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ENFANTS DE L’AMOUR

Parmi les enfants naturels, c’est-à-dire provenant d’unions non légitimées par la loi, il y

a une importante distinction à faire. Cette distinction est basée sur les qualités physiques et morales des procréateurs, sur les circonstances où ils se trouvaient au moment du coït et après la fécondation.

§ II

Enfants de l’Amour (lre catégorie).

L’homme et la femme au printemps de la vie , jouissant d’une bonne santé, sont attirés l’un vers l’autre par une irrésistible sympathie; ils s’adorent..'.. Dans un moment de fièvre d’amour ils oublient les devoirs qu’impose la société, et cèdent au penchant qui les entraîne.... La fécondation a lieu L’enfant qui naîtra de cette

étreinte passionnée , héritera, très-probablement, des qualités physiques et morales des auteurs de ses jours, si rien ne vient entraver la marche de la nature.

Tous les physiologistes, Hippocrate et Aristote en tête, ont émis l’opinion que, sous l’empire de l’exaltation momentanée de toutes les puissances de l’être par l’amour, la fécondation donnait, en général, de beaux fruits.

§ III

Enfants naturels (2e catégorie).

Si nous passons aux enfants engendrés par ces masses d’individus de basse classe qui ne recherchent la femme que pour satisfaire l’instinct brutal, qui la caressent sans amour et la quittent sans vergogne, la scène change au désavantage de la progéniture. Ces unions illicites dont fourmillent les grandes villes, centres de corruption où les jeunes filles, ne pouvant vivre de leur travail, se laissent séduire par des hommes qui, le plus souvent, les accablent de sévices ou les abandonnent; ces mariages bâtards qui se forment dans les ateliers, ne peuvent que fournir des enfants généralement faibles de corps et de santé, dont la plupart, nés à peine, vont mourir chez la nourrice.

Il faut lire le livre de M. Jules Simon, intitulé Y Ouvrière, œuvre d’un profond philosophe, pour comprendre toutes les tribulations, toutes les souffrances d’une pauvre jeune ouvrière enceinte et

abandonnée par le misérable qui l’a séduite

Quelquefois, dans un moment de défaillance, dans un accès de désespoir, elle a recours au suicide.... Plus souvent l’instinct de la maternité lui inspire de l’énergie et relève son courage....; elle vivra pour son enfant. Alors, elle travaille sans relâche,

et prend sur son sommeil des heures pour prolonger ce travail de femme si peu rétribué Elle

use ses forces à la peine, se nourrit mal, se fatigue, et sa santé se perd de jour en jour.... La malheureuse, qu’elle est à plaindre!

Mais, cette détresse physique n’est rien encore, si on la compare à la détresse morale. Abandonnée parce qu’elle est enceinte ; déchue parce qu’elle a aimé, on lui jette le blâme au lieu de la plaindre et de lui venir en aide. — Les douces joies de la jeune mère, si glorieuse de son premier né, ne seront point pour elle.... Craintive, honteuse, sans appui, elle dévore en silence les amertumes de sa situation.... et c’est ainsi que, de tristesse en tristesse, elle attend le jour de sa délivrance.

Hélas! pauvre jeune fille, au lieu du bonheur que te promettait l’avenir, tu n’auras que la honte et des regrets...

Nous répondrons aux auteurs qui ont écrit que les enfants naturels étaient favorisés au physique et au moral : — Comment voulez-vous que des filles-mères, ayant passé leur grossesse en d’aussi tristes conditions, puissent donner de beaux fruits? Ce n’est guère possible. Le fœtus qui a été pétri de matériaux insuffisants et de mauvaise qualité, ne saurait arriver à la vie avec une riche constitution ; — c’est le contraire qui a lieu.

Nous leur dirons encore à ces auteurs : Et les lois de l'hérédité physiologique , vous les oubliez? — Vous n’ignorez pas, cependant, que la plus grande

partie des enfants naturels sont issus de parents vicieux, dépravés, portant presque toujours, en eux, une tare physique ou morale, qu’ils transmettent à leur progéniture. Et vous avancez que de tels enfants sont favorisés de corps et d’esprit? Evidemment votre erreur est causée par un défaut d’observation ; ou vous avez voulu parler de ces vrais enfants de l’amour, issus de la classe aisée et intelligente de la société; mais, ces derniers ne sont qu’une très-minime fraction du chiffre énorme que fournissent les enfants naturels de la deuxième catégorie.

De récentes statistiques ont dévoilé le chiffre effrayant de la mortalité parmi les enfants illégitimes. Des médecins philanthropes ont signalé , à haute voix, ces faits affligeants pour notre siècle de progrès, et demandé au gouvernement qu’il prît des mesures pour mettre un terme à ces hécatombes de nouveau-nés.

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