‹ La Vénus d'ArlesChapitre 5 sur 9 · UO LA B^ARLES · texte numérisé non relu

UO LA B^ARLES

*- Vraiment I dit la jeune femme, sur le ton de la surprise la mieux jouée.

— Oui, madame ; il a épousé une ûlle de rien, une blanchisseuse t

Une blanchisseuse française I dit M. Kastel en se voilant la face.

— Est-ce possible? lit la jeune femme,

— Hélas 1 rien n'est plus vrai, reprit Kastel; et une Française d'Arles, un village en ruines. Ah I madauic, ce coup nous a tués, et nous nous sommes décidés à quitter Heidelberg, parce que deux familles nous regardent de mauvais œil et ne nous saluent plus, comme si nous étions complices de la faute de notre neveu.

^ Mais il me semble, dit la coailesse, que si vous ne saluez pas les deux familles qui ne vous saluent plus, elles doivent être aussi froissées que vous pouvez l étre.

— Non, madaïue; ces familles ont raison e nous avons tort, dit Bauer; les apparences sont

Lk VÉNUS d'aRLES. 4 11

contre nous. Ma sœur, ma propre sœur a autorisé ce mariage ; elle a suivi son fils et sa belle-fille ;

elle s est expatriée avec eux, et on croit alors que nous avons loal approuvéjCt que aolre désolation estone comédie. Vous, madame, qui appartenez à une noble famille, vous comprenez mieux que persouue notre désespoir.

^ Âhl dit la jeune femme, on commence à voir beaucoup de mésalliances, chez nous : l'Italie se démocratise, comme le reste de l'Europe. La noblesse s'allie avec la roture. Ma cousine a épousé un 'employé de chemin de fer.

Vraiment I dirent Bauer et Kastel.

— Oui, reprit i étrangère, et nous avons tous signé au cuairat. Que voulez-vous! il faut ctie de son siècle.

Hais pardon, messieurs, je (vous retiens peutêtre... Arrivons à notre affaire... Que demandez-vous de l'immeuble et de tous les accessoires? je n'aime pas la vie d'auberge.

44a LA Y£Nl[S p'A&il^S.

Termiaons, je voudrais m'inslailef ici ce soir.

— Madame, dit H. Eastel, que pensez- vpus du prix de vingt-cinq miiie florins?

Je pense ()ue mop aifaire est jac^nei di| l'é-^ trangère en ridiU, bonne pour moi,.. Mais vo^s me laissez le portrait de votre sœur... Quelle charmante figure 1... Ce portrait réjouit le salon» C'e$( ponvenu, vous me le laissez?

— Madaiiie, dit Bauei sur Je ton de la galanterie, celui qui vous refuserait <{uelque chose no mériterait pas le nom d'homme.

— £t ensuite y ipepril; i'^praugéi'e | yous ne pourrez pas séparer la mère du fils... Je garde aussi {e portrait de votre neyeUM. Comment le nommez-yous?

— Léopoid.

— Il est très-bien aussi, M. Léopoid... Quel pst ce çostume qu'il porte?

— Le peintre l'a l'epré^enté en étudiant... Al| t c'était bien alors le plus charmant jeuQe hoinine

dé tteidélbeirgi... Mais Une léte folle L.. Nous pouvions rétablir ici très-convenablement; mais il cherchait un idéal, disait-il, et cet idéal était une blanchisseuse, qui ne parle aueuné langue, une espèce de sauvage, qu'il a trouvée dans uii pays qui n'existe pas,

^ Énûn, dit i étrangère, s'il est heureuîi, votre neveut avec cette blanchisseuse, sa taule est excusable... Savez-vous s'il est heureux?

— Nous ignorons tout, et nous ne voulons rien savoir, madame.

Vous êtes ému en disant cela, reprit la jeune femme; il me semble que, malgré sa faute, votre Léopold a encore une bonne place dans votre affection et dans celle de M. Kastel.

Les deux oncles ne répondirent pas et regar* dèrent le plafond.

La jeune femme examina encore les divers objets de curiosité qui meublaient les salles basses, et marcha vers la porte, en disant t

AU LÀ VÉNUS n'AftLES.

— Voilà ma lettre de crédit réduite de vingts cinq mille florins.

On remoiila en voilure, et on reprit le chemin de rhôtel da Prince Charles^ où Tétrangère descendit.

— J'espère, dit-elle en quittant ses compagnons, j'espère avoir le plaisir de recevoir votre visite demain, dans ma nouvelle propriété.

La visite fut promise avec joie et empressement.

LA YÉNOS D'ARLBS.

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