‹ La Vénus féconde et callipédiqueChapitre 40 sur 106 · OBSERVATION CONCLUANTE · texte numérisé non relu

OBSERVATION CONCLUANTE

Dans une de nos grandes villes de province , trois grandes familles étaient, de- père en fils et de mère en filles, liées d’une étroite amitié. Plu-

sieurs mariages, entre les enfants de ces familles, avaient multiplié les liens de parenté. Parmi ces mariages trois avaient été contractés à quelques mois l’un de l’autre ; deux était féconds, le troisième restait stérile.

Le premier mariage avait déjà donné six filles ;

Le second, cinq garçons.

Le père des six filles s’abstenait de procréer, dans la crainte de voir naître une septième fille.

Le père des cinq garçons s’abstenait également, disant que cinq mâles, c’était assez.

Les conjoints du mariage stérile se désolaient, eux, de ne pas avoir d’enfant ; un garçon ou une fille, n’importe, eût comblé leurs désirs et fait leur bonheur.

Par un de ces fortunés hasards qui font époque dans la vie, les deux époux s’étant arrêtés un jour devant la vitrine d’un libraire, leurs yeux se portèrent sur deux ouvrages portant ces titres : La Vénus féconde ; — L’Hygiène du Mariage. — Ils se regardèrent soudainement ; une même pensée venait de jaillir de leur cerveau... Le mari entra chez le libraire, et en ressortit avec les deux volumes.

Après avoir lu et relu ces ouvrages, les deux époux se décidèrent à mettre en pratique les enseignements qu’ils y avaient puisés.

Le succès couronna leur attente ; la femme stérile. donna le jour à un joli petit garçon. Cette première couche, au bout de huit années de stéri-

lité, fut un. événement pour les trois familles. — On demanda le nom du savant, de Y enchanteur qui avait opéré ce prodige. — Pour toute réponse, l’heureuse mère leur montra en souriant les livres, élégamment reliés, sur une table, près de son lit. — L’année suivante, elle devint une seconde fois mère.

Cette fois, les deux incrédules, le père des six filles et le père des cinq garçons, se prirent à réfléchir et finirent par croire qu’il pouvait y avoir de bonnes choses dans les deux oüvrages mentionnés ; ils les lurent attentivement , et furent convaincus.

— Je voudrais bien avoir un garçon, dit le premier ; et moi une fille, ajouta le second. Si ce que nous avons lu dans ces livres n’est pas .un leurre, tentons l’essai ! Que risquons-nous ?

— C’est mon avis, essayons, répéta l’autre.

Les deux époux, chacun de son côté, allèrent trouver leurs femmes, et s’y prirent si bien qu’ils les déterminèrent à suivre le régime et la ligne de conduite tracée dans Y Hygiène du Mariage.

L’une d’elles, la mère aux six filles, se conforma strictement aux prescriptions indiquées et donna le jour à un bel et gros garçon qui faillit rendre le père fou de joie.

L’autre dame, la mère aux cinq garçons, bilieuse, impatiente, vive et peu stable en ses goûts, suivit pendant quelque temps le régime, et ne put continuer, faute de patience. La vie tranquille et molle

qu’on exigeait d’elle l’agaçait, lui portait sur les nerfs ; elle y renonça. Aucun changement physique ne s’était opéré en elle ; sa constitution, loin de se féminiser, avait conservé ses formes masculines. — Le mari aurait dû s’abstenir, comme par le passé ; il ne le fit point, et sa femme accoucha d’un sixième garçon !... Il en fut désolé...

— Je n’ai pas de chance, disait-il à son consin ; à toi, tout te réussit : à moi, rien... Au diable le livre !

Pourquoi l’accuser, ce livre qui rend de si grands services à une foule d’individus, repartit le cousin ; ce n’est pas le livre qui a tort, mais bien ta femme, qui n’a pas eu la force de se plier aux exigences des prescriptions qu’il renferme. — Ton épouse est réellement plus homme que femme, par les formes, les allures et le caractère ; il était donc nécessaire de la féminiser , comme dit l’auteur, afin qu’elle donnât son sexe au fœtus ; ne l’ayant point fait, elle n’a pas réussi ; c’est .logique, elle devait s’y attendre. — Maintenant, analyse le tempérament et la conduite instinctive de ma femme : Tu reconnaîtras sans peine qu’étant femme au suprême degré, elle n’engendrait que des filles. Elle a eu assez de volonté et de patience pour suivre le régime et la gymnastique ordonnés ; elle s’est masculinisée et a conçu deux garçons. Pour moi, c’est tout naturel. Si ta femme avait eu la persévérance de la mienne, aujourd’hui tu posséderais deux tilles.

— Tes observations sont logiques, répondit le cousin; je dois me résigner à ne point avoir de filles. Tu connais ma femme ; avec son caractère prompt, impatient, elle ne possédera jamais la persévérance de la tienne.

— Si ta femme désirait aussi ardemment que toi la naissance d’une fille, elle concentrerait toutes les forces de sa volonté sur cet objet, et tenterait une seconde fois l’épreuve.

— Tu as raison, mais comment la déterminer ?

— Il faut la vaincre de guerre lasse... J’en ai le pressentiment, ce moyen réussira : toi, ma femme et moi, aidés de nos amis, nous réunirons nos efforts pour la décider à recommencer l’essai ; nous la fatiguerons de nos prières.

La chose fut convenue et exécutée. La mère aux cinq garçons fut tellement priée, suppliée, harcelée par ses parents et amis, qu’elle se rendit à leurs désirs.

Cette fois, ce fut sérieusement qu’elle suivit les prescriptions formulées plus haut, et qu’elle s’astreignit à toutes leurs exigences.

Vers la fin du troisième mois d’un régime féminisateur, un changement remarquable s’opéra dans sa constitution : la sécheresse du corps disparut ; le tissu cellulaire combla les creux ; les saillies anguleuses s’adoucirent, et deux mois plus tard, les formes se féminisèrent ; la yirago était transformée!... Le mari, de retour d’un voyage de quel-

ques mois, resta stupéfait, devant la métamorphose de sa femme...

Après une grossesse exempte d’accidents, mais non de transes d’insuccès, la mère des six garçons donna le jour à une mignonne créature appartenant au sexe féminin.

Ce cri, c’est une fille! retôntit dans la maison de l’accouchée, et les trois familles réunies, fêtèrent joyeusement cette heureuse naissance.

Nota. — Il est indispensable de faire observer qu’on ne doit jamais changer brusquement de régime et de conduite ; il faut imiter la nature, qui procède graduellement en toutes choses. Donc, à l’égard des deux régimes opposés, indiqués dans l’observation qu’on vient de lire, il est de toute nécessité d’aller doucement et avec précautions, pour ne pas heurter les habitudes du sujet; aller trop vite serait compromettre la santé de la personne, et manquer le but qu’on s’est proposé d’atteindre.

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