‹ La Vénus féconde et callipédiqueChapitre 52 sur 106 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

deVaccouchement.

Dans les pays où les femmes ne sont point assujetties aux absurdes bizarreries de la mode, où la poitrine et le ventre ne sont nr emprisonnés, ni ligaturés, dès l’enfance, ces cavités et les viscères qu’elles contiennent s’étant développés en toute liberté, l’accouchement se fait promptement et facilement. Ainsi qu’un fruit mûr se détache de la branche , de même l’enfant est expulsé de l’utérus par les contractions naturelles de cet organe. — Pendant mes voyages en Orient et en Afrique, je n’ai jamais entendu parler d’accouchements laborieux ; les femmes accouchent sans le secours de l’art. Les cas, trèsrares, d’accouchement difficile , dépendent d’un vice constitutionnel héréditaire ou acquis. — Chez les nations où la civilisation a déformé le corps de la femme, les accouchements sont moins naturels, c’est-à-dire que l’espace de temps qui s’écoule entre la première douleur et la sortie de l’enfant, est beaucoup plus long ; les douleurs aussi sont beaucoup plus vives. C’est pourquoi les accoucheurs et les accoucheuses sont devenus

indispensables. Dans les pays civilisés, l’art de l’accouchement a été porté à sa perfection par de savants médecins et d’habiles chirurgiens. Cet art ne laisse aujourd’hui rien à désirer, sous le rapport de la précision des manœuvres, et de la parfaite fabrication des instruments d’obstétrique, pour les cas difficiles.

si-

Du travail de l’Accouchement.

Cet admirable travail, qui prouve combien la nature est prévoyante et sage dans tout ce qu’elle fait, s’opère en quatre temps :

1° Les douleurs;

2° La dilatation du col utérin ;

3° L’écoulement d’humeurs glaireuses et sanguinolentes ;

4° La rupture de la poche des eaux et la sortie de l’enfant.

A. On a distingué les douleurs en vraies et fausses. -- Les vraies douleurs dépendent uniquement des contractions de la matrice et constituent le plus important phénomène du travail. Faibles en commençant, passagères, alternant avec des repos, elles augmentent plus tard ; les repos sont plus courts, l’agitation de la femme est très-vive ; elle gémit, pousse des cris..... le travail s’avance

Les fausses douleurs ne dépendent point des contractions utérines; elles sont continues, tourmentent sans cesse la femme et la plongent dans l’abattement. La source la plus ordinaire de ces douleurs existe dans la plénitude et la tension de la vessie ; dans la constipation opiniâtre et les gaz qui gonflent les intestins ; les tiraillements des ligaments ronds de la matrice ne sont pas étrangers à ces fausses douleurs.

B. La dilatation du col utérin est l’effet immédiat des vraies douleurs et des contractions de la matrice. Les contractions sont toujours en rapport direct avec l’intensité de la douleur. C’est à la dilatation de l’orifice du col de l’utérus et au degré de résistance des parties, qu’on juge si le travail sera de longue ou de courte durée. De ce moment on ne doit plus quitter la femme.

C. L’humeur glaireuse et sanguinolente indique le troisième temps de la parturition; elles proviennent des mucosités abondantes qui lubrifient les parois intérieures du vagin et de la rupture de quelques petits vaisseaux du placenta, pendant les contractions utérines.

D. Le dernier temps s’annonce par la rupture de la poche des eaux ; c’est le symptôme concomitant de la fin prochaine de l’accouchement. La

patiente pousse un dernier cri et la famille

humaine compte un membre de plus.

Telle est, en abrégé, la .marche naturelle du travail de l’accouchement, chez la femme saine

et bien conformée. Lorsque ce travail éprouve des retards, des instants d’arrêt, ou qu’il survient des accidents, c’est au médecin accoucheur qu’on doit avoir recours pour y remédier, et non aux secrets des commères.

|ÏI.

Soins à donner à, la femme après l’accouchement.

Quelque prompt et facile qu’ait été l’accouchement, il en est résulté une fatigue générale, un abattement plus ou moins profond. La femme , épuisée par les douleurs qu’elle vient de supporter, a besoin de repos. Son visage a pâlisses traits expriment la langueur; elle est faible et comme anéantie.... Bientôt une légère moiteur se répand uniformément sur son corps ; le pouls se régularise, les frissons cessent ; elle éprouve un indicible sentiment de bien-être. Un doux sourire vient se promener sur ses lèvres à la vue de son enfant; elle est mère! toutes ses souffrances sont oubliées.

Bien que délivrée de son fruit, la femme n’est pas hors de danger encore : les lochies, le gonflement des seins , la fièvre de lait, la violente distension de son appareil génital, exigent, plus que jamais, les soins éclairés de l’hygiène. Dans la position où elle se trouve, la plus petite cause

suffirait pour engendrer une maladie. Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit à ce sujet dans l’ Hygiène du mariage (62me édition), nous y renvoyons le lecteur.

S’il survenait des accidents à la suite des couches, on s’empressera de consulter le médecin, c’est le meilleur parti à prendre.

Nous jetterons, ici, quelques lignes sur la mauvaise habitude qui s’est généralisée dans les villes, de condamner l’accouchée à garder le lit pendant 10, 15 et même 20 jours! — Il n’est point rationnel qu’une femme, exempte d’infirmités, et qui n’offre que les fatigues de l’enfantement, reste plus de trois à cinq jours dans l’énervante position du décubitus. Deux auteurs compétents, qui ont écrit de belles et bonnes pages sur ce sujet, Cabanis et Roussel, ont tonné contre cet abus, payé bien chèrement par plus d’une citadine. En effet, le séjour prolongé dans le lit, a le triple inconvénient :

1° De favoriser l’absorption des émanations impures et malsaines du corps, que la nature avait éliminées ;

2° D’entretenir le foyer d’irritation utérine , développé par le fatigant travail du part;

'3° De donner quelquefois lieu à un accident des plus graves : l’ écorchure, Y excoriation de la peau du sacrum ou du coccyx , dont les suites ne sont que trop souvent funestes et voici comment: sous la ci oûte qui recouvre cette écorchure, il se fait

un travail inflammatoire qu’active sans cesse la pression occasionnée par le décubitus ; bientôt la gangrène se manifeste, et ronge les tissus avec une effrayante rapidité, c’est ce qu’on nomme es char re gangreneuse.

J’ai connu une jeune dame, brillante de santé, qui, à la suite de ses couches, fut atteinte d’une escharre au sacrum, pour avoir gardé le lit trop longtemps ; malgré sa forte constitution, elle en eût été victime, sans les soins éclairés de plusieurs médecins, appelés en consultation. Néanmoins, il fallut trois mois d’un traitement soutenu, pour la mettre hors de danger, et dans quel état de faiblesse!.... Sa convalescence fut trèslongue. Revenue à la santé, elle jura, sur son âme, si elle redevenait enceinte, d’imiter la conduite d’une paysanne, sa fermière, qui ne restait au lit que juste le temps nécessaire pour se remettre des fatigues de l’accouchement.

Il faut le dire, plus la femme se rapproche de l’état naturel, et moins ses couches sont difficiles. C’est la raison pour laquelle les campagnardes et paysannes de tous pays, accouchent facilement et reprennent leurs travaux quelques jours après.

SECTION I

Page 1