argent, et le pèr^

Digitjzed

86 hk VENUS D'ÂliLES,

gardait le sien. Cette dernière cousidération avait eu un certain poids dans la balance.

Léopold, ivre de joie» dit au père ; Allons voir votre iiiie et ma femme.

— Ah I la pauvre enlaiit a Lien souiïoit 1 dit l'Arlésien ; elle n*est pas à la maison^ Elle est allée au lavoir avec sa cousine Babet. Ces deux pauvres âmes se consolent ensemble. Ma nièce aussi a manqué un mariage avec un employé du chemin de ter, faute d'une dot de quatre mille francs, et...

— Nous marierons Babet aussi, interrompit Lcopold; mais commençons par nous.

iJiyiliz

LÀ VÉNUS p'aRLES.

Les deux Jeunes ÛUes étaient assises à Tombre d'un grand mûrier et se contaient ieurs peines, car la belle Marthe ignorait tout encore.

Au premier mot que prononça son père, elle lui sauta au cou et tendit la main à Léopold.

— £t toi, ne pleure pas, dit 1 Arleâien à Babet, la mémo Providence le donne la dot qui t'a manqué; viens, je vais te conter ça.

11 prit la main de sa nièce stupéfaite pour mé* tiager à sa fille et a Leu^old Toccasion de parier

8d LA V^NOS B^ARLES»

enlreeux, sans auditeurs; et les quatre personnages de cette scène remontèrent la rive du Rhône, par un haut sentier ombragé.

Le cadre était digue de cette promenade de l'amour; Dieu et rhoiiimc, associant leur œuvre, avaient donné à ce paysage un charme, une grandeur, une grâce incomparables. Le Rhône chantait son épitiialame eu se mariant avec la mer, et cette harmonie ravissait les jardins du delta. On distinguait au-dessus des toits rouges de la ville les arceaux culminants de l'amphithéâtre^ ruine joyeuse dorée par le soleil du Midi.

Une voix plus puissante que celle du grand fleuve arrivait suave à l'oreille de Léopold : c*étail le charmant babil de Marthe, qui communiquaii bcà peiiU projets à son mari du lendemain.

Elle voulait^ disait-elle, toujours garder à la maison le costume d Isis, et paraître en ville avec uiJti t.pil^tte(l§ dpme, ïïiaiMrè5-§imp!e; elle opr

Digitjzed

LA V£NUS D'ARLëS. 89

prendrait la langue l'rauçaiseea causant beaucoup avec son mari: elleirait voir la mer, cette vaste plaine où il y a tant d'eau, et Paris, cette ville dont on parle tant, et qui est à l'autre bout du chemin de fer, un peu plus loin qu'Avignon.

Ces naïvetés culaïUincs donnaient l'extase de la Joie 2i Léopold, qui, tout en écoutant Harttie, le^ yeux fixés sur sa beauté, faisait parfois descendre le regard jusqu'à se^ pelits pieds, qui se détachaient lesteiïienl des franges delà robe, avec un murmure rhythmique, sur les feuilles sèches des pommiers.

Dans son ravissement, Léopold n'entendait pas une voix de basse profonde qui l'appelait h plusieurs reprises par son nom. Les amoureux n'entendent qu'une seule voix, celle qui leur parle bas ; mais il sentit une large main qui tomba Sur son épaule; il se retourna vivement et vit son fu» tur beau-père. Il avait laissé sa nièce en passant devant le clos de son jardin, et il rejoignait Léo<^

Diyiiizeo by Googlc

00 ï,k yi^vs b'ari«es,

pold et sa fille, oprès les avoir appelés trois fois du nom de nom.

Lcopold, avec sou éruditiou provençale» con« naissait déjà ce terme, qui dérive de mvi sponsif nouveaux épùux. Les siècles ont enlevé le dernier mo', les siècles rongent tout ce qu'ils peuvent, et rhomme les aide beaucoup.

— Nous avons tous perdu la tète, dit le père; j*ai oublié de vous parler d'une visite que j'ai çue bier soir.

— Ah I fit Léopold.

Ce qui signifie en langage d'amoureux: t Cela m'est bien égal, i

— Un monsieur bien mis est veau à la maison, et il vous a demandé... *

Moi? interrompit Léopold.

. — Oui, vous... Il faut vous dire que nous avons quelques voisins jaloux, qui racontent tout ce ijui se passe aux garçons d'auberge et de café... Ce monsieur savait le nom de ma

Diyiliz

LA Yi^us d'ahlës. 91

flilc... et il m'a dit : « G'eât la plus belle... t Ne dites pas ça, mon pèrel interrompit

Uûrlhe.

Cû n'est pas moi qui i'ai dit, c'est i autre, reprit le père... « La plus belle fille d Arles; » et ij m*a salué poliment et il est parti.

^ Que Dieu l'accompagne l dit Léopold en pro* veuçal.

Et il continua ce qu'il disait à Marthe, sans prendre autre souci de la visite du motiiieur bien mii.

— Alors, reprit Marthe, vous me doiuiez votre foi que les protestants ne disent pas du mal du bon Dieu ?

— Quel enfantillage I dit Léopold en riant ; nous avons le même Dieu et le même Évangile.

— Oh I que je suis contente I fit Marthe*

— Tiens, ma belle promise, répondit Léopold, à Hêidelberg, sur la place du marché, il y a une belle église, en pierres routes, avec un beau cio-

Diyiiizeo by Googlc

92 LA V£N0S B'AELES,

cher. Celle église apparUeut aux catholiques et aux proies' ants. Une mince cloison sépare les autels des deux cultes, et, à la même heure, nous lisons tous le même livre saint, nous adorons le même Dieu.

— Oh t que ça me réjouit, ce que vous me dites lài Ût Marthe. Ma tante Audiberte, qui est de la congrégation de la bonne mori, m*a encore dit, l'autre jour, qu'une fille allait tout droit à l'enter lorsqu'elle épousait un protestant Cela m*a donné les trois sueurs. Oh ! j*ai une peur do Tenfer I et il est si facile d'y aller )

Marthe, dit Léopold, M. le curé en sait plus que ta tante, n'est-ce pas? /

Oh 1 oui, le curé sait tout. Il parle à l'évé- , que comme je vous parie, à vous... Oui, à présent, je suis heureuse... L'autre nuit, j'ai rêvé que j'étais damnée, . . Ça vous fait rire, monsieur Léopold !

— Non... tu es adorable; je ris de bonheur en Vécouiaul,

Digiiizeo by

LA YtUGS D'ARLES. 93

— Nous voici arrivés, reprit Marthe en s'arrô* tant devant sa porte... à demain... rentrez vite

chez vous, la nuit est très-sombre... Vouiez- vous que mon père vous accompagne?

— C'est inutile, dit Léopold, je connais mon chemin.

Le père eiUra pour donner toute liberté aux adieux. Léopold effleura de sa lèvre le Tronl de Marthe et balbutia ife paroles de l'adieu en tremblant d'émotion.

Comme toutes les bonacii choses de ce monde, le progrès a quelquefois son mauvais cùté. Nous avons deux foudres aujourd'hui suspendues sur nos têtes en temps d'orage : Tancienne dabord, celle qui tonne et éclate apicb Téclair, et la moderne, la dépèche électrique des lignes muettes du chemin de fer; celle-là n'avertit point , elle ne se fait précéder par aucun éclair, et tombe sur la téte sans le moindre fracas. Tout voyageur aujourd'hui a cette foudre suspendue

Diyiiizeo by Googlc

94 LÀ v|tfU3 D'AELES.

sur sa téte ; nops sQinmes tous des Dsmoelës.

£n rentrant k &Qn auberge, héopolà trouva un pli de dépêche accroché au clou de son numéro de chambre. Il ouvrît et lut sous la date du même jour :

t Lcopold, si tu épouses Marthe, je te déshérite et te maudis. »

i Amalu. »

Le poëte Ovide parle d'un homme qui^ atteint de la foudre, vit encore sans savoir qu'il vil

Léopold ressemblait a cet homme en ce mor ment.

Un mouvement machinai le dirigeait à son insu vers l'escalier de sa chambre, et il montait lentement, les yeux fixes et tenant son flambeau, dans l'attitude d'un somnambule*

Les fous redisent à satiété les derniers mots

^ . » . i . Oui fulmine tacius,

Vmt et est vUœ nesciui ipie wm*

DiyilizQO

qui l6d ont frappés lorsque la raison déserta leur

cerveau. Léopoid murmuraU à chaque pas d'une VOIX iaibie ces trois moU : Je ie maudis I

Une main d'automate, fonctionnant par Pliabi* tude, ouvrit la porte de la chambre, et le pauvre foudroyé se laissa tomber sur un fauteuil et pleura.

Si la nature n'avait pas inventé les larmes, tous ceuK qui sont frappés d'un malheur subit

au milieu de leur Joie, seraient fous; les larmes sont le remède de l'àmc.

Ayant repris un peu de calme, Léopoid envisagea sa position et la trouva intolérable; mais il résolut de lutter avec elle, en iaisanl appel à son énergie, tl fallait prendre un parti pourtant*

Lequel ?•••

L'impossiblesedressaii autour de lui) comme un mur cii'cuiaiiedegraaitjSansissue; il avait engagé M parole de tout aôté, L^antiquaiie attendait un présentdegraiidprût^eoameindemnitédueetdette

sacrée d'honueur. Lue nièce altendaituue dot promise. Une adorable jeune fille s'endormait heureuse en ce moment, pour se réveiller avec ses douces idées de richesse et de mariage; et, par dessus tout, une passion, un amour incurable, qu ii laliaiL laeltrc au neaat, buus peine de malcdiction.

— - L'incurable n*a qu'un remède, .pensa*t*il; le suicide. C'est un grand crime ; mais il me réhabilite aux yeux de tous. Si la plus austère des vertus me rendait le mémo service, j'aurais le courage de cette vertu; je serais solitaire de la Thcbaïde ou fakir indien.

Il réfléchit longtemps, et ajouta :

^ Non, je ne puis pas m'éloigner d'ici. Mon départ serait regardé comme la détermination d'un débiteur fanfaron et insolvable... et je ne puis pas rester t.. . Y a-t*il un milieu Marthe 1 ma mère connaît son nom I ma mère a envoyé un espion ici... C'est celui qui a fait cette visite

LA VÉNITS D'AKLES. 97

hier au père... Cet espion entretient correspondance avec ma mère, par dépêche... Non, point de suicide, point de crime devant Dieu... J ai trouvé 1 j'âi trouvé I c'est une inspiration du ciel 1 je ne partirai pas, je ne resterai pas, je ne me tuerai pas; je ferai plus !

En se parlant ainsi à iui-méme, il se promenait avec agilation dans sa chamhre, et il devint calme tout à coup, comme s'il eût retrouvé dans sa découverte son bonheur perdu.

Il prit la dépèche fatale et la relut; rien n'est émouvant comme cette peiisée écrite, qui a tiaversé cinq cents lieues en dix minutes et apporté toute fraîche la parole d'une mère.

— Eh bien, ditLéopoid, comme sli eut parlé à sa mère, aiisibu à son cote; tu seras contente de moi ; tu ne me déshériteras pas, tu ne me mau^ diras pas. La noblesse de notre maison ne sera pas souillée de mésalliance. Je croyais pourtant être dans les nouvelles idées du siècle, en ou-

9s LA Y$nv$ nU%Wf

Uiant mon bto9P» fm$ éffmm U {Hus belle 4e9

el la beauté d^aenà Dieu.

Il ouvrit la fenêtre et regarda le ciel jcommi^ pour le prief de f aivfs avQficer ]$ i^air.

Page 1