ACTE II, SCÈNE VI
AGATHON
Ah! ta l’aimes ? tant mieux, je la garde en otage. Pour moi de ta parole elle sera le gage :
Si tu disais jamais que cette œuvre est de toi,
Chloé mourrait.
PRAXITÈLE
De grâce, ayez pitié de moi !
AGATHON
Non, je veux la garder; d’ailleurs elle est fort belle, Et j’ai, tu le sais bien, grand besoin d’un modèle. Qu’on l’emmène, Lysias.
(On emmène Chloé.)
PRAXITÈLE, avec désespoir.
Ah ! vous brisez mon cœur 1 Un modèle, Chloé! Mais songez-y, seigneur.
(il se traîne aux genoux d'Agathou, qui le repousse.)
Vous ne m’écoutez plus, hélas! tout m’abandonne !
(il s'approche de Phidias.)
Vous portez sur le front une noble couronne.
Vous les dépassez tous de la tète et du cœur.
Venez à mon secours, il me prend mon bonheur.
11 flétrit mon amour. Oui, parce qu’elle est belle,
11 veut que ma Chloé lui serve de modèle !
Comprenez-vous cela ? Son cœur esl donc de fer ?
Et moi je souffrirai les tourments de l’enfer.
En songeant que bientôt la pauvre infortunée Par des regards impurs se verra profanée,
Et subira tremblante et, la rougeur au front.
D’un honteux examen le dégradant affront 1 Pour l’odieux métier auquel il la condamne Ce pays n’a-t-il pas plus d’une courtisane?
Et n’est-ce pas cruel d’arracher froidement La vierge chaste et pure aux bras de son amant? Vous sentez, n’est-ce pas, les douleurs que j’endure, Vous avez un grand cœur?
PHIDIAS
As-tu l’àme assez dure
Pour briser le bonheur de ce cœur amoureux ?
CALLIMAQUE
Un artiste, Agathon, doit être généreux.