‹ La Vénus féconde et callipédiqueChapitre 53 sur 106 · DE L’ALLAITEMENT · texte numérisé non relu

DE L’ALLAITEMENT

L’allaitement maternel est un devoir dont s’affranchissent la plupart des femmes des cités ; elles prétextent leur état, leur intérieur, leurs position et relations sociales, etc. ; mais ces prétextes s’effacent devant l’amour qu’une mère raisonnable et dévouée porte à son enfant. Il n’y a strictement que les cas de faiblesse extrême de tempérament, les vices et maladies héréditaires qui soient un empêchement sérieux à l’allaitement maternel. Tous les médecins sont unanimes sur ce point, et pourtant bien peu de femmes les écoutent ; un nourrisson les gênerait dans leur vie agitée par les dissipations mondaines.

Lorsque les dames, qui n’ont plus rien à désirer sous le rapport du rang et de la fortune, viennent avec aplomb vous dire :

— Les enfants confiés au sein d’une nourrice, à la campagne, respirent un air plus pur que celui des villes, n’est-ce pas une raison plausible pour les y envoyer ?

On leur répond :

— Il est vrai ; mais, alors, pourquoi n’y allézvous pas établir domicile, mesdames?... Vous savez bien vous y rendre lorsqu’il s’agit d’une partie de plaisir.

0 femmes! qui oubliez de remplir le premier devoir d’une mère, craignez de payer bien cher, tôt ou tard, cette infraction aux lois de la nature : écoutez ces vérités physiologiques et ne les oubliez pas, le cas échéant. — Voici les phénomènes qui se passent dans le corps de la nouvelle accouchée :

Le foyer fluxionnaire, fixé dans la matrice pendant la grossesse, s’est déplacé après l’accouchement et a envahi les seins ; le lait afflue dans ces derniers organes et les gonfle, les tuméfie. Si ce lait, destiné à la ^nourriture de l’enfant, est détourné de sa voie naturelle, il doit nécessairement en résulter des phénomènes pathologiques dont les principaux sont: — les indurations des glandes mammaires, les nodosités, les abcès douloureux ; et lorsque la femme est prédisposée au squirrhe , au cancer , ces cruelles et incurables maladies l’atteindront vers l’âge de retour ; c’est ce qui arrive assez fréquemment. — Celles qui, par leur tempérament, sont exemptes d’affections squirrheuses et cancéreuses, ne sauraient échapper aux névralgies , aux rhumatismes et aux flueurs blanches intarissables, aux hémorragies utérines, etc., parce qu’étant plus irritables que les femmes qui ont allaité, elles offrent plus de prise aux influences morbides. Telle est la triste perspective offerte aux mères qui se sont affranchies du devoir d’allaiter leurs enfants.

Terminons , en rappelant à l’accoucbée que

l’allaitement maternel est de rigueur pendant les quatre à six premiers jours, dans le double intérêt de sa santé et de celle de son enfant. — Le premier lait est séreux, jaunâtre; il possède des propriétés purgatives que ne possède pas le lait d’une nourrice accouchée depuis longtemps. — Ce premier lait, nommé colostrum, est tout-à-fait propre à débarrasser les intestins du nouveau-né, à expulser au dehors une matière poisseuse qui les engoue, appelée méconium . Ainsi donc, tout se réunit pour démontrer que l’allaitement maternel est le meilleur, hormis les cas exceptionnels que nous avons énumérés plus haut.

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